{"id":935,"date":"2025-03-25T04:59:56","date_gmt":"2025-03-25T03:59:56","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=935"},"modified":"2025-06-03T07:35:37","modified_gmt":"2025-06-03T05:35:37","slug":"cynique-cynismes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=935","title":{"rendered":"Cynique, cynismes\u2026"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"935\" class=\"elementor elementor-935\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-aa9f8be e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"aa9f8be\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-f171c4d elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"f171c4d\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>J\u2019aimerais proposer ici quelques r\u00e9flexions sur une question qui s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi \u00e0 plusieurs reprises, au d\u00e9tour d\u2019\u00e9tudes ou de cours universitaires, sans jamais que je puisse lui donner une r\u00e9ponse satisfaisante, celle de la place, du r\u00f4le actif de ce qu\u2019on appelle le \u00ab\u00a0cynisme\u00a0\u00bb dans le th\u00e9\u00e2tre, et <em>pour<\/em> la pens\u00e9e des Lumi\u00e8res, dans la mesure o\u00f9 il n\u2019est pas certain que le cynisme puisse s\u2019y inclure. Je n\u2019ai aucunement projet de donner \u00e0 cette question m\u00eame le cadre ambitieux qu\u2019elle m\u00e9rite. Je ne vais donc pas essayer d\u2019y r\u00e9pondre mais seulement d\u2019\u00e9voquer quelques occasions o\u00f9 je l\u2019ai rencontr\u00e9e, en travaillant sur Moli\u00e8re, sur Voltaire (<em>Mahomet<\/em>), et sur Diderot (<em>Le Neveu de Rameau<\/em>)<sup><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/sup><em>. <\/em>L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1437-0\/\">*CYNIQUE (<em>Hist. de la Philosophie.<\/em>)<\/a> de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, sign\u00e9 de l\u2019\u00e9toile et repris par Naigeon dans le recueil, adapt\u00e9 et r\u00e9invent\u00e9 d\u2019apr\u00e8s Brucker, nous servant de rep\u00e8re. En suivant le fil du cynisme philosophique dans la litt\u00e9rature et au th\u00e9\u00e2tre on aura un aper\u00e7u de la mani\u00e8re dont il se configure dans la com\u00e9die, la trag\u00e9die et la satire et dont il s\u2019\u00e9loigne de la pens\u00e9e des Grecs, telle que l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>la pr\u00e9sente.<\/p><p>L\u2019article *CYNIQUE, trace l\u2019histoire de cette \u00ab secte de philosophes anciens \u00bb, en d\u00e9roulant la succession des disciples d\u2019Antisth\u00e8ne, qui la fonda, avec le dessein de s\u2019\u00e9loigner de la philosophie de Socrate et de ses disciples. Histoire au fil de laquelle la philosophie du fondateur, s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e, a \u00e9volu\u00e9 pour se d\u00e9naturer finalement, avec des penseurs les plus tardifs M\u00e9nippe, Crescence ou P\u00e9r\u00e9grin. Les deux figures cyniques qui sont au c\u0153ur de l\u2019article, sont Antisth\u00e8ne et Diog\u00e8ne : des anecdotes leurs donnent vie et des pens\u00e9es ou maximes illustrent leur philosophie. Si le sto\u00efcisme est pr\u00e9sent\u00e9 comme une autre issue de la philosophie de Socrate, l\u2019article\u00a0 <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1454-0\/\"><span class=\"ice_texteedition\"><span class=\"enc_vedette\"><span class=\"vedette_adresse\">CYR\u00c9NAIQUE. (<span style=\"font-variant: small-caps;\">secte<\/span>)<\/span><\/span>,<span class=\"enc_designant\">\u00a0<em><span class=\"designant_formel\"><span class=\"italic\">Hist. anc. de la Philosophie &amp; des Philosophes<\/span><\/span><\/em><\/span><\/span><\/a>, quelques pages apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1437-0\/\">*CYNIQUE <\/a> forme avec celui-ci une sorte de diptyque : Aristippe, qui fonda cette \u00ab \u00e9cole \u00bb, d\u00e9laissa la m\u00e9taphysique, comme Antisth\u00e8ne et Diog\u00e8ne, pour se tourner vers la morale, mais \u00e0 l\u2019inverse d\u2019eux, \u00ab il ne se piqua ni de la pauvret\u00e9 d\u2019Antisth\u00e8ne, ni de la frugalit\u00e9 de Socrate, ni de l\u2019insensibilit\u00e9 de Diog\u00e8ne. \u00bb Ces deux expos\u00e9s de la philosophie des cyniques et des cyr\u00e9na\u00efques, \u00e9veillent des \u00e9chos nombreux dans l\u2019\u0153uvre de Diderot mais ne peuvent, pour autant, constituer un <em>\u00e9pitom\u00e9<\/em>, qui serait un miroir de \u00ab la \u00bb pens\u00e9e du philosophe (et quelle serait-elle ?) \u2013 bien moins que l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-576-0\/\"><span class=\"enc_vedette\"><span class=\"vedette_adresse\">ECLECTISME<\/span><\/span>,<span class=\"enc_designant\">\u00a0<span class=\"designant_formel\">(<em><span class=\"italic\">Hist. de la Philosophie anc. &amp; mod.<\/span><\/em>)<\/span><\/span><\/a> par exemple. Ces \u00e9chos n\u2019en sont pas moins troublants. Quelques-unes des formules de l\u2019article cynique pourraient orienter la lecture de plusieurs textes litt\u00e9raires ou dramatiques. Je n\u2019en retiendrai que trois ou quatre <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p><p>Les cyniques, peut-on lire dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00ab\u00a0se montr\u00e8rent particuli\u00e8rement dans les lieux sacr\u00e9s et sur les places publiques. Il n\u2019y avait en effet que la publicit\u00e9 qui p\u00fbt pallier la licence apparente de leur philosophie. L\u2019ombre la plus l\u00e9g\u00e8re du secret, de la honte, et de t\u00e9n\u00e8bres, leur aurait attir\u00e9 d\u00e8s le commencement des d\u00e9nominations injurieuses et de la pers\u00e9cution. Le grand jour les en garantit. Comment imaginer en effet, que des hommes pensent du mal \u00e0 faire et \u00e0 dire ce qu\u2019ils font sans aucun myst\u00e8re\u00a0?