{"id":708,"date":"2025-03-23T22:51:17","date_gmt":"2025-03-23T21:51:17","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=708"},"modified":"2026-01-13T18:13:00","modified_gmt":"2026-01-13T17:13:00","slug":"comme-leau-et-lhuile-diderot-et-la-contribution-de-mallet-dans-lencyclopedie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=708","title":{"rendered":"Comme l\u2019eau et l\u2019huile\u00a0? Diderot et la contribution de Mallet dans l\u2019<i>Encyclop\u00e9die<\/i>"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"708\" class=\"elementor elementor-708\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-68cfbb6 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"68cfbb6\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4f0a0d7 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"4f0a0d7\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>Difficile de trouver deux personnages plus \u00e9loign\u00e9s sur le plan des options politiques, religieuses ou m\u00eame des go\u00fbts litt\u00e9raires que l\u2019abb\u00e9 Mallet et Diderot. Il n\u2019en reste pas moins que Mallet fut apparemment l\u2019un des quatre premiers nouveaux collaborateurs (avec Goussier, Landois et Le Roy auxquels il faut peut-\u00eatre ajouter Malouin) que Diderot et D\u2019Alembert s\u2019adjoignirent quand ils prirent la t\u00eate de l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique. Comme l\u2019\u00e9crit le g\u00e9om\u00e8tre faisant l\u2019\u00e9loge de l\u2019abb\u00e9 dans l\u2019Avertissement du tome VI : \u00ab Des circonstances que nous ne pouvions pr\u00e9voir nous ayant plac\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, nous cr\u00fbmes que M. l\u2019Abb\u00e9 Mallet, par ses connaissances, par ses talents, et par son caract\u00e8re, \u00e9tait tr\u00e8s-propre \u00e0 seconder nos travaux\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Effectivement, Diderot et D\u2019Alembert avaient officiellement succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019abb\u00e9 De Gua de Malves comme \u00e9diteurs de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> le 19 octobre 1747. \u00c0 peine plus de trois semaines plus tard, d\u00e8s le 15 novembre, le nom de Mallet apparaissait pour la premi\u00e8re fois sur le Registre des libraires\u00a0: il s\u2019agissait d\u00e9j\u00e0 de faire parvenir \u00e0 l\u2019abb\u00e9, retir\u00e9 dans sa cure de P\u00e9cqueux, pr\u00e8s de Melun, certains des ouvrages dont il aurait besoin <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. On peut m\u00eame se demander si la possibilit\u00e9 d\u2019avoir recours \u00e0 Mallet que connaissait bien Laurent Durand, un des quatre Libraires Associ\u00e9s, ne fut pas un argument pour convaincre Diderot et D\u2019Alembert d\u2019accepter la lourde t\u00e2che \u00e0 laquelle ils allaient devoir s\u2019atteler. Il y avait l\u00e0 quelqu\u2019un susceptible de moudre bien des articles.<\/p><p>Le grand \u00e9cart manifeste entre les positions des \u00e9diteurs de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> et Mallet a beaucoup troubl\u00e9 la critique <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Qu\u2019est-ce qui pouvait bien justifier la pr\u00e9sence d\u2019un tel personnage aux c\u00f4t\u00e9s de D\u2019Alembert et Diderot\u00a0? Comment \u00e9tait-il possible qu\u2019ils aient choisi de faire entrer dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> le repr\u00e9sentant d\u2019une composante apparemment aussi contradictoire avec l\u2019esprit des Lumi\u00e8res\u00a0? Peut-\u00eatre fallait-il envisager d\u2019obscurs enjeux cach\u00e9s \u00e0 l\u2019origine de la contribution de l\u2019abb\u00e9\u00a0? Et une fois celle-ci r\u00e9alis\u00e9e, quel sort devaient-il lui r\u00e9server\u00a0en tant qu\u2019\u00e9diteurs ?<\/p><p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions (nos investigations se restreignant \u00e0 la relation entre Diderot et Mallet dans le cadre de cette \u00e9tude), il faut d\u2019abord bien pr\u00e9ciser certains points relatifs \u00e0 la biographie crois\u00e9e des deux hommes, puis \u2013 c\u2019est encore plus important \u2013 \u00e0 la chronologie de la manufacture encyclop\u00e9dique. Un document in\u00e9dit vient d\u2019appara\u00eetre qui bouleverse nos connaissances \u00e0 cet \u00e9gard en r\u00e9v\u00e9lant que la contribution de Mallet fut beaucoup plus consid\u00e9rable que ce que l\u2019on avait pu soup\u00e7onner jusque-l\u00e0, les articles sign\u00e9s par l\u2019abb\u00e9 ne repr\u00e9sentant qu\u2019une fraction de son apport total. Au moment de cerner la nature des interactions entre Diderot et Mallet, il ne faudra donc pas se contenter des articles bien rep\u00e9r\u00e9s gr\u00e2ce aux signatures. Pr\u00e9cisons bien cependant qu\u2019interaction n\u2019est pas ici le mot propre, la relation est en fait unilat\u00e9rale. C\u2019est toujours Diderot qui intervient sur les articles de Mallet pr\u00e9cocement r\u00e9dig\u00e9s pour la plupart, jamais le contraire.<\/p><p>Notre investigation portera en premier lieu sur un corpus facile \u00e0 circonscrire mais pas n\u00e9cessairement le plus charg\u00e9 d\u2019enjeux. Nous \u00e9tudierons d\u2019abord les articles portant la signature des deux hommes concentr\u00e9s dans les premiers volumes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Quelques rep\u00e8res utiles pourront alors \u00eatre fix\u00e9s sans que l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral soit forc\u00e9ment d\u2019une aveuglante clart\u00e9. Nous aborderons ensuite des exemples pris dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>alors que la signature des deux hommes devient r\u00e9siduelle avant de dispara\u00eetre compl\u00e8tement, pour l\u2019un comme pour l\u2019autre. On ne saurait pr\u00e9tendre ici \u00e0 aucune forme d\u2019exhaustivit\u00e9 et nous prendrons seulement trois exemples qui ont tous quelque chose de trop exceptionnel pour pouvoir susciter des le\u00e7ons g\u00e9n\u00e9ralisables \u00e0 l\u2019ensemble des articles mais qui nous \u00e9claireront sur la grande vari\u00e9t\u00e9 de situations \u00e0 envisager. L\u2019anonyme article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-86-0\/\">PARTICIPER<\/a> est le plus anodin et n\u2019avait jamais attir\u00e9 la curiosit\u00e9 critique. Son exemple montre comment Diderot peut utiliser la mati\u00e8re fournie par Mallet pour nourrir ses articles de langue. Les deux autres ont au contraire concentr\u00e9 l\u2019attention des chercheurs \u00e0 plusieurs titres. Les \u00e9tudier en d\u00e9tail fournit un \u00e9clairage capital pour cerner au plus pr\u00e8s la relation de Diderot et Mallet, les incertitudes qui ont encombr\u00e9 la critique pouvant \u00eatre \u00e0 notre sens compl\u00e8tement lev\u00e9es. Le cas de l\u2019article anonymis\u00e9 <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-2141-0\/\">PACIFICATION<\/a> (et du petit article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-2143-0\/\">PACIFIQUE<\/a> qui l\u2019accompagne) permet de bien mesurer la distance id\u00e9ologique entre les deux hommes. Le cas de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-1437-4\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span><\/a> fournit sans doute un hapax avec sa signature d\u00e9signant Mallet alors que l\u2019abb\u00e9 n\u2019est pour rien dans cet article. Retirer cet article de la contribution de l\u2019abb\u00e9 permet de ne pas s\u2019\u00e9garer dans des culs-de-sac interpr\u00e9tatifs. Le parcours n\u00e9cessaire pour \u00e9lucider l\u2019\u00e9nigme de cette signature n\u2019en est pas moins porteur de quelques questions fondamentales pour l\u2019histoire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> menant au-del\u00e0 de la seule relation duelle entre Diderot et l\u2019abb\u00e9 polygraphe. Nous n\u2019avons pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 les approfondir sans nous soucier de coller exactement \u00e0 nos interrogations de d\u00e9part.<\/p><p>On avait assez spontan\u00e9ment tendance \u00e0 penser, que comme l\u2019huile et l\u2019eau, les contributions de Mallet et de Diderot n\u2019\u00e9taient pas de nature \u00e0 se m\u00e9langer. Les al\u00e9as de la manufacture encyclop\u00e9dique ont cependant contraint Diderot \u00e0 intervenir souvent sur un mat\u00e9riau tr\u00e8s abondant et quelquefois probl\u00e9matique sur le plan de la qualit\u00e9 comme sur le plan id\u00e9ologique. Dans ce cadre, m\u00e9lange il y eut de bien des mani\u00e8res mais non sans que subsistent de nombreuses traces de la grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des ingr\u00e9dients. Comme on s\u2019en apercevra, se pr\u00e9sente une tr\u00e8s grande multiplicit\u00e9 de cas dont notre \u00e9tude ne propose qu\u2019un premier d\u00e9frichage. Il faudra vite y revenir. [Les notes de cet article interminable \u00e9tant rejet\u00e9es \u00e0 la fin du texte (ou en annexe), nous pr\u00e9venons charitablement le lecteur qu&rsquo;il se priverait de nos cogitations sur la date de la visite de Diderot \u00e0 Mallet rapport\u00e9e dans l&rsquo;article CRAPAUD, d&rsquo;une explication possible de l&rsquo;absence du privil\u00e8ge l\u00e9gal dans les volumes de l&rsquo;Encyclop\u00e9die, du d\u00e9tail de nos laborieux calculs pour \u00e9valuer la taille de la contribution de Mallet ou de nos hypoth\u00e8ses concernant l&rsquo;apparition tardive des d\u00e9signants sous leur forme canonique, s&rsquo;il n\u00e9gligeait de les visiter.]<\/p><h2><strong>A. Itin\u00e9raires crois\u00e9s<\/strong><\/h2><p>Il ne semble pas qu\u2019il y ait eu d\u2019affinit\u00e9s personnelles anciennes entre l\u2019abb\u00e9 et Diderot. M\u00eame si Mallet avait exactement le m\u00eame \u00e2ge que Diderot (et quatre ans de plus que D\u2019Alembert donc), leurs itin\u00e9raires respectifs laissaient de toute fa\u00e7on tr\u00e8s peu de place possible pour des rencontres\u00a0: depuis 1744, l\u2019abb\u00e9 \u00e9tait \u00e9loign\u00e9 de Paris et le pr\u00e9ceptorat avait auparavant largement accapar\u00e9 son temps <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. La premi\u00e8re rencontre qui soit document\u00e9e eut sans doute lieu vers le 13 avril 1749 (si notre d\u00e9duction est juste <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>) quand Diderot visita l\u2019abb\u00e9 dans son petit village de la Brie et s\u2019intoxiqua l\u00e9g\u00e8rement (ou s\u2019envenima pour utiliser le terme exact) en manipulant des crapauds comme il le raconte dans l\u2019article du m\u00eame nom <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Une autre rencontre suivit l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Au mois d\u2019avril 1750, M. de Sigrais [<em>i.e.<\/em> Claude Guillaume Bourdon de Sigrais (1715-1791)], aujourd\u2019hui de l\u2019Acad\u00e9mie des Belles Lettres, lui proposa une traduction du D\u2019Avila. L\u2019abb\u00e9 Mallet qui se trouvait alors \u00e0 Paris vit le Sieur Prault [i.e. le libraire Laurent Fran\u00e7ois Prault] chez lui et chez M. Diderot en pr\u00e9sence duquel on convint\u00a0\u00bb des arrangements n\u00e9cessaires pour la mise en \u0153uvre de cette traduction de l\u2019<em>Historia delle guerre civili di Francia <\/em>de Henrico Caterino Davila (1576-1636) accompagn\u00e9e de notes que devait r\u00e9aliser l\u2019abb\u00e9. Une nouvelle rencontre eut lieu, semble-t-il, en novembre, puisque Diderot figure avec d\u2019autres gens de lettres (sont aussi cit\u00e9s le pr\u00e9sident H\u00e9nault, Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye, le censeur Denis Fran\u00e7ois Secousse <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, Duclos, Le Beau et D\u2019Alembert) parmi ceux qui \u00ab\u00a0exhort\u00e8rent\u00a0\u00bb Mallet \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans l\u2019avancement de cette \u0153uvre <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p><p>Si ce ne fut pas la proximit\u00e9 id\u00e9ologique qui fut \u00e0 l\u2019origine de l\u2019implication de l\u2019abb\u00e9 Mallet dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, sa grande disponibilit\u00e9 <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, le large \u00e9ventail des sujets qu\u2019il pouvait aborder, ses exigences financi\u00e8res limit\u00e9es et la capacit\u00e9 de travail sur laquelle on comptait \u00e9taient, elles, des raisons de poids.<\/p><p>Les premiers ouvrages de l\u2019abb\u00e9 permettent aussi d\u2019affirmer qu\u2019il nourrissait des liens avec le\u00a0milieu o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9parait l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>avant son int\u00e9gration dans la vaste entreprise. Un contact existait en premier lieu, c\u2019est bien certain, avec son libraire, Laurent Durand, qui rejoignit l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> le 18 octobre 1745 quelques mois apr\u00e8s avoir publi\u00e9 les <em>Principes pour la lecture des po\u00e8tes<\/em> de Mallet au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Son deuxi\u00e8me ouvrage, l\u2019<em>Essai sur l\u2019\u00e9tude des Belles Lettres<\/em>, fut toutefois publi\u00e9 par un autre libraire, Louis \u00c9tienne Ganeau, en 1747. Ce n\u2019en est pas moins l\u00e0 que nous trouvons le plus d\u2019indices de cette proximit\u00e9 qu\u2019elle soit d\u00e9j\u00e0 existante ou ardemment souhait\u00e9e. Il faut s\u2019arr\u00eater un instant sur cet ouvrage qui permet de conna\u00eetre quelques aspects de la pens\u00e9e de l\u2019abb\u00e9 dans un autre contexte que celui de la compilation encyclop\u00e9dique, cadre dans lequel il est toujours d\u00e9licat de distinguer ce qui revient proprement \u00e0 l\u2019abb\u00e9 et ce qui vient de ses sources. Le livre pr\u00e9sente par ailleurs des particularit\u00e9s assez curieuses par ce qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le de ses dispositions vis-\u00e0-vis de l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique, ou du moins vis-\u00e0-vis de ses animateurs principaux. On n\u2019a peut-\u00eatre pas suffisamment remarqu\u00e9 \u00e0 quel point il pouvait constituer une excellente carte de visite pour un aspirant encyclop\u00e9diste. Si l\u2019ouvrage n\u2019a manifestement pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans ce but\u00a0\u2013 il est d\u2019abord le fruit de la pratique p\u00e9dagogique de l\u2019abb\u00e9 <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>\u00a0\u2013 certains de ses aspects \u00e9tonnants semblent des appels du pied point trop discrets alors que d\u2019autres peuvent para\u00eetre au contraire poser probl\u00e8me dans cette perspective. La mati\u00e8re trait\u00e9e se pr\u00eatait en tout cas admirablement. L\u2019ouvrage \u00e9crit dans une optique didactique propose en effet un vaste tour d\u2019horizon des connaissances de son temps. Le p\u00e9rim\u00e8tre des belles-lettres trait\u00e9es par l\u2019abb\u00e9 est singuli\u00e8rement \u00e9largi\u00a0: il y est question de ce que nous d\u00e9signons comme la litt\u00e9rature bien s\u00fbr ainsi que d\u2019histoire mais aussi de g\u00e9ographie, des beaux-arts, d\u2019architecture ou d\u2019histoire naturelle m\u00eame si certains de ces domaines sont \u00e0 peine effleur\u00e9s. Un long d\u00e9veloppement est consacr\u00e9 aux math\u00e9matiques et aux domaines associ\u00e9s en particulier \u00ab\u00a0la physicomath\u00e9matique\u00a0\u00bb (p. 235-236). La philosophie est aussi trait\u00e9e en d\u00e9tail tandis que la th\u00e9ologie est pass\u00e9e sous silence, ce qui est logique pour un ouvrage destin\u00e9 aux jeunes gens entrant dans le monde. Bref, les occasions de montrer une ma\u00eetrise diversifi\u00e9e abondaient. Sur le plan des id\u00e9es, l\u2019auteur manifeste un parfait conformisme en politique et une orthodoxie inattaquable en mati\u00e8re religieuse. Ainsi dans la partie traitant de la philosophie, il attaque tout ce qui peut mener au mat\u00e9rialisme ou au \u00ab\u00a0pyrrhonisme moderne\u00a0\u00bb mais prend bien la pr\u00e9caution de ne pas s\u2019appesantir et de ne d\u00e9signer personne de pr\u00e9cis. Dans la partie historique, son abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire de France t\u00e9moigne d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 sans faille \u00e0 la monarchie absolue en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 la dynastie bourbonnienne en particulier mais sans hostilit\u00e9 fanatique contre les protestants par exemple (significativement il les d\u00e9signe simplement comme \u00ab\u00a0R\u00e9form\u00e9s\u00a0\u00bb et non comme \u00ab\u00a0pr\u00e9tendument R\u00e9form\u00e9s\u00a0\u00bb) et sans mentionner les querelles li\u00e9es au jans\u00e9nisme (voir p. 165-168). Comme nous le verrons, il se montrera quelquefois moins mesur\u00e9 sur ces questions dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Le seul aspect o\u00f9 il se montre raide \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, vraiment \u00e0 rebours des tendances de son \u00e9poque et apparemment en porte-\u00e0-faux par rapport \u00e0 un grand projet de traduction comme celui de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, est sans doute son positionnement tr\u00e8s hostile \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression des Anglais qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 proscrire l\u2019\u00e9tude de la langue anglaise elle-m\u00eame. Franco Venturi avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 la radicalit\u00e9 de ce passage <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Il vaut la peine de le citer car il n\u2019est pas exclu que Diderot ait pu le lire et s\u2019en soit souvenu dans un article tr\u00e8s singulier (on verra plus loin de quelle fa\u00e7on)\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Ce serait une folie que de vouloir d\u00e9primer le m\u00e9rite litt\u00e9raire des Anglais en tout genre ; mais je ne sais si la lecture de leurs auteurs serait plus avantageuse que nuisible, en nous procurant la facilit\u00e9 de feuilleter en original des ouvrages \u00e9crits avec une libert\u00e9 excessive et visiblement dangereuse. Car, sans parler de la licence effr\u00e9n\u00e9e de quelques-uns de leurs po\u00e8tes, on sait \u00e0 quels exc\u00e8s se sont livr\u00e9s leurs philosophes modernes sur l\u2019article de la religion : comment un Hobbs, un Locke, un Woolston en ont sap\u00e9 les fondements, les uns avec une audace manifeste, les autres d\u2019une mani\u00e8re plus d\u00e9tourn\u00e9e. On n\u2019ignore pas que c\u2019est au commerce que quelques-uns de nos auteurs ont li\u00e9 avec de pareils \u00e9crivains que doivent le jour tant de livres odieux dont la France est inond\u00e9e depuis vingt ans et qui, malgr\u00e9 la vigilance du gouvernement \u00e0 les proscrire, trouvent des lecteurs avides et font germer et cro\u00eetre dans l\u2019esprit le mat\u00e9rialisme et l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9. Apr\u00e8s une exp\u00e9rience dont nous ne voyons malheureusement que trop d\u2019effets, je ne balancerai pas \u00e0 prononcer qu\u2019\u00e0 moins d\u2019une extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9, telle que le bien de la religion ou le service de l\u2019\u00c9tat, on ne devrait point apprendre l\u2019anglais. Il est toujours prudent d\u2019\u00e9viter un chemin qui peut conduire \u00e0 un pr\u00e9cipice. (p. 11-13)<\/p><\/blockquote><p>Il faut cependant pr\u00e9ciser que la restriction pr\u00e9conis\u00e9e concerne les jeunes gens destin\u00e9s \u00e0 entrer dans le monde et non les savants, Mallet ne se fait d\u2019ailleurs pas faute de citer nombre de traductions de l\u2019anglais. On notera aussi que l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> sous direction de De Gua fournissait elle-m\u00eame des gages d\u2019orthodoxie. Une publication sous privil\u00e8ge royal ne pouvait d\u2019ailleurs gu\u00e8re faire autrement. Rappelons par exemple le m\u00e9moire circulaire de De Gua qui donne pour directives de changer dans la traduction de Chambers \u00ab\u00a0toutes les assertions h\u00e9r\u00e9tiques auxquelles on en substituera [\u2026] de catholiques, on exposera cependant ensuite les sentiments h\u00e9r\u00e9tiques, mais ce ne sera jamais sans les r\u00e9futer\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Il n\u2019en reste pas moins que Mallet fait montre dans ce passage d\u2019une \u00e9troitesse d\u2019esprit spectaculaire. Ce n\u2019est certes pas le cas sur tous les points, ainsi n\u2019h\u00e9site-t-il pas \u00e0 faire l\u2019\u00e9loge des ouvrages de Montesquieu (p. 155) ou de ceux de Voltaire comme <em>La Henriade<\/em>, ce qui est assez consensuel, il est vrai. Il pr\u00e9conise aussi l\u2019enseignement du droit naturel trop n\u00e9glig\u00e9 en France (p. 213-215).<\/p><p>Il manifeste encore un int\u00e9r\u00eat tout particulier pour les sciences math\u00e9matiques, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Les \u00e9loges qu\u2019il distribue en ce domaine sont vraiment remarquables car ce sont prioritairement les deux principaux math\u00e9maticiens de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 cette date qui les re\u00e7oivent (D\u2019Alembert et De Gua encore \u00e0 la t\u00eate du dictionnaire pour plusieurs mois puisque nous sommes avant janvier 1747, date \u00e0 laquelle l\u2019ouvrage de Mallet fut soumis \u00e0 la censure <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>). Les \u00e9crits de D\u2019Alembert lui servent aussi de r\u00e9f\u00e9rence privil\u00e9gi\u00e9e. Il extrait en effet deux passages de la Pr\u00e9face du <em>Trait\u00e9 de dynamique<\/em> (Paris, David l\u2019a\u00een\u00e9, 1743) aux p. 236-243 de son ouvrage <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a> et mentionne aussi \u00ab\u00a0l\u2019Introduction \u00e0 l\u2019Hydrodynamique \u00bb (p. 240) c\u2019est-\u00e0-dire le <em>Trait\u00e9 de l\u2019\u00e9quilibre et du mouvement des fluides<\/em> (Paris, David l\u2019a\u00een\u00e9, 1744). Quant \u00e0 l\u2019auteur, il le range parmi les \u00ab g\u00e9om\u00e8tres du premier ordre\u00a0\u00bb (p. 236) et le d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0dialecticien g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb (p. 242), ce qui vaut pleine approbation de sa part. \u00c0 propos de l\u2019abb\u00e9 De Gua, il ne m\u00e9gote pas non plus les compliments : \u00ab\u00a0un grand g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb, n\u2019h\u00e9site-t-il pas \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter (p. 246 et 255). Encore faut-il ajouter, m\u00eame si l\u2019on sort du domaine des math\u00e9matiques, que Mallet n\u2019oublie pas non plus Diderot dans la distribution puisqu\u2019il recommande son<em> Histoire de Gr\u00e8ce <\/em>\u00ab\u00a0nouvellement traduite de l\u2019anglais\u00a0\u00bb (p. 156) parue en 1743 chez Briasson, c\u2019est-\u00e0-dire le seul ouvrage de lui qu\u2019il puisse citer \u00e0 cette date. Ainsi les trois principaux encyclop\u00e9distes (nous sommes en 1746-1747 pour la r\u00e9daction) sont-ils m\u00e9ticuleusement caress\u00e9s dans le sens du poil dans l\u2019<em>Essai sur l\u2019\u00e9tude des Belles Lettres<\/em>.<\/p><p>Et ce n\u2019est pas tout car si Mallet mentionne les derni\u00e8res publications des gens impliqu\u00e9s dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>(auteurs et libraires), il semble aussi remarquablement inform\u00e9 de celles qui sont encore in\u00e9dites. Ainsi mentionne-t-il la traduction de la <em>Grammaire g\u00e9ographique de Gordon<\/em> en pr\u00e9cisant qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0on y travaille actuellement\u00a0\u00bb (p. 127) et, en effet, cet ouvrage traduit par Toussaint avec des notes de Vaugondy para\u00eetra en 1748 chez Laurent Durand et Pissot. Il conna\u00eet aussi les activit\u00e9s les plus r\u00e9centes de De Gua auxquelles il donne ainsi publicit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019apprends que M. l\u2019abb\u00e9 De Gua a actuellement sous presse un ouvrage dont le but est d\u2019initier \u00e0 l\u2019\u00e9tude des sciences abstraites, et qui est intitul\u00e9, <em>Introduction M\u00e9taphysique \u00e0 l\u2019\u00e9tude des Sciences Math\u00e9matiques<\/em>. Je l\u2019attends avec impatience\u00a0; l\u2019auteur est connu pour grand dialecticien et pour grand g\u00e9om\u00e8tre\u00a0; et il nous donnera sans doute la solution de bien des doutes et l\u2019\u00e9claircissement d\u2019un grand nombre de difficult\u00e9s\u00a0\u00bb (p.