{"id":868,"date":"2025-03-25T00:55:25","date_gmt":"2025-03-24T23:55:25","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=868"},"modified":"2025-05-13T11:31:03","modified_gmt":"2025-05-13T09:31:03","slug":"lhomme-comme-animal-entretien-entre-diderot-et-rousseau-autour-de-larticle-droit-naturel-morale-dans-lencyclopedie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=868","title":{"rendered":"L&rsquo;homme comme animal : entretien entre Diderot et Rousseau autour de l&rsquo;article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span>, (<i>Morale.<\/i>) dans l&rsquo;<i>Encyclop\u00e9die<\/i>"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"868\" class=\"elementor elementor-868\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-965a319 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"965a319\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-8fe338e elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"8fe338e\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Diderot et Rousseau se connaissaient tr\u00e8s bien dans les ann\u00e9es dix-sept cent quarante et cinquante\u00a0: ils \u00e9taient intimes depuis 1743, sans doute l&rsquo;ann\u00e9e de leur premi\u00e8re rencontre, jusqu&rsquo;\u00e0 leur querelle publique et leur rupture en 1758<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.\u00a0 La querelle \u00e9tait en partie personnelle, prenant sa source dans leur diff\u00e9rence de caract\u00e8re marqu\u00e9e. Mais elle \u00e9tait exacerb\u00e9e par la tension qui s&rsquo;installait dans le triangle qui se formait, compos\u00e9 de Diderot, Rousseau et le nouvel arriv\u00e9 Grimm, un intellectuel allemand qui s&rsquo;\u00e9tait transplant\u00e9 \u00e0 Paris, et qui semble avoir agi comme agent d\u00e9stabilisateur et semeur de d\u00e9saccord. Mais tout de m\u00eame, Rousseau et Diderot se disputaient surtout sur les id\u00e9es en d\u00e9bat, qu&rsquo;ils traitaient en forme d&rsquo;articles pour l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, surtout en philosophie, en politique et en musique. Pendant la p\u00e9riode o\u00f9 ils avaient confiance l&rsquo;un en l&rsquo;autre, Diderot avait m\u00eame corrig\u00e9 pour Rousseau les \u00e9preuves du <em>Discours sur les sciences et les arts<\/em> (1750), car Rousseau \u00e9tait malade. Plus tard, en parlant du <em>Discours sur l&rsquo;origine et les fondements de l&rsquo;In\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes <\/em>(1755), Rousseau, dans un moment peut-\u00eatre un peu fou, accusera Diderot de lui en avoir quasiment dict\u00e9 une partie et de l&rsquo;avoir encourag\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper sa pens\u00e9e dans une direction que lui, Diderot, allait esquisser dans certaines de ses \u0153uvres. \u00a0En fait, Rousseau publie ce deuxi\u00e8me discours quelque peu avant la parution du tome V de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die,<\/em> qui contient l&rsquo;article qui nous concerne.<\/p><p>Rousseau dans sa correspondance se montre tr\u00e8s bien inform\u00e9 sur le progr\u00e8s du volume. Davantage, son article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-596-0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9CONOMIE ou \u0152CONOMIE, (<em>Morale &amp; Politique<\/em>.)<\/a> citera l&rsquo;article de Diderot <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/a>, (<em>Morale<\/em>.) paru dans le m\u00eame volume. D&rsquo;autres ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tudi\u00e9 ces articles<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Tout se passe en ce moment &#8211; l&rsquo;an 1755 &#8211; comme si le lecteur assistait \u00e0 une exploration de leurs diff\u00e9rends par deux philosophes qui, quoiqu&rsquo;amis, divergeaient de plus en plus. \u00a0Je m&rsquo;\u00e9tendrai ici sur une diff\u00e9rence surtout : \u00ab\u00a0la fixit\u00e9 des esp\u00e8ces\u00a0\u00bb, pour emprunter le vocabulaire de l&rsquo;\u00e9poque. Il s&rsquo;agissait de d\u00e9cider si les esp\u00e8ces animales ont toujours \u00e9t\u00e9 aussi stables qu&rsquo;elles pouvaient para\u00eetre \u00e0 la plupart des naturalistes du si\u00e8cle. Ce probl\u00e8me s&rsquo;ins\u00e8re dans une \u00e9tude poursuivie \u00e0 travers l&rsquo;Europe pendant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> s. et les six premi\u00e8res d\u00e9cennies du XIX<sup>e <\/sup>s., pour aboutir aux id\u00e9es plus d\u00e9velopp\u00e9es d&rsquo;Alfred Wallace et plus particuli\u00e8rement, celles de Charles Darwin dans <em>l&rsquo;Origine des Esp\u00e8ces<\/em> de 1859.