\u00a0\u00bb Si le secret engendre la suspicion c\u2019est parce qu\u2019il trahit une forme de honte, c\u2019est-\u00e0-dire une forme de scission du sujet, qui, en n\u2019osant assumer publiquement sa pens\u00e9e et ses actions, rend un hommage implicite \u00e0 une autre morale, sup\u00e9rieure, qui le condamne. L\u2019exhibition seule est ainsi garante de la v\u00e9rit\u00e9 du cynique. Un lien \u00e9troit, et \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb unit donc une pens\u00e9e morale, un comportement individuel et sa \u00ab\u00a0publicit\u00e9\u00a0\u00bb, d\u00e9finissant un <em>r\u00e9gime<\/em> philosophique original.<\/p><p>Antisth\u00e8ne, h\u00e9ritier \u00e0 la fois de Gorgias le sophiste et de Socrate, dont il avait retenu certaines le\u00e7ons, s\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la pratique ouverte de la vertu et \u00e0 la profession publique de la philosophie [\u2026] mettant dans le m\u00e9pris des choses ext\u00e9rieures un peu plus d\u2019ostentation peut-\u00eatre qu\u2019elles n\u2019en m\u00e9ritaient\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Ce r\u00e9gime, Diderot le note, n\u2019est pas sans faire penser \u00e0 celui des ordres mendiants dans la religion catholique. L\u2019ostentation elle-m\u00eame sugg\u00e8re un rapport avec <em>Tartuffe. <\/em>Elle jette un soup\u00e7on sur cette morale. \u00ab Socrate, qui, voyant son ancien disciple trop fier d\u2019un mauvais habit, lui disait avec sa finesse ordinaire\u00a0: <em>Antisth\u00e8ne, je t\u2019aper\u00e7ois \u00e0 travers un trou de ta robe.<\/em>\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> \u00a0Comme si cette publicit\u00e9 de la philosophie morale n\u2019\u00e9tait pas s\u00e9parable d\u2019une forme de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 qui la d\u00e9masque en l\u2019affirmant. Qui fait voir le corps par le trou de la robe. Le corps c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9videmment le sexe, dans un jeu de cach\u00e9 montr\u00e9, que Diderot th\u00e9matise dans <em>Le R\u00eave de d\u2019Alembert<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0je vous dirai de ma philosophie ce que Diog\u00e8ne tout nu disait au jeune et pudique Ath\u00e9nien contre lequel il se pr\u00e9parait de lutter\u00a0: \u201c\u00a0mon fils ne crains rien je ne suis pas si m\u00e9chant que celui-l\u00e0 \u201d\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. La m\u00e9taphore du sexe assimile le cynisme philosophique \u00e0 une forme d\u2019<em>obsc\u00e9nit\u00e9. <\/em>D\u00e9monstration <em>a contrario<\/em>, l\u2019innocence de l\u2019aveugle, qui ignore la pudeur\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Quoique nous soyons dans un si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019esprit philosophique nous a d\u00e9barrass\u00e9s d\u2019un grand nombre de pr\u00e9jug\u00e9s, je ne crois pas que nous en venions jamais jusqu\u2019\u00e0 m\u00e9conna\u00eetre les pr\u00e9rogatives de la pudeur aussi parfaitement que mon aveugle. Diog\u00e8ne n\u2019aurait point \u00e9t\u00e9 pour lui un philosophe. <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p><\/blockquote><p>\u00c0 la lecture de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1437-0\/\">*CYNIQUE<\/a> de l<em>\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, on peut prendre la mesure de ce qui s\u00e9pare la doctrine philosophique antique du sens moderne du \u00ab\u00a0cynique\u00a0\u00bb. Le <em>Dictionnaire philosophique<\/em> de Lalande, sous le d\u00e9signant \u00ab\u00a0\u00c9thique\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise ce sens \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>M\u00e9pris des conventions sociales, de l\u2019opinion publique, et m\u00eame de la morale commun\u00e9ment admise, soit dans les actes, soit dans l\u2019expression des opinions. Cette acception du terme r\u00e9sulte du fait que les philosophes cyniques \u00e9tablissaient une opposition radicale entre la loi ou la convention (<em>nomos<\/em>) et la nature (<em>phusis<\/em>) \u00e0 laquelle ils pr\u00e9tendaient revenir, et qu\u2019ils conformaient leur conduite pratique \u00e0 ce principe. Le terme a en ce sens une acception presque toujours p\u00e9jorative.<\/p><\/blockquote><p>Le Littr\u00e9 indique\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Par extension,<\/em>\u00a0effront\u00e9. Homme cynique et bravant les convenances.\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9poque moderne n\u2019a retenu que ce sens, passant la sagesse antique par-dessus bord.\u00a0 Cette signification du langage commun est largement pr\u00e9sente au XVIIIe si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0CYNIQUE signifie aussi, Impudent, obsc\u00e8ne.\u00a0<em>Discours cynique. Vers cyniques.<\/em> Il est aussi substantif.\u00a0<em>C&rsquo;est un Cynique.<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Acad\u00e9mie<\/em> 1762).