\u00a0246). Le fait est que dans ce cas l\u2019ouvrage ne parut jamais. Il correspond tr\u00e8s vraisemblablement \u00e0 un texte que De Gua int\u00e9gra ensuite \u00e0 son <em>Arithm\u00e9tique<\/em>, livre qu\u2019il chercha \u00e0 faire para\u00eetre \u00e0 plusieurs reprises et qui fit notamment l\u2019objet de n\u00e9gociations avec Laurent Durand en 1754-1755 <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Il faut aussi mentionner une curieuse \u00e9vocation des travaux \u00e0 attendre de D\u2019Alembert. Mallet se dit en effet impatient de la lecture d\u2019un texte du g\u00e9om\u00e8tre cens\u00e9 nous procurer \u00ab des \u00e9l\u00e9ments de [m\u00e9canique] o\u00f9 [le] nouveau principe [de cette science] soit expos\u00e9 dans tout son jour et qui puissent servir d\u2019introduction \u00e0 sa Dynamique et \u00e0 son Hydrodynamique \u00bb (p. 256-257). La formulation laisse la place ici \u00e0 une incertitude dans l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: Mallet a-t-il eu vent d\u2019un projet concernant des <em>\u00c9l\u00e9ments de m\u00e9canique<\/em> pr\u00eat\u00e9s \u00e0 D\u2019Alembert qui ne virent jamais le jour ou exprime-t-il plus probablement le souhait que D\u2019Alembert se charge de la r\u00e9daction d\u2019un tel ouvrage\u00a0? <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a> Quelle que soit l\u2019hypoth\u00e8se \u00e0 privil\u00e9gier, elle t\u00e9moigne d\u2019une proximit\u00e9 intellectuelle au moins comme une aspiration de Mallet. Ainsi mis bout \u00e0 bout, les signaux sont nombreux et peu \u00e9quivoques pour manifester le d\u00e9sir de Mallet de participer \u00e0 l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique qui s\u2019annonce. Dans ce cadre, les sorties \u00e9troitement bigotes de l\u2019abb\u00e9 peuvent nous para\u00eetre a posteriori bien maladroites, mais c\u2019est parce que nous connaissons l\u2019histoire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> que l\u2019abb\u00e9 ne pouvait \u00e9videmment imaginer et surtout parce que nous connaissons l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019engagement de Diderot et D\u2019Alembert dans le mouvement de ce que l\u2019on appellera les Lumi\u00e8res. Que pouvait donc en savoir l\u2019abb\u00e9 en ces ann\u00e9es 1746-1747\u00a0? Peut-\u00eatre pas grand-chose finalement, surtout depuis son petit village de la Brie. Une hypoth\u00e8se bien solide \u00e0 notre sens est qu\u2019il ne devinait vraisemblablement pas o\u00f9 il allait bient\u00f4t mettre les pieds, d\u2019autant que la figure saillante parmi les encyclop\u00e9distes \u00e0 ce moment-l\u00e0, celle de l\u2019abb\u00e9 De Gua De Malves, \u00e9tait celle d\u2019un personnage qui offrait de grandes garanties de conformit\u00e9 sur le plan id\u00e9ologique.<\/p><p>Un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s la fin de la r\u00e9daction de son livre (et un peu moins d\u2019un an apr\u00e8s sa parution), l\u2019abb\u00e9 \u00e9tait bel et bien int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quipe encyclop\u00e9dique pass\u00e9e entre temps sous la direction de Diderot et D\u2019Alembert. Le 15 novembre 1747, on lui envoyait les premiers livres dont il allait avoir besoin et le 23 novembre, il se mettait au travail. Si l\u2019on connait cette date pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 un document capital rep\u00e9r\u00e9 (mais non exploit\u00e9) par Reginald McGinnis dans les Archives de Melun <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a> o\u00f9 il est conserv\u00e9 sous la cote HL 8 1460 avec un ensemble manuscrit constitu\u00e9 \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par un archiviste de la pr\u00e9fecture de la Seine-et-Marne intitul\u00e9 : <em>Lettres autographes de l&rsquo;abb\u00e9 Edme Mallet, melunais, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es de d\u00e9tails sur sa vie, ses ouvrages et de documents particuliers sur sa famille r\u00e9unis par Gabriel Leroy, <\/em>1872. Ce document sans \u00e9quivalent est inappr\u00e9ciable pour l\u2019histoire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Il m\u00e9rite d\u2019\u00eatre publi\u00e9 et comment\u00e9\u00a0:<\/p><p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-696\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B1-245x300.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"611\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B1-245x300.png 245w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B1-837x1024.png 837w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B1-768x939.png 768w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B1.png 907w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Ce compte de la main de Mallet lui servit vraisemblablement \u00e0 se faire payer par les libraires, ce qui fut fait le lendemain d\u2019apr\u00e8s le Registre des libraires. Il nous apprend une chose du plus haut int\u00e9r\u00eat, c\u2019est que le 10 mars 1749, l\u2019abb\u00e9 avait r\u00e9alis\u00e9 pour l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> un total d\u2019articles extr\u00eamement sup\u00e9rieur \u00e0 la somme de ceux qui sont sign\u00e9s de lui dans le dictionnaire puisque ce ne sont pas moins de 5483 articles qu\u2019il remit \u00e0 cette date, beaucoup plus donc que les 2178 qui se terminent par la lettre (G). La r\u00e9partition des articles par domaine est extr\u00eamement pr\u00e9cieuse\u00a0: elle oriente vers des secteurs qui ne surprennent pas mais offre des chiffres pr\u00e9cis et permet de comprendre l\u2019intervention de l\u2019abb\u00e9 Mallet de mani\u00e8re beaucoup plus claire. Alors qu\u2019une interrogation concernant la contribution de Mallet dans le moteur de recherche de l\u2019<em>ENCCRE<\/em> en fonction des \u00ab\u00a0domaines\u00a0\u00bb et donc surtout des d\u00e9signants, indice privil\u00e9gi\u00e9 par Ir\u00e8ne Passeron et Alain Cernuschi quand ils ont r\u00e9alis\u00e9 le travail de r\u00e9partir les articles par \u00ab\u00a0domaines\u00a0\u00bb sur l\u2019<em>ENCCRE<\/em>, offre le tableau d\u2019une grande pulv\u00e9risation <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, l\u2019\u00c9tat du 10 mars 1749 nous permet d\u2019avoir une id\u00e9e beaucoup plus synth\u00e9tique de sa contribution. Mallet a fourni 1200 articles d\u2019histoire ancienne et 1200 articles aussi d\u2019histoire moderne, l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre ces deux totaux est en elle-m\u00eame tr\u00e8s remarquable, elle fait penser que la commande pass\u00e9e \u00e0 Mallet pouvait concerner des chiffres ronds, au moins pour l\u2019histoire. Il y a aussi 731 articles de Belles-Lettres, 137 de Divination, 1465 de Th\u00e9ologie et 750 de Commerce (encore un chiffre rond) <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p><p>Pour comprendre l\u2019\u00e9cart entre ce que peuvent indiquer la multitude des d\u00e9signants des articles de Mallet et ce qui est port\u00e9 sur cette pi\u00e8ce, il faut indiquer que l\u2019innovation que constituent les d\u00e9signants fut sans doute introduite de mani\u00e8re relativement tardive dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Jusqu\u2019\u00e0 la page 94 du premier volume, les articles ne sont en effet dot\u00e9s que tr\u00e8s exceptionnellement d\u2019un d\u00e9signant en bonne forme, plac\u00e9 en italiques et entre parenth\u00e8ses apr\u00e8s la vedette <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Rien ne distingue auparavant les indications qui suivent la vedette de ce qu\u2019on retrouve dans les autres dictionnaires\u00a0: ce que l\u2019on appelle des \u00ab\u00a0marques de domaines\u00a0\u00bb. Ces marques sont apparues d\u00e8s le <em>Thr\u00e9sor<\/em> de\u00a0Nicot. Elles furent syst\u00e9matis\u00e9es par Fureti\u00e8re et on doit les consid\u00e9rer comme les anc\u00eatres des d\u00e9signants encyclop\u00e9diques <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Dans la mesure o\u00f9 la pr\u00e9sence de d\u00e9signants prend tout son sens avec la publication du <em>Syst\u00e8me figur\u00e9 des connaissances humaines <\/em>donn\u00e9 avec le <em>Prospectus<\/em> au mois de novembre 1750, on peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que c\u2019est vers cette date que l\u2019utilisation des d\u00e9signants fut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Or l\u2019impression du premier volume a tr\u00e8s vraisemblablement commenc\u00e9 avant, ce qui explique que les d\u00e9signants soient quasiment absent des premi\u00e8res pages de ce volume. On sait aussi que la contribution de Mallet a, quant \u00e0 elle, \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e encore bien avant et qu\u2019elle \u00e9tait termin\u00e9e, pour l\u2019essentiel, au mois d\u2019avril 1750 (voir plus bas) <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Il est donc \u00e0 peu pr\u00e8s certain que quand les articles de l\u2019abb\u00e9 sont dot\u00e9s d\u2019un d\u00e9signant, c\u2019est le fruit d\u2019une intervention \u00e9ditoriale post\u00e9rieure et non pas d\u2019un choix initial r\u00e9fl\u00e9chi par l\u2019auteur.<\/p><p>Mais avan\u00e7ons dans le commentaire de l\u2019\u00c9tat du 10 mars 1749. La r\u00e9partition entre \u00ab articles refaits, retouch\u00e9s ou conserv\u00e9s \u00bb et \u00ab articles neufs \u00bb est une indication capitale pour ce qu\u2019elle nous apprend de la manufacture encyclop\u00e9dique. Pour en saisir le sens, il faut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ce que nous savons de la pr\u00e9histoire encyclop\u00e9dique, notamment gr\u00e2ce \u00e0 un document comme le M\u00e9moire-circulaire \u00e9tabli par l\u2019abb\u00e9 De Gua \u00e0 l\u2019intention de ses collaborateurs ou \u00e0 l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1249-0\/\">ENCYCLOPEDIE<\/a> de Diderot. Ce qu\u2019il s\u2019agit de \u00ab\u00a0refaire, retoucher ou conserver\u00a0\u00bb, c\u2019est sans aucun doute les articles de Chambers qui ont \u00e9t\u00e9 traduits dans la premi\u00e8re phase du travail encyclop\u00e9dique (1745 et 1746, vraisemblablement encore aussi au d\u00e9but de 1747) et qui constitue ce \u00ab\u00a0rouleau de papiers\u00a0\u00bb distribu\u00e9 aux \u00ab\u00a0coll\u00e8gues\u00a0\u00bb encyclop\u00e9distes \u00ab\u00a0qu\u2019il ne s\u2019agissait que de revoir, corriger, augmenter\u00a0\u00bb ainsi que le dit Diderot (ENCYCLOPEDIE, t. V, p. 644v). Dans la mesure o\u00f9 le travail de Mallet fut tr\u00e8s largement un travail de compilation, on pourrait se poser la question de savoir si les chiffres concernant le nombre d\u2019articles \u00ab\u00a0refaits, retouch\u00e9s ou conserv\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0concerne seulement ceux tir\u00e9s de la traduction de la <em>Cyclop<\/em><em>\u00e6<\/em><em>dia<\/em> ou si des articles issus d\u2019autres ouvrages d\u00e9pec\u00e9s par l\u2019abb\u00e9 pourraient aussi \u00eatre dits \u00ab\u00a0refaits, retouch\u00e9s ou conserv\u00e9s\u00a0\u00bb. On peut apporter une r\u00e9ponse \u00e0 cette question en consid\u00e9rant les articles d\u00e9di\u00e9s aux \u00ab\u00a0Parties du commerce\u00a0\u00bb. Dans ce domaine, le travail de Mallet a essentiellement consist\u00e9 \u00e0 extraire ses articles du <em>Dictionnaire de Commerce<\/em> de Savary. Or sur l\u2019\u00c9tat du 10 mars 1749, l\u2019essentiel des articles des \u00ab\u00a0parties du commerce\u00a0\u00bb sont r\u00e9put\u00e9s \u00ab\u00a0neufs\u00a0\u00bb (654 sur 750). Il faut donc penser que cette cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0articles refaits, retouch\u00e9s ou conserv\u00e9s\u00a0\u00bb concernent exclusivement les articles tir\u00e9s du Chambers, un maigre h\u00e9ritage dans le cas particulier des \u00ab\u00a0parties du commerce\u00a0\u00bb mais majoritaire dans tous les autres domaines.<\/p><p>Une autre mention concerne sans doute la r\u00e9vision du Chambers. Mallet \u00e9crit, en effet, sous son total g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: \u00ab\u00a0dont il n\u2019y en a pas cinq cent conserv\u00e9s en entier\u00a0\u00bb. Il est difficile d\u2019interpr\u00e9ter ce commentaire si on ne le rapporte pas au travail r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir du \u00ab\u00a0rouleau\u00a0\u00bb confi\u00e9 \u00e0 Mallet. Ce que pr\u00e9cise sans doute ici Mallet, c\u2019est que sur les 3212 articles issus de la traduction du dictionnaire anglais qu\u2019il a revus et int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 sa contribution (il en a aussi possiblement supprim\u00e9, ce qui ne laisserait pas de trace dans son compte), il y en a moins de 500 qu\u2019il a laiss\u00e9 intacts sans rien leur retrancher ni rien leur ajouter <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.<\/p><p>On connait l\u2019importance du Chambers dans l\u2019histoire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, qui ne devait \u00eatre initialement rien d\u2019autre qu\u2019une traduction du dictionnaire anglais (avec de rares interventions). Les initiateurs de ce premier projet, Mills et Sellius, ayant abandonn\u00e9 l\u2019entreprise apr\u00e8s les violents heurts de Mills avec Le Breton durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1745. La traduction n\u2019en continua pas moins son cours et elle occupa les encyclop\u00e9distes durant toute l\u2019ann\u00e9e 1746 et encore un peu au d\u00e9but de 1747. Quand l\u2019abb\u00e9 De Gua prit la t\u00eate de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, la place de la traduction restait centrale mais les ajouts et corrections devinrent syst\u00e9matiques (dans son <em>M\u00e9moire circulaire<\/em> l\u2019abb\u00e9 chiffrait ainsi la part des ajouts \u00e0 fournir \u00e0 la masse des \u00ab\u00a0papiers re\u00e7us\u00a0\u00bb\u00a0par les collaborateurs\u00a0: ils \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 augmenter la mati\u00e8re id\u00e9alement de 25%, en ne descendant pas en dessous d\u2019un seuil de 16% et ne d\u00e9passant pas celui de 50% &#8211; du moins sans consultation de l\u2019abb\u00e9 &#8211; sauf dans le domaine des arts o\u00f9 50% d\u2019augmentation \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un minimum <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>). Le document de la main de l\u2019abb\u00e9 Mallet t\u00e9moigne que la part du Chambers continua \u00e0 baisser dans les ann\u00e9es 1747-1749. 41% des articles dans cette partie de la contribution de Mallet lui \u00e9chappe totalement. 59% lui reste cependant li\u00e9, moins de 15% d\u2019entre eux entrant sans modification dans le dictionnaire. L\u2019importance du Chambers continua ensuite de baisser, on le sait, les \u00e9diteurs se rendant compte de certains d\u00e9fauts majeurs de l\u2019ouvrage <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>. L\u2019\u00c9tat du 10 mars 1749 montre qu\u2019entre 1747 et 1749, nous sommes encore dans une phase interm\u00e9diaire de ce processus de d\u00e9saffection qui fut donc tr\u00e8s progressif. Diderot et D\u2019Alembert n\u2019ont pas abandonn\u00e9, bien s\u00fbr, du jour au lendemain cette r\u00e9f\u00e9rence qui continuera \u00e0 peser tout au long de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Ce que nous observons ici est, du reste, tr\u00e8s similaire \u00e0 ce que Remi Franckowiak a pu montrer concernant les articles de Malouin dans une \u00e9tude extr\u00eamement approfondie sur le sujet. Bien que la taille des deux contributions soit sans commune mesure, on rel\u00e8ve beaucoup de points communs li\u00e9s sans doute \u00e0 une chronologie tr\u00e8s similaire <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p><p>Autre \u00e9l\u00e9ment auquel il faut pr\u00eater la plus grande attention\u00a0: les dates figurant sur cet \u00c9tat, le 23 novembre 1747 et le 10 mars 1749. La premi\u00e8re indique sans risque d\u2019erreur que Mallet s\u2019est mis au travail tr\u00e8s rapidement, aussit\u00f4t apr\u00e8s avoir re\u00e7u les premiers livres envoy\u00e9s par les libraires apparemment. Quant \u00e0 la seconde, elle doit \u00eatre li\u00e9e \u00e0 notre sens au paiement effectu\u00e9 par les libraires le 11 mars 1749. On peut sans doute consid\u00e9rer que c\u2019est justement pour \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 que Mallet a \u00e9tabli cet Etat qui r\u00e9capitule le travail accompli \u00e0 cette date. Si on consid\u00e8re maintenant les \u00e9moluments de Mallet, on s\u2019aper\u00e7oit que le total des sommes re\u00e7ues jusqu&rsquo;au 11 mars 1749 (le lendemain de la date port\u00e9e sur l&rsquo;Etat) ne constitue que 63% des sommes re\u00e7ues jusqu&rsquo;au mois d&rsquo;avril 1750 <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a> (nous ne comptons pas ici les deux derniers paiements de 1753 et 1755 qui demandent un traitement \u00e0 part). Si l&rsquo;on extrapole \u00e0 partir de ces chiffres, il faut donc envisager 3576 articles de plus, qui auraient \u00e9t\u00e9 rendus par Mallet pour l\u2019ensemble de cette premi\u00e8re phase, le total nous amenant aux alentours de 8658 articles&#8230; pas moins de 11,68% du nombre des articles de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>! Il se trouve que cela correspond assez bien avec ce qu&rsquo;on observe dans le volume I o\u00f9 les articles sign\u00e9s de Mallet constituent 10,64% du total des articles. Il suffirait de leur ajouter les articles non-sign\u00e9s mais qu\u2019il faut lui attribuer en fonction du seul principe de cons\u00e9cution et on arriverait \u00e0 un chiffre assez proche de ces 11,68%&#8230; Une autre v\u00e9rification possible passe par le nombre d\u2019articles concernant le commerce\u00a0: plusieurs sondages \u00e0 travers l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> nous font consid\u00e9rer que l\u2019essentiel des 1321 articles anonymes du domaine sont de Mallet qui les a extraits du dictionnaire de Savary en proc\u00e9dant de mani\u00e8re toujours tr\u00e8s semblable. Si on les ajoute aux 496 qui sont sign\u00e9s (G), on obtient un total de 1817 articles, plus du double de ceux mentionn\u00e9s dans l\u2019Etat du 10 mars 1749. Le total de 8658 articles rendus par Mallet para\u00eet donc vraisemblable. Il faut cependant prendre bien garde que ce chiffre ne correspond pas au nombre d\u2019articles de Mallet effectivement parus dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, un nombre consid\u00e9rable de ceux qui lui avait \u00e9t\u00e9 initialement confi\u00e9s ont en effet \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s, remplac\u00e9s ou remani\u00e9s de fond en comble par d\u2019autres auteurs. Nous envisagerons dans notre \u00e9tude plusieurs cas o\u00f9 Diderot intervient ainsi, mais il est loin d\u2019\u00eatre le seul encyclop\u00e9diste \u00e0 en avoir us\u00e9 de la sorte avec les articles de Mallet\u00a0: Toussaint, Lenglet de Fresnoy, Boucher d\u2019Argis, Marmontel ou Jaucourt trait\u00e8rent souvent de fa\u00e7on analogue le mat\u00e9riau fourni par Mallet.<\/p><h2><strong>B. Mallet et Diderot : exploration de la zone de recouvrement<\/strong><\/h2><h3><strong>B.1. Les cas avec double signature\u00a0:<\/strong><\/h3><p>Un premier corpus plein d\u2019int\u00e9r\u00eat pour \u00e9tudier les interventions de Diderot sur une mati\u00e8re initiale pr\u00e9par\u00e9e par Mallet est constitu\u00e9 par les 49 articles qui portent \u00e0 la fois les deux signatures\u00a0: le (G) de Mallet et l\u2019ast\u00e9risque de Diderot. L\u2019\u00e9tude s\u2019av\u00e9re assez complexe devant la diversit\u00e9 de cas \u00e0 envisager. Nous ne trouvons en effet que 14 cas simples <a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a> o\u00f9 l\u2019addition de l\u2019\u00e9diteur de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> appara\u00eet clairement en fin d\u2019article pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de l\u2019\u00e9toile apr\u00e8s une premi\u00e8re partie sign\u00e9e (G) comme pour l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1876-0\/\">ANDABATE (<em>Hist. Anc<\/em>.)<\/a>, pour prendre un exemple court et peu charg\u00e9 d\u2019enjeux.<\/p><p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-697\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B2-300x152.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"254\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B2-300x152.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B2.png 678w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Il faut aussi tenir compte de 6 cas, o\u00f9 l\u2019\u00e9toile a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par erreur, selon l\u2019<em>Avertissement<\/em> du tome 1.<\/p><p>Dans les 29 autres cas, une \u00e9tude plus approfondie s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire pour d\u00e9m\u00ealer la contribution de chacun, sans que l\u2019on puisse du reste \u00eatre assur\u00e9 de parvenir \u00e0 clarifier les choses \u00e0 chaque fois.<\/p><p>Dans 20 cas <a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, l\u2019article se pr\u00e9sente avec une \u00e9toile devant la vedette et la signature (G) comme dans le cas d\u2019<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1317-0\/\">ALMUDE<\/a> ci-dessous.<\/p><p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-698\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B3-300x43.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"72\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B3-300x43.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B3.png 662w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Sauf exception <a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, la r\u00e9partition des responsabilit\u00e9s est ici tr\u00e8s difficile \u00e0 \u00e9tablir. Du moins, la symbolique est coh\u00e9rente si l\u2019on envisage qu\u2019il s\u2019agit vraisemblablement d\u2019articles de synth\u00e8se\u00a0: en l\u2019occurrence Diderot peut avoir retouch\u00e9 un article r\u00e9dig\u00e9 par Mallet ou utilis\u00e9 un mat\u00e9riau laiss\u00e9 par l\u2019abb\u00e9 pour nourrir un de ses propres articles. On peut remarquer que cette double marque de signature \u00e0 valeur globale se retrouve d\u2019ailleurs plusieurs fois dans des domaines o\u00f9 les deux hommes ont \u0153uvr\u00e9 simultan\u00e9ment, suite \u00e0 une r\u00e9partition des articles qui comportait vraisemblablement quelques chevauchements. C\u2019est le cas par exemple pour plusieurs articles traitant de mesures comme <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1317-0\/\">ALMUDE<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1930-0\/\">ANEGRAS<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3258-0\/\">ASSARON<\/a> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v7-164-1\/\">FORTIN<\/a>, ou pour des articles li\u00e9s \u00e0 des \u00ab\u00a0paroles magiques\u00a0\u00bb comme <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-175-0\/\">ABRACADABRA<\/a> ou <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v3-311-2\/\">CHARME<\/a>. Notons que si ces doubles signatures peuvent renvoyer \u00e0 l\u2019addition de deux contributions. Un cas au moins se pr\u00e9sente o\u00f9 l\u2019intervention de Diderot a pu proc\u00e9der par soustraction, l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1451-0\/\">ENTICHITES<\/a>\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-699\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B4-300x74.