<\/p><p>Les paragraphes qui suivent prennent la forme d&rsquo;une sp\u00e9culation sur le diff\u00e9rend entre Diderot et Rousseau autour du probl\u00e8me de l&rsquo;animalit\u00e9, pour ainsi dire, de l&rsquo;homme.<\/p><p>Comme on sait, la France du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne se r\u00e9gissait pas par un syst\u00e8me de partis politiques, qui s&rsquo;exprimeraient dans une assembl\u00e9e publique et constitutionnelle. Contrairement \u00e0 l&rsquo;Angleterre, en France des groupements d&rsquo;int\u00e9r\u00eats se formaient autour d&rsquo;une base r\u00e9gionale ou d&rsquo;un personnage puissant. La situation \u00e9tait autre au Royaume-Uni, comme on nommait le pays apr\u00e8s 1707. C&rsquo;\u00e9tait par la \u00ab\u00a0crise de l&rsquo;exclusion\u00a0\u00bb (1679-1681) que la famille du roi d&rsquo;alors, Jacques II, \u00e9tait exclue de la succession, parce que de religion catholique. En Grande-Bretagne, la crise rendait plus nette la diff\u00e9rence entre les partis, qui ainsi s&rsquo;opposaient \u00e9galement par la religion. Tandis qu&rsquo;en France, les structures politiques \u00e9taient moins tranch\u00e9es. Plus m\u00eame, le terme \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb qui d\u00e9crivait les groupes sociaux dans la France d&rsquo;avant la R\u00e9volution s&rsquo;appliquait plut\u00f4t aux diff\u00e9rences qu&rsquo;on croyait percevoir dans le statut social qu&rsquo;\u00e0 des distinctions r\u00e9elles. Ainsi le mot avait comme une consonance historique, se r\u00e9f\u00e9rant aux fonctions qu&rsquo;on attribuait aux habitants dans le pass\u00e9, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. La distinction des trois \u00ab\u00a0ordres\u00a0\u00bb, clerg\u00e9, noblesse, \u00ab\u00a0tiers \u00e9tat\u00a0\u00bb, \u00e9tait sp\u00e9cifique \u00e0 la France et \u00e9tait la forme de groupement \u00e0 laquelle on recourait, quand apr\u00e8s la prise de la Bastille, on tentait de former un nouveau syst\u00e8me de gouvernement. On peut noter qu&rsquo;on abandonnait un autre vocable \u00ab\u00a0gentilhomme\u00a0\u00bb, qui, comme \u00ab\u00a0de condition\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0de qualit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9tait pourtant disponible \u00e0 ceux qui voulaient \u00e9viter \u00ab\u00a0noble\u00a0\u00bb, sujet \u00e0 pol\u00e9mique.<\/p><p>Je voudrais sugg\u00e9rer ici que Diderot, \u00e0 travers l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, constitue consciemment ce que ses ennemis baptisaient <em>le parti encyclop\u00e9die<\/em>, non pas au sens anglais d&rsquo;un parti politique, mais en d\u00e9signant ainsi des gens qui formaient un groupe distinct d&rsquo;artisans, de connaisseurs et d&rsquo;\u00e9crivains, \u00e0 qui il allait proposer des articles pour l&rsquo;\u00e9norme vari\u00e9t\u00e9 de sujets qu&rsquo;il fallait rassembler pour l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die ou Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences , des arts et des m\u00e9tiers, par une soci\u00e9t\u00e9 de gens de lettres<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. On en voit la preuve me semble-t-il, dans le proc\u00e9d\u00e9 par lequel il a confi\u00e9 les articles sur des sujets religieux ou m\u00e9taphysiques, m\u00eame s&rsquo;il semble qu&rsquo;il soit intervenu dans le texte de certains<em>.<\/em> Il a engag\u00e9 tout un groupe d&rsquo;abb\u00e9s, religieux assez jeunes, \u00e0 r\u00e9diger une s\u00e9rie d&rsquo;essais importants\u00a0; les articles sont souvent \u00e9tendus. Je nomme ici trois d&rsquo;entre eux : l&rsquo;abb\u00e9 Yvon (1714-1791), l&rsquo;abb\u00e9 de Prades (?1720-1782), et l&rsquo;abb\u00e9 Mallet (1713-1755)<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Il est vraisemblable qu\u2019en c\u00e9dant \u00e0 ces pr\u00eatres de son \u00e2ge, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, la r\u00e9daction d&rsquo;articles importants, Diderot entendait d\u00e9montrer au grand public qu&rsquo;il existait dans l&rsquo;actualit\u00e9 religieuse en France \u2013 surtout parmi les plus jeunes \u2013 un courant de pens\u00e9e plus tol\u00e9rant, plus lib\u00e9ral. En engageant Rousseau \u00e0 \u00e9crire l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-596-0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9CONOMIE ou \u0152CONOMIE, (<em>Morale &amp; Politique<\/em>.)