\u00a0 Cette d\u00e9rive est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la pens\u00e9e antique et elle d\u00e9coule d\u2019un mensonge, d\u2019une simulation rep\u00e9r\u00e9e par l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>.\u00a0 Jean Starobinki note\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019article \u00ab\u00a0cynique\u00a0\u00bb a d\u00e9fini par avance l\u2019imposture qui consiste \u00e0 simuler <em>effront\u00e9ment <\/em>la franchise des vrais cyniques\u00a0: le Neveu rejoint les usurpateurs\u00a0; son effronterie est la parodie de la v\u00e9racit\u00e9\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Il y a donc un cynisme qui imite mensong\u00e8rement le vrai cynisme, pur et moral. Et Jean Starobinski remarque le transfert du masque de Diog\u00e8ne du Neveu au philosophe. Du manteau d\u2019Antisth\u00e8ne on passe \u00e0 celui d\u2019Aristippe. Mais la figure d\u2019Aristippe est elle-m\u00eame ambigu\u00eb aux yeux de Diderot. Selon les besoins du moment, Aristippe fait tant\u00f4t figure de sage \u2013 lorsqu\u2019il rivalise de sagesse avec Socrate et qu\u2019il l\u2019invite \u00e0 se soumettre aux lois <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> \u2013 et tant\u00f4t de sybarite, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de Diog\u00e8ne, comme dans ces <em>Regrets sur ma vielle robe de chambre\u00a0<\/em>:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>O Diog\u00e8ne, si tu voyais ton disciple sous le fastueux manteau d\u2019Aristippe, comme tu rirais\u00a0! O Aristippe, ce manteau fastueux fut pay\u00e9 par bien des bassesses\u00a0! Quelle comparaison de ta vie molle, rampante, eff\u00e9min\u00e9e, et de la vie libre et ferme du cynique d\u00e9guenill\u00e9\u00a0? <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p><\/blockquote><p>La nouvelle robe de chambre, luxueuse comme le manteau d\u2019Aristippe, d\u00e9masque le faux cynique. Mais le manteau trou\u00e9 d\u2019Antisth\u00e8ne, comme le dit Socrate, en fait autant. Le cynisme est un r\u00f4le \u00e0 manteau. C\u2019est de celui-ci qu\u2019il sera question d\u00e8s que nous aborderons le th\u00e9\u00e2tre. Il d\u00e9rive du cynisme authentique mais le d\u00e9nature.<\/p><p>Car le th\u00e9\u00e2tre a affaire avec cela. Exhibition et dissimulation, obsc\u00e9nit\u00e9 et secret, hypocrisie et r\u00e9v\u00e9lation, mais aussi philosophie et jouissance. Quelques chemins nous y m\u00e8nent. <em>Tartuffe <\/em>tout d\u2019abord. Qui ne se souvient de cette didascalie <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, rarissime chez Moli\u00e8re puisqu\u2019elle d\u00e9signe un r\u00e9gime moral de la parole, \u00ab\u00a0C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat qui parle\u00a0\u00bb\u00a0? O\u00f9 l\u2019auteur, inquiet soudain, doit marquer sa distance avec son personnage, pour soulever l\u2019image pieuse et faire appara\u00eetre le d\u00e9sir qu\u2019elle dissimule \u00e0 peine. Le cynique, c\u2019est ce sc\u00e9l\u00e9rat qui parle et, pire encore, sa parole est tellement forte que l\u2019auteur ou, du moins, le scripteur doit prendre la parole \u00e0 son tour pour \u00e9viter tout soup\u00e7on. Ce qu\u2019il ne peut faire \u00e9videmment que dans le po\u00e8me <em>\u00e9crit, <\/em>sauf anachronique brechtisme, car il n\u2019est de parole que des personnages. La didascalie est une indication de jeu dramatique et l\u2019auteur d\u00e9l\u00e8gue sa parole \u00e0 l\u2019acteur. \u00ab\u00a0C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat qui parle\u00a0\u00bb, mais Moli\u00e8re se montre aussi, comme un sage cynique, un Diog\u00e8ne, <em>versus <\/em>Tartuffe, Aristippe ou M\u00e9nippe de Sinope, puisqu\u2019il l\u00e8ve le masque \u00e0 l\u2019intention du lecteur et adopte la position de critique des m\u0153urs du cynisme antique. Et Don Juan, \u00e0 l\u2019acte V du <em>Festin de Pierre<\/em>, fait un expos\u00e9 complet du syst\u00e8me d\u2019hypocrisie, auquel il adh\u00e8re d\u00e9sormais et qui n\u2019ach\u00e8ve son personnage que pour le d\u00e9truire comme <em>ethos<\/em> dans la com\u00e9die. Il lui faut, \u00e0 cette fin, \u00e9lire un auditeur, ou un spectateur\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Je veux bien, Sganarelle, t\u2019en faire confidence, et je suis bien aise d\u2019avoir un t\u00e9moin du fond de mon \u00e2me, et des v\u00e9ritables motifs qui m\u2019obligent \u00e0 faire les choses. <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Don Juan avait, jusqu\u2019\u00e0 ce moment, montr\u00e9 un visage courageux et provoquant\u00a0; il avait proclam\u00e9, son d\u00e9sir, son m\u00e9pris du mariage et son scepticisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout engagement de sa parole\u00a0; mais l\u2019\u00e9talage de ce libertinage raisonn\u00e9 avait la couleur d\u2019un cynisme joyeux et sinc\u00e8re. La mue du personnage \u00e0 l\u2019acte V (\u00ab\u00a0eh quel homme, quel homme quel homme\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame Sganarelle) fait appara\u00eetre un autre personnage, un cynique lui-aussi, son double noir, rageur, furieux, qui, comme le premier, ne parvient \u00e0 exister que parce qu\u2019il a un t\u00e9moin, relai du lecteur ou du spectateur. La n\u00e9cessit\u00e9 du t\u00e9moin, explicit\u00e9e, th\u00e9\u00e2tralise l\u2019aveu. La mise en abyme de la parole cynique r\u00e9v\u00e8le alors une v\u00e9rit\u00e9 plus profonde, plus m\u00e9chante derri\u00e8re le masque du libertin. Et cette v\u00e9rit\u00e9 est celle d\u2019une d\u00e9faite, qui pr\u00e9c\u00e8de le chahut infernal et les feux de bengale du d\u00e9nouement. Car le th\u00e9\u00e2tre, par le miracle de la double \u00e9nonciation nous fait toucher du doigt cette exigence, inh\u00e9rente au cynisme, celle de la confession, ou de la profession. Le cynisme est <em>spectaculaire<\/em>.