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"123\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B4-300x74.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B4.png 703w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Pour les articles restants, c\u2019est le sens m\u00eame des marques d\u2019attribution qui fait probl\u00e8me. Dans le cas d\u2019<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3285-0\/\">ASSIENTE ou ASSIENTO<\/a>, l\u2019\u00e9toile de Diderot pr\u00e9c\u00e8de la vedette et la lettre (G) cl\u00f4t la majeure partie de l\u2019article, ce qui ressemblerait aux 20 cas pr\u00e9c\u00e9dents si un dernier paragraphe n\u2019\u00e9tait pas lui-m\u00eame pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de l\u2019ast\u00e9risque, ce qui renverrait plut\u00f4t \u00e0 un ajout \u00e9ditorial, l\u2019ensemble devenant difficile \u00e0 interpr\u00e9ter. Pour 5 autres articles (<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-104-0\/\">ABELIENS<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3740-0\/\">AUTOCEPHALES<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-1858-0\/\">BOUCANIER<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-3104-0\/\">CALOYERS<\/a> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-50-2\/\">ABAQUE<\/a> en cours d\u2019\u00e9dition pour l\u2019<em>ENCCRE<\/em>) l\u2019ast\u00e9risque n\u2019est pas plac\u00e9 avant la vedette mais pr\u00e9c\u00e8de le dernier paragraphe (dans un cas les deux derniers paragraphes) lui-m\u00eame termin\u00e9 par (G). L\u00e0 aussi la signal\u00e9tique est bien difficile \u00e0 comprendre. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-182-0\/\">ABREG\u00c9<\/a> se rapproche de ces cas, si ce n\u2019est qu\u2019une partie sign\u00e9e (F), la marque de Du Marsais, conclut en outre l\u2019article. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-175-0\/\">BAINS<\/a> est plus complexe encore\u00a0: une premi\u00e8re s\u00e9quence se termine par la lettre (G), un deuxi\u00e8me commence par l\u2019ast\u00e9risque et se termine par (G), une troisi\u00e8me enfin commence, elle aussi, avec l\u2019\u00e9toile et se conclut par la lettre de Blondel, le (P). Dans tous ces cas, la r\u00e9partition des marques d\u2019attributions n\u2019a gu\u00e8re de clart\u00e9 et emp\u00eache une compr\u00e9hension ais\u00e9e des processus \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le nombre important d\u2019articles corrig\u00e9s par Errata oblige d\u2019ailleurs \u00e0 envisager la possibilit\u00e9 d\u2019autres confusions non relev\u00e9es.<\/p><p>Cette rapide \u00e9tude des 49 articles avec double signatures pourra \u00eatre approfondie. Le cas d\u2019ABAQUE en cours d\u2019\u00e9dition par Alain Bernard, Catherine Darley et Huiyi Wu laisse penser que l\u2019on peut parvenir m\u00eame dans des cas apparemment opaques \u00e0 des hypoth\u00e8ses relativement robustes. Il est cependant suffisant pour nous, \u00e0 ce stade, de faire quelques remarques et d\u2019observer notamment que les proc\u00e9d\u00e9s utilis\u00e9s par Diderot pour intervenir sur la contribution de Mallet furent tr\u00e8s divers. Le philosophe en a us\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s peu syst\u00e9matique, ce qui ne surprend gu\u00e8re, les marques d\u2019attribution \u00e9tant fournies au lecteur de mani\u00e8re peu coh\u00e9rente. Dans ce contexte, nous ne disposons donc pas de rep\u00e8res vraiment stables.<\/p><p>La ventilation par volume de ces 49 articles est remarquable avec un premier volume sur-repr\u00e9sent\u00e9 et une pr\u00e9sence largement concentr\u00e9e sur la premi\u00e8re partie de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>.<\/p><p><strong>R\u00e9partition par volume des articles avec la double signature<\/strong><\/p><table><tbody><tr><td width=\"50\">Vol. 1<\/td><td width=\"50\">Vol. 2<\/td><td width=\"50\">Vol. 3<\/td><td width=\"50\">Vol. 4<\/td><td width=\"50\">Vol. 5<\/td><td width=\"50\">Vol. 6<\/td><td width=\"50\">Vol. 7<\/td><td width=\"50\">Vol. 8<\/td><td width=\"50\">Vol. suivants<\/td><\/tr><tr><td width=\"50\">26<\/td><td width=\"50\">12<\/td><td width=\"50\">2<\/td><td width=\"50\">1<\/td><td width=\"50\">5<\/td><td width=\"50\">0<\/td><td width=\"50\">2<\/td><td width=\"50\">1<\/td><td width=\"50\">0<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><p>Elle ne doit cependant pas exag\u00e9r\u00e9ment surprendre si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019elle est la r\u00e9sultante logique de la r\u00e9partition des articles sign\u00e9s respectivement par Mallet et par Diderot marqu\u00e9e par le m\u00eame d\u00e9s\u00e9quilibre.<\/p><p><strong>R\u00e9partition par volume des articles avec la signature de Mallet<\/strong><\/p><table><tbody><tr><td width=\"45\">Vol. 1<\/td><td width=\"45\">Vol. 2<\/td><td width=\"45\">Vol. 3<\/td><td width=\"45\">Vol. 4<\/td><td width=\"45\">Vol. 5<\/td><td width=\"45\">Vol. 6<\/td><td width=\"45\">Vol. 7<\/td><td width=\"45\">Vol. 8<\/td><td width=\"41\">Vol. 9<\/td><td width=\"50\">Vol. suivants<\/td><\/tr><tr><td width=\"45\">561<\/td><td width=\"45\">413<\/td><td width=\"45\">169<\/td><td width=\"45\">334<\/td><td width=\"45\">209<\/td><td width=\"45\">145<\/td><td width=\"45\">126<\/td><td width=\"45\">118<\/td><td width=\"41\">23<\/td><td width=\"50\">80<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><p><strong>R\u00e9partition par volume des articles avec la signature de Diderot<\/strong><\/p><table><tbody><tr><td width=\"46\">Vol. 1<\/td><td width=\"46\">Vol. 2<\/td><td width=\"45\">Vol. 3<\/td><td width=\"45\">Vol. 4<\/td><td width=\"45\">Vol. 5<\/td><td width=\"45\">Vol. 6<\/td><td width=\"45\">Vol. 7<\/td><td width=\"45\">Vol. 8<\/td><td width=\"41\">Vol. 9<\/td><td width=\"50\">Vol. suivants<\/td><\/tr><tr><td width=\"46\">1953<\/td><td width=\"46\">1514<\/td><td width=\"45\">464<\/td><td width=\"45\">402<\/td><td width=\"45\">362<\/td><td width=\"45\">199<\/td><td width=\"45\">330<\/td><td width=\"45\">395<\/td><td width=\"41\">18<\/td><td width=\"50\">1<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><p>Or dans les deux cas, il n\u2019y a aucune raison de penser que la baisse du nombre d\u2019articles sign\u00e9s corresponde \u00e0 une baisse analogue du nombre d\u2019articles effectivement r\u00e9alis\u00e9s. Il n\u2019est pas impossible que la proportion ait l\u00e9g\u00e8rement vari\u00e9e (voire sans doute un peu baiss\u00e9e avec le temps \u00e0 mesure que la contribution de Jaucourt prenait de plus en plus de place) mais le plus probable est qu\u2019elle soit rest\u00e9e abondante dans tous les volumes.<\/p><p>La proportion d\u2019articles de Mallet sur lesquels Diderot est intervenue doit donc, elle aussi, \u00eatre relativement constante. Si l\u2019on se base sur les chiffres fournis par les deux premiers volumes, on pourrait envisager un nombre de 323 articles concern\u00e9s (pour 49 rep\u00e9r\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la double signature). Tout cela ne fournit \u00e9videmment qu\u2019un ordre de grandeur impossible \u00e0 v\u00e9rifier mais c\u2019est bien avec de tels chiffres en t\u00eate qu\u2019il faut p\u00e9n\u00e9trer dans la partie de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> o\u00f9 les signatures ne peuvent plus nous servir de guide.<\/p><h3><strong>B.2. Trois exemples plus ou moins complexes pris dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em><\/strong><\/h3><h4><strong>B.2.1. PARTICIPER<\/strong><\/h4><p>Ce n\u2019est pas pour son importance intrins\u00e8que, tr\u00e8s faible, que le cas de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-86-0\/\">PARTICIPER<\/a> en grammaire est int\u00e9ressant \u00e0 consid\u00e9rer mais parce qu\u2019il offre un exemple assez simple d\u2019une utilisation peut-\u00eatre inattendue de la contribution de Mallet par Diderot. Voil\u00e0 l\u2019article qui fait partie de ceux que Marie Leca a attribu\u00e9 \u00e0 Diderot\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-700\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B5-300x73.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"121\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B5-300x73.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B5-768x186.png 768w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B5.png 785w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Une anomalie nous a mis la puce \u00e0 l\u2019oreille. Quel peut bien \u00eatre en effet le sens de l\u2019abr\u00e9viation \u00ab\u00a0<em>Id. Ibid<\/em>.\u00a0\u00bb au milieu de l\u2019article\u00a0?<\/p><p>Mais \u00e9voquons d\u2019abord l\u2019attribution de cet article \u00e0 Diderot. Elle se fonde sur la relation \u00e9troite avec le dictionnaire de Tr\u00e9voux, qui a servi de source \u00e0 Diderot ici comme dans beaucoup d\u2019article de grammaire et selon les modalit\u00e9s habituelles d\u00e9crites par Marie Leca-Tsiomis. Pour permettre la comparaison, voici la s\u00e9rie d\u2019articles dans laquelle Diderot a pioch\u00e9\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-701\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B6-300x300.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"502\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B6-300x300.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B6-150x150.png 150w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B6.png 657w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Sauf que, si on ouvre maintenant le <em>Dictionnaire universel de Commerce<\/em> de Savary, on s\u2019aper\u00e7oit que les deux premi\u00e8res phrases de l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> viennent en fait plus pr\u00e9cis\u00e9ment de cet ouvrage\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-702\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B7-300x60.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"100\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B7-300x60.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B7.png 643w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>La pr\u00e9sence de l\u2019abr\u00e9viation \u00ab\u00a0<em>Id. ibid<\/em>\u00a0\u00bb devient alors explicable si on s\u2019avise que l\u2019on retrouve aussi le Savary comme source des trois articles pr\u00e9c\u00e9dents PARTICIPER\u00a0: <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-85-2\/\">PARTICIPE, <em>en termes de finance<\/em><\/a>\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-85-3\/\">PARTICIPE, <em>en terme de commerce de mer<\/em><\/a> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-85-4\/\">PARTICIPE <em>dans le commerce<\/em><\/a>, ce qui est explicitement pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 la fin du dernier article.<\/p><p>Or on sait que c\u2019est Mallet qui a d\u00e9pouill\u00e9 le dictionnaire de Savary que les libraires associ\u00e9s lui ont envoy\u00e9 le 18 septembre 1748.<\/p><p>On comprend alors la confection de cet article dans lequel Diderot a fondu le produit de son propre travail \u00e0 partir du Tr\u00e9voux et celui de Mallet \u00e0 partir du Savary, ce qui \u00e9tait favoris\u00e9 par le fait que dans ce cas le Tr\u00e9voux lui-m\u00eame d\u00e9rive, semble-t-il, du Savary. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1531-0\/\">ENVOI (<em>Grammaire<\/em>)<\/a> avec double signature pr\u00e9sentait un cas tr\u00e8s proche dans lequel Diderot a transform\u00e9 un article de commerce typique de Mallet (tout vient ici de Savary) en article de grammaire, mais sans interf\u00e9rence du Tr\u00e9voux qui ne joue aucun r\u00f4le en l\u2019occurrence <a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>.<\/p><p>L&rsquo;article PARTICIPER r\u00e9v\u00e8le une couche de Mallet sous celle de Diderot, couche ultra-fine ici. On a un nouvel exemple qui \u00e9largit la multiplicit\u00e9 des proc\u00e9d\u00e9s envisageables pour int\u00e9grer la contribution de Mallet dans l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>.<\/p><p>En termes d\u2019attribution, on peut consid\u00e9rer que l\u2019article est de Mallet et Diderot si on veut faire ressortir son mode de composition et proc\u00e9der comme pour l\u2019article ENVOI ou l\u2019attribuer seulement \u00e0 Diderot si on privil\u00e9gie le responsable de son \u00e9tat final. Voil\u00e0 un beau dilemme \u00e0 trancher pour le comit\u00e9 d\u2019attribution de l\u2019<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><h4><strong>B. 2. 2. L\u2019article PACIFICATION<\/strong><\/h4><p>Avec l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-2141-0\/\">PACIFICATION<\/a>, nous avons le cas d\u2019un autre article non sign\u00e9 qu\u2019il faut attribuer \u00e0 Diderot, avec une pr\u00e9sence initiale de Mallet. L\u2019article a en effet d\u2019abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par l\u2019abb\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re excessivement orthodoxe avant que Diderot n\u2019intervienne au tout dernier moment (et m\u00eame un peu apr\u00e8s) pour r\u00e9\u00e9crire un article qu\u2019il a jug\u00e9 finalement insupportable\u00a0: on ne fera pas l\u2019apologie de la r\u00e9vocation de l\u2019Edit de Nantes dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die\u00a0<\/em>!<\/p><p>On conna\u00eet cette intervention de derni\u00e8re minute par grand hasard. Certains exemplaires de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> permettent en effet de conna\u00eetre la version primitive de l\u2019article \u00e9crit par Mallet. Il s\u2019agit d\u2019exemplaires composites tardivement mis en vente par Panckoucke apr\u00e8s f\u00e9vrier 1776 qui associent\u00a0: 1) les trois premiers volumes tels qu\u2019ils furent r\u00e9imprim\u00e9s par Le Breton en 1769-1770 pour Panckoucke et Desaint avant d\u2019\u00eatre confisqu\u00e9s par la police au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1770 et s\u00e9questr\u00e9s \u00e0 la Bastille jusqu\u2019en f\u00e9vrier 1776 (c\u2019est n\u00e9cessairement apr\u00e8s cette date que ce jeu h\u00e9t\u00e9roclite de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> a pu \u00eatre diffus\u00e9e)\u00a0; 2) une contrefa\u00e7on des volumes IV \u00e0 VII r\u00e9alis\u00e9e par les soins de Panckoucke sur laquelle on manque d\u2019informations et 3) des exemplaires des 10 derniers volumes acquis par le m\u00eame Panckoucke aupr\u00e8s des libraires associ\u00e9s de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui lui en vendirent 600 environ qui leur restaient sur les bras apr\u00e8s la fin de l\u2019entreprise. Or, dans ces exemplaires des dix derniers volumes, certaines pages (au moins un cahier) ne correspondent pas \u00e0 la version de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>d\u00fbment rectifi\u00e9e. Quand Diderot demanda \u00e0 l\u2019imprimeur de refaire le cahier o\u00f9 figure l\u2019article PACIFICATION, une premi\u00e8re impression des feuilles avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e. Les libraires associ\u00e9s \u00e9cart\u00e8rent ces pages de leurs propres exemplaires de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> mais ils les conserv\u00e8rent par devers eux et quand Panckoucke leur acheta, bien plus tard, les 600 exemplaires d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s, s\u2019y trouvaient les pages du volume XI initialement imprim\u00e9es et non la version corrig\u00e9e.<\/p><p>La d\u00e9couverte de ce cahier d\u00e9pareill\u00e9 a \u00e9t\u00e9 faite par Richard Schwab qui eut le grand m\u00e9rite de trouver cette aiguille dans la meule de foin repr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019exemplaire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> de la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 de Riverside en Californie, un de ceux que Panckoucke diffusa apr\u00e8s 1776 (et que Schwab a d\u00e9crit le premier) <a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. Une fois identifi\u00e9e l\u2019existence d\u2019une version initiale de l\u2019article PACIFICATION sign\u00e9e par Mallet, encore fallait-il attribuer \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre les modifications qui avaient renvers\u00e9 le sens de l\u2019article PACIFICATION tel qu\u2019il parut \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1765. Sur ce plan, Schwab reste extr\u00eamement prudent consid\u00e9rant que ce pouvait \u00eatre Diderot, bien s\u00fbr, mais il estimait aussi que le propos pouvait aussi avoir \u00e9t\u00e9 celui de bien d\u2019autres encyclop\u00e9distes partageant avec Diderot la condamnation de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes, au premier rang desquels naturellement Jaucourt <a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>.<\/p><p>Nous pouvons d\u00e9sormais \u00eatre plus affirmatifs que lui. D\u2019abord, parce que le renversement de l\u2019article PACIFICATION entra\u00eena une autre modification devenue n\u00e9cessaire dans un autre article. Or cet article fait partie de ceux que Marie Leca-Tsiomis vient d\u2019attribuer \u00e0 Diderot. \u00c0 la lecture de l\u2019article PACIFICATION de Mallet, Diderot avait trouv\u00e9 imm\u00e9diatement indispensable de pr\u00e9parer un contre-feu qu\u2019il \u00e9tablit deux articles plus loin \u00e0 l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-2143-0\/\">PACIFIQUE<\/a>, dans lequel on pouvait initialement lire\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>PACIFIQUE, adj. (Gram.) qui aime la paix. On dit ce fut un prince pacifique. Le Christ dit bienheureux les pacifiques, parce qu\u2019ils seront appel\u00e9s enfants de Dieu. Voil\u00e0 un titre auquel l\u2019auteur de l\u2019art. PACIFICATION doit renoncer.<\/p><\/blockquote><p>Mais \u00e0 la r\u00e9flexion, cette batterie lui sembla sans doute trop faible et il d\u00e9cida de r\u00e9\u00e9crire plut\u00f4t l\u2019article PACIFICATION. La remarque de l\u2019article PACIFIQUE devenait <em>ipso facto<\/em> hors de propos. C\u2019est l\u2019abb\u00e9 Novi de Caveirac que Diderot d\u00e9cida alors de viser dans le petit article de grammaire, sans trop s\u2019\u00e9carter de la th\u00e9matique. Ce dernier avait commis, en 1758, une <em>Apologie de Louis XIV et de son Conseil, sur la r\u00e9vocation de l&rsquo;\u00c9dit de Nantes<\/em> qui avait scandalis\u00e9 tous les esprits \u00e9clair\u00e9s. On lirait donc d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019article PACIFIQUE\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Le Christ dit bienheureux les pacifiques, parce qu\u2019ils seront appel\u00e9s enfants de Dieu. Voil\u00e0 un titre auquel l\u2019auteur de l\u2019apologie de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes doit renoncer.<\/p><\/blockquote><p>On n\u2019imagine personne d\u2019autre que Diderot lui-m\u00eame pour corriger ainsi ses propres articles.<\/p><p>Un autre argument rend l\u2019attribution de PACIFICATION \u00e0 Diderot absolument certaine, c\u2019est le tempo de l\u2019intervention. Dans la mesure o\u00f9 le tirage du cahier concern\u00e9 avait commenc\u00e9, cela signifie que l\u2019\u00e9tape de la relecture des deuxi\u00e8mes \u00e9preuves \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e. Or on sait, les \u00e9preuves conserv\u00e9es dans le \u00ab\u00a0dix-huiti\u00e8me\u00a0\u00bb volume confectionn\u00e9e par Le Breton l\u2019attestent sans qu\u2019il ne se pr\u00e9sente aucune exception <a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>\u00a0; on sait que c\u2019est Diderot qui signait syst\u00e9matiquement le bon \u00e0 tirer apr\u00e8s cette deuxi\u00e8me relecture, encha\u00een\u00e9 \u00e0 son r\u00f4le \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9diteur man\u0153uvre\u00a0\u00bb, comme dit Grimm <a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Ici comme ailleurs, ce ne pouvait \u00eatre que Diderot qui avait donn\u00e9 le signal de la premi\u00e8re impression, sauf que, visiblement il se ravisa. Et, bien s\u00fbr, il \u00e9tait l\u00e0 aussi le seul \u00e0 pouvoir le faire, ce dont il ne d\u00fbt gu\u00e8re abuser d\u2019ailleurs, les d\u00e9lais seraient vite devenus infernaux s\u2019il l\u2019avait fait (voyez ce qu\u2019en dit Brul\u00e9 \u00e0 l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1746-3\/\">EPREUVE<\/a> <a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>). On peut dater la s\u00e9quence avec une certaine pr\u00e9cision\u00a0: ce fut n\u00e9cessairement quelques jours avant la fin de l\u2019impression du 11<sup>e<\/sup> volume qu\u2019il faut situer entre le 8 novembre 1763 et le 8 f\u00e9vrier 1764 <a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>.<\/p><p>Avant d\u2019envisager le propos de l\u2019article PACIFICATION, soulignons une contrainte \u00e0 laquelle Diderot dut se plier. Pour ne pas bouleverser la mise en page, il lui fallait en effet faire des interventions qui ne modifient pas le gabarit de l\u2019article. C\u2019est un auteur-\u00e9diteur virtuose qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre avec PACIFICATION.<\/p><p>Le plus simple pour ne pas d\u00e9ranger exag\u00e9r\u00e9ment la taille de l\u2019article est de ne pratiquer de modifications qu\u2019avec parcimonie. C\u2019est ce que fait Diderot dans les 5 premiers paragraphes dans lesquels Mallet d\u00e9roulait la chronologie des trait\u00e9s de pacification ant\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019\u00e9dit de Nantes. Diderot n\u2019intervient que deux fois. Une premi\u00e8re fois au troisi\u00e8me paragraphe pour effacer une mise en cause directe des Protestants. Mallet \u00e9crivait\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Fran\u00e7ois I. et Henri II. avaient rendu des \u00e9dits tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res contre ceux qui feraient profession des nouvelles opinions de Luther et de Calvin. Charles IX. en 1561 suivit \u00e0 cet \u00e9gard les traces de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs ; <em>mais <\/em><span style=\"text-decoration: underline;\">les Pr\u00e9tendus R\u00e9form\u00e9s se soulevant de toutes parts<\/span>, ce prince fut oblig\u00e9 au mois de Janvier 1562, de r\u00e9voquer son premier \u00e9dit\u2026 [nous soulignons]<\/p><\/blockquote><p>Diderot \u00e9crit quant \u00e0 lui\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Fran\u00e7ois I. et Henri II. avaient rendu des \u00e9dits tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res contre ceux qui feraient profession des nouvelles opinions de Luther et de Calvin. Charles IX. en 1561 suivit \u00e0 cet \u00e9gard les traces de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs ; <span style=\"text-decoration: underline;\">mais les hommes souffriront toujours impatiemment qu\u2019on les g\u00e8ne sur un objet, dont ils croyent ne devoir compte qu\u2019\u00e0 Dieu ; aussi<\/span> le prince fut-il oblig\u00e9 au mois de Janvier 1562, de r\u00e9voquer son premier \u00e9dit\u2026 [nous soulignons]<\/p><\/blockquote><p>Et au 4<sup>e<\/sup> paragraphe, il efface de nouveau une mention des \u00ab\u00a0Protestants remuant de toutes parts\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00c0 partir du 6<sup>e<\/sup> paragraphe, quand arrive la question de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes proprement dite, il n\u2019est plus question d\u2019op\u00e9rer par l\u00e9g\u00e8res retouches. Tout le propos de Mallet doit \u00eatre remplac\u00e9 et minutieusement renvers\u00e9. Pour Mallet, l\u2019ensemble des plaintes des Protestants sont infond\u00e9es\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Le grief qu\u2019ils ont les plus fait valoir, c\u2019est qu\u2019on avait viol\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard la foi des trait\u00e9s et des \u00e9dits donn\u00e9s et confirm\u00e9s par tant de rois, et c\u2019est ce que Bayle ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter dans ses lettres critiques sur l\u2019histoire du calvinisme. Sans entrer ici dans la question si le prince a le droit ou non de ne point tol\u00e9rer les sectes oppos\u00e9es \u00e0 la religion dominante dans son \u00e9tat, je dis qu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer la chose du c\u00f4t\u00e9 de la politique et du gouvernement, tous les raisonnements faits contre la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes portent \u00e0 faux.