<\/a>, qui a vu le jour dans le tome V de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0 (si en effet les choses se sont pass\u00e9es ainsi, plut\u00f4t que d&rsquo;imaginer que Rousseau aurait offert spontan\u00e9ment l&rsquo;article \u00e0 Diderot, sc\u00e9nario tr\u00e8s peu plausible), Diderot aurait peut-\u00eatre cherch\u00e9 \u00e0 ajouter un article brillant et novateur \u00e0 un groupe de textes d\u00e9j\u00e0 parus, dont le plus important \u00e9tait son propre <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3753-1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Autorit\u00e9 politique<\/span><\/a>, publi\u00e9 en 1751 dans le tome I, et qui avait caus\u00e9 une lev\u00e9e de boucliers \u00e0 sa parution. En d\u2019autres termes, Diderot voulait peut-\u00eatre s&rsquo;assurer que l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die <\/em>allait jouer un r\u00f4le tout aussi important dans la diss\u00e9mination d\u2019une pens\u00e9e religieuse et d\u2019une m\u00e9taphysique avanc\u00e9es que celui qu&rsquo;elle commen\u00e7ait \u00e0 assumer dans la diffusion des connaissances des proc\u00e9d\u00e9s manufacturiers ou des techniques professionnelles dans la m\u00e9decine ou la ferronnerie.<\/p><p>On consid\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral que l&rsquo;article de Rousseau est li\u00e9 de fa\u00e7on assez proche au <em>Manuscrit de Gen\u00e8ve<\/em>, version comme anticip\u00e9e du <em>Contrat social. <\/em>Les deux \u00e9crits contiennent en fait deux passages qui leur sont communs. Pourtant ce qui touche de plus pr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;argument que je soutiens ici est un d\u00e9veloppement qu&rsquo;entreprend Rousseau : ayant distingu\u00e9 entre la souverainet\u00e9 et un gouvernement quelconque, l&rsquo;article propose le concept d&rsquo;une <em>Volont\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale<\/em>, qu&rsquo;on pourrait tenir pour la contribution la plus importante qu&rsquo;aurait faite Rousseau dans le domaine de la philosophie politique.<\/p><p>Rousseau admet sans r\u00e9serve dans cet article qu&rsquo;il a emprunt\u00e9 la notion \u00e0 l&rsquo;article de Diderot <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/a>, (<em>Morale<\/em>.) publi\u00e9 dans le m\u00eame volume. Il est donc \u00e9vident que Rousseau l&rsquo;avait lu avant l&rsquo;impression du tome V, ou avant de reconna\u00eetre cette dette. Cela prouve-t-il autre chose que sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 intellectuelle envers Diderot en 1755 avant leur querelle, et la lib\u00e9ralit\u00e9 avec laquelle Diderot r\u00e9pandait ses id\u00e9es, ces deux points \u00e9tant v\u00e9rifiables par d&rsquo;autres sources <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> ? Je crois que oui. En premier lieu, il y a des indices que les deux articles sont des additions tardives au volume (ceci reste une sp\u00e9culation, car jusqu&rsquo;ici des preuves hors du tome V n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es)<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. L&rsquo;article de Diderot, plac\u00e9 sous le d\u00e9signant \u00ab\u00a0<em>morale<\/em>\u00a0\u00bb, appara\u00eet en t\u00eate de toute une s\u00e9rie d&rsquo;articles touchant le \u00ab\u00a0Droit\u00a0<em>\u00bb<\/em>, entre autres, un autre article portant le m\u00eame titre, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-30\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit de la Nature<\/span>,\u00a0<span class=\"italic\"><em>ou<\/em> <span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/span><\/a>, sign\u00e9 d&rsquo;un A, qui d\u00e9signe le juriste Boucher d&rsquo;Argis. Cet article contient un compte rendu hostile du <em>De Cive <\/em>de Hobbes<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7],<\/a> et un pr\u00e9cis des <em>Principes du droit naturel<\/em> (1747) de Burlamaqui, qui reconna\u00eet \u00e0 l&rsquo;homme la libert\u00e9 de choisir entre le bien et le mal, et qui fonde les droits naturels sur la libert\u00e9 humaine et l&rsquo;existence de Dieu<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Du point de vue de Diderot, qui est ath\u00e9e, Boucher d&rsquo;Argis, a tort<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Que Diderot ait voulu indiquer au lecteur une autre direction de pens\u00e9e en ins\u00e9rant au d\u00e9but de la s\u00e9rie un article qu&rsquo;il aurait lui-m\u00eame r\u00e9dig\u00e9, est probable. Mais c&rsquo;est peut-\u00eatre plus compliqu\u00e9.