<\/p><p>Le cynisme est dans les cas \u00e9voqu\u00e9s ci-dessus, \u00e9troitement li\u00e9 au genre de la com\u00e9die. Le d\u00e9voilement critique touche aux m\u0153urs\u00a0et appartient \u00e0 l\u2019univers comique : Tartuffe ou Don Juan m\u00e9prisent les lois du mariage et c\u2019est leur <em>libido <\/em>qui se montre, obsc\u00e8ne dans le premier cas, d\u2019abord glorieuse dans le second, avant la r\u00e9signation et l\u2019acceptation des lois du monde qui la rendent honteuse. Ce cach\u00e9\u00a0\/ montr\u00e9 est un ressort comique, un jeu qui met en \u00e9vidence la joie illusoire du sujet. Et c\u2019est bien le registre du bas corporel qui est aux commandes. Le cynique installe le corps dans la philosophie\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Quand on examine de pr\u00e8s la bizarrerie des Cyniques, on trouve qu\u2019elle consistait principalement \u00e0 transporter au milieu de la soci\u00e9t\u00e9 les m\u0153urs de l\u2019\u00e9tat de nature. O\u00f9 ils ne s\u2019aper\u00e7urent point, ou ils se souci\u00e8rent peu du ridicule qu\u2019il y avait \u00e0 affecter parmi des hommes corrompus et d\u00e9licats, la conduite et les discours de l\u2019innocence des premiers temps, et la rusticit\u00e9 des si\u00e8cles de l\u2019Animalit\u00e9. <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Le paragraphe s\u2019ach\u00e8ve sur l\u2019<em>Animalit\u00e9<\/em> plac\u00e9e par les Cyniques au c\u0153ur de la soci\u00e9t\u00e9. Et celle-ci est donn\u00e9e comme <em>affectation, <\/em>ridicule aux yeux du monde, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle appartient \u00e0 la com\u00e9die. Et bien s\u00fbr, dans une perspective bakhtinienne, le cynisme vient ainsi carnavaliser la philosophie, renverser la m\u00e9taphysique.<\/p><p>La satire est au m\u00eame niveau que la com\u00e9die et c\u2019est bien ce qui appara\u00eet dans <em>Le Neveu de Rameau. <\/em><\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Tout ce qu\u2019il y avait dans les villes de la Gr\u00e8ce et de l\u2019Italie de bouffons, d\u2019impudents, de mendiants, de parasites, de gloutons et de fain\u00e9ants (et il y avait beaucoup de ces gens-l\u00e0 sous les empereurs) prit effront\u00e9ment le nom de <em>cyniques<\/em>. <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Les types des satires d\u2019Horace et du <em>Neveu de Rameau <\/em>sont tous l\u00e0. On rappellera ici l\u2019\u00e9blouissante d\u00e9monstration de Curtius <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> qui souligne l\u2019importance, pour l\u2019interpr\u00e9tation du <em>Neveu<\/em>, de l\u2019affichage g\u00e9n\u00e9rique, \u00ab\u00a0satire seconde\u00a0\u00bb, qui est son titre r\u00e9el dans les manuscrits conserv\u00e9s, et qui rel\u00e8ve, \u00e0 l\u2019appui de sa d\u00e9monstration, les emprunts directs \u00e0 Horace et tout l\u2019intertexte de la satire latine. La confrontation du Diog\u00e8ne du Neveu et de celui du philosophe s\u2019organise \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du jeu \u00e9nonciatif topique de la satire, selon l\u2019opposition entre la figure traditionnelle de l\u2019<em>adversarius <\/em>hostile et celle du satiriste. Mais c\u2019est une double voix satirique qui s\u2019origine dans le personnage du Neveu. La premi\u00e8re lorsqu\u2019il d\u00e9peint le monde des parasites et se met en sc\u00e8ne, dans le vilain repas chez Bertin. La seconde est celle qu\u2019il retourne contre la <em>persona <\/em>du satiriste, selon le principe de la r\u00e9flexivit\u00e9 de la satire. La satire frappe Bertin et ses commensaux, avant de se retourner contre Rameau, le satiriste. Le Moi philosophe sort alors de son r\u00f4le et se trouve \u00e9branl\u00e9, principalement dans sa figure d\u2019autorit\u00e9. Au philosophe qui lui demande s\u2019il e\u00fbt pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que son oncle, le grand Rameau, e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un brave homme, commun, un commer\u00e7ant par exemple, ou un g\u00e9nie m\u00e9chant et d\u00e9sagr\u00e9able, le Neveu r\u00e9pond ce qui suit et un d\u00e9bat s\u2019engage\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>LUI.- Pour lui, ma foi, peut-\u00eatre que de ces deux hommes, il e\u00fbt mieux valu qu\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le premier.<\/p><p>MOI.- Cela est m\u00eame infiniment plus vrai que vous ne le sentez.<\/p><p>LUI.- Oh ! vous voil\u00e0, vous autres ! Si nous disons [54] quelque chose de bien, c\u2019est comme des fous, ou des inspir\u00e9s ; par hasard. Il n\u2019y a que vous autres qui vous entendiez. Oui, monsieur le philosophe. Je m\u2019entends ; et je m\u2019entends ainsi que vous vous entendez <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Mais aussit\u00f4t apr\u00e8s que Rameau a eu raison de l\u2019autorit\u00e9 du philosophe, cet effet se retourne en une autre raison, cynique.