<\/p><\/blockquote><p>Par la suite, les raisonnements de Mallet entendent montrer que l\u2019ensemble des \u00e9dits de pacification (l\u2019\u00e9dit de Nantes y compris) ayant \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0extorqu\u00e9s par la violence\u00a0\u00bb, il s\u2019agit de conventions nulles. De ce d\u00e9veloppement unilat\u00e9ral, Diderot prend l\u2019exact contrepied\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Il est certain qu\u2019on viola \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Protestants, la foi des trait\u00e9s et des \u00e9dits donn\u00e9s et confirm\u00e9s par tant de rois ; et c\u2019est ce que Bayle d\u00e9montre sans r\u00e9plique dans ses lettres critiques sur l\u2019histoire du Calvinisme.<\/p><\/blockquote><p>Tandis que les protestations des victimes de la d\u00e9cision de Louis XIV bafou\u00e9es par Mallet ont naturellement droit \u00e0 toute son empathie\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Les Protestants se sont plaints avec amertume de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes, et leurs plaintes ont \u00e9t\u00e9 fortifi\u00e9es de celles de tous les gens de bien Catholiques, qui tol\u00e8rent d\u2019autant plus volontiers l\u2019attachement d\u2019un protestant \u00e0 ses opinions, qu\u2019ils auraient plus de peine \u00e0 supporter qu\u2019on les troubl\u00e2t dans la profession des leurs ; de celles de tous les philosophes, qui savent combien notre fa\u00e7on de penser religieuse d\u00e9pend peu de nous, et qui pr\u00eachent sans cesse aux souverains la tol\u00e9rance g\u00e9n\u00e9rale, et aux peuples l\u2019amour et la concorde ; de celles de tous les bons politiques qui savent les pertes immenses que l\u2019\u00e9tat a faites par cet \u00e9dit de r\u00e9vocation, qui exila du royaume une infinit\u00e9 de familles, et envoya nos ouvriers et nos manufactures chez l\u2019\u00e9tranger.<\/p><\/blockquote><p>La scandaleuse justification de la R\u00e9vocation stimule en retour un \u00e9loge de la tol\u00e9rance des plus fermes. Certes la pr\u00e9sence de deux cultes oppos\u00e9s peut pr\u00e9senter des dangers pour l\u2019\u00c9tat, reconnait Diderot, mais ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0une raison pour exterminer les adh\u00e9rents \u00e0 l\u2019un des deux\u00a0\u00bb. Ne faudrait-il pas au contraire \u00ab\u00a0affaiblir l\u2019esprit de fanatisme, en favorisant tous les cultes indistinctement\u00a0\u00bb\u00a0? Et Diderot d\u2019imaginer une relation pacifique entre ces diff\u00e9rents cultes tendant par \u00e9mulation vers \u00ab\u00a0la morale que la nature a grav\u00e9e dans tous les c\u0153urs\u00a0\u00bb.<\/p><p>La conclusion de Diderot rectifie celle de Mallet. Celui-ci finissait ainsi\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Les premiers Chr\u00e9tiens que les Calvinistes se sont tant piqu\u00e9s de retracer, mourraient en b\u00e9nissant les empereurs payens, et ne leur arrachaient pas par la force des armes des \u00e9dits favorables \u00e0 la Religion [comprendre ici la Religion Pr\u00e9tendue R\u00e9form\u00e9e pour utiliser la formulation des apologistes catholiques].<\/p><\/blockquote><p>Diderot ajoute\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Si Les premiers Chr\u00e9tiens mourraient en b\u00e9nissant les empereurs payens, et ne leur arrachaient pas par la force des armes des \u00e9dits favorables \u00e0 la Religion, <span style=\"text-decoration: underline;\">ils ne s\u2019en plaignaient pas moins am\u00e8rement de la libert\u00e9 qu\u2019on leur \u00f4tait, de servir Dieu selon la lumi\u00e8re de leur conscience.<\/span> [nous soulignons]<\/p><\/blockquote><p>Logiquement \u00e0 l\u2019issue de cet article qui a chang\u00e9 d\u2019orientation \u00e0 180 degr\u00e9s, la signature de Mallet dispara\u00eet. Nous avons l\u00e0 affaire \u00e0 un cas de censure interne \u00e0 l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui a, en fait, sans doute frapp\u00e9 d\u2019autres fois la contribution de Mallet <a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.<\/p><p>La col\u00e8re de Diderot ne s\u2019est d\u2019ailleurs pas \u00e9teinte apr\u00e8s les articles PACIFICATION et PACIFIQUE. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v13-2628-0\/\">REFUGIES<\/a>, que Naigeon lui a attribu\u00e9, se situe dans leur exact prolongement, Diderot y met dans le m\u00eame sac Novi de Caveyrac, Mallet\u00a0et tous leurs \u00e9mules justificateurs de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00c9dit de Nantes : \u00ab\u00a0\u00e0 la honte de notre si\u00e8cle, \u00e9crit-il, il s\u2019est trouv\u00e9 de nos jours des hommes assez aveugles ou assez impudents pour justifier aux yeux de la politique et de la raison, la plus funeste d\u00e9marche qu\u2019ait jamais pu entreprendre le conseil d\u2019un souverain.\u00a0\u00bb (<em>Enyclop\u00e9die<\/em>, t. XIII, p. 907a) <a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a><\/p><h4><strong>B.2.3. LIBERT\u00c9 DE PENSER <\/strong><strong>(<em>Morale<\/em>)<\/strong><\/h4><p>L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-1437-4\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span><\/a><a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-1437-4\/\">, (<em>Morale<\/em>.)<\/a>, au volume IX <a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, nous fournit sans doute un des cas les plus complexes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> en termes d\u2019attribution. Sous la signature du tr\u00e8s orthodoxe abb\u00e9 Mallet, on lit des choses curieusement contradictoires\u00a0: \u00e0 la fois une critique s\u00e9v\u00e8re et attendue (si l\u2019on se fie \u00e0 la signature) des partisans de la libert\u00e9 de penser mais aussi des choses beaucoup plus \u00e9tonnantes. Celle-ci, par exemple\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>On ne peut nier qu\u2019il n\u2019y ait eu et qu\u2019il n\u2019y ait parmi les inconvaincus des hommes du premier m\u00e9rite ; que leurs ouvrages ne montrent en cent endroits de l\u2019esprit, du jugement, des connaissances ; qu\u2019ils n\u2019aient m\u00eame servi la religion, en en d\u00e9criant les v\u00e9ritables abus ; qu\u2019ils n\u2019aient forc\u00e9 nos th\u00e9ologiens \u00e0 devenir plus instruits et plus circonspects ; et qu\u2019ils n\u2019aient infiniment contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir entre les hommes l\u2019esprit sacr\u00e9 de paix et de tol\u00e9rance.<\/p><\/blockquote><p>Ainsi donc, on trouverait des hommes dot\u00e9s des plus grandes qualit\u00e9s intellectuelles chez les incr\u00e9dules ou plus exactement les \u00ab\u00a0inconvaincus\u00a0\u00bb \u2013 le mot a toute son importance comme on le verra \u2013 et leur intervention dans le d\u00e9bat aurait permis \u00e0 la fois une heureuse r\u00e9forme de l\u2019\u00c9glise et des habitudes des th\u00e9ologiens eux-m\u00eames, ainsi que l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019esprit de paix et de tol\u00e9rance dans la soci\u00e9t\u00e9, rien de moins. L\u2019attribution de cet \u00e9loge outr\u00e9 des \u00ab\u00a0inconvaincus\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Mallet para\u00eet un peu difficile \u00e0 dig\u00e9rer <a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. Pour expliquer cette grande dissonance, il faut proc\u00e9der \u00e0 l\u2019arch\u00e9ologie des diff\u00e9rentes couches d\u2019\u00e9criture qu\u2019on peut identifier dans l\u2019article. Nous partirons des strates les plus r\u00e9centes avant de creuser vers les plus anciennes. Nous verrons au terme de nos investigations comment doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e la signature de l\u2019article.<\/p><h5><strong>La part de Diderot<\/strong><\/h5><h6><strong>Les renvois<\/strong><\/h6><p>Il y a, en effet, du Diderot dans l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>, (<em>Morale<\/em>.), de cela on ne peut pas douter. Son intervention perce \u00e0 l\u2019\u00e9vidence dans les renvois plac\u00e9s en fin d\u2019article vers les deux articles <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-1947-0\/\">JESUS-CHRIST<\/a> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2659-0\/\">INTOLERANCE<\/a> qu\u2019il avait r\u00e9dig\u00e9s peu avant pour le volume pr\u00e9c\u00e9dent (le volume VIII) <a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a> et qu\u2019un r\u00e9dacteur ayant travaill\u00e9 seulement dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>(que ce soit Mallet ou un autre) ne pouvait pas conna\u00eetre et difficilement en pr\u00e9voir la teneur. Le sujet de l\u2019article INTOLERANCE avait certes des liens logiques avec la libert\u00e9 de penser qui aurait justifi\u00e9 un renvoi pr\u00e9par\u00e9 par anticipation, mais ce n\u2019est pas le cas de l\u2019article JESUS-CHRIST\u00a0; dans ce cas seul l\u2019auteur de l\u2019article lui-m\u00eame pouvait savoir que ces liens existaient bel et bien autour d\u2019une longue citation de Synesius <a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. INTOLERANCE et JESUS-CHRIST constituent du reste deux articles cardinaux de la contribution philosophique de Diderot <a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a> et leur pr\u00e9sence sous forme de renvoi associe l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> \u00e0 une cat\u00e9gorie d\u2019articles distingu\u00e9e par Diderot <a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. Quoi qu\u2019il en soit, ajouter des renvois \u00e0 la fin d\u2019un article est une intervention \u00e9ditoriale courante dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui n\u2019engage pas n\u00e9cessairement une implication dans le corps de l\u2019article. Mais ici Diderot ne s\u2019est pas born\u00e9 \u00e0 cela.<\/p><h6><strong>Inconviction et inconvaincus<\/strong><\/h6><p>Comme Gerhardt Stenger l\u2019a justement fait remarquer <a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>, l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> se distingue aussi par l\u2019usage d\u2019un mot propre \u00e0 Diderot (presque un n\u00e9ologisme comme on le verra) qui ne revient pas moins de six fois sous deux formes\u00a0: inconviction et inconvaincu. L\u2019usage de ce mot tout \u00e0 fait remarquable m\u00e9rite un d\u00e9veloppement particulier.<\/p><p>Dans l\u2019article, il est employ\u00e9 pour remplacer d\u2019autres termes pr\u00e9sents dans la source principale (voir plus bas sur cette source), on peut donc relever les substituions op\u00e9r\u00e9es. En premi\u00e8re occurrence, \u00ab\u00a0inconviction\u00a0\u00bb remplace \u00ab\u00a0irreligion\u00a0\u00bb\u00a0; nous n\u2019avons pas rep\u00e9r\u00e9 la source (si elle existe) de la deuxi\u00e8me occurrence du terme \u00ab\u00a0inconviction\u00a0\u00bb\u00a0; dans les deux occurrences suivantes qui figurent dans la m\u00eame phrase, \u00ab\u00a0les inconvaincus\u00a0\u00bb remplacent \u00ab\u00a0les libertins\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0les jeunes inconvaincus\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les incr\u00e9dules apprentifs\u00a0\u00bb\u00a0; apparait ensuite une occurrence sans r\u00e9pondant dans la source (il s\u2019agit d\u2019un passage enti\u00e8rement reformul\u00e9)\u00a0; dans le dernier cas, \u00ab\u00a0les inconvaincus\u00a0\u00bb remplacent, semble-t-il, les \u00ab\u00a0professeurs d\u2019irreligion\u00a0\u00bb. Comme on peut le voir, l\u2019utilisation du terme permet d\u2019unifier des choses qui se pr\u00e9sentent dispers\u00e9es dans la source, d\u2019autant que les expressions concurrentes sont plus rares dans l\u2019article\u00a0: \u00ab\u00a0esprits forts\u00a0\u00bb (une occurrence) \u00ab\u00a0incr\u00e9dules\u00a0\u00bb (deux occurrences) et \u00ab\u00a0impi\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb (trois occurrences). Elle permet aussi d\u2019\u00e9viter certaines formulations p\u00e9joratives. L\u2019inconviction y gagne une consistance particuli\u00e8re.<\/p><p>Diderot avait auparavant utilis\u00e9 le mot dans trois autres articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, tous \u00e0 la lettre C\u00a0: les articles <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-3922-0\/\">CASUISTE<\/a> <a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1454-0\/\">CYRENAIQUE (SECTE)<\/a> <a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a> et surtout dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1026-0\/\">CREDULITE<\/a> o\u00f9 il en donne la d\u00e9finition. CREDULITE a l\u2019allure d\u2019un article de synonyme \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019abb\u00e9 Girard mais il est dot\u00e9 d\u2019une port\u00e9e philosophique particuli\u00e8re. On y distingue le sens de trois mots proches\u00a0: l\u2019impi\u00e9t\u00e9, l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 et l\u2019inconviction. Cette derni\u00e8re repr\u00e9sente une incroyance \u00ab\u00a0de bonne foi\u00a0\u00bb (Diderot ne craint pas l\u2019expression) fond\u00e9e sur un examen approfondi de la question alors que l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 est une forme d\u2019incroyance plus spontan\u00e9e, sinc\u00e8re mais adopt\u00e9e sans que l\u2019incr\u00e9dule ait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un examen suffisant pour appuyer son attitude sur un degr\u00e9 de certitude satisfaisant, quant \u00e0 l\u2019impi\u00e9t\u00e9 c\u2019est une incroyance de fa\u00e7ade affect\u00e9e par un hypocrite qui reste un croyant au \u00ab\u00a0fond de son c\u0153ur\u00a0\u00bb. On le voit, l\u2019inconviction c\u2019est aussi l\u2019incroyance du philosophe. Dans la perspective chr\u00e9tienne, c\u2019est encore, selon Diderot, une incroyance qui ne serait pas bl\u00e2mable. \u00ab\u00a0On doit exiger de moi que je cherche la v\u00e9rit\u00e9, mais non que je la trouve\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il dans la 29<sup>e<\/sup> pens\u00e9e philosophique <a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>.<\/p><p>Pour \u00eatre complet, il faut dire que Morellet utilise aussi le mot, dans cette acception, dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v7-8-0\/\">FOI<\/a> (vol. VII, p. 19a). C\u2019est le seul autre exemple dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> et on peut souligner qu\u2019il est le fait d\u2019un familier de Diderot qui fr\u00e9quentait le philosophe notamment chez d\u2019Holbach. Autre occurrence rep\u00e9r\u00e9e dans l\u2019entourage le plus proche de Diderot, Grimm l\u2019utilise dans la livraison du 15 avril 1756 de sa <em>Correspondance litt\u00e9raire <\/em><a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>.<\/p><p>Il faut encore remarquer que Diderot \u00e9crivant \u00e0 Rey, le 14 avril 1777 fait mention d\u2019une \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que des inconvaincus \u00bb qu\u2019il se propose \u00ab\u00a0d&rsquo;ordonner\u00a0\u00bb avant de mourir <a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>. Le syntagme est peut-\u00eatre marqu\u00e9 par le souvenir d&rsquo;un assemblage de textes pour la plupart holbachiques paru en 1773 sous le titre de <em>Biblioth\u00e8que du Bon sens<\/em> (Jeroom Vercruysse fait du moins le rapprochement dans sa <em>Bibliographie descriptive des imprim\u00e9s du baron d\u2019Holbach<\/em>, Garnier, 2017, p.\u00a0145-146) mais il correspond en fait \u00e0 un projet rest\u00e9 inabouti. A-t-il pu s\u2019agir d\u2019une mise en ordre de l&rsquo;ensemble ou d\u2019une partie des productions holbachiques\u00a0? Ce n\u2019est pas impossible.<\/p><p>Quant au mot, Diderot en fut-il l\u2019inventeur\u00a0? En 1760, <em>La Religion veng\u00e9e<\/em>, le p\u00e9riodique du p\u00e8re Hubert Hayer, et de l\u2019avocat Jean Soret, pr\u00e9tend que \u00ab ce terme n\u2019est pas fran\u00e7ais\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a> et en 1787, il reste un \u00ab\u00a0mot hasard\u00e9\u00a0\u00bb pour Ferraud qui invoque deux exemples pouvant illustrer son emploi, l\u2019un chez Servan, l\u2019autre chez Caraccioli. Chez ces deux auteurs, l\u2019emploi d\u00e9rive cependant de l\u2019article CREDULITE <a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>. M\u00eame si le mot n\u2019a pas fait flor\u00e8s, il est associ\u00e9 tr\u00e8s \u00e9troitement \u00e0 Diderot, qui est le seul \u00e0 en avoir fourni une d\u00e9finition avant la R\u00e9volution (le mot prendra ensuite un autre sens). Il ne l\u2019a cependant pas cr\u00e9\u00e9 de toute pi\u00e8ce puisque on peut relever un seul et unique emploi ant\u00e9rieur (jusqu\u2019\u00e0 mieux inform\u00e9) dans <em>les Lettres \u00e0 un am\u00e9riquain sur l&rsquo;histoire naturelle, g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re de M. Buffon <\/em>(Hambourg, 1751) de Le Large de Lignac qui \u00e9voque \u00ab\u00a0les incr\u00e9dules ou comme ils s&rsquo;appellent les inconvaincus\u00a0\u00bb (t.\u00a0I, p. 3\u00a0; autre occurrence, t. I, p. 5\u00a0: \u00ab\u00a0mrs les inconvaincus\u00a0\u00bb). C&rsquo;est peut-\u00eatre bien l\u00e0 que Diderot a trouv\u00e9 le mot s\u2019il a lu ce texte qui vise un de ses amis, Le Large de Lignac le disait toutefois d\u00e9j\u00e0 en usage chez \u00ab\u00a0les inconvaincus\u00a0\u00bb eux-m\u00eames.<\/p><p>Son utilisation dans <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> est une des fortes raisons d\u2019attribuer l&rsquo;article \u00e0 Diderot.<\/p><h6><strong>La citation de Swift<\/strong><\/h6><p>Il y en a cependant d\u2019autres au moins aussi fortes. On retrouve en effet dans l\u2019article une citation du <em>Conte du tonneau<\/em> de Jonathan Swift qui figure aussi dans la traduction par Diderot de l\u2019<em>Essai sur le m\u00e9rite et la vertu <\/em>de Shaftesbury. La comparaison des trois versions (celle de la traduction initiale de 1721, celle pr\u00e9sente dans le livre traduit par Diderot et celle de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>) permet d\u2019\u00e9tablir que la version de l\u2019article ne proc\u00e8de pas de la traduction initiale mais bien de celle ins\u00e9r\u00e9e par Diderot dans le Discours pr\u00e9liminaire de l\u2019<em>Essai sur le m\u00e9rite et la Vertu<\/em>. Dans les deux cas, une phrase (la m\u00eame) a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e de la citation et surtout l\u2019on y trouve la m\u00eame infid\u00e9lit\u00e9 : L\u2019<em>Essai sur le m\u00e9rite et la Vertu <\/em>ainsi que l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e9voquent des auteurs \u00ab\u00a0pourvus abondamment d\u2019esprit et de syllogismes\u00a0\u00bb, alors que la traduction initiale parlait d\u2019auteurs \u00ab\u00a0pourvus abondamment de syllogismes et de traits d\u2019esprit\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>.<\/p><h6><strong>Deux r\u00e9f\u00e9rences aux <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em><\/strong><\/h6><p>On d\u00e9tecte enfin deux passages qui se rattachent directement aux <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>. Il ne s\u2019agit pas de citations \u00e0 proprement parler mais la parent\u00e9 est absolument \u00e9vidente. \u00c0 la fin du premier paragraphe de l\u2019article, on lit ainsi\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>\u2026 telle est notre superstition, que nous croyons honorer Dieu par les entraves o\u00f9 nous mettons notre raison ; nous craignons de nous d\u00e9masquer \u00e0 nous-m\u00eames, et de nous surprendre dans l\u2019erreur, comme si la v\u00e9rit\u00e9 avait \u00e0 redouter de para\u00eetre au grand jour<\/p><\/blockquote><p>Ce qui ne manque pas de rappeler la 14<sup>e<\/sup> des <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Un semi-scepticisme est la marque d\u2019un esprit faible : il d\u00e9c\u00e8le un raisonneur pusillanime qui se laisse effrayer par les cons\u00e9quences ; un superstitieux qui croit honorer son Dieu par les entraves o\u00f9 il met sa raison ; une esp\u00e8ce d\u2019incr\u00e9dule qui craint de se d\u00e9masquer \u00e0 lui-m\u00eame ; car si la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 perdre \u00e0 l\u2019examen, comme en est convaincu le semi-sceptique, que pense-t-il au fond de son \u00e2me de ces notions privil\u00e9gi\u00e9es qu\u2019il appr\u00e9hende de sonder, et qui sont plac\u00e9es dans un recoin de sa cervelle, comme dans un sanctuaire dont il n\u2019ose approcher ?<\/p><\/blockquote><p>Un peu plus loin dans l&rsquo;article, on lit : \u00ab\u00a0Je laisse ici \u00e0 d\u00e9cider laquelle des deux est la plus d\u00e9raisonnable et la plus injurieuse \u00e0 la religion, ou de la superstition ou de l\u2019impi\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>Ce qui rentre en \u00e9cho, de mani\u00e8re \u00e9vidente, avec le c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9but de la pens\u00e9e XII, dans une formulation moins abrupte\u00a0bien s\u00fbr\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, je le soutiens ; la superstition est plus injurieuse \u00e0 Dieu que l\u2019ath\u00e9isme.\u00a0\u00bb<\/p><p>Ainsi, la pr\u00e9sence de Diderot est tr\u00e8s marqu\u00e9e\u00a0: elle concerne son vocabulaire le plus sp\u00e9cifique, certains de ses articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> importants, qu\u2019ils soient d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s ou encore in\u00e9dits, et ses ouvrages, ceux pass\u00e9s devant la censure comme l\u2019<em>Essai sur le m\u00e9rite et la vertu <\/em>mais aussi les livres publi\u00e9s clandestinement. Cons\u00e9quence directe, le sens m\u00eame de l\u2019article prend un tour nettement diderotien. Une fois qu\u2019on a identifi\u00e9 correctement les multiples signaux plus ou moins cach\u00e9s que Diderot envoie au lecteur complice, on reconna\u00eet les dispositifs de brouillage les plus fr\u00e9quents \u00e0 l\u2019abri desquels Diderot et ses amis exprim\u00e8rent leur point-de-vue dans un contexte de grande contrainte, que ce soit dans les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> dont la pr\u00e9sence est particuli\u00e8rement forte ici ou dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v17-749-0\/\">UNITAIRES<\/a> sign\u00e9 par Naigeon, par exemple. Les gages donn\u00e9s \u00e0 l\u2019orthodoxie peuvent para\u00eetre solides (ils sont dans ces cas souvent exag\u00e9r\u00e9ment ostensibles) mais ils sont en fait partout subtilement sabot\u00e9s tandis que les pens\u00e9es subversives apparaissent subrepticement mais entrainent tout le propos.<\/p><h5><strong>La premi\u00e8re couche textuelle<\/strong><\/h5><p>Dans l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>, cependant, on peut aussi d\u00e9tecter une autre main que celle de Diderot. Il y a bien une couche textuelle ant\u00e9rieure tout aussi manifestement discernable sur laquelle Diderot est intervenu. La signature (G) et certains traits orthodoxes pourraient nous orienter vers l\u2019abb\u00e9 Mallet mais beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments plaident pour une toute autre attribution \u00e0 un autre abb\u00e9 de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0: Claude Yvon.<\/p><p>Comme l\u2019a bien montr\u00e9 Gerhardt Stenger, auquel notre \u00e9tude est grandement redevable sur ce plan <a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, l\u2019article est pour l\u2019essentiel constitu\u00e9 par un montage de citations <a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019on peut identifier une grande partie des sources utilis\u00e9es et caract\u00e9riser la fa\u00e7on dont elles ont \u00e9t\u00e9 articul\u00e9es, on pourra les rapprocher des habitudes en la mati\u00e8re de Mallet ou de celles d\u2019Yvon et donc d\u00e9terminer l\u2019identit\u00e9 du responsable de la premi\u00e8re couche.