<\/p><p>Le <em>Discours sur l&rsquo;origine et les fondements de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9<\/em> de Rousseau avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 seulement quelques mois avant le cinqui\u00e8me volume de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Rousseau devait dire plus tard que cet \u00e9crit \u00e9tait plus au go\u00fbt de Diderot que ses autres \u0153uvres. Dans cette \u0153uvre \u2013 \u00e0 mon avis la plus forte de toutes les \u0153uvres de Rousseau \u2013 la raison est pr\u00e9sent\u00e9e comme faisant partie d&rsquo;un d\u00e9veloppement de l&rsquo;homme qui est en fait une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, et certainement un pas qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pitoyable des soci\u00e9t\u00e9s modernes : \u00ab Si la nature nous a destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre sains, j\u2019ose presque assurer que l\u2019\u00e9tat de r\u00e9flexion est un \u00e9tat contre Nature, et que l\u2019homme qui m\u00e9dite est un animal d\u00e9prav\u00e9<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0\u00bb. Pourtant, il ne se peut pas que le Diderot de 1755 ait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;accord avec une telle affirmation. Dans une lettre priv\u00e9e de la m\u00eame ann\u00e9e, il s&rsquo;en moque :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Celui qui m\u00e9dite n\u2019est peut-\u00eatre pas un animal d\u00e9prav\u00e9, mais je suis bien s\u00fbr qu\u2019il ne tardera pas \u00e0 \u00eatre un animal mal sain. Rousseau continue de m\u00e9diter et de se porter mal. Votre serviteur continue de m\u00e9diter et ne se porte pas trop bien. [\u2026] Je n\u2019aime ni les glands ni les tani\u00e8res ni le creux des ch\u00eanes. Il me faudrait un carrosse, un appartement commode, du linge fin, une fille parfum\u00e9e, et je m\u2019accommoderais volontiers de tout le reste des mal\u00e9dictions de notre \u00e9tat civilis\u00e9.<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/p><\/blockquote><p>On pourrait lire ce paragraphe comme une exacerbation de ses diff\u00e9rences avec Rousseau, visant \u00e0 amuser son ami Le Monnier. N\u00e9anmoins, on doit aussi remarquer que plus tard dans sa vie, il s&rsquo;approche des vues de Rousseau sur les probl\u00e8mes de la civilisation.<\/p><p>Le <em>Discours sur l&rsquo;origine de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9<\/em> est un diagnostic des maux modernes, puisqu&rsquo;il pr\u00e9sente l&rsquo;anamn\u00e8se, au sens m\u00e9dical, de notre chemin vers eux. L&rsquo;article <a href=\"http:\/\/\u00c9CONOMIE ou \u0152CONOMIE, (Morale &amp; Politique.)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9CONOMIE ou \u0152CONOMIE, (<em>Morale &amp; Politique<\/em>.)<\/a> pr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 comme une partie d&rsquo;une cure possible. Dans un fragment associ\u00e9, d&rsquo;une beaut\u00e9 remarquable, Rousseau sugg\u00e8re que notre gouvernement pourrait \u00eatre r\u00e9form\u00e9 par la cr\u00e9ation de formes nouvelles d&rsquo;association parmi les hommes :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Mais quoiqu\u2019il n\u2019y ait point de soci\u00e9t\u00e9 naturelle et g\u00e9n\u00e9ral entre les hommes, quoiqu\u2019ils deviennent m\u00e9chants et malheureux en devenant sociables, quoique les lois de la justice et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 ne soient rien pour ceux qui vivent \u00e0 la fois dans l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019\u00e9tat de nature et soumis aux besoins de l\u2019\u00c9tat social, loin de penser qu\u2019il n\u2019y ait plus ni vertu ni bonheur pour nous et que le ciel nous ait abandonn\u00e9s sans ressource \u00e0 la d\u00e9pravation