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>MOI.- Voyons ; h\u00e9 bien, pourquoi pour lui ?<\/p><p>LUI.- C\u2019est que toutes ces belles choses-l\u00e0 qu\u2019il a faites ne lui ont pas rendu vingt mille francs ; et que s\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un bon marchand en soie de la\u00a0 rue Saint-Denis ou Saint- Honor\u00e9, un bon \u00e9picier en gros, un apothicaire bien achaland\u00e9, il e\u00fbt amass\u00e9 une fortune immense, et qu\u2019en l\u2019amassant, il n\u2019y aurait eu sorte de plaisirs dont il n\u2019e\u00fbt joui ; qu\u2019il aurait donn\u00e9 de temps en temps la pistole \u00e0 un pauvre diable de bouffon comme moi qui l\u2019aurait fait rire, qui lui aurait procur\u00e9 dans l\u2019occasion une jeune fille qui l\u2019aurait d\u00e9sennuy\u00e9 de l\u2019\u00e9ternelle cohabitation avec sa femme ; que nous aurions fait d\u2019excellents repas chez lui, jou\u00e9 gros jeu ; bu d\u2019excellents vins, d\u2019excellentes liqueurs, d\u2019excellents caf\u00e9s, fait des parties de campagne ; et vous voyez que je m\u2019entendais. Vous riez. Mais laissez-moi dire. Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 mieux pour ses entours. <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/p><\/blockquote><p>On ajouterait les coups d\u2019estoc port\u00e9s par les horribles anecdotes cyniques ass\u00e9n\u00e9es par le Neveu au philosophe atterr\u00e9. Sur un autre plan on pourrait nous objecter le secret, dans lequel Diderot a enferm\u00e9 son chef d\u2019\u0153uvre, et qui aurait pour cons\u00e9quence de priver le cynisme de sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Mais Diderot a toujours eu en vue la post\u00e9rit\u00e9 et, d\u2019autre part, la perspective de la publicit\u00e9, essentielle au cynisme, est bien pr\u00e9sente\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Tous les pousse-bois avaient quitt\u00e9 leurs \u00e9chiquiers et s\u2019\u00e9taient rassembl\u00e9s autour de lui. Les fen\u00eatres du caf\u00e9 \u00e9taient occup\u00e9es, en dehors, par les passants qui s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s au bruit. On faisait des \u00e9clats de rire \u00e0 entrouvrir le plafond. Lui n\u2019apercevait rien\u00a0; [\u2026] <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Le d\u00e9cor du caf\u00e9, du Palais-Royal et la pr\u00e9sence ici du public, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la fiction ne sont pas sans signification politique, comme l\u2019avait remarqu\u00e9 Pierre Saint-Amand <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. La soci\u00e9t\u00e9 se r\u00e9unit dans un rire dont l\u2019objet est la figure du cynique, mais ce rire fait peser sur elle le soup\u00e7on, un soup\u00e7on port\u00e9 par le narrateur et confirm\u00e9 par la seconde apparition de Diog\u00e8ne, auquel s\u2019identifie alors le philosophe, le Diog\u00e8ne antique, \u00ab\u00a0en bronze ou en marbre\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, celui qui fut honor\u00e9 d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9 <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Si la th\u00e9orie politique des Lumi\u00e8res est une th\u00e9orie du lien social et de la citoyennet\u00e9 possible, le rire des spectateurs, qui frappe le bouffon cynique, cr\u00e9e entre eux un lien illusoire\u00a0; Diog\u00e8ne le philosophe, lui, pr\u00e9f\u00e8re la s\u00e9cession\u00a0: le Cynique manifeste ainsi, moins le rejet du projet social et politique des Lumi\u00e8res qu\u2019une forme de questionnement amer et sceptique. C\u2019est ici la limite m\u00eame \u00e0 laquelle Diderot conduit sa pens\u00e9e, limite d\u2019une pens\u00e9e morale \u00e0 laquelle il se laisse mener par le Neveu et qu\u2019il ne pouvait tenir contin\u00fbment.<\/p><p>Le th\u00e9\u00e2tre tragique dit lui-aussi quelque chose du cynisme. Comment ne pas songer au <em>Mahomet<\/em>\u00a0de Voltaire ? le h\u00e9ros a adopt\u00e9, ou pr\u00e9tend avoir adopt\u00e9, sauf sur un point essentiel, les usages des philosophes cyniques\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Ma vie est un combat et ma frugalit\u00e9<\/p><p>Asservit la nature \u00e0 mon aust\u00e9rit\u00e9.<\/p><p>J\u2019ai banni loin de moi cette liqueur tra\u00eetresse<\/p><p>Qui nourrit des humains la brutale mollesse\u00a0:<\/p><p>Dans les sables br\u00fblants, sur des rochers d\u00e9serts,<\/p><p>Je supporte avec toi l\u2019incl\u00e9mence des airs. <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Il ne s\u2019\u00e9carte de cette sagesse que sur un point, les femmes et la passion qu\u2019il \u00e9prouve pour Palmire. Une sc\u00e8ne magnifique oppose Mahomet \u00e0 Zopire, o\u00f9 le h\u00e9ros \u00e9ponyme d\u00e9voile sans fard ses vastes projets de conqu\u00eate, o\u00f9 il ne daigne pas se cacher derri\u00e8re la religion, dont il est le fondateur et dont il avoue l\u2019imposture.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Si j\u2019avais \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 d\u2019autres qu\u2019\u00e0 Zopire,<\/p><p>Je ne ferais parler que le dieu qui m\u2019inspire.