<\/p><h6><strong><em>Le Misanthrope<\/em><\/strong><strong> de Van Effen<\/strong><\/h6><p>La principale source utilis\u00e9e dans l\u2019article, dont elle fournit le squelette, est <em>Le Misanthrope<\/em> de Juste Van Effen (1684-1735) <a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>, une source qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019ici pour d\u2019autres articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em><a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. C\u2019est ce texte qui procure l\u2019introduction, la conclusion et beaucoup d\u2019autres extraits de l\u2019article, notamment le n\u0153ud autour duquel tout s\u2019articule\u00a0: une critique passablement hostile du <em>Trait\u00e9 de la libert\u00e9 de penser<\/em> d\u2019Anthony Collins. Pr\u00e9sentons rapidement ce <em>Misanthrope<\/em> qui connut une certaine vogue dans les ann\u00e9es 1740. Premi\u00e8re adaptation continentale du <em>Spectactor<\/em> de Steele et Addisson, ce p\u00e9riodique hollandais parut d\u2019abord comme une feuille\u00a0volante avec une r\u00e9gularit\u00e9 hebdomadaire en 1711 et 1712, puis parall\u00e8lement d\u00e8s 1712-1713 une premi\u00e8re \u00e9dition en volume fut publi\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 La Haye, chez T. Johnson, Libraire Anglois\u00a0\u00bb. Une \u00ab\u00a0nouvelle \u00e9dition revue et augment\u00e9e de plusieurs discours importants\u00a0\u00bb parut toujours \u00e0 La Haye en 1726, chez Jean Neaulme. Puis trois r\u00e9\u00e9ditions posthumes se succ\u00e9d\u00e8rent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1740\u00a0: la premi\u00e8re en 1741, \u00e0 Lausanne et Gen\u00e8ve, chez Marc-Michel Bousquet et Comp.\u00a0; puis deux la m\u00eame ann\u00e9e, en 1742, \u00e0 La Haye, chez Jean Neaulme et \u00e0 Amsterdam, chez Hermann Uytwerf, les \u00e9ditions de Lausanne (1741) et de La Haye (1742) pr\u00e9sentant le m\u00eame contenu que celle de 1726 <a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>. Les citations emprunt\u00e9es par l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>se trouvent dans les discours XXXIII et XXXIV qui apparaissent en 1726\u00a0; logiquement ils sont absents des parutions de 1711-1713, leur sujet \u00e9tant la r\u00e9futation de l\u2019ouvrage de Collins, <em>A Discourse of Free-Thinking<\/em> paru en 1713, puis traduit en fran\u00e7ais d\u00e8s 1714 sous le titre\u00a0de <em>Discours sur la libert\u00e9 de penser<\/em>. Le texte semble identique pour ces deux discours dans toutes les \u00e9ditions \u00e0 partir de 1726. On ne peut donc savoir qu\u2019elle est celle que l\u2019encyclop\u00e9diste a consult\u00e9e. Quoi qu\u2019il en soit, il faut souligner que c\u2019est une source protestante que l\u2019auteur de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> a sollicit\u00e9. L\u2019abb\u00e9 Mallet malgr\u00e9 son anti-protestantisme virulent peut aussi \u00e0 l\u2019occasion citer des auteurs protestants mais le fait est beaucoup plus r\u00e9pandu chez l\u2019abb\u00e9 Yvon qui a m\u00eame th\u00e9oris\u00e9 cette d\u00e9marche comme il s\u2019en explique dans son <em>Histoire de la religion <\/em>(Paris, Valade, 1785) <a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>. Il faut aussi remarquer que l\u2019agressivit\u00e9 contre les \u00ab\u00a0esprits forts\u00a0\u00bb est bien plus intense dans la source que dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, l\u2019intervention de Diderot a pu jouer ici mais un premier lissage para\u00eet ant\u00e9rieur.<\/p><h6><strong>Les autres sources\u00a0: Houtteville, Locke, Toussaint et les <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em><\/strong><\/h6><p>Parmi les autres sources utilis\u00e9es par le r\u00e9dacteur de l\u2019article, une seule est parfaitement orthodoxe, et m\u00eame d\u2019une orthodoxie rigide\u00a0: <em>La Religion chr\u00e9tienne prouv\u00e9e par les faits <\/em>de Claude Fran\u00e7ois Houtteville publi\u00e9e d\u2019abord en 1722 et r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 1740. Les autres le sont infiniment moins puisqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019<em>Essai philosophique concernant l\u2019entendement humain<\/em> (1690, 1700 pour la traduction) de John Locke et de deux ouvrages clandestins beaucoup plus r\u00e9cents\u00a0: <em>Les Nouvelles Libert\u00e9s de penser<\/em> (1743) et <em>Les M\u0153urs<\/em> de Toussaint (1748). \u00c0 l\u2019exception de celui d\u2019Houtteville, ce sont des ouvrages que Mallet ne risque pas de citer <a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>.<\/p><p>En revanche, ces sources ont toutes \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es dans des articles de Claude Yvon et certaines \u2013 c\u2019est important de le noter \u2013 dans la partie de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-1437-0\/\">LIBERT\u00c9 (<em>Morale<\/em>)<\/a> qu\u2019il faut lui attribuer. L\u2019ouvrage d\u2019Houtteville figure ainsi parmi celles de l\u2019article POLYTHEISME (<em>M\u00e9taphysiq<\/em>.) rep\u00e9r\u00e9es par Laura Nicoli<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref1\">[64b]<\/a>. Le cas des <em>M\u0153urs<\/em> de Toussaint est du plus grand int\u00e9r\u00eat car <span style=\"font-size: 16px;\">la pr\u00e9sence de cet ouvrage dans les articles d\u2019Yvon n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e \u00e0 notre connaissance. Or elle est assez importante et constitue sans doute un trait caract\u00e9ristique de la contribution d\u2019Yvon. Dans l\u2019article <\/span><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1650-0\/\">AMOUR<\/a><span style=\"font-size: 16px;\"> ou plus exactement dans la s\u00e9rie d\u2019articles AMOUR, Yvon a en effet ins\u00e9r\u00e9 de longs passages des <\/span><em style=\"font-size: 16px;\">M\u0153urs\u00a0<\/em><span style=\"font-size: 16px;\">: les sous-articles <\/span><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1650-5\/\">AMOUR DES SEXES<\/a><span style=\"font-size: 16px;\">, <\/span><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1650-6\/\">AMOUR CONJUGAL<\/a><span style=\"font-size: 16px;\"> et <\/span><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1650-7\/\">AMOUR PATERNEL<\/a><span style=\"font-size: 16px;\"> sont essentiellement aliment\u00e9s par le livre de Toussaint (int\u00e9gralement dans le cas d\u2019AMOUR PATERNEL) sans que rien ne le signale bien s\u00fbr. Or faire passer ainsi dans l\u2019<\/span><em style=\"font-size: 16px;\">Encyclop\u00e9die<\/em><span style=\"font-size: 16px;\">, comme en contrebande, des passages de ce livre interdit ayant fait scandale trois ans auparavant n\u2019a rien d\u2019un geste anodin. D\u2019Alembert ins\u00e9ra de m\u00eame, au premier volume encore, toute une partie de la <\/span><em style=\"font-size: 16px;\">Lettre sur les aveugles<\/em><span style=\"font-size: 16px;\"> de Diderot dans l\u2019article <\/span><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3608-0\/\">AVEUGLE<\/a><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\"> [65]<\/a><span style=\"font-size: 16px;\">. Dans les deux cas, s\u2019instaure l\u00e0 un jeu malicieux avec la censure mais il s\u2019agit aussi, tr\u00e8s vraisemblablement, d\u2019un geste de complicit\u00e9 amicale. La pr\u00e9sence du passage des <\/span><em style=\"font-size: 16px;\">M\u0153urs<\/em><span style=\"font-size: 16px;\"> est donc un fort indice pour identifier Yvon<\/span><a style=\"font-size: 16px; background-color: #ffffff;\" href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a><span style=\"font-size: 16px;\">.<\/span><\/p><p>La pr\u00e9sence de Locke est probante elle aussi, m\u00eame si, bien s\u00fbr, le recours \u00e0 cette r\u00e9f\u00e9rence est beaucoup moins original, \u00e9tant donn\u00e9 la large diffusion de la pens\u00e9e du philosophe anglais. Pour nous en tenir aux articles sign\u00e9s et aux mentions explicites de Locke, on remarque la pr\u00e9sence du nom du philosophe anglais dans trois articles sign\u00e9s par Yvon (sur 46) mais dans aucun sign\u00e9s de Mallet (sur 2178), ce qui est assez logique si on se souvient des lignes que l\u2019abb\u00e9 lui consacre dans l\u2019<em>Essai sur l\u2019\u00e9tude des Belles-Lettres<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Locke est heureux dans quelques articles, mais tant\u00f4t diffus, tant\u00f4t obscur, et quelquefois extr\u00eamement dangereux\u00a0\u00bb (p. 218).<\/p><p>Le recours au recueil clandestin des <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em> paru en 1743 est encore plus d\u00e9cisif. L\u2019id\u00e9e que Mallet puisse avoir pioch\u00e9 dans ce livre sulfureux para\u00eet plus qu\u2019improbable alors qu\u2019Yvon l\u2019utilise volontiers et notamment dans la part de l\u2019article LIBERT\u00c9 qui lui revient (plus tard, il le citera aussi nomm\u00e9ment dans son <em>Histoire de la religion<\/em> en 1785).<\/p><p>Pour ce qui concerne les sources, tout pointe donc vers Yvon et exclut Mallet.<\/p><h5><strong><span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> et LIBERT\u00c9<\/strong><\/h5><p>D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments vont dans le m\u00eame sens et d\u2019abord le lien entre les deux articles, <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-1437-0\/\">LIBERT\u00c9<\/a>, renforc\u00e9 par l\u2019utilisation d\u2019une source identique, rare et sulfureuse, les <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em>, que nous venons d\u2019\u00e9voquer. Pourvus du m\u00eame d\u00e9signant, les deux articles devaient vraisemblablement se succ\u00e9der initialement dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> avant l\u2019insertion de trois articles de Jaucourt. Or depuis Franco Venturi, on sait que l\u2019article LIBERT\u00c9 est au moins en partie d\u2019Yvon qui l\u2019a partiellement reproduit dans son <em>Histoire de la religion<\/em> en 1785. Les affinit\u00e9s entre ces deux articles font penser qu\u2019il est assez probable que leur premi\u00e8re couche r\u00e9dactionnelle ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e par le m\u00eame auteur et vraisemblablement dans une m\u00eame s\u00e9quence, ce qui correspond exactement \u00e0 ce qu\u2019on peut savoir de l\u2019activit\u00e9 d\u2019Yvon pour l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui se concentre sur une p\u00e9riode relativement resserr\u00e9e <a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>.<\/p><h6><strong>Marqueterie dans le style d\u2019Yvon<\/strong><\/h6><p>La structure initiale de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> \u2013 du moins telle qu\u2019on peut la reconstituer \u2013 correspond, elle aussi, tr\u00e8s bien aux habitudes d\u2019Yvon (et pas du tout \u00e0 celle de Mallet). La premi\u00e8re mouture de l\u2019article semble \u00eatre en effet le r\u00e9sultat d\u2019un collage d\u2019extraits assez sophistiqu\u00e9 sur le plan technique avec r\u00e9agencement de l\u2019ordre des citations et multiplication des sources sollicit\u00e9es, sans que celle-ci soient explicitement indiqu\u00e9es. Des articles comme l&rsquo;article AMOUR ou les deux articles <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3413-0\/\">ATH\u00c9ES<\/a> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-3414-0\/\">ATH\u00c9ISME<\/a> \u00e9dit\u00e9s sur l\u2019<em>ENCCRE<\/em> par Sylviane Albertan-Coppola pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques tr\u00e8s similaires. Yvon pratique un art d\u2019\u00e9crire tr\u00e8s singulier, virtuose, qui s\u2019apparente un peu au genre du centon en po\u00e9sie. Il a aussi l\u2019habitude de dissimuler ses sources (ce qui lui valut des accusations de plagiat r\u00e9currentes) alors qu\u2019au contraire souvent Mallet les \u00e9num\u00e8re en fin d\u2019article.<\/p><h6><strong>Dans la ligne religieuse d\u2019Yvon<\/strong><\/h6><p>Enfin, et ce n\u2019est pas le moindre, le propos de la premi\u00e8re mouture de l\u2019article semble parfaitement align\u00e9 avec les positions connues d\u2019Yvon. Yvon est, ind\u00e9niablement, un penseur catholique qui revendique son orthodoxie \u2013 malgr\u00e9 ses louvoiements et multiples retournements de veste, il ne variera pas sur ce point \u2013 mais c\u2019est aussi un esprit ouvert et m\u00eame curieux des nouveaut\u00e9s philosophiques les plus audacieuses, qui ne recule pas devant la confrontation avec les textes sulfureux, qu\u2019ils soient d\u2019origine protestante, d\u00e9iste ou ath\u00e9e, qui pense m\u00eame que la pens\u00e9e catholique doit pr\u00e9cis\u00e9ment se frotter \u00e0 ces adversaires pour se perfectionner (ou peut-\u00eatre pour rester \u00e0 la page, a-t-on envie d\u2019ajouter). Ce n\u2019est manifestement pas le cas de Mallet qui utilise des sources beaucoup plus conventionnelles, souvent plus anciennes et qui semble ne se soucier d\u2019actualit\u00e9s que dans des domaines infiniment moins risqu\u00e9s sur le plan de la doctrine comme les sciences ou les recherches historiques.<\/p><h6><strong>L\u2019attribution<\/strong><\/h6><p>Pour conclure sur cette question de l\u2019attribution, on distingue donc nettement l\u2019existence de deux couches\u00a0d\u2019\u00e9criture : une couche initiale \u00e9labor\u00e9e par Yvon et une couche rectificative de la main de Diderot. Dans le d\u00e9tail, il est quelquefois difficile de trancher pour telle ou telle phrase, plus encore pour tel ou tel mot, mais cette partition rend tr\u00e8s bien compte des deux p\u00f4les oppos\u00e9s identifi\u00e9s dans un article qui alterne condamnations formelles des \u00ab\u00a0inconvaincus\u00a0\u00bb et apologie de la libert\u00e9 de penser. Quand on approfondit, on voit comme les \u00e9l\u00e9ments orthodoxes sont subtilement sabot\u00e9s au contraire des \u00e9l\u00e9ments subversifs toujours pleins de force malgr\u00e9 la dissimulation qui leur est impos\u00e9e. On retrouve l\u00e0 un dispositif typique de Diderot depuis au moins les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> dont les \u00e9chos sont d\u2019ailleurs forts dans l\u2019article comme on l\u2019a vu. Il faut remarquer aussi que la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire propre \u00e0 Yvon se pr\u00eate parfaitement \u00e0 un gauchissement tel que le pratique ici Diderot. Yvon, en effet, malgr\u00e9 son orthodoxie (ou du moins malgr\u00e9 son ambition de rester orthodoxe puisqu\u2019il sera souvent attaqu\u00e9 sur ce plan par des th\u00e9ologiens vraiment rigoristes) laisse toujours une place importante \u00e0 l\u2019expos\u00e9 des conceptions des esprits forts ou autres incr\u00e9dules qu\u2019il r\u00e9fute. Dans ce d\u00e9bat, il n\u2019est pas difficile \u00e0 Diderot d\u2019intervenir en pesant sur l\u2019un des plateaux de la balance. Du reste, dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Diderot pratique sur une grande \u00e9chelle ce genre d\u2019intervention. Les lecteurs de Marie Leca-Tsiomis connaissent bien sa fa\u00e7on de traiter la mati\u00e8re qu\u2019il tire du dictionnaire de Tr\u00e9voux et son travail \u00e0 partir de l\u2019<em>Historia critica philosophi\u00e6<\/em> de Brucker n\u2019est pas d\u2019une nature tr\u00e8s diff\u00e9rente.<\/p><p>Dans le cas de <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>, l\u2019\u00e9quilibre reste tr\u00e8s subtil entre les positions antagonistes simultan\u00e9ment exprim\u00e9es et il est assez facile de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ironie qui oriente la lecture dans un sens subversif mais il est \u00e9vident une fois qu\u2019on l\u2019a per\u00e7ue.<\/p><h6><strong>Comment interpr\u00e9ter la signature Mallet dans ce cadre\u00a0?<\/strong><\/h6><p>On ne peut jamais exclure ici comme ailleurs dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> la possibilit\u00e9 d\u2019une coquille mais ce n\u2019est pas le plus probable, d\u2019autant que la signature de Mallet (comme celle de Diderot d\u2019ailleurs) est devenue r\u00e9siduelle dans ce volume IX et que celle d\u2019Yvon a disparu depuis longtemps. Non, la signature de Mallet fonctionne ici plut\u00f4t comme un paravent, exactement comme celle de Boulanger \u00e0 la fin de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v17-2201-0\/\">VINGTIEME, <span style=\"font-variant: small-caps;\">Imposition<\/span><\/a> par exemple. On doit remarquer du reste qu\u2019avec <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>, un article centr\u00e9 sur un ouvrage de Collins, on se trouve exactement dans le domaine qui sera celui de la campagne holbachique et que le recours \u00e0 des signatures allonymes sera justement un des proc\u00e9d\u00e9s r\u00e9currents que d\u2019Holbach et ses amis utiliseront pour prot\u00e9ger leur identit\u00e9 <a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>. Quand on conna\u00eet les propos de Mallet sur le danger de la libert\u00e9 de penser, celle d\u2019expression anglaise en particulier, on ne doute pas non plus qu\u2019une part d\u2019ironie moqueuse rentre aussi dans l\u2019intention de Diderot.<\/p><h2><strong>ANNEXE 1 &#8211; Les sources de l\u2019article LIBERT\u00c9 DE PENSER<\/strong><\/h2><h5><a href=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Annexe-1-Boussuge.pdf\">Annexe 1 &#8211; Boussuge<\/a><\/h5><h2><strong>ANNEXE 2 : o\u00f9 une courte formulation inspir\u00e9e de Gresset, rep\u00e9r\u00e9e par Gerhardt Stenger dans l\u2019article LIBERT\u00c9 DE PENSER, permet la r\u00e9solution d\u2019une des questions controvers\u00e9es de la bibliographie dix-huiti\u00e8miste : l\u2019attribution de l\u2019article PHILOSOPHE de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em><\/strong><\/h2><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><p>Parmi les sources de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> que Gerhardt Stenger a d\u00e9tect\u00e9es, une des plus impr\u00e9visibles est sans doute le <em>Discours sur l\u2019Harmonie<\/em> de Gresset, texte qui n\u2019a a priori aucun lien avec le sujet de l\u2019article. Il est bien \u00e9tonnant de constater que le r\u00e9dacteur de l\u2019article est all\u00e9 puiser dans un tel texte.<\/p><p>On lit cette phrase dans l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>La superstition est devenue impie, et l\u2019impi\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame est devenue superstitieuse\u00a0; oui, dans toutes les religions de la terre, la libert\u00e9 de penser qui insulte aux bons croyants, comme <strong>\u00e0 des \u00e2mes faibles, \u00e0 des esprits superstitieux, \u00e0 des g\u00e9nies serviles<\/strong>, est quelquefois plus cr\u00e9dule et plus superstitieuse qu\u2019on ne le pense.<\/p><\/blockquote><p>Les trois syntagmes que nous mettons en gras &#8211; \u00ab\u00a0\u00e2mes faibles\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0esprits superstitieux\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0g\u00e9nies serviles\u00a0\u00bb &#8211; se trouvent aussi et dans le m\u00eame ordre dans une phrase du <em>Discours sur l\u2019Harmonie<\/em>\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>\u2026 si je m\u2019\u00e9gare sur les traces de ces guides illustres [il s\u2019agit de personnages de l\u2019Antiquit\u00e9 comme Lycurge, Pythagore, Platon ou Aristote], il est plus beau d\u2019errer par cette hardiesse g\u00e9n\u00e9reuse \u00e0 d\u00e9voiler des v\u00e9rit\u00e9s nouvelles qu\u2019offre un hasard heureux, que de ramper avec ces <strong>\u00e2mes faibles<\/strong>, ces <strong>esprits<\/strong> trop sages ou trop <strong>superstitieux<\/strong>, ces <strong>g\u00e9nies serviles<\/strong> qui n\u2019osent sortir un instant du cercle des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9tablies, ni marcher dans des routes s\u2019ils n\u2019y trouvent des vestiges\u00a0(Paris, Le Clerc, 1737, p. 45-46).<\/p><\/blockquote><p>Le sujet de Gresset concerne bien l\u2019innovation mais dans le domaine esth\u00e9tique et nullement la \u00ab\u00a0libert\u00e9 de penser\u00a0\u00bb, c\u2019est uniquement une formulation heureuse que le r\u00e9dacteur de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> a pioch\u00e9 ici.<\/p><p>Or on en retrouve une proche variante dans un autre article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-1254-0\/\">PHILOSOPHE<\/a> dans lequel on peut lire ceci\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>D\u2019autres en qui la libert\u00e9 de penser tient lieu de raisonnement, se regardent comme les seuls v\u00e9ritables philosophes, parce qu\u2019ils ont os\u00e9 renverser les bornes sacr\u00e9es pos\u00e9es par la religion, et qu\u2019ils ont bris\u00e9 les entraves o\u00f9 la foi mettait leur raison. Fiers de s\u2019\u00eatre d\u00e9faits des pr\u00e9jug\u00e9s de l\u2019\u00e9ducation, en mati\u00e8re de religion, ils regardent avec m\u00e9pris les autres comme <strong>des \u00e2mes faibles<\/strong>, <strong>des g\u00e9nies serviles<\/strong>, <strong>des esprits<\/strong> pusillanimes qui se laissent effrayer par les cons\u00e9quences o\u00f9 conduit l\u2019irr\u00e9ligion, et qui n\u2019osant sortir un instant du cercle des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9tablies, ni marcher dans des routes nouvelles, s\u2019endorment sous le joug de la superstition (t. XII, p. 509b).<\/p><\/blockquote><p>Mettons maintenant les trois textes \u2013 l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>, l\u2019article PHILOSOPHE et le discours de Gresset \u2013 en parall\u00e8le\u00a0:<\/p><p><a href=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Boussuge_MLT_Annexe2.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1871\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-28-a-22.02.00.png\" alt=\"\" width=\"1756\" height=\"1266\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-28-a-22.02.00.png 1756w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-28-a-22.02.00-300x216.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-28-a-22.02.00-1024x738.png 1024w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-28-a-22.02.00-768x554.png 768w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-28-a-22.02.00-1536x1107.png 1536w\" sizes=\"(max-width: 1756px) 100vw, 1756px\" \/><\/a><\/p><p>On observe alors que les liens s\u2019\u00e9tablissent \u00e0 plusieurs niveaux. Ces relations crois\u00e9es sont tr\u00e8s significatives\u00a0: la source nourrit apparemment les deux articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> mais on rep\u00e8re aussi une possible contamination (l\u2019\u00e9vocation de \u00ab\u00a0bornes\u00a0\u00bb) entre les formulations des deux articles.<\/p><p>Tout cela prend sens parce que le passage de l\u2019article PHILOSOPHE concern\u00e9 est une des rares portions de l\u2019article qui soit originale et ne d\u00e9rive pas de sa source\u00a0: le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crit de Dumarsais intitul\u00e9 <em>Le Philosophe <\/em><a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>. Encore faut-il pr\u00e9ciser que, comme Gianluca Mori l\u2019a d\u00e9montr\u00e9, la version de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> d\u00e9rive directement de la publication de ce texte en 1743 dans le recueil des <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em>, \u00e0 l\u2019exclusion de la tradition manuscrite donc <a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a>. Dans les deux articles, <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> et PHILOSOPHE, les formulations inspir\u00e9es de Gresset apparaissent dans des passages jouant un r\u00f4le analogue\u00a0: il s\u2019agit \u00e0 chaque fois de d\u00e9noncer les exc\u00e8s des philosophes modernes anti-chr\u00e9tiens dans un contexte qui fait cependant la part belle \u00e0 l\u2019exposition de leur pens\u00e9e. Le recours aux expressions brillantes de Gresset semble traduire un certain tiraillement entre le propos orthodoxe et l\u2019int\u00e9r\u00eat accord\u00e9 aux th\u00e9ories combattues mais expos\u00e9es avec \u00e9loquence. Nous avons vu plus haut que le recueil des <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em> \u00e9taient aussi une source de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>. \u00c0 cet \u00e9gard aussi, le contexte est donc similaire et la conclusion vers laquelle on se dirige implacablement est que les deux articles PHILOSOPHES et <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> ont le m\u00eame auteur.