de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0; effor\u00e7ons nous de tirer du mal m\u00eame le rem\u00e8de qui doit le gu\u00e9rir\u00a0; par de nouvelles associations r\u00e9parons le vice interne de l\u2019association g\u00e9n\u00e9rale. <em>Que notre violent Interlocuteur soit lui-m\u00eame le juge de nos travaux<\/em>, montrons-lui dans l\u2019art perfectionn\u00e9 la r\u00e9paration des maux que l\u2019art commenc\u00e9 fit \u00e0 la nature, montrons-lui toute la mis\u00e8re de l\u2019\u00e9tat qu\u2019il croyait heureux, faisons-lui voir dans une constitution de choses mieux entendues le prix des bonnes actions, le ch\u00e2timent des mauvaises et l\u2019accord aimable de la justice et du bonheur, \u00e9clairons sa raison de nouvelles lumi\u00e8res, \u00e9chauffons son c\u0153ur de nouveaux sentiments et qu\u2019il apprenne \u00e0 sentir le plaisir de multiplier son \u00eatre en l\u2019unissant \u00e0 celui de ses semblables, enfin qu\u2019il devienne pour son propre int\u00e9r\u00eat mieux entendu, juste, bienfaisant, mod\u00e9r\u00e9, vertueux, ami des hommes et le plus digne de nos citoyens<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12].<\/a><\/p><\/blockquote><p>Dans ce passage, Rousseau prend \u00e0 partie un \u00ab interlocuteur violent \u00bb (j&rsquo;ai soulign\u00e9 la phrase). Il semble citer, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, un des personnages auquel Diderot donne voix dans son <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/a>, (<em>Morale<\/em>.) : \u00ab J\u2019aper\u00e7ois d\u2019abord une chose qui me semble avou\u00e9e par le bon et par le m\u00e9chant, c\u2019est qu\u2019il faut raisonner en tout, parce que l\u2019homme n\u2019est pas seulement un animal, mais un animal qui raisonne . [\u2026Et Diderot demande] <em>Que r\u00e9pondrons-nous donc \u00e0 votre raisonneur violent <\/em>[&#8230;]\u00a0<em>?<\/em> <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb. Rousseau citera l&rsquo;article \u00e0 nouveau dans la version du <em>Contrat social<\/em> connue sous le nom de <em>Manuscrit de Gen\u00e8ve. <\/em><\/p><p><em>\u00a0<\/em><\/p><p>L&rsquo;article de Diderot se mue en dialogue d\u00e8s son second paragraphe. L\u00e0, en cherchant un argument sur lequel on pourrait fonder l&rsquo;id\u00e9e de justice, Diderot semble accepter la position de Rousseau, c&rsquo;est-\u00e0-dire, qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9tape pr\u00e9coce du d\u00e9veloppement de l&rsquo;homme, le concept de la propri\u00e9t\u00e9 et donc d&rsquo;obligation ne sont pas encore n\u00e9s. Nous savons tr\u00e8s bien, dit-il, que \u00ab\u00a0l&rsquo;homme passionn\u00e9 et injuste\u00a0\u00bb voudrait faire aux autres ce qu&rsquo;il ne voudrait pas qu&rsquo;on lui fasse. Mais ceci n&rsquo;est pas \u00e9galitaire et il va falloir soit qu&rsquo;il admette son manque de logique et sa m\u00e9chancet\u00e9, soit qu&rsquo;il permette aux autres de lui faire ce qu&rsquo;il se donne le droit de faire aux autres.<\/p><p>Jusqu&rsquo;ici, nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;une esp\u00e8ce de fondation de la justice bas\u00e9e sur une logique de r\u00e9ciprocit\u00e9. Mais la difficult\u00e9 dans ce syst\u00e8me r\u00e9side dans ce qu&rsquo;on pourrait nommer \u00ab\u00a0l&rsquo;homme sadien\u00a0\u00bb. Agit\u00e9 par des passions si violentes que sa propre vie perd toute valeur pour lui, s&rsquo;il ne peut les satisfaire, il laisse sa vie au pouvoir des autres, pourvu qu&rsquo;il puisse \u00e0 son tour faire ce qui lui pla\u00eet avec la vie de ces autres. L&rsquo;homme sadien, version Diderot, continue en affirmant :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Je sens que je porte l\u2019\u00e9pouvante et le trouble au milieux de l\u2019esp\u00e8ce humaine ; mais il faut ou que je sois malheureux, ou que je fasse le malheur des autres ; et personne ne m\u2019est plus cher que je me le suis \u00e0 moi-m\u00eame. Qu\u2019on ne me reproche point cette abominable pr\u00e9dilection ; elle n\u2019est pas libre. [\u2026]. Mais, continuera-t-il, je suis \u00e9quitable et sinc\u00e8re. Si mon bonheur demande que je me d\u00e9fasse de toutes les existences qui me seront importunes, il faut aussi qu\u2019un individu, quel qu\u2019il soit, puisse se d\u00e9faire de la mienne, s\u2019il en est importun\u00e9. La raison le veut et j\u2019y souscris.