<\/p><p>Le glaive et l\u2019Alcoran dans mes sanglantes mains<\/p><p>Imposeraient silence au reste des humains. <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Jusque \u00e0 ce moment de la pi\u00e8ce, l\u2019imposture de <em>Mahomet<\/em> \u00e9tait d\u00e9nonc\u00e9e par son ennemi, d\u00e9sign\u00e9e par <em>l\u2019autre<\/em>, \u00e0 moins qu\u2019elle ne soit dite <em>en confidence <\/em>(\u00e0 Omar, qui occupe la fonction structurelle du confident), et voici qu\u2019elle s\u2019affiche avec son <em>moi<\/em>, et qu\u2019elle s\u2019affirme dans sa confrontation avec son ennemi. Zopire d\u00e9non\u00e7ait un pros\u00e9lytisme mensonger et son adversaire renonce d\u2019embl\u00e9e \u00e0 le convaincre de la v\u00e9rit\u00e9 de sa religion mais affirme son <em>utilit\u00e9<\/em>. La religion n\u2019est que l\u2019instrument d\u2019une conqu\u00eate politique. Ce discours cynique de Mahomet n\u2019est possible que dans la double \u00e9nonciation th\u00e9\u00e2trale\u00a0: secret, puisqu\u2019il n\u2019y a que deux interlocuteurs, public puisqu\u2019il est ass\u00e9n\u00e9 comme un coup de massue, non \u00e0 un confident mais \u00e0 un ennemi, qui pourra bien le publier mais ne sera ni cru ni cr\u00e9dible, public encore mais soumis au pouvoir de d\u00e9n\u00e9gation qui frappe le public plac\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du quatri\u00e8me mur. Le cynisme de Mahomet tient \u00e0 la conscience exacte qu\u2019il a de la situation dans laquelle il met son adversaire. Mais Voltaire s\u2019implique-t-il dans la parole cynique\u00a0? Aucune didascalie analogue \u00e0 celle de Moli\u00e8re ne sugg\u00e8re une intention de se couvrir. Les spectateurs de la pi\u00e8ce sont confront\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9talage d\u2019une imposture qui pouvait \u00e9voquer le <em>Trait\u00e9 des trois imposteurs<\/em>, sans doute connu d\u2019une partie du public. Un imposteur qui touche aux deux autres, Mo\u00efse et J\u00e9sus-Christ. La force et la raison manifest\u00e9es par Mahomet portent au-del\u00e0 du dialogue dramatique. Ce cynisme-l\u00e0 est probablement intentionnel, inqui\u00e9tant mais souriant \u2013 m\u00eame s\u2019il est difficile de le prouver de fa\u00e7on irr\u00e9futable \u2013 comme le sugg\u00e8rent le jeu de d\u00e9n\u00e9gations dans l\u2019\u00e9change de lettres avec Beno\u00eet XIV et certains traits d\u2019humour de la d\u00e9dicace \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric II, auteur, comme on sait d\u2019un <em>Anti-Machiavel. <\/em>Il a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u par certains contemporains et Rousseau le soup\u00e7onne dans l\u2019\u00e9loge qu\u2019il fait de cette trag\u00e9die dans la <em>Lettre \u00e0 d\u2019Alembert.<\/em><\/p><p>\u00ab\u00a0Mahomet n\u2019est ici autre chose que Tartuffe, les armes \u00e0 la main\u00a0\u00bb \u00e9crit Voltaire dans la d\u00e9dicace \u00ab\u00a0\u00e0 sa Majest\u00e9 de roi de Prusse\u00a0\u00bb. Voltaire met en lumi\u00e8re le fondement m\u00eame de la religion, un discours qui masque une violence et, de fait, lui appartient. Le Tartuffe de Moli\u00e8re lui-m\u00eame obtient une victoire en prenant appui sur le violence de l\u2019\u00c9tat, et si celle-ci lui \u00e9chappe, <em>in fine<\/em>, c\u2019est gr\u00e2ce seulement \u00e0 la transcendance royale, celle d\u2019\u00ab\u00a0un Prince dont les yeux se font jour dans les c\u0153urs\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. On touche l\u00e0 \u00e0 un autre aspect du cynisme de Mahomet, absent de l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>: il est l\u2019expression d\u2019un rapport de forces. Mahomet peut se d\u00e9couvrir \u00e0 Zopire parce qu\u2019il est le plus fort. Parce qu\u2019il est le plus grand\u00a0: si ses actions sont injustifiables au point de vue moral, si elles ne trouvent de fondement religieux que dans le mensonge, elles ont une raison dans l\u2019histoire\u00a0; elles manifestent un immense projet de conqu\u00eate et de domination \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb. Le choix du monoth\u00e9isme n\u2019est, aux yeux de Mahomet, que l\u2019instrument de l\u2019unit\u00e9 des peuples arabes sous une souverainet\u00e9 unique, th\u00e9ologique et politique. \u00a0Le cynisme comme <em>performance <\/em>est l\u2019exercice de cette domination, sur autrui et au-del\u00e0, sur les faibles, sur les peuples. Et comme tel il \u00e9blouit, il s\u00e9duit. Rousseau l\u2019avait compris, qui, dans le commentaire qu\u2019il fait de cette sc\u00e8ne, apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 morale de Zopire, \u00e9crit\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>De plus je crains bien, par rapport \u00e0 Mahomet, qu\u2019aux yeux des spectateurs, sa grandeur d\u2019\u00e2me ne diminue beaucoup l\u2019atrocit\u00e9 de ses crimes\u00a0; et qu\u2019une pareille pi\u00e8ce, jou\u00e9e devant des gens en \u00e9tat de choisir, ne fit plus de Mahomet que de Zopires. Ce qu\u2019il y a, du moins de bien s\u00fbr c\u2019est que de pareils exemples ne sont gu\u00e8re encourageants pour la vertu. <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a><\/p><\/blockquote><p>La \u00ab\u00a0grandeur d\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb du cynique, autrement dit sa s\u00e9duction esth\u00e9tique, et l\u2019admiration qu\u2019il \u00e9veille, \u00e0 l\u2019instar des h\u00e9ros corn\u00e9liens.