<\/p><p>Se pose alors un dernier probl\u00e8me puisque nous avons montr\u00e9 que la r\u00e9daction de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> avait en fait impliqu\u00e9 deux r\u00e9dacteurs\u00a0: Yvon et Diderot. Lequel des deux sera le bon\u00a0?<\/p><p>Une relecture compar\u00e9e de l\u2019article PHILOSOPHE avec le texte de Dumarsais publi\u00e9 en 1743 ne laisse aucun doute.<\/p><p>Naigeon, lui-m\u00eame \u00e9diteur du texte \u00e0 deux reprises, \u00e9crivait \u00e0 ce sujet dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique\u00a0<\/em>:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Un anonyme a tir\u00e9 de cette dissertation la mati\u00e8re d\u2019un article qu\u2019on trouve dans l\u2019ancienne <em>Encyclop\u00e9die<\/em> au mot PHILOSOPHE, mais cet extrait est tr\u00e8s infid\u00e8le et tr\u00e8s mal fait. L\u2019auteur a souvent substitu\u00e9 ses propres pens\u00e9es \u00e0 celles de Du Marsais, et ce contraste est si frappant, si prononc\u00e9 que les moins clairvoyants m\u00eame peuvent l\u2019observer. On peut dire que cet anonyme, que personne ne sera tent\u00e9 de deviner, a trouv\u00e9 le rare secret de faire lire sans plaisir, sans int\u00e9r\u00eat et sans utilit\u00e9, un des plus excellents morceaux de philosophie qu\u2019on puisse citer dans notre langue, et dans toutes celles que nous connaissons. (<em>Philosophie ancienne et moderne<\/em>, vol. III, p. 203a)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019on comprend bien la rage de Naigeon, qui certes ne s\u2019exprime pas ici contre son ami et ma\u00eetre, le philosophe Denis Diderot, car l\u2019abr\u00e9g\u00e9 d\u2019Yvon a en effet largement modifi\u00e9 la perspective du texte original. Le style n\u2019en est pas particuli\u00e8rement mauvais du reste et l\u2019abb\u00e9 encyclop\u00e9diste a surtout proc\u00e9d\u00e9 par coupes avec tr\u00e8s peu d\u2019ajouts, le passage que nous \u00e9tudions en \u00e9tant un des seuls qui soient consistants. Ind\u00e9niablement, Yvon a cependant transform\u00e9 un texte ath\u00e9e en un texte n\u2019ayant plus la moindre dimension subversive sur le plan religieux, brisant m\u00eame quelques lances contre les incr\u00e9dules, on vient de le voir. La trahison est patente, Naigeon a parfaitement raison de le souligner. Aurait-on pu faire autrement dans un ouvrage sous privil\u00e8ge, comme l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9daction de l\u2019article, c\u2019est-\u00e0-dire avant 1752 ? Ce n\u2019est pas certain. L\u2019abb\u00e9 n\u2019avait du reste aucune raison de proc\u00e9der autrement tant l\u2019article PHILOSOPHE tronqu\u00e9 par ses soins semble repr\u00e9senter excellemment son propre point de vue et ainsi dessiner l\u2019espace o\u00f9, selon lui, Claude Yvon, les philosophes incr\u00e9dules (Diderot, D\u2019Alembert, Toussaint, etc.) et les \u00ab th\u00e9ologiens philosophes \u00bb &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire lui et ses amis, catholiques avanc\u00e9s : les abb\u00e9s de Prades, Pestr\u00e9, auxquels on peut sans doute ajouter Morellet qui intervint par la suite mais non pas l\u2019abb\u00e9 Mallet \u2013 trouvaient un terrain d\u2019entente et une possibilit\u00e9 d\u2019action commune. \u00c0 ce titre aussi, l\u2019article PHILOSOPHE est sans aucun doute un article important de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Il permet de comprendre comment la coop\u00e9ration entre Diderot et les abb\u00e9s philosophes fut possible et \u00e0 quel prix. Entre eux, existait en effet un accord sur la hi\u00e9rarchie des priorit\u00e9s\u00a0: ce qui importait avant tout c\u2019\u00e9tait l\u2019utilit\u00e9 sociale du philosophe (c\u2019est tout le propos de l\u2019article) et les positions doctrinales par rapport \u00e0 la question m\u00e9taphysique \u00e9taient d\u2019une part secondaires et d\u2019autre part impossibles \u00e0 exprimer avec nettet\u00e9. Du point-de-vue de Diderot, intervenait sans doute une juste \u00e9valuation de ce qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019imprimer ouvertement vers 1750. Sous r\u00e9serve d\u2019un toilettage ad\u00e9quat, on pouvait donner \u00e9cho dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 certains textes clandestins franchement sulfureux comme <em>Le Philosophe<\/em> de Du Marsais et cela en valait la peine. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut comprendre que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Yvon que l\u2019on confia le soin d\u2019int\u00e9grer au dictionnaire la substance d\u2019une publication telle que les <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser <\/em>dont on retrouve la trace plus ou moins profonde dans trois des articles dont il re\u00e7ut la charge (m\u00eame si d\u2019autres encyclop\u00e9distes intervinrent ensuite) : dans LIBERT\u00c9, dans <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> ainsi que dans PHILOSOPHE et peut-\u00eatre dans d\u2019autres articles non rep\u00e9r\u00e9s. Diderot pouvait lui faire confiance : l\u2019abb\u00e9 couperait ce qu\u2019il y avait \u00e0 couper, r\u00e9futerait ce qu\u2019il y avait \u00e0 r\u00e9futer mais transmettrait n\u00e9anmoins une part essentielle du message. La crise de 1752 rendit la position des abb\u00e9s philosophes intenables, mais l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> continua de charrier leur contribution jusqu\u2019au bout. L\u2019article PHILOSOPHE est un t\u00e9moignage \u00e9loquent de cette phase br\u00e8ve o\u00f9 la jeune garde des th\u00e9ologiens philosophes et les philosophes de la g\u00e9n\u00e9ration de Diderot crurent pouvoir collaborer sans risques exag\u00e9r\u00e9s ni contradictions excessives et permet de comprendre pourquoi ils le firent.<\/p><h2><strong>ANNEXE 3 \u2013 <\/strong><strong><em>M\u00e9moire \u00e0 Monseigneur de Lamoignon de Malesherbes<\/em><\/strong><strong>, r\u00e9dig\u00e9 vers le 7 juillet 1753, BnF, Fr. 22136, pi\u00e8ce 91, fol. 198r\u00b0-202v\u00b0.<\/strong><\/h2><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><p>Cette pi\u00e8ce r\u00e9dig\u00e9e par Mallet \u00e0 la troisi\u00e8me personne est importante pour sa biographie. Elle fournit nombre de rep\u00e8res chronologiques et permet d\u2019int\u00e9grer l\u2019abb\u00e9 dans un r\u00e9seau de relations intellectuelles relativement denses. Tout concerne ici les d\u00e9m\u00eal\u00e9s de Mallet avec le libraire Laurent Fran\u00e7ois Prault, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un projet de traduction de l\u2019<em>Historia delle guerre civili di Francia<\/em>. On ne sait quelles furent les suites imm\u00e9diates de la d\u00e9marche de Mallet aupr\u00e8s de Malesherbes. Elles semblent peu concluantes puisque la traduction de l\u2019ouvrage de Davila ne paraitra pas du vivant de l\u2019abb\u00e9 mais les liens avec le libraire ne furent peut-\u00eatre pas coup\u00e9s pour autant puisque lorsque l\u2019ouvrage paraitra finalement au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1757, c\u2019est bien Prault qui l\u2019imprima sous le r\u00e9gime de la permission tacite<a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a>. Il en avait donc bien obtenu le manuscrit.<\/p><p>Un r\u00e9sum\u00e9 de la supplique de Mallet se trouve dans le ms. BnF, Fr. 22152 (pi\u00e8ce 13, fol. 18r\u00b0) et donne quelques rares d\u00e9tails suppl\u00e9mentaires que nous donnons en note.<\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><p>Monseigneur,<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet, professeur Royal en Th\u00e9ologie de la maison de Navarre a recours \u00e0 vous pour en obtenir justice contre le Sieur Prault, libraire quai de Conty. La simple exposition des faits vous mettra \u00e0 port\u00e9e de juger de l\u2019\u00e9quit\u00e9 de sa demande.<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet occupait ci-devant dans le dioc\u00e8se de Sens une cure \u00e0 la campagne. Cinquante communiants que contenait sa paroisse lui laissaient un tr\u00e8s grand loisir pour cultiver les lettres, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a fait diff\u00e9rentes parties de l\u2019Encyclop\u00e9die, et d\u2019autres ouvrages qu\u2019il a donn\u00e9 au public.<\/p><p>Au mois d\u2019avril 1750, M. de Sigrais, aujourd\u2019hui de l\u2019Acad\u00e9mie des Belles Lettres, lui proposa une traduction du D\u2019Avila. L\u2019abb\u00e9 Mallet qui se trouvait alors \u00e0 Paris vit le Sieur Prault chez lui et chez M. Diderot en pr\u00e9sence duquel on convint de ce qui suit.<\/p><p>\u00ab\u00a0Que l\u2019abb\u00e9 Mallet ferait la traduction du D\u2019Avila et l\u2019accompagnerait des notes historiques et critiques qu\u2019il jugerait n\u00e9cessaires. Que cette traduction parut pouvoir former trois volumes in-4\u00b0 de 75 feuilles d\u2019impression chacun dans la forme du Sully de la nouvelle \u00e9dition. De son c\u00f4t\u00e9, le Sieur Prault promit de payer comptant l\u2019abb\u00e9 Mallet la somme de cent pistoles \u00e0 la livraison de chaque volume du manuscrit et de lui fournir tous les livres dont il pouvait avoir besoin pour les notes.\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet voulait qu\u2019on f\u00eet un double de ce trait\u00e9 par \u00e9crit, mais le Sieur Prault r\u00e9pondit qu\u2019entre gens d\u2019honneur la parole suffisait. Le premier, bien r\u00e9solu de tenir la sienne, n\u2019insista pas davantage. Monseigneur de Malesherbes va voir quelle a \u00e9t\u00e9 la conduite du traducteur et celle du libraire.<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet forma alors un plan plus \u00e9tendu. Ce fut d\u2019\u00e9crire une histoire g\u00e9n\u00e9rale des guerres civiles de France depuis l\u2019origine de la monarchie jusqu\u2019\u00e0 la minorit\u00e9 de Louis XIV inclusivement et c\u2019est sur ce plan que le Sieur Prault a obtenu de Monseigneur de Malesherbes une permission et pour censeur M. Secousse, que l\u2019abb\u00e9 Mallet vit dans ce temps, et qui approuva son projet <a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a>. La convention, quant \u00e0 l\u2019honoraire fut la m\u00eame que pour le Davila.<\/p><p>De retour chez lui l\u2019abb\u00e9 Mallet composa son plan de l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale et commen\u00e7a la traduction. Il re\u00e7ut en m\u00eame temps du Sieur Prault une caisse de livres, qui sont encore dans son cabinet.<\/p><p>Au mois de novembre 1750, il vint \u00e0 Paris, et pr\u00e9senta \u00e0 M. le pr\u00e9sident Henault son plan et les deux premiers livres de sa traduction avec les notes. M. le pr\u00e9sident honora le tout de son suffrage et de ses conseils. MM. Diderot, de Sainte Palaye, Secousse, Duclos, Le Beau, Dalembert et plusieurs autres acad\u00e9miciens et gens de lettres l\u2019exhort\u00e8rent \u00e0 continuer.<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet qui connaissait alors toute l\u2019\u00e9tendue de sa besogne demanda au Sieur Prault par forme de Suppl\u00e9ment au D\u2019Avila, une montre d\u2019or de 300<sup>#<\/sup>, un exemplaire de l\u2019Histoire de France in-4\u00b0 du P. Daniel, et un de la nouvelle traduction de l\u2019Histoire de Mr de Thou <a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a>. Le Sieur Prault lui tira sur le champ de son gousset une montre, qui, bien appr\u00e9ci\u00e9e, peut valoir cinquante \u00e9cus, et promit verbalement le reste apr\u00e8s bien des difficult\u00e9s.<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet travailla avec tant d\u2019activit\u00e9 qu\u2019au mois de juillet 1751 les huit premiers livres du D\u2019Avila accompagn\u00e9s de notes furent achev\u00e9s, mis au net, et pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 M. le pr\u00e9sident Henault pour qu\u2019il voul\u00fbt bien les examiner.<\/p><p>Vers ce temps le Sieur Prault compta au traducteur une somme de mille livres, dont il a quittance, et une autre de six cent livres dont le Sieur Prault ne voulut point de quittance, on n\u2019imagine pas pourquoi. Les lumi\u00e8res de Monseigneur de Malesherbes discernent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 quoi tend cette r\u00e9pugnance du libraire pour les \u00e9crits obligatoires.<\/p><p>Dans cet intervalle, c\u2019est-\u00e0-dire au mois de f\u00e9vrier 1751, l\u2019abb\u00e9 Mallet avait \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 \u00e0 Paris pour remplir une chaire de th\u00e9ologie \u00e0 Navarre. Les occupations de sa place n\u2019emp\u00each\u00e8rent point de continuer le D\u2019Avila, et enfin la traduction et les notes se trouv\u00e8rent finies au commencement de novembre 1752, et furent port\u00e9es chez M. le pr\u00e9sident Henault qui donna au traducteur les \u00e9loges les plus flatteurs <a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a>.<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet se crut alors en droit de demander au sieur Prault les 1400<sup>#<\/sup> restant pour le droit de copie. Le Sieur Prault promit, all\u00e9gua des pr\u00e9textes, eut la politesse de laisser l\u2019abb\u00e9 Mallet venir chez lui vingt fois, et enfin apr\u00e8s bien des d\u00e9lais, il lui dit qu\u2019il ne lui devait plus que 400<sup>#<\/sup> et qu\u2019il avait toujours cru que la traduction du D\u2019Avila ne lui co\u00fbterait que 2000<sup>#<\/sup>. L\u2019abb\u00e9 Mallet justement indign\u00e9 lui rappela les paroles donn\u00e9es en pr\u00e9sence de M. Diderot, il s\u2019en plaignit \u00e0 M. le pr\u00e9sident Henault et reconnut mais trop tard pourquoi le Sieur Prault n\u2019avait pas voulu s\u2019engager par \u00e9crit, celui-ci appela tout cela de <em>mauvais proc\u00e9d\u00e9s<\/em>.<\/p><p>Monseigneur de Malesherbes jugera par ce qui suit de quel c\u00f4t\u00e9 sont les <em>mauvais proc\u00e9d\u00e9s<\/em>.<\/p><p>Les choses \u00e9taient en l\u2019\u00e9tat qu\u2019on vient de rapporter, \u00e0 la St Martin 1752\u00a0; lorsque M. le P[r\u00e9sident] Henault re\u00e7ut de M. de Grosley avocat au Parlement demeurant \u00e0 Troyes un essai de traduction de D\u2019Avila. M. le pr\u00e9sident, qui avait alors entre les mains celle de l\u2019abb\u00e9 Mallet, r\u00e9crivit \u00e0 M. de Grosley pour lui \u00e9pargner la peine de continuer, et lui demander communication de ce qu\u2019il pouvait avoir fait\u00a0; l\u2019abb\u00e9 de Mallet lui \u00e9crivit aussi en cons\u00e9quence.<\/p><ol><li>de Grosley adressa directement \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Mallet l\u2019\u00e9bauche de sa traduction des dix premiers livres du D\u2019Avila, toute informe qu\u2019elle f\u00fbt. L\u2019abb\u00e9 Mallet, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 jaloux de ses ouvrages jusqu\u2019\u00e0 les croire exempts de tous d\u00e9fauts, sentit qu\u2019il pouvait profiter de celui de M. de Grosley pour la perfection du sien. Il lui en demanda la permission et l\u2019obtint. En reconnaissance le Sieur Prault promit de donner \u00e0 M. de Grosley un D\u2019Avila de l\u2019\u00e9dition du Louvres qu\u2019il souhaitait et fit la gr\u00e2ce de dire \u00e0 l\u2019abb\u00e9 de Mallet qu\u2019il lui savait tr\u00e8s bon gr\u00e9 du nouveau travail <em>qu\u2019il entreprenait pour la perfection du D\u2019Avila<\/em>.<\/li><\/ol><p>Monseigneur de Malesherbes sera sans doute \u00e9tonn\u00e9 de voir jusqu\u2019o\u00f9 le Sieur Prault a pouss\u00e9 son <em>bon gr\u00e9<\/em>. En vain l\u2019abb\u00e9 Mallet demandait un acompte sur les 1000<sup>#<\/sup> et des billets pour le reste. Le Sieur Prault ne payait qu\u2019en promesses, et enfin importun\u00e9 de ses fr\u00e9quentes visites, il lui dit nettement qu\u2019il \u00e9tait pr\u00eat de solder avec lui, d\u00e8s que le D\u2019Avila serait enti\u00e8rement fini. L\u2019abb\u00e9 Mallet aurait pu r\u00e9pondre qu\u2019il y avait longtemps qu\u2019il l\u2019\u00e9tait, mais moins attach\u00e9 \u00e0 son int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;\u00e0 la perfection de son ouvrage, il voulut bien subir la loi que lui imposait si imp\u00e9rieusement le libraire. Ceci se passa sur la fin de d\u00e9cembre 1752.<\/p><p>En cons\u00e9quence l\u2019abb\u00e9 Mallet a retouch\u00e9 son ouvrage avec toute l\u2019exactitude et l\u2019attention dont il est capable. Un travail opini\u00e2tre et assidu, depuis le 1<sup>er<\/sup> janvier 1753 jusqu\u2019\u00e0 la fin de mai, l\u2019a mis en \u00e9tat de donner \u00e0 sa traduction toute la perfection qu\u2019il peut et pourra jamais lui donner et alors il a \u00e9crit au Sieur Prault la lettre suivante.<\/p><p>\u00ab\u00a0Monsieur<\/p><p>J\u2019ai l\u2019honneur de vous donner avis que le Davila est fait et complet, aussi parfaitement que je puis et pourrais jamais le faire, tous mes engagements sont remplis et j\u2019ose m\u00eame dire que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 au-del\u00e0. C\u2019est \u00e0 vous maintenant, Monsieur, \u00e0 remplir les v\u00f4tres avec une \u00e9gale ponctualit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re donc que vous voudrez bien passer chez moi sous quinze jours. 1\u00b0 pour solder. 2\u00b0 pour convenir d\u2019un temps et d\u2019un terme fixe pour l\u2019impression. 3\u00b0 pour r\u00e9gler ce qui concerne la d\u00e9dicace de l\u2019ouvrage. 4\u00b0 pour terminer ce qui concerne M. de Grosley. Ces arrangements une fois pris \u00e0 ma satisfaction, il ne tiendra plus \u00e0 rien que je ne vous remette ma besogne\u00a0; faites-moi savoir, je vous prie, quel jour et \u00e0 quelle heure vous pourrez venir afin que je vous attende. J\u2019ai l\u2019honneur d\u2019\u00eatre avec la plus parfaite consid\u00e9ration M. votre tr\u00e8s humble etc, Mallet.<\/p><p>Le premier juin 1753\u00a0\u00bb<\/p><p>Voici la r\u00e9ponse du Sieur Prault, qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019aucune ex\u00e9cution de sa part.<\/p><p>\u00ab\u00a0Je <a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a> ne puis vous dire pr\u00e9cis\u00e9ment, Monsieur, quel jour je pourrai avoir l\u2019honneur de vous voir dans la semaine prochaine. Ce qu\u2019il y a de s\u00fbr c\u2019est qu\u2019elle ne se passera pas sans cela. Je suis tout pr\u00eat d\u2019arranger et finir et de solder sur l\u2019affaire du Davila. J\u2019ai l\u2019honneur d\u2019\u00eatre avec toute la consid\u00e9ration que vous m\u00e9ritez, Monsieur, votre tr\u00e8s humble et tr\u00e8s ob\u00e9issant serviteur, Prault fils, ce premier juin 1753.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le 22 juin, l\u2019abb\u00e9 Mallet r\u00e9crivit au sieur Prault en ces termes.<\/p><p>\u00ab\u00a0Monsieur<\/p><p>Je vous ai attendu quinze jours, comme je vous le marquais par ma lettre du premier de ce mois, pour terminer ce qui concerne le Davila. Je n\u2019ai plus qu\u2019un chose \u00e0 vous dire et \u00e0 vous d\u00e9clarer. C\u2019est que si, sous huitaine, vous ne terminez pas enti\u00e8rement avec moi, je vous offre par la pr\u00e9sente de vous remettre les seize cent livres et la montre que j\u2019ai re\u00e7ue de vous, et de vous renvoyer les livres que j\u2019ai \u00e0 vous. Si vous n\u2019acceptez pas la premi\u00e8re partie de cette alternative, j\u2019aurai tout lieu de croire que vous acceptez la seconde et j\u2019agirai en cons\u00e9quence. J\u2019ai l\u2019honneur etc. le 22 juin 1753.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00c0 cette lettre plus pressante que la premi\u00e8re, le Sieur Prault se contenta de r\u00e9pondre verbalement, <em>qu\u2019il aurait l\u2019honneur d\u2019aller voir M. l\u2019abb\u00e9 Mallet dans deux ou trois jours<\/em> et en voil\u00e0 quinze d\u2019\u00e9coul\u00e9s sans qu\u2019il ait vu le Sieur Prault, ni entendu parler de lui.<\/p><p>C\u2019est dans cette position, Monseigneur, que l\u2019abb\u00e9 Mallet vous demande bonne et prompte justice. Sans s\u2019arr\u00eater \u00e0 la mani\u00e8re ind\u00e9cente, pour ne rien dire de plus avec laquelle le Sieur Prault en use depuis plus d\u2019un an, il offre de livrer au Sieur Prault la traduction du Davila avec les notes en trois volumens in-folio manuscrits, \u00e0 condition que le Sieur Prault lui payera actuellement la somme de 1400 livres comptant\u00a0; lui laissera l\u2019Histoire de M. de Thou qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 entre les mains, et lui livrera une Histoire du P. Daniel in-4\u00b0 et un Davila du Louvre pour M. de Grosley. Sinon, il offre de rendre, sous huitaine, au Sieur Prault les 1600 livres qu\u2019il en a re\u00e7us, la montre d\u2019or que ce dernier lui a donn\u00e9e, et tous les livres qu\u2019il peut avoir \u00e0 lui. A condition que la permission que vous avez donn\u00e9e au Sieur Prault pour le Davila et pour l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale des guerres civiles de France, sera accord\u00e9e \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Mallet en son nom, et M. Secousse continu\u00e9 censeur. Enfin le Sieur Prault rendra \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Mallet sa quittance de cent pistoles \u00e0 compter sur le Davila, ou une d\u00e9charge en bonne forme de ladite quittance.<\/p><p>En cas que Monseigneur de Malesherbes d\u00e9cide pour le premier de ces partis, l\u2019abb\u00e9 Mallet le supplie de fixer au Sieur Prault un terme pr\u00e9cis pour l\u2019impression et la confection du Davila, ouvrage qui peut \u00eatre au public, honorable au traducteur, mais qui ne sera lucratif que pour le libraire.<\/p><p>Malgr\u00e9 tous les sujets qu\u2019aurait l\u2019abb\u00e9 Mallet de faire des r\u00e9flexions sur tous les faits pr\u00e9c\u00e9dents, dont il est pr\u00eat d\u2019affirmer la v\u00e9rit\u00e9 partout o\u00f9 l\u2019on voudra, il s\u2019en abstient, pour se restreindre \u00e0 ces deux raisonnements.<\/p><p>1\u00b0 Ou l\u2019ouvrage de l\u2019abb\u00e9 Mallet est bon ou il ne l\u2019est pas. S\u2019il est bon, le Sieur Prault ne court aucun risque de remplir ses engagements. S\u2019il n\u2019est pas bon, le Sieur Prault doit \u00eatre charm\u00e9 d\u2019\u00eatre rembours\u00e9 de ses avances et de se d\u00e9livrer d\u2019une entreprise ruineuse.<\/p><p>2\u00b0 Ou le Sieur Prault est en \u00e9tat de payer ou il ne l\u2019est pas. S\u2019il est en \u00e9tat de payer, qu\u2019il s\u2019acquitte suivant sa parole\u00a0: quatorze cents livres et quelques livres qui le restent \u00e0 fournir ne sont pas si difficiles \u00e0 trouver. S\u2019il n\u2019est pas en \u00e9tat de payer, les seize cent livres qu\u2019on offre de lui rendre, lui seront utiles pour ses autres affaires.<\/p><p>L\u2019abb\u00e9 Mallet a rempli ses engagements dans la derni\u00e8re exactitude, et de la meilleure foi du monde. Il demande que le Sieur Prault en fasse autant, ou d\u2019\u00eatre tenu libre et quitte de tout engagement avec ledit Sieur Prault.<\/p><p>Il esp\u00e8re avec confiance cette justice de l\u2019\u00e9quit\u00e9 de Monseigneur de Malesherbes, de son amour pour les lettres et de la bienveillance dont il honore ceux qui les cultivent.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> ENC, t. VI, <em>Avertissement des \u00e9diteurs<\/em>, p. iv. On sait que c\u2019est D\u2019Alembert qui tient ici la plume car il int\u00e9gra l\u2019\u00e9loge de Mallet dans ses <em>M\u00e9langes de litt\u00e9rature, d\u2019histoire et de philosophie<\/em> \u00e0 partir de 1759. Merci \u00e0 R\u00e9mi Franckowiak et \u00e0 Fran\u00e7oise Launay pour leurs pr\u00e9cieuses remarques.