<\/p><\/blockquote><p>C&rsquo;est-l\u00e0 une destruction assur\u00e9e de fa\u00e7on mutuelle, pour emprunter les termes des strat\u00e8ges nucl\u00e9aires de la guerre (et peut-\u00eatre la strat\u00e9gie adopt\u00e9e par le Hamas et le gouvernement isra\u00e9lien dans la guerre 2023-2024). La seule r\u00e9ponse possible au \u00ab\u00a0raisonneur violent\u00a0\u00bb avant de l&rsquo;\u00e9touffer, est de lui enlever le pouvoir de d\u00e9cider de ce qui est juste et ce qui est injuste. Rousseau rel\u00e8vera la menace contenue dans ce paragraphe de Diderot.<\/p><p>Une instance doit pourtant d\u00e9cider de cette question. Diderot avance comme candidat \u00ab\u00a0le genre humain\u00a0: c\u2019est \u00e0 lui seul qu\u2019il appartient de la d\u00e9cider, parce que le bien de tous est la seule passion qu\u2019il ait\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Mais si nous \u00f4tions \u00e0 l\u2019individu le droit de d\u00e9cider de la nature du juste et de l\u2019injuste, o\u00f9 porterons-nous cette grande question ? O\u00f9 ? Devant le genre humain : c\u2019est \u00e0 lui seul qu\u2019il appartient de la d\u00e9cider, parce que le bien de tous est la seule passion qu\u2019il ait. Les volont\u00e9s particuli\u00e8res sont suspectes ; elles peuvent \u00eatre bonnes ou m\u00e9chantes, mais la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est toujours bonne ; elle n\u2019a jamais tromp\u00e9, elle ne trompera jamais<\/p><\/blockquote><p>Et d&rsquo;ajouter: \u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale que l\u2019individu doit s\u2019adresser pour savoir jusqu\u2019o\u00f9 il doit \u00eatre homme, citoyen, sujet\u00a0\u00bb. C&rsquo;est ici dans l&rsquo;article que nous appr\u00e9cions combien diff\u00e8re le sens que Diderot donnera au \u00ab\u00a0genre humain\u00a0\u00bb et \u00e0 la \u00ab\u00a0volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb. Car \u00e0 peine Diderot a-t-il fait entrer ces concepts dans son raisonnement, qu&rsquo;il se demande si les animaux peuvent y \u00eatre inclus. Dans une phrase au conditionnel, il dit que si on pouvait communiquer avec eux, on devait les inclure dans \u00ab\u00a0l&rsquo;assembl\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Pour conclure ici que les animaux se s\u00e9parent de nous par autant de barri\u00e8res invariables et \u00e9ternelles. Le raisonnement de Diderot s&rsquo;appuie ici sur l\u2019id\u00e9e que ce qui fonde la possibilit\u00e9 du concept de \u00ab\u00a0volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb comme instrument politique est la ressemblance des membres de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, raisonnement admis de fa\u00e7on r\u00e9ciproque, comme je viens de le montrer\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>C\u2019est \u00e0 la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale que l\u2019individu doit s\u2019adresser pour savoir jusqu\u2019o\u00f9 il doit \u00eatre homme, citoyen, sujet [\u2026]. Tout ce que vous concevrez, tout ce que vous m\u00e9diterez, sera bon, grand, \u00e9lev\u00e9, sublime, s\u2019il est de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral &amp; commun. Il n\u2019y a de qualit\u00e9 essentielle \u00e0 votre esp\u00e8ce, que celle que vous exigez dans tous vos semblables pour votre bonheur &amp; pour le leur. <span style=\"text-decoration: underline;\"><em>C\u2019est cette conformit\u00e9 de vous \u00e0 eux tous &amp; d\u2019eux tous \u00e0 vous, qui vous marquera quand vous sortirez de votre esp\u00e8ce, &amp; quand vous y resterez.<\/em><\/span>\u00a0 [je souligne dans l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/a> de Diderot].<\/p><\/blockquote><p>M\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 qui ne serait r\u00e9unie que par le crime, la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale pourrait en former la base. On voit ici combien Hobbes hante l&rsquo;imaginaire de Diderot, et nous pourrions y reconna\u00eetre la force des arguments dans les romans de Sade, les premiers romans, en tout cas. L\u2019imaginaire du \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb en retour s\u2019essaie \u00e0 d\u00e9faire l&rsquo;argument de Diderot. Rousseau ne peut \u00e9videmment admettre la r\u00e9ciprocit\u00e9 sous cette forme, parce qu&rsquo;elle s\u2019appuie sur le raisonnement et qu\u2019elle ne peut par cons\u00e9quent \u00eatre disponible \u00e0 un homme \u00e0 peine sorti de la nature.