<\/p><p>Car cet effet du cynisme sur le spectateur, admiration, sid\u00e9ration est bien d\u2019origine corn\u00e9lienne\u00a0: dans ses <em>Commentaires sur Corneille<\/em>, Voltaire admet, par exemple, la nature tragique des situations les plus r\u00e9voltantes de <em>Sophonisbe<\/em>, tout en d\u00e9plorant leur traitement, comique \u00e0 ses yeux. Sophonisbe affirme clairement, simplement, en face de Syphax, son mari, sa volont\u00e9, son d\u00e9sir\u00a0et sa d\u00e9cision : ne pas \u00eatre parmi les vaincus, \u00e9pouser le plus fort sans s\u2019embarrasser du mariage qui l\u2019unit \u00e0 lui, maintenir intact son moi, dans sa gloire. Aux yeux de Mahomet, ne compte aucune des valeurs communes, sociales, morales. Le droit\u00a0? C\u2019est<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>\u00ab\u00a0Le droit qu\u2019un esprit vaste, et ferme en ses desseins,<\/p><p>A sur l\u2019esprit grossier des vulgaires humains.\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Dans l\u2019<em>Essai sur les m\u0153urs<\/em>, Voltaire pr\u00eate ce mot \u00e0 la mar\u00e9chale d\u2019Ancre\u00a0: \u00ab\u00a0Mon sortil\u00e8ge a \u00e9t\u00e9 le pouvoir que les \u00e2mes fortes doivent avoir sur les esprits faibles\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Avec l\u2019\u00e9nonc\u00e9 cynique la force de celui qui parle suffit \u00e0 attester la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0 \u00ab\u00a0Les faux cyniques \u2013 est-il \u00e9crit dans l\u2019article cynique \u2013 furent une populace de brigands travestis en philosophes.\u00a0\u00bb Car en v\u00e9rit\u00e9, ce que Mahomet affirme, ce sont en effet des sophismes, dont Zopire d\u00e9monte la rh\u00e9torique, mais qui deviennent v\u00e9rit\u00e9s dans l\u2019histoire\u00a0: les conqu\u00eates de Mahomet en font des v\u00e9rit\u00e9s. C\u2019est la violence qui fait la raison.\u00a0 Le cynisme est une de ces langues dont Victor Klemperer a analys\u00e9 la grammaire et dont nous voyons tous les jours la pratique aux \u00c9tats-Unis. Sans la force qu\u2019elles affirment, sans leur imposition brutale, elles ne sont qu\u2019un chaos insignifiant mais tr\u00e8s efficace. C\u2019est la langue de l\u2019<em>emprise<\/em>.<\/p><p>Si Mahomet ne daigne pas mentir \u00e0 Zopire, le mensonge n\u2019est est pas moins essentiel \u00e0 son projet et, en politique, c\u2019est un Tartuffe. Mais le mensonge parfait dispara\u00eet en lui-m\u00eame\u00a0: il ne peut entrer en cynisme qu\u2019en se renversant sur la sc\u00e8ne, sur une sc\u00e8ne comme le manteau d\u2019Antisth\u00e8ne. Le cynisme remarqu\u00e9 dans la sc\u00e8ne avec Zopire, o\u00f9 Mahomet affirme non la v\u00e9rit\u00e9 mais sa v\u00e9rit\u00e9, atteint son paroxysme dans la fausse ordalie finale. \u00ab\u00a0Que ce dieu soit juge entre S\u00e9ide et moi. \/ De nous deux, \u00e0 l\u2019instant que le coupable expire\u00a0!\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a> et le malheureux, empoisonn\u00e9, meurt aussit\u00f4t \u00e0 la vue du peuple. La dramaturgie de la mise en abyme atteint ici son effet gr\u00e2ce \u00e0 un fonctionnement complexe. Les com\u00e9diens de <em>Hamlet <\/em>r\u00e9v\u00e8lent la v\u00e9rit\u00e9 de ce qui est advenu \u00e0 des spectateurs de la cour, \u00e0 l\u2019assassin, qui la conna\u00eet, et au machiniste, le h\u00e9ros, qui en fait une arme pour atteindre Claudius et sa m\u00e8re. Chez Voltaire le th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre est une arme de l\u2019assassin. Le spectacle politique est destin\u00e9 au peuple qu\u2019il soumet \u00e0 l\u2019emprise du despote. C\u2019est un effet semblable \u00e0 celui qu\u2019on observe au troisi\u00e8me acte de <em>La Mort de C\u00e9sar<\/em>, o\u00f9 Voltaire s\u2019inspire de Shakespeare : c\u2019est la rh\u00e9torique politique, mani\u00e9e par Marc Antoine, dont le po\u00e8te d\u00e9nonce le cynisme et qui est le ressort de la manipulation de la foule. Mais la d\u00e9nonciation se retourne\u00a0: apr\u00e8s tout le peuple est une victime consentante du d\u00e9magogue ou du fanatique et l\u2019on soup\u00e7onne que le po\u00e8te n\u2019est pas exempt du cynisme qu\u2019il d\u00e9nonce.<\/p><p>Peter Sloterdijk souligne que la confrontation politique du cynisme, <em>la fausse conscience \u00e9clair\u00e9e<\/em> <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, et de la raison se love au sein m\u00eame de l\u2019<em>Aufkl\u00e4rung<\/em>. Il \u00e9voque l\u2019<em>Anti-Machiavel<\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric II \u2013 et on sait la part qu\u2019a prise Voltaire \u00e0 ce livre\u00a0: \u00ab\u00a0il a rejet\u00e9 la technique de domination ouvertement cynique de l\u2019ancien art politique\u00a0; monarque, il a d\u00fb devenir l\u2019incarnation la plus r\u00e9flexive du savoir dominateur modernis\u00e9. C\u2019est dans sa philosophie politique qu\u2019on a coup\u00e9 les nouveaux v\u00eatements du pouvoir et qu\u2019on a form\u00e9 l\u2019art de la r\u00e9pression selon l\u2019esprit du temps.\u00a0\u00bb Fr\u00e9d\u00e9ric II acc\u00e8de ainsi \u00e0 un nouveau cynisme, \u00ab\u00a0cach\u00e9 dans sa m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb, n\u00e9cessaire \u00e0 son travail de monarque <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. La trag\u00e9die de Voltaire illustre la double faille, ouverte par le cynisme, dans l\u2019optimisme rationnel des Lumi\u00e8res, confront\u00e9es \u00e0 leurs propres limites. La critique op\u00e9r\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre d\u00e9voile le <em>fanatisme <\/em>, instrument de Mahomet, mais elle est atteinte elle-m\u00eame par le cynisme du despote. Car le cynisme de Mahomet trahit une blessure profonde chez Voltaire, un aveu d\u2019impuissance. Et, de mani\u00e8re diff\u00e9rente, celui du Neveu, un \u00e9tourdissement amer du philosophe, de Diderot. Il r\u00e9v\u00e8le aussi la plasticit\u00e9 des Lumi\u00e8res, qui peuvent int\u00e9grer ce qui les menace, le surmonter, le th\u00e9\u00e2traliser et en rire parfois.