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Mention apr\u00e8s l\u2019item n\u00b0\u00a0172 (Louis-Philippe May, \u00ab\u00a0Documents nouveaux sur l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Histoire et sources de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>d\u2019apr\u00e8s le registre de d\u00e9lib\u00e9rations et de comptes des \u00e9diteurs et un m\u00e9moire in\u00e9dit\u00a0\u00bb, <em>Revue de synth\u00e8se historique<\/em>, n\u00b0 15, 1938, p. 5-110, contr\u00f4l\u00e9 ici et pour toutes les r\u00e9f\u00e9rences qui suivent sur le manuscrit, AN, U\/\/1051, ici f\u00b0 67v\u00b0).<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> La bibliographie consacr\u00e9e au r\u00f4le de Mallet dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> est domin\u00e9e par la question de ses positions politiques et religieuses en contradiction avec celles des \u00e9diteurs de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Accapar\u00e9e par cette question, elle a quelquefois n\u00e9glig\u00e9 l\u2019importance capitale de l\u2019abb\u00e9 sur le plan de la manufacture. Voir\u00a0: Walter E. Rex, \u00ab\u00a0\u2018Arche de No\u00e9\u2019 and Other Religious Articles by Abbe Mallet in the <em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Eighteenth-Century Studies<\/em>, 1976, n\u00b0\u00a09, p. 333-352\u00a0; \u00ab\u00a0L\u2019ARCHE DE NOE et autres articles religieux de l\u2019abb\u00e9 Mallet dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00bb, <em>RDE<\/em>, 2001, n\u00b0 30, p. 127-147 ; ainsi que sa lettre aux \u00e9diteurs de <em>RDE<\/em> parue dans le n\u00b0 10 de la revue (1991), p. 171-173. La notice sur Mallet de Frank Kafker, in <em>Encyclopedists as Individuals : A Biographical Dictionary of the Authors of the Encyclopedie, <\/em>Oxford, 1988, p. 238\u201343 ; r\u00e9sum\u00e9 et traduction dans <em>RDE<\/em>, n\u00b08, 1990, p.\u00a0101-102 ; r\u00e9ponse \u00e0 Rex. in <em>RDE<\/em>, n\u00b011, 1991, p. 182-183. La notice \u00ab\u00a0contributeur\u00a0\u00bb de Sylviane Albertan-Coppola, <a href=\"http:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/contributeur\/mallet\">\u00ab\u00a0Edme Fran\u00e7ois Mallet (1713-1755)\u00a0\u00bb<\/a>, sur l\u2019<em>ENCCRE<\/em> (2014). Reginald McGinnis, \u00ab\u00a0Apology for the abb\u00e9 Mallet\u00a0\u00bb, <em>French Studies<\/em>, 2015, n\u00b0 69, p.\u00a0161-162 ; \u00ab\u00a0The Abb\u00e9 Mallet\u2019s unsigned contribution to the <em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Eighteenth-Century Fiction<\/em>, Volume 28 (N\u00b0 4), 2016, p. 691-712\u00a0; \u00ab\u00a0De la th\u00e9ologie au \u2018complot d\u2019impi\u00e9t\u00e9\u2019 : l\u2019abb\u00e9 Mallet et les d\u00e9buts de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes th\u00e9ologiques et religieuses<\/em>, 2017, n\u00b0 92, p. 735-748 ; \u00ab\u00a0Traduction et appropriation dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, ou nouvelle apologie de l\u2019abb\u00e9 Mallet\u00a0\u00bb, <em>Lumen<\/em>, 2022, n\u00b0 41, p. 67-87\u00a0; Gerhardt Stenger, \u00ab\u00a0L\u2019article\u00a0A de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> et le travail \u00e9ditorial de Diderot\u00a0\u00bb,\u00a0<em>RDE<\/em>, n\u00b0 58, 2023, p. 115-129.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Sur cette partie de la biographie de Mallet, voir Ren\u00e9 Morel, \u00ab\u00a0Les d\u00e9boires d&rsquo;un pr\u00e9cepteur au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L&rsquo;abb\u00e9 Edme Mallet et la princesse de Rohan-Gu\u00e9m\u00e9n\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Arch\u00e9ologie, Sciences, Lettres et Arts du D\u00e9partement de Seine-et-Marne<\/em>, 1908-1909, p. 191-203\u00a0; les lettres de cette \u00e9poque envoy\u00e9es par l\u2019abb\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re ne mentionnent aucuns liens avec de futurs encyclop\u00e9distes ni aucun homme de lettres en g\u00e9n\u00e9ral (Archives de Melun, ms. HL 8 1460). Notons toutefois que le profil de l\u2019abb\u00e9, issu d\u2019une famille de potiers d\u2019\u00e9tain melunoise, mont\u00e9 \u00e0 Paris pour faire ses \u00e9tudes et devenu pr\u00e9cepteur malheureux pouvait inspirer une certaine sympathie \u00e0 Diderot, fils de coutelier langrois ayant lui-m\u00eame fui le pr\u00e9ceptorat apr\u00e8s quelques exp\u00e9riences.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-981-2\/\">CRAPAUD<\/a>, Diderot indique qu\u2019il visita Mallet \u00ab\u00a0vers la Quasimodo\u00a0\u00bb. Ce fut donc\u00a0: ou vers le 13 avril 1749 ou \u00e9ventuellement un an plus t\u00f4t vers le 21 avril. Nous penchons pour 1749 d\u2019apr\u00e8s l\u2019interpr\u00e9tation suivante du <em>Registre des libraires<\/em>. L\u2019item n\u00b0473 concerne le paiement \u00e0 Diderot de 144 livres le 14 avril. Suit directement la mention du \u00ab\u00a0Retour des livres de M. l\u2019Abb\u00e9 Mallet en une caisse\u00a0\u00bb. Nous croyons qu\u2019il faut comprendre que la somme consacr\u00e9e \u00e0 ce retour est elle aussi r\u00e9gl\u00e9e \u00e0 Diderot le m\u00eame jour.<\/p><p>\u00c0 noter auparavant un geste amical de la part de Diderot, qui \u00ab\u00a0fait pr\u00e9sent\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019abb\u00e9 d\u2019un exemplaire du Dictionnaire de Morery en sept volumes (mention figurant apr\u00e8s l\u2019item n\u00b0 239 [juin 1748], la transcription de Louis-Phillipe May est ici rectifi\u00e9e).<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0On doute de la qualit\u00e9 v\u00e9n\u00e9neuse de notre crapaud. Je vais en raconter ce que j\u2019en sais par exp\u00e9rience ; on en conclura ce que l\u2019on jugera \u00e0-propos. J\u2019\u00e9tais \u00e0 la campagne vers le temps de la Quasimodo ; j\u2019aper\u00e7us sur un bassin, \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019un parc, une masse de crapauds coll\u00e9s les uns sur les autres : cette masse flottait, et \u00e9tait suivie d\u2019une foule d\u2019autres crapauds ; je l\u2019attirai au bord du bassin avec une canne, puis je l\u2019enlevai de l\u2019eau avec une branche d\u2019arbre fourchue, et je me mis \u00e0 s\u00e9parer ces animaux, au centre desquels j\u2019aper\u00e7us une femelle, apparemment \u00e9touff\u00e9e. Tandis que j\u2019\u00e9tais occup\u00e9 \u00e0 mon observation, je me sentis prendre au nez d\u2019une vapeur tr\u00e8s-subtile, qui me passa de la gorge dans l\u2019estomac, et de l\u00e0 dans les intestins ; j\u2019eus des douleurs de ventre, et je fus incommod\u00e9 d\u2019un crachement assez abondant qui dura trois ou quatre heures, au bout desquelles ces accidents cess\u00e8rent avec l\u2019inqui\u00e9tude qu\u2019ils me donnaient et \u00e0 la personne avec laquelle je me trouvais : c\u2019\u00e9tait M. l\u2019abb\u00e9 Mallet, maintenant professeur royal en Th\u00e9ologie alors cur\u00e9 de Pesqueux, village voisin de Vernouillet, lieu de la sc\u00e8ne que je viens de raconter\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-981-2\/\">CRAPAUD (Mat. med.)<\/a>, ENC, t. III, p. 434b).<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Nomm\u00e9 par Malesherbes, il fut le censeur d\u2019une partie de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die\u00a0<\/em>et \u00e0 cette occasion r\u00e9digea le billet suivant : \u00ab\u00a0J\u2019ai lu par l\u2019ordre de Monseigneur le Chancelier les articles concernant la Jurisprudence qui sont dans le premier et le second volume du livre intitul\u00e9 Encyclop\u00e9die etc. et je n\u2019y ai rien trouv\u00e9 qui puisse en emp\u00eacher l\u2019impression. Fait \u00e0 Paris le second de Janvier 1752. Secousse.\u00a0\u00bb (BnF, Fr. 22139, pi\u00e8ce 104, fol. 121). On remarque au passage que cette approbation arriva pour deux volumes \u00e0 la fois, alors que le premier \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 depuis presque un an et que le second \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 imprim\u00e9. Le proc\u00e9d\u00e9 est donc absolument irr\u00e9gulier. Une explication possible pour une des \u00e9nigmes les plus r\u00e9sistantes de l\u2019histoire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0appara\u00eet ici (il faudra encore en v\u00e9rifier la robustesse)\u00a0: l&rsquo;absence du privil\u00e8ge et des approbations (l&rsquo;un ne va pas sans l&rsquo;autre) des sept premiers volumes \u2013 pour les volumes \u00ab\u00a0interdits\u00a0\u00bb, elle va de soi. Rappelons que ces pi\u00e8ces r\u00e9glementaires avaient cependant \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es d\u00e8s 1751 : \u00ab\u00a0Ce premier Volume contenant un plus grand nombre de feuilles qu\u2019on ne s\u2019\u00e9tait propos\u00e9 de donner, on trouvera les Approbations et le Privil\u00e8ge du Roi, qu\u2019on n\u2019a pu placer ici, dans un des Volumes suivants\u00a0\u00bb. Comme on sait, l\u2019annonce ne fut jamais suivie d\u2019effet. Cette absence jamais combl\u00e9e, tout comme la mise en avant d\u2019un pr\u00e9texte forg\u00e9 pour l\u2019occasion (selon toute apparence), pourraient alors tr\u00e8s bien s\u2019expliquer. Dans la mesure o\u00f9 le processus d&rsquo;approbation par la censure avait \u00e9t\u00e9 mis en place en dehors de toutes les r\u00e8gles d\u2019usage, il est fort compr\u00e9hensible que l\u2019on ne pouvait pas en faire \u00e9tat. Il faut d\u2019ailleurs penser que c&rsquo;est d\u2019abord et avant tout l&rsquo;aspect hors-norme de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em> (qu\u2019il s\u2019agisse de sa taille, de la diversit\u00e9 des domaines trait\u00e9s ou de la multiplicit\u00e9 des auteurs impliqu\u00e9s) qui joua ici. Les r\u00e8gles de la censure ne pr\u00e9voyaient tout simplement pas l\u2019apparition d\u2019un tel monstre \u00e9ditorial\u2026<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>M\u00e9moire \u00e0 Monseigneur de Lamoignon de Malesherbes<\/em>, r\u00e9dig\u00e9 vers le 7 juillet 1753, BnF, Fr. 22136, pi\u00e8ce 91, fol. 198r\u00b0 et 199r\u00b0. Nous transcrivons ce document important pour la biographie de l\u2019abb\u00e9 Mallet en Annexe.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Dans le m\u00e9moire adress\u00e9 \u00e0 Malesherbes, Mallet \u00e9crit, en parlant de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019abb\u00e9 Mallet occupait ci-devant dans le dioc\u00e8se de Sens une cure \u00e0 la campagne. Cinquante communiants que contenait sa paroisse lui laissaient un tr\u00e8s grand loisir pour cultiver les lettres, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a fait diff\u00e9rentes parties de l\u2019Encyclop\u00e9die, et d\u2019autres ouvrages qu\u2019il a donn\u00e9 au public\u00a0\u00bb (<em>M\u00e9moire \u00e0 Monseigneur de Lamoignon de Malesherbes<\/em>, fol. 198r\u00b0).<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Portant le mill\u00e9sime de 1745, l\u2019ouvrage avait \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par Souchay le 6 ao\u00fbt 1744, et avait vu son privil\u00e8ge \u00eatre enregistr\u00e9 le 30 octobre 1744. Signal\u00e9 dans les <em>M\u00e9moires de Tr\u00e9voux<\/em> au mois de mai 1745 (p. 939), le livre y trouve un compte-rendu largement favorable aux mois de septembre (p. 1547-1566) et d\u2019octobre suivants (p.\u00a01843-1858). En 1753, Durand associ\u00e9 \u00e0 Pissot publiera un nouvel ouvrage de Mallet, pendant de celui-l\u00e0\u00a0: les <em>Principes pour la lecture des orateurs<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0[Le livre] doit sa naissance \u00e0 des exp\u00e9riences r\u00e9it\u00e9r\u00e9es en fait d\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb dit pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019<em>Avertissement<\/em> (p. iii).<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir <em>Le Origini dell \u2019Enciclopedia<\/em>, Turin, Einaudi, 1964, p. 45.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>M\u00e9moire circulaire des diff\u00e9rentes choses que l\u2019\u00e9diteur de l\u2019Encyclop\u00e9die demande \u00e0 ceux qui voudrons bien l\u2019aider dans cet ouvrage<\/em>, \u00a7\u00a07, publi\u00e9 par Christine Th\u00e9r\u00e9 et Lo\u00efc Charles, \u00ab Un nouvel \u00e9l\u00e9ment pour l\u2019histoire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> : le \u00ab Plan \u00bb in\u00e9dit du premier \u00e9diteur, Gua de Malves \u00bb, <em>RDE<\/em>, n\u00b0 39, 2005, p. 105-122. Le \u00a7 14 pr\u00e9conise d\u2019en user avec mesure\u00a0et recommande \u00e0 la personne \u00ab\u00a0qui [voudra] bien nous aider\u00a0\u00bb dans la partie de la th\u00e9ologie et de l\u2019histoire eccl\u00e9siastique : \u00ab\u00a0de ne combattre qu\u2019avec toute la mod\u00e9ration qui convient dans un dictionnaire les sentiments qu\u2019elle pourra rejeter et surtout de n\u2019adopter absolument aucun syst\u00e8me ou aucune opinion particuli\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Le livre est recens\u00e9 dans les <em>M\u00e9moires de Tr\u00e9voux<\/em> en avril 1748, p. 662-676. La critique est largement favorable \u00e0 l\u2019auteur mais pr\u00e9sente une curieuse anomalie. Alors que le livre consacre une section relativement fournie aux math\u00e9matiques et aux sciences qui lui sont associ\u00e9es (de la p. 226 \u00e0 la p. 260), le journaliste du Tr\u00e9voux conclut son article en \u00e9crivant\u00a0: \u00ab\u00a0Notre auteur parle de toutes les parties des math\u00e9matiques, depuis l\u2019arithm\u00e9tique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019architecture militaire, mais en si peu de mots qu\u2019il faudrait transcrire ce qu\u2019il en dit pour en dire quelque chose\u00a0\u00bb (p. 676), ce qui est manifestement erron\u00e9. Il n\u2019est pas impossible qu\u2019il faille voir dans cette omission volontaire le premier acte d\u2019hostilit\u00e9 des J\u00e9suites envers les ouvriers de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, car si le journaliste avait d\u00e9taill\u00e9 les propos de Mallet sur ces mati\u00e8res, il aurait sans doute d\u00fb mentionner les travaux de D\u2019Alembert et de De Gua auxquels Mallet se r\u00e9f\u00e8re avec grand \u00e9loge\u2026<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> L\u2019ouvrage fut soumis \u00e0 la censure entre le 12 et le 26 janvier 1747 (BnF, Fr. 21997, fol. 143v\u00b0, n\u00b0 2527), approuv\u00e9 le 10 avril par Le Febvre et son privil\u00e8ge enregistr\u00e9 le 30 juin suivant. Il fut r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1750 \u00e0 La Haye, chez Antoine Van Dole. Reginald McGinnis a remarqu\u00e9 le premier les citations de D\u2019Alembert et les mentions de De Gua (\u00ab\u00a0De la th\u00e9ologie au &lsquo;complot d\u2019impi\u00e9t\u00e9&rsquo;\u00a0: l\u2019abb\u00e9 Mallet et les d\u00e9buts de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes th\u00e9ologiques et religieuses<\/em>, n\u00b092, 2017, p. 735-748, ici p. 737).<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Les citations de Mallet se r\u00e9partissent en deux ensembles\u00a0: p. 236-239, il cite les p. i et ii de la Pr\u00e9face\u00a0; p.\u00a0240-243, les p. xviii, xix et xx. Suivant l\u2019usage contemporain des faiseurs d\u2019extraits, Mallet n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 adapter ou \u00e0 couper ses citations. C\u2019est aux historiens des math\u00e9matiques \u00e0 juger si ce faisant, il reste fid\u00e8le \u00e0 la pens\u00e9e de D\u2019Alembert. Citons un exemple. D\u2019Alembert \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Plus l\u2019objet qu\u2019elles [les sciences math\u00e9matiques] embrassent est \u00e9tendu, et consid\u00e9r\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et abstraite, plus aussi leurs principes sont exempts de nuages et faciles \u00e0 saisir\u00a0\u00bb (p. ii)\u00a0; tandis que l\u2019on trouve ceci chez Mallet\u00a0: \u00ab\u00a0Plus l\u2019objet qu\u2019elles embrassent est \u00e9tendu <em>m\u00e9taphysiquement<\/em>, et consid\u00e9r\u00e9 d\u2019une <em>mani\u00e8re abstraite<\/em>, plus aussi leurs principes sont exempts de nuages et faciles \u00e0 saisir\u00a0\u00bb (p.\u00a0237-238, c\u2019est nous qui soulignons).<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> On en retrouve d\u2019abord la trace dans les <em>Proc\u00e8s-verbaux manuscrits de l\u2019Acad\u00e9mie Royale des Sciences<\/em>, dans lesquels on apprend que\u00a0lors de la s\u00e9ance 12 novembre 1749 : \u00ab\u00a0Mr l\u2019abb\u00e9 De Gua a lu la pr\u00e9face d\u2019un livre intitul\u00e9 Arithm\u00e9tique th\u00e9orique et pratique ordinaire et sp\u00e9cieuse \u00e9l\u00e9mentaire et transcendante d\u00e9duite des notions les plus simples et enrichies de plusieurs abr\u00e9g\u00e9s en 6 volumes in-12\u00b0\u00a0\u00bb (t. LXVIII, p. 462). L\u2019abb\u00e9 Raynal relata ainsi cette intervention\u00a0: \u00ab L\u2019abb\u00e9 De Gua\u00a0termina la s\u00e9ance par la pr\u00e9face d\u2019une arithm\u00e9tique en huit volumes in-octavo [<em>sic<\/em>] qui est sous presse. Cet alg\u00e9briste montra dans cet \u00e9crit son caract\u00e8re et ses talents : de l\u2019\u00e9tendue et de l\u2019obscurit\u00e9 dans l\u2019esprit, de la fiert\u00e9 et de l\u2019aigreur dans le caract\u00e8re. Il ne fut pas applaudi.\u00a0\u00bb (<em>Nouvelles litt\u00e9raires<\/em> publi\u00e9s dans l\u2019\u00e9dition de la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> de M. Tourneux, Garnier, 1877, t. I, p.\u00a0375). D\u2019apr\u00e8s la lettre que De Gua adressa le 20 novembre 1755 \u00e0 Malesherbes, c\u2019est \u00ab\u00a070 feuilles in-8\u00b0 non espac\u00e9es\u00a0\u00bb qui avait \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9es \u00ab\u00a0six ou sept ans\u00a0\u00bb auparavant pour la somme de \u00ab\u00a0cent louis\u00a0\u00bb, ce qui nous am\u00e8ne presque (il manque tout de m\u00eame un ou deux ans mais l\u2019indication est donn\u00e9e comme une approximation) \u00e0 la date de r\u00e9daction du livre de Mallet. En 1754, De Gua avait tent\u00e9 de faire affaire avec Laurent Durand pour une parution de son <em>Arithm\u00e9tique<\/em>, un \u00ab livre \u00e9l\u00e9mentaire tout \u00e0 la fois plus philosophique et plus pratique [que les parutions habituelles], plus clair et plus plein de choses neuves \u00bb, mais apparemment sans r\u00e9ussite puisqu\u2019il devait s\u2019adresser un an plus tard au directeur de la Librairie pour relancer ce projet de publication susceptible d\u2019\u00e9teindre une partie de sa dette vis-\u00e0-vis du libraire, toujours sans succ\u00e8s au demeurant (BnF fr., 22142, f. 60-64, fol. 63v\u00b0 pour les citations. Grand merci \u00e0 Maria Teresa Bruno d\u2019avoir consult\u00e9 ce document pour nous ; toutes les r\u00e9f\u00e9rences ci-dessus ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es par Frank Kafker, <em>Encyclopedists as Individuals<\/em>, <em>op. cit.<\/em>).<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Merci \u00e0 Ir\u00e8ne Passeron et Christophe Schmit pour leur \u00e9clairage sur cette question.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> \u00ab\u00a0Traduction et appropriation dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, ou nouvelle apologie de l\u2019abb\u00e9 Mallet\u00a0\u00bb, <em>Lumen<\/em>, n\u00b041, 2022, p. 67\u201387, ici p. 79.<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Les 2178 articles sign\u00e9s se r\u00e9partissent ainsi\u00a0: Histoire (649)\u00a0; Commerce (496)\u00a0; Th\u00e9ologie (287)\u00a0; Histoire eccl\u00e9siastique (208)\u00a0; Belles-lettres (104)\u00a0; Mythologie (54)\u00a0;\u00a0Litt\u00e9rature (45)\u00a0; Divination (42)\u00a0; Rh\u00e9torique (31)\u00a0; Grammaire (24)\u00a0; Droit (19)\u00a0; Eglise (19)\u00a0; Jurisprudence (17)\u00a0; Marine (17)\u00a0; Po\u00e9sie (15)\u00a0; Culte (10)\u00a0; Marchand (9)\u00a0; Antiquit\u00e9 (8)\u00a0; Finance (7)\u00a0; Monnaie (7)\u00a0; Religion (7)\u00a0; G\u00e9ographie (6)\u00a0; Militaire (6)\u00a0; Morale (6)\u00a0; Architecture (5)\u00a0; M\u00e9dailles (5)\u00a0; Astronomie (4)\u00a0; Chevalerie (4)\u00a0; Magie (4)\u00a0; Police (4)\u00a0; Politique (4)\u00a0; Th\u00e9\u00e2tre (4)\u00a0; Astrologie (3)\u00a0; Chronologie (3)\u00a0; Corporation (3)\u00a0; Douane (3)\u00a0; Inscriptions (3)\u00a0; Mesure (3)\u00a0; Philosophie (3)\u00a0; Sel (3)\u00a0; Calendrier (2)\u00a0; Caract\u00e8res (2)\u00a0; Chancellerie (2)\u00a0; Education (2)\u00a0; Jaugeage (2)\u00a0; Jeu (2)\u00a0; Palais (2)\u00a0; Peinture (2)\u00a0; Poids (2)\u00a0; Sculpture (2)\u00a0; articles non rattach\u00e9s \u00e0 un domaine (147). Noter que le total d\u00e9passe 2178, ce qui est normal dans la mesure o\u00f9 un m\u00eame article peut appartenir \u00e0 plusieurs domaines \u00e0 la fois.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> On peut remarquer que dans le <em>Discours pr\u00e9liminaire<\/em>, est indiqu\u00e9 que Mallet a en charge la th\u00e9ologie, l\u2019histoire ancienne et moderne, \u00ab\u00a0la po\u00e9sie, l\u2019\u00e9loquence, et en g\u00e9n\u00e9ral la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, ce qui correspond bien aux Belles-Lettres de la liste. Manque la Divination que l\u2019on pourrait cependant rattacher \u00e0 la th\u00e9ologie. Reste la charge de la partie du commerce que rien ne signale, oubli difficile \u00e0 interpr\u00e9ter, si ce n\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une des parties les moins originales dans les premiers volumes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, enti\u00e8rement d\u00e9pendante de Chambers (un peu) et du dictionnaire de commerce de Savary (surtout).<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Avant l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-375-0\/\">ACESTIDES (<em>Hist. nat. &amp; Min\u00e9ralog. anc.<\/em>)<\/a> de Diderot \u00e0 la p. 94, qui marque la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019usage des d\u00e9signants, on trouve d\u00e9j\u00e0 trois articles avec un d\u00e9signant classique \u00e0 la p. 91. Auparavant, pour les 420 articles pr\u00e9c\u00e9dents, il n\u2019y a que 8 articles qui sont dot\u00e9s d\u2019un d\u00e9signant : <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-102-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Abeilles<\/span>, (<em>Myth<\/em>.)<\/a> non-sign\u00e9, p. 23\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-177-0\/\">ABRAHAMIEN (<em>Th\u00e9ol<\/em>.)<\/a> de Mallet, p. 34 ; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-188-3\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Abrevoirs<\/span> (<em>terme de Ma\u00e7onnerie ou d\u2019Arch<\/em>.)<\/a> de Blondel, p. 38\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-195-0\/\">ABROHANI (<em>Commerce<\/em>)<\/a>, p. 39 ; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-233-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Abyde<\/span> (<em>G\u00e9og. anc.<\/em>)<\/a> de Diderot, p. 49\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-239-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Acad\u00e9mie<\/span> (<em>Hist. Litt.<\/em>)<\/a> de D\u2019Alembert, p. 52\u00a0et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-344-0\/\">ACCROCHER (<em>Marine<\/em>)<\/a> de Bellin, p. 87, auxquels il faut ajouter le tout premier article \u2013 non-sign\u00e9 &#8211; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-1-0\/\">A a &amp; <em>a<\/em><\/a> dot\u00e9 d\u2019un long d\u00e9signant cha\u00een\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>ordre Encyclop\u00e9d. Entend. Science de l\u2019homme, Logique, Art de communiquer, Gramm<\/em><em>.<\/em>\u00a0\u00bb. Il para\u00eet tr\u00e8s possible que ce premier article, particuli\u00e8rement expos\u00e9, ait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 <em>a posteriori<\/em> pour les besoins de la cause. Pour les autres, on s\u2019explique mal la pr\u00e9sence accidentelle de ces d\u00e9signants pr\u00e9coces, on remarque cependant l\u2019absence totale de la moindre r\u00e9gularit\u00e9\u00a0: ils sont tous d\u2019un auteur diff\u00e9rent et d\u2019un domaine diff\u00e9rent sans la moindre superposition. C\u2019est Gerhardt Stenger qui, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une intervention lors du colloque intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Lever l&rsquo;anonymat des auteurs de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb organis\u00e9 par l\u2019<em>ENCCRE<\/em> les 14 et 15 novembre 2025, a attir\u00e9 notre attention sur ce point.