<\/p><p>Mais il y a une autre raison pour laquelle Rousseau ne peut l&rsquo;accepter : Diderot fait de l&rsquo;homme une esp\u00e8ce parmi d&rsquo;autres. Tr\u00e8s t\u00f4t dans son article, Diderot soul\u00e8ve la question de l&rsquo;homme comme animal, et ce qu\u2019on appellerait de nos jours \u00ab\u00a0les droits des animaux\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez le <em>droit naturel<\/em> le plus sacr\u00e9 \u00e0 tout ce qui ne vous est point contest\u00e9 par l\u2019esp\u00e8ce enti\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p><p>Donc, \u00e0 ce moment de son article, vers la fin, Diderot naturalise assez compl\u00e8tement l&rsquo;homme. Il semble trancher la question de la place de l&rsquo;homme par rapport aux animaux en relan\u00e7ant la question d\u00e9battue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque : les esp\u00e8ces sont-elles oui ou non fix\u00e9es une fois pour toutes ? ou changent-elles. C&rsquo;est l\u00e0 une forme pr\u00e9coce de la question de l&rsquo;\u00e9volution. Diderot affirme que la notion de <em>droit naturel <\/em>serait alors en relation avec la<em> volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;esp\u00e8ce<\/em>. L&rsquo;\u00e9quit\u00e9, la cause de la justice, sont fond\u00e9es sur l&rsquo;esp\u00e8ce. On ne peut pas s&rsquo;\u00e9tonner qu&rsquo;il termine par une d\u00e9nonciation de Rousseau\u00a0: celui qui ne veut pas raisonner n&rsquo;est pas l&rsquo;homme dans un \u00e9tat ant\u00e9rieur, infra rationnel, mais plut\u00f4t ressemble \u00e0 un animal qui a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Si les animaux \u00e9taient d\u2019un ordre \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gal au n\u00f4tre\u00a0; s\u2019il y avait des moyens s\u00fbrs de communication entre eux et nous\u00a0; s\u2019ils pouvaient nous transmettre \u00e9videmment leurs sentiments et leurs pens\u00e9es, et conna\u00eetre les n\u00f4tres avec la m\u00eame \u00e9vidence\u00a0; en un mot, s\u2019ils pouvaient voter dans une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, il faudrait les y appeler\u00a0; et la cause du <em>droit naturel <\/em>ne se plaiderait plus par-devant l\u2019humanit\u00e9 mais par devant <em>l\u2019animalit\u00e9<\/em>. Mais les animaux sont s\u00e9par\u00e9s de nous par des barri\u00e8res invariable et \u00e9ternelles\u00a0; et il s\u2019agit ici d\u2019un ordre de connaissances et d\u2019id\u00e9es particuli\u00e8res \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine, qui \u00e9manent de sa dignit\u00e9 et qui la constituent.<\/p><\/blockquote><p>Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que Rousseau ait relev\u00e9 l&rsquo;une des menaces sous-jacentes \u00e0 l&rsquo;article. Le ton de Diderot est en effet celui d&rsquo;un tyran.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Je remercie Edith et Francine Esch de leurs conseils.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Surtout deux \u00e9tudes de grande valeur : Ren\u00e9 Hubert, <em>Rousseau et l&rsquo;Encyclopedie<\/em>, <em>Essai sur la formation des id\u00e9es politiques de Rousseau (1742-1756), <\/em>Paris, 1928 ; Jean-Claude Bourdin, \u00ab L&rsquo;effacement de Diderot par Rousseau dans l&rsquo;article \u00c9conomie politique et le <em>Manuscrit de Gen\u00e8ve<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Diderot Rousseau\u00a0: un entretien \u00e0 distance, <\/em>textes r\u00e9unis par Franck Sala\u00fcn, Paris, 2006, p.\u00a036-50; j&rsquo;ai reli\u00e9 les deux \u00ab\u00a0fr\u00e8res ennemis\u00a0\u00bb (la phrase est du grand Jean Fabre) d&rsquo;un autre point de vue dans \u00ab\u00a0Jean-Jacques Rousseau and Diderot in the late 1740s: Satire, friendship and\u00a0 freedom\u00a0\u00bb, <em>Rousseau and Freedom<\/em>, \u00e9d. Christie McDonald and Stanley Hoffman, Cambridge : CUP, 2010, p.\u00a058-76<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00a0Paris, chez Briasson, David, Le Breton, Durand, 1751. L\u2019entreprise est en gestion depuis 1747. Titre cit\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s le site de l\u2019<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Jeffrey D. Burson. <em>The Rise and Fall of Theological Enlightenment: Jean-Marin de Prades and Ideological Polarization in Eighteenth-Century France<\/em>, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 2010.