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Mais aussi sur le Marivaux de <em>L\u2019Indigent philosophe<\/em>, de <em>La Seconde Surprise de l\u2019amour <\/em>et de <em>La Fausse Suivante<\/em>, ou sur le Diderot de <em>Est-il bon\u00a0? Est-il m\u00e9chant\u00a0?<\/em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><\/a><\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Bien des passages de l\u2019ouvrage encore in\u00e9dit de Jean-Christophe Igalens, <em>\u00c9critures du m\u00e9pris au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Marivaux, Rousseau, Diderot,<\/em> <em>Casanova)<\/em> nous rejoindraient dans notre analyse.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1437-0\/\">*CYNIQUE<\/a>, \u00a74.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Le R\u00eave de d\u2019Alembert<\/em>, CFL, t. VIII p. 157.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Lettre sur les aveugles, <\/em>CFL, t. II, p. 173<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Jean Starobinski, <em>Diderot, Un Diable de ramage, <\/em>Paris, Gallimard, 2012, p. 218.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Salon <\/em>de 1767, CFL, t. VII, p. 156<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Regrets sur ma vieille robe de chambre<\/em>, CFL VIII, p. 8.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Tartuffe<\/em>, acte IV, sc\u00e8ne 5, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, \u00e9d. Georges Forestier et Claude Bourqui, tome 2, p. 168.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Don Juan,<\/em> acte V sc\u00e8ne 2, \u00e9d. cit. p. 896.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1437-0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">*CYNIQUE<\/a>, \u00a72.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1437-0\/\">*CYNIQUE<\/a>, \u00a78.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Ernst Robert Curtius,<em> La Litt\u00e9rature europ\u00e9enne et le Moyen \u00e2ge latin, <\/em>[1948], Presses Universitaires de France, 1956.<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Diderot, <em>Le Neveu de Rameau<\/em>, dans <em>Contes et romans<\/em>, \u00e9d. Michel Delon, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Paris, Gallimard, 2004, p.591.<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Ibid<\/em> p. 642.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Pierre Saint-Amand, <em>Les Lois de l\u2019hostilit\u00e9<\/em>, \u00e9ditions du Seuil, p. 155<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Diderot, <em>Le Neveu de Rameau, <\/em>dans <em>Contes et romans<\/em>, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Paris, Gallimard, 2004, p.588.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> On pla\u00e7a sur son tombeau une colonne de marbre de Paros, avec le chien, symbole de la secte\u00a0; et ses concitoyens s\u2019empress\u00e8rent \u00e0 l\u2019envi d\u2019\u00e9terniser leurs regrets, et de s\u2019honorer eux-m\u00eames en enrichissant ce monument d\u2019un grand nombre de figures d\u2019airain. Ce sont ces figures froides et muettes qui d\u00e9posent avec force contre les calomniateurs de Diog\u00e8ne\u00a0; et c\u2019est elles que j\u2019en croirai, parce qu\u2019elles sont sans passion. Article Cynique.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Mahomet<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Voltaire<\/em>, Voltaire Foundation, Oxford 2002, t.20B, acte II, sc\u00e8ne 4, p. 204.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Ibid., <\/em>acte II, sc\u00e8ne 5, p. 207 et 208.<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> <em>Tartuffe, <\/em>acte V sc\u00e8ne derni\u00e8re, \u00e9d. Forestier<em>, <\/em>biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Gallimard, 2010, p. 189<em>.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Jean-Jacques Rousseau, <em>Lettre \u00e0 d\u2019Alembert sur les spectacles, <\/em>Classiques Garnier, p. 319.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Mahomet,<\/em> acte II, sc\u00e8ne 5, \u00e9d. cit., p. 210.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Voltaire, <em>Essai sur les m\u0153urs, <\/em>II, 574, cit\u00e9 par Christopher Todd, dans <em>Mahomet, <\/em>\u00e9d. cit. p. 210<em>.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> <em>Mahomet<\/em>, acte V, sc\u00e8ne 4, \u00e9d. cit., p. 294.<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Peter Sloterdijk, <em>Critique de la raison cynique,<\/em>[ Suhrkamp Verlag, 1983] , traduction Hans Hildenbrand, Christian Bourgois 1987, p. 28<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Voir <em>ibid.<\/em> p. 113.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 J\u2019aimerais proposer ici quelques r\u00e9flexions sur une question qui s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi \u00e0 plusieurs reprises, au d\u00e9tour d\u2019\u00e9tudes 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