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir Marian Hobson, \u00ab\u00a0Jean-Jacques Rousseau and Diderot in the late 1740s: Satire, friendship and freedom\u00a0\u00bb, <em>Rousseau and Freedom<\/em>, edited by Stanley Hoffman and Christie McDonald, Cambridge UP, 2010, p. 58-76.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il est \u00e0 remarquer que, si l&rsquo;on met rapproche les implications d&rsquo;une lettre de Rousseau au pasteur suisse Vernes et les notes fournies par l&rsquo;\u00e9diteur Leigh dans son \u00e9dition de la <em>Correspondance g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, il semble qu&rsquo;il existait une certaine souplesse sur le contenu d&rsquo;un volume\u00a0: les articles command\u00e9s \u00e0 Vernes semble avoir \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9 (vol. III, lettre 37, dans Leigh, <em>Correspondance compl\u00e8te de Jean-Jacques Rousseau<\/em>, \u00e9dition critique, \u00e9tablie et annot\u00e9e par R.A. Leigh, Oxford, 52 vols., 1965-1998).<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Que Diderot au contraire admirait.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00ab\u00a0[Burlamaqui] d\u00e9finit la loi naturelle une loi que Dieu impose \u00e0 tous les hommes, qu&rsquo;ils peuvent d\u00e9couvrir et conna\u00eetre par les seules lumi\u00e8res de leur raison, en consid\u00e9rant avec attention leur nature &amp; leur \u00e9tat. [&#8230;]\u00a0\u00bb (<em>Encyclop\u00e9die, <\/em><a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-30\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit de la Nature<\/span>,\u00a0<span class=\"italic\">ou <span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/span><\/a>, <em>\u00a0<\/em>vol. V).<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il est \u00e0 remarquer que cette forme d&rsquo;insertion d&rsquo;un article, quand d&rsquo;autres articles portent le m\u00eame titre, se r\u00e9p\u00e8te avec l&rsquo;article de Rousseau, Economie politique : un deuxi\u00e8me article, tr\u00e8s diff\u00e9rent, appara\u00eet au volume XI, publi\u00e9 avec les autres volumes publi\u00e9s d&rsquo;un trait en 1765. Cet article emprunte l&rsquo;orthographe \u0152conomie politique et a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 des \u0153uvres de Boulanger, c\u00e9l\u00e8bre par ses d\u00e9nonciations du despotisme et hors d&rsquo;atteinte, puisque mort, et bien mort, au moment de la publication. Ici, il me semble peu vraisemblable que Diderot ai fait plus que de profiter des variations possibles dans l&rsquo;orthographe et du fait que Boulanger \u00e9tait hors de l&rsquo;atteinte des autorit\u00e9s religieuses et politiques.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0 Rousseau, <em>Discours sur l&rsquo;origine et les fondements de l&rsquo;<\/em><em>In\u00e9galit\u00e9\u00a0<\/em>: <em>\u0152uvres compl\u00e8tes <\/em>[d\u00e9sormais <em>OC<\/em>], (dir.) Bernard Gagnebin et Marcel Raymond, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, vol. III, 1964, p.\u00a0138.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Diderot, \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Le Monnier, <em>Correspondance compl\u00e8te<\/em>, \u00e9d. G. Roth, vol. III, lettre 322.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Rousseau, <em>Fragments politiques<\/em>, <em>OC<\/em>, vol. III, p. 479-80.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Diderot, article\u00a0 <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span><\/a>,\u00a0<span id=\"A05-701241052e8b:c49e36:fa0edb\" class=\"designant_formel\" data-hl=\"false\">(<em><span class=\"italic\">Morale.<\/span><\/em>)<span id=\"11275950ee0a\" class=\"anchor_note\" data-groupnum=\"2\" data-targettype=\"designant_formel\" data-type=\"const\" data-kind=\"crit\" data-noteid=\"N05-83122ee86468\"><\/span><\/span>, \u00a7V.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Diderot et Rousseau se connaissaient tr\u00e8s bien dans les ann\u00e9es dix-sept cent quarante et cinquante\u00a0: ils \u00e9taient intimes depuis 1743, 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