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet Marie Leca-Tsiomis, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-344-0\/\">\u00ab Une tentative de conciliation entre ordre alphab\u00e9tique et ordre encyclop\u00e9dique \u00bb, <em>RDE<\/em>, n\u00b0 40-41<\/a>, 2006, p. 55-66.<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Alain Cernuschi, \u00e0 qui nous avons propos\u00e9 notre hypoth\u00e8se, nous sugg\u00e8re une autre explication. Il observe en premier lieu que les marques de domaines sont, elles-m\u00eames, souvent absentes des premi\u00e8res pages de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, puis qu\u2019elles apparaissent progressivement, tout en \u00e9tant marqu\u00e9es typographiquement de fa\u00e7on tr\u00e8s vari\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la page 94 (ou peut-\u00eatre plut\u00f4t 91), \u00e0 partir de laquelle les choses se pr\u00e9sentent de fa\u00e7on plus r\u00e9guli\u00e8re, mais non pas standardis\u00e9e (ce ne sera jamais le cas dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>). Il envisage donc une premi\u00e8re phase de t\u00e2tonnement m\u00e9thodologique et d\u2019exp\u00e9rimentation typographique avant qu\u2019une formule dominante ne se d\u00e9gage, mais sans accorder n\u00e9cessairement d\u2019importance d\u00e9cisive \u00e0 la r\u00e9daction du <em>Syst\u00e8me figur\u00e9 <\/em>dans le d\u00e9roulement de ce processus. L\u2019indication chronologique que nous pensons possible de fournir pour dater le basculement de la p. 94 (novembre 1750) devra \u00eatre relativis\u00e9e si l\u2019on retient cette interpr\u00e9tation. Elle donne sans doute cependant un ordre d\u2019id\u00e9e qui reste valable, compte tenu de ce que l\u2019on sait du temps de fabrication mat\u00e9rielle des volumes. Une \u00e9tude approfondie sera n\u00e9cessaire pour aller plus loin sur cette question qui vient seulement d\u2019\u00e9merger.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Les cas de Rousseau et de Malouin sont int\u00e9ressants \u00e0 comparer \u00e0 celui de Mallet. En effet le premier a rendu toute sa contribution musicale en mars 1749 et le second la majorit\u00e9 de la sienne en d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e. Pour Rousseau, l\u2019apparition d\u2019un d\u00e9signant concerne le douzi\u00e8me article de sa contribution \u00e0 la p. 282 du premier volume et on n\u2019observe aucune forme d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation \u00e0 cet \u00e9gard pour l\u2019ensemble de ses articles dont seule une proportion r\u00e9duite porte une d\u00e9signant en bonne et due forme. Pour Malouin, l\u2019apparition d\u2019un d\u00e9signant se fait \u00e0 l\u2019occasion de son septi\u00e8me article \u00e0 la p. 94. De m\u00eame, on observe un usage tr\u00e8s peu homog\u00e8ne, avec de nombreux articles sans d\u00e9signant ni m\u00eame marque de domaine. Ce que nous disons de Mallet semble donc tout aussi valable pour ces deux auteurs.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Nous avions fait initialement une mauvaise interpr\u00e9tation de cette mention. Nous remercions Gerhardt Stenger de nous en avoir propos\u00e9 une autre que nous adoptons.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Document d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, \u00a7 1.<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Voir notamment \u00e0 ce sujet, l\u2019article de Marie Leca-Tsiomis, <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-dix-huitieme-siecle-2023-1-page-437?lang=fr\">\u00ab<em>\u00a0Cyclop\u00e6dia<\/em>\u00a0? <em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0? Des \u2018titres fastueux et nouveaux\u2019\u00a0\u00bb <em>Dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, <\/em>n\u00b0 55<\/a>, 2023, p. 437-452.<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/dossier\/D00-15f9a64eade3\/\">\u00ab\u00a0La contribution de Malouin, ou les deux premiers temps de la chimie dans l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb<\/a><em>, \u00c9dition num\u00e9rique collaborative et critique de l\u2019<\/em>Encyclop\u00e9die, dossier publi\u00e9 le 17 mars 2025, consult\u00e9 le 17 mars 2025. <a href=\"https:\/\/www.nakala.fr\/10.34847\/nkl.d846z7bb\">DOI<\/a>. De m\u00eame que Mallet, Malouin rend l\u2019essentiel de sa contribution tr\u00e8s t\u00f4t (70 % avant le 26 d\u00e9cembre 1748, si l\u2019on se fie aux sommes port\u00e9es le Registre des libraires) et sa contribution, du moins la premi\u00e8re part, est largement tributaire de deux sources principales : le Chambers comme Mallet auquel il faut adjoindre le <em>Lexicon Technicum<\/em> de Harris. R\u00e9mi Franckowiak a aussi montr\u00e9 que la plus grande partie de sa contribution semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e en suivant les directives du m\u00e9moire de De Gua (ou suivant des indications similaires) et qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 souvent retouch\u00e9e par les \u00e9diteurs ou d\u2019autres contributeurs, autant de points qui la rapproche de la contribution de Mallet. Le parall\u00e8le m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre pouss\u00e9 plus loin.<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> A) 250 livres (item n\u00b0 211, entre le 22 mars et le 3 avril 1748) + 250 (item n\u00b0 238, juin 1748) + 100 (d\u00e9lib\u00e9ration de la compagnie du 7 juin 1748) + 200 (item n\u00b0 365, entre le 10 et le 20 novembre 1748) + 91 (item n\u00b0 446, le 11 mars 1749) = 891 livres jusqu\u2019au 11 mars 1749 (soit \u00e0 peu pr\u00e8s 63% du total). B) 300 livres (item n\u00b0 504, 1<sup>er<\/sup> juin 1749) + 72 (item n\u00b0 505, 10 juin 1749) + 100 (item n\u00b0 526, 29 juillet 1749) + 44 (item 579, avril 1750) = 516 livres du 1<sup>er<\/sup> juin 1749 au mois d\u2019avril 1750 (soit \u00e0 peu pr\u00e8s 37% du total).<\/p><p>Il est important de signaler qu\u2019un autre calcul est possible si l\u2019on ajoute \u00e0 la somme re\u00e7ue avant le 11 mars 1749 la somme de 900 livres correspondant \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration du 3 septembre 1748\u00a0par laquelle la compagnie des libraires associ\u00e9s indique qu\u2019elle \u00ab\u00a0a r\u00e9solu d\u2019accepter son travail sur la Th\u00e9ologie, l\u2019Histoire Eccl\u00e9siastique, le Commerce et les Monnaies\u00a0\u00bb pour ce prix. Notre interpr\u00e9tation est que cette somme correspond au prix du travail une fois rendu et qu\u2019elle n\u2019est donc pas \u00e0 ajouter aux sommes pr\u00e9c\u00e9dentes. Si on devait cependant le faire, la premi\u00e8re partie du travail (r\u00e9alis\u00e9e de mars 1748 \u00e0 mars 1749) repr\u00e9senterait alors \u00e0 peu pr\u00e8s 77,5% du total et la deuxi\u00e8me partie (d\u2019avril 1749 \u00e0 avril 1750) 22,5%. Il faudrait alors ajouter seulement 1226 articles aux 5483 mentionn\u00e9s par l\u2019Etat du 11 mars 1749, soit un total de 6709 articles pour toute la s\u00e9quence.<\/p><p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Ce sont les articles ACCEPTEUR, ALLUSION, ANDABATE, ARISTOCRATIE, ASYLE, AUMONIER (GRAND) <em>de France<\/em>, BIBLES MOSCOVITES, BLANCS-MANTEAUX, BOISSEAU, BONZES, CAISSE <em>des emprunts<\/em>, CAPUCINS, COMEDIEN et CONTEMPLATION. L\u2019article ITINERAIRE pourrait \u00eatre rattach\u00e9 \u00e0 cette s\u00e9rie, mais il pr\u00e9sente une curieuse anomalie, annon\u00e7ant une suite manquante.<\/p><p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Les articles\u00a0: ABRACADABRA, ACATALEPTIQUE, ADONAI, AGYNNIENS, ALMUDE, ANEGRAS, ARGONAUTES, ASSARON, AUGUSTINE, BAILLI, BANDE, CEINTURE DE VIRGINITE, CHARME, ELITE, ENTHOUSIASTES, ENTICHITES, ENVOI, ESCALE, FORTIN et GROUP.<\/p><p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Le cas de CEINTURE DE VIRGINITE <em>des modernes<\/em> r\u00e9sulte d\u2019une \u00e9vidente erreur typographique. Il y a en fait deux articles sous la m\u00eame vedette, le deuxi\u00e8me (<em>Chr\u00e9tien de la ceinture<\/em>) de Mallet n\u2019ayant absolument rien \u00e0 voir avec le premier (CEINTURE DE VIRGINITE) de Diderot. Composer <em>Chr\u00e9tien de la ceinture <\/em>en capitales aurait suffit \u00e0 rendre les choses claires.<\/p><p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Voici l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-703\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B8-300x75.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"125\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B8-300x75.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B8.png 543w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Celui du Savary (\u00e9d. de 1748)\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-704\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B9-300x90.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B9-300x90.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B9.png 540w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p>Et celui de Tr\u00e9voux (\u00e9d. de 1743)\u00a0:<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-705\" src=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B10-300x94.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"157\" srcset=\"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B10-300x94.png 300w, https:\/\/mots-de-diderot.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/B10.png 538w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p><p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Richard N. Schwab, Walter E. Rex et John Lough, <em>Inventory of Diderot&rsquo;s<\/em> Encyclop\u00e9die, SVEC, 1971, t. I, p. 92-107.<\/p><p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> <em>Op. cit<\/em>., t. I, p. 130-131\u00a0et 146-148.<\/p><p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> On peut consulter les 284 pages d\u2019\u00e9preuves acquises par Douglas Gordon et conserv\u00e9es \u00e0 la \u00ab\u00a0Small Special Collections Library\u00a0\u00bb de l\u2019Universit\u00e9 de Virginie, formant le \u00ab\u00a0dix-huiti\u00e8me\u00a0\u00bb volume sur le site <em>ARTFL Encyclop\u00e9die<\/em>. Toutes les mentions marginales du type \u00ab\u00a0Corrigez et Tirez\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Corrigez plus exactement et tirez\u00a0\u00bb, etc. sont de la main de Diderot. On les trouve aux pages suivantes\u00a0: vol. VIII, p. 695\u00a0; vol. IX, p. 573, 765 et 783\u00a0; vol. X, p.\u00a041, 59 et 331.<\/p><p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Dans la livraison dat\u00e9e du 1<sup>er<\/sup> janvier 1771 de la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> (\u00e9d. Tourneux, t. IX, p. 206).<\/p><p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> ENC, t. V, p. 829a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> D\u2019apr\u00e8s les indications contenues dans le Registre des libraires, voir E. Boussuge, \u00ab\u00a0La chronologie de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> interdite. Les dix derniers volumes : tomes VIII \u00e0 XVII (1762-1765)\u00a0\u00bb, <em>DHS<\/em>, n\u00b0 52, 2020, p. 287-302.<\/p><p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> Remarquons toutefois que tous les articles intol\u00e9rants de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> ne furent pas corrig\u00e9s\u00a0: l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v13-2601-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">R\u00e9formation<\/span> (<em>Theolog.<\/em>)<\/a> offre un exemple d\u2019article maintenu en d\u00e9pit des positions extr\u00eamement rigides qui y sont exprim\u00e9es, inspir\u00e9es en l\u2019occurrence de Bossuet et de Nicole. De telles positions th\u00e9ologiques formul\u00e9es sans le moindre adoucissement sont d\u2019ailleurs une bonne raison de l\u2019attribuer \u00e0 Mallet, le seul encyclop\u00e9diste, \u00e0 notre connaissance, \u00e0 d\u00e9fendre de tels principes dans le dictionnaire.<\/p><p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-919-0\/\">PERS\u00c9CUTER, PERS\u00c9CUTEUR, &amp; PERS\u00c9CUTION (<em>Droit naturel<\/em><em>\u200b\u200b<\/em><em>, Politique<\/em><em>\u200b\u200b<\/em><em> &amp; Morale.<\/em>)<\/a> auquel renvoie REFUGIES est exactement dans la m\u00eame veine. On doit sans doute envisager de l\u2019attribuer \u00e0 Diderot. On remarquera qu&rsquo;il double un article PERSECUTION en th\u00e9ologie qui adopte une perspective restreinte au seul et unique point-de-vue catholique et qui a de fortes chances, pour sa part, d&rsquo;\u00eatre de la main de Mallet.<\/p><p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> D\u2019apr\u00e8s les indications contenues dans le Registre des libraires, on peut dater l\u2019ach\u00e8vement du vol. IX entre le 8 mai et le 8 ao\u00fbt 1763 (E. Boussuge, \u00ab\u00a0La chronologie de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> interdite. Les dix derniers volumes\u00a0: tomes VIII \u00e0 XVII (1762-1765)\u00a0\u00bb, <em>DHS<\/em>, n\u00b0 52, 2020, p. 287-302.<\/p><p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> Walter E. Rex s\u2019\u00e9tait avis\u00e9 de l\u2019incompatibilit\u00e9 de ce passage avec les positions de l\u2019abb\u00e9 Mallet et l\u2019attribuait \u00e0 juste titre \u00e0 une intervention d\u2019\u00e9diteur, sans se prononcer du reste l\u2019identit\u00e9 de cet \u00e9diteur (<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rde\/69\">\u201cL\u2019ARCHE DE NO\u00c9 et autres articles religieux de l\u2019abb\u00e9 Mallet dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u201d,\u00a0<em>RDE, <\/em><em>n\u00b0 <\/em>30<\/a> (2001), p. 127-147, ici p. 143-145).<\/p><p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> On ignore la date exacte de r\u00e9daction pour JESUS-CHRIST mais pour INTOLERANCE, on dispose d\u2019indications\u00a0assez pr\u00e9cises\u00a0: l\u2019article est en effet adapt\u00e9 d\u2019une lettre (jamais envoy\u00e9e) du philosophe \u00e0 son fr\u00e8re, l\u2019abb\u00e9, dat\u00e9e du 29 d\u00e9cembre 1760 et publi\u00e9e dans la livraison du premier janvier 1761 de la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> de Grimm. Voir DPV, t. XXVIII, p. 959 et <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em>, dir. Ulla K\u00f6lving, Ferney-Voltaire, Centre international d\u2019\u00e9tude du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, t. VIII, 2013, p. 11-16 (avec la collaboration pour cette livraison de Jean de Booy).<\/p><p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> La lecture de l\u2019article JESUS-CHRIST, dans lequel le syntagme \u00ab\u00a0libert\u00e9 de penser\u00a0\u00bb n\u2019appara\u00eet pas ni non plus l\u2019id\u00e9e, du moins exprim\u00e9e de mani\u00e8re explicite, ne rend pas \u00e9vidente la raison du renvoi, sauf si l\u2019on s\u2019avise que la longue citation que fait Diderot de la lettre de Synesius \u00e0 son fr\u00e8re (ENC, VIII, 518b-519a) \u2013 qu\u2019il a sans doute initialement trouv\u00e9e dans Brucker (<em>Historia Philosophiae<\/em>, 1743, t. III, p. 513-515) \u2013 se trouve aussi dans le livre de Collins qui fait pr\u00e9cis\u00e9ment de Synesius un des \u00e9minents repr\u00e9sentants de la libert\u00e9 de penser dans l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0il fut \u00e9v\u00eaque de Cyr\u00e8ne \u00e0 ces conditions de <em>penser librement<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Discours sur la libert\u00e9 de penser<\/em>, Londres, 1714, p. 243-247, p.\u00a0247 pour la citation). Merci \u00e0 Marie Leca de m\u2019avoir mis sur cette piste. On remarquera que le nom de Collins n\u2019apparaissait pas dans la source principale de l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span>, <em>Le Misanthrope <\/em>de Juste Van Effen, et que c\u2019est l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui le r\u00e9v\u00e8le explicitement. Il n\u2019est pas impossible que ce soit le fruit d\u2019une intervention de Diderot m\u00eame s\u2019il est tout aussi plausible que ce d\u00e9voilement ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9 par le premier responsable de l\u2019article.<\/p><p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Dans une lettre peut-\u00eatre adress\u00e9e \u00e0 Suard (l\u2019identification du destinataire est incertaine), Diderot mentionne les articles INTOLERANCE, JESUITE et JOUISSANCE comme des articles dont il ne faut pas manquer la lecture (<em>Correspondance<\/em>, \u00e9d. G. Roth, t. IX, p. 13, lettre n\u00b0 426 bis).<\/p><p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> Ajoutons qu\u2019\u00e0 l\u2019exception du cas particulier tr\u00e8s facilement explicable de l\u2019article INTOLERANT, tous les articles qui renvoient vers INTOLERANCE ou vers JESUS-CHRIST sont des articles de Diderot.<\/p><p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> \u00ab\u00a0Diderot, Naigeon et l\u2019article LIBERT\u00c9 de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>RDE, <\/em>n\u00b0 56 (2021), p. 27-54, ici p. 54.<\/p><p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> \u00ab\u00a0Des Casuistes rel\u00e2ch\u00e9s seraient-ils moins pernicieux et plus m\u00e9prisables que des <em>inconvaincus<\/em> ?\u00a0\u00bb (<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, II, p.\u00a0757)<\/p><p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> \u00ab\u00a0Les pr\u00eatres du Paganisme ne pouvaient supporter qu\u2019on accord\u00e2t de la probit\u00e9 aux <em>inconvaincus<\/em> de leur temps : ou ils leur reprochaient comme des crimes les m\u00eames faiblesses qu\u2019ils se pardonnaient ; ou ils en accusaient leur fa\u00e7on de penser, quoiqu\u2019avec des sentiments plus orthodoxes ils ne fissent pas mieux qu\u2019eux ; ou ils les calomniaient sans pudeur, lorsqu\u2019ils en \u00e9taient r\u00e9duits \u00e0 cette ressource : C\u2019est toujours montrer de la pi\u00e9t\u00e9 envers les dieux, disaient-ils, que de d\u00e9nigrer \u00e0 tort et \u00e0 travers ces hommes pervers\u00a0\u00bb (ENC, IV, p. 605).<\/p><p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> Il est important de rep\u00e9rer les analogies que l\u2019article CREDULITE entretient avec la XXII<sup>e<\/sup> pens\u00e9e philosophique\u00a0dans laquelle les ath\u00e9es se r\u00e9partissent entre \u00ab\u00a0vrais ath\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ath\u00e9es sceptiques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ath\u00e9es fanfarons\u00a0\u00bb. La tripartition de l\u2019article entre <em>inconvaincus<\/em>, <em>incr\u00e9dules<\/em> et <em>impies <\/em>se superpose exactement \u00e0 cette tripartition initiale dans le premier ouvrage de Diderot. Si les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> devaient servir d\u2019\u00e9claircissements \u00e0 la traduction de l\u2019<em>Essai sur le m\u00e9rite et la vertu <\/em>de Shaftesbury selon le titre initial du texte, ici c\u2019est l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui sert d\u2019\u00e9claircissement aux <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> en offrant une r\u00e9\u00e9criture plus claire dans un article d\u00e9cid\u00e9ment d\u2019une grande audace.<\/p><p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em>, \u00e9d. U. Kolving, Ferney-Voltaire, Centre international d\u2019\u00e9tude du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, t. III, p.\u00a083.<\/p><p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> C<em>orrespondance<\/em>, XV, p. 51. Le 12 mai suivant, il mentionne encore cette \u00ab\u00a0Bible ou Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb (CORR, XV, p. 54).<\/p><p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> Tome XII, Lettre VIII, <em>R\u00e9flexion sur les id\u00e9es que nous donne l\u2019Encyclop\u00e9die de l\u2019impi\u00e9t\u00e9, de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 et de l\u2019inconviction<\/em>, 15 septembre 1760, p. 85.<\/p><p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> La citation de Servan donn\u00e9e par Ferraud est dans le <em>Discours sur le progr\u00e8s des connaissances humaines<\/em> prononc\u00e9 en 1781. On notera qu\u2019avec Servan, on est dans l\u2019orbite (un peu large) de d\u2019Holbach et Diderot comme l\u2019atteste sa correspondance avec le baron. Chez Caraccioli, nous avons retrouv\u00e9 une premi\u00e8re occurrence dans <em>Le Cri de la v\u00e9rit\u00e9<\/em>, 1765, p. 213.<\/p><p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> Voir plus bas, la note 21 du pdf.<\/p><p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> Art. cit\u00e9, p. 34 et 53-54.<\/p><p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> Voir en Annexe, le relev\u00e9 des sources.<\/p><p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> Sur Van Effen, voir les travaux d\u2019Alexis Levrier, en particulier <em>Les journaux de Marivaux et le monde des spectateurs\u00a0\u00bb<\/em>, PUPS, 2007.<\/p><p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> <em>Le Misanthrope<\/em> et son auteur sont toutefois pr\u00e9sent\u00e9s par Jaucourt dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v17-1073-0\/\">UTRECHT (<em>G\u00e9og. mod<\/em>.)<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0un homme de go\u00fbt, \u00e9crivain poli, <em>Van-Effen<\/em> (Juste), n\u00e9 \u00e0 Utrecht en 1684, et mort \u00e0 Bois-le-Duc en 1735, \u00e9tant alors inspecteur des magasins de l\u2019\u00e9tat dans cette ville. Il cultiva de bonne heure la langue fran\u00e7aise, dans laquelle il a compos\u00e9 tous ses ouvrages, et qu\u2019il \u00e9crit aussi bien que peut le faire aucun \u00e9tranger. Un esprit philosophique, des connaissances diversifi\u00e9es, une assez grande vivacit\u00e9 d\u2019imagination, et beaucoup de facilit\u00e9, mirent M. Van-Effen en \u00e9tat de travailler avec distinction sur toutes sortes de mati\u00e8res. Il a eu beaucoup de part au journal litt\u00e9raire ; et comme il entendait fort bien l\u2019anglais, il a donn\u00e9 la traduction enti\u00e8re du Mentor moderne. Son parall\u00e8le d\u2019Hom\u00e8re et de Chapelain, qui se trouve \u00e0 la suite du chef d\u2019\u0153uvre de l\u2019Inconnu, par M. de Saint-Hyacinthe, est un badinage heureux, et tr\u00e8s-bon dans son genre ; mais le principal ouvrage de cet ing\u00e9nieux \u00e9crivain, est son Misantrope, qu\u2019il fit \u00e0 l\u2019imitation du spectateur anglais. Cet ouvrage est m\u00eal\u00e9 de prose et de vers, et l\u2019on peut dire qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, le jugement y domine partout. La meilleure \u00e9dition est celle de la Haye, en 1726, en deux volumes <em>in-8\u00b0<\/em> \u00bb (ENC, XVII, 564a).<\/p><p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> Voir l\u2019\u00e9dition de James L. Schorr, <em>Le Misanthrope<\/em>, <em>SVEC<\/em>, n\u00b0 248, 2007, notamment la table de concordance, p. xvi-xvii. Merci \u00e0 Alexis Levrier de nous avoir guid\u00e9 dans la bibliographie du <em>Misanthrope<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> Voir notamment p. 190-194. Dans cet ouvrage, Yvon se veut parfaitement orthodoxe et fait d\u00e9river l\u2019incroyance moderne de la r\u00e9forme (citant le nom de Collins parmi ses tenants), il n\u2019en remarque pas moins ceci\u00a0: \u00ab\u00a0En Angleterre, o\u00f9 r\u00e8gne la libert\u00e9 de penser, l\u2019impi\u00e9t\u00e9 y a toujours \u00e9t\u00e9 ch\u00e2ti\u00e9e par des \u00e9crivains savants qui ont aiguis\u00e9 leurs plumes contre elle. Il en est de m\u00eame en Allemagne et en Hollande, o\u00f9 d\u2019excellents ouvrages ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s en partie par cet essaim d\u2019auteurs fran\u00e7ais, qui sont all\u00e9s porter chez ces nations le go\u00fbt des lettres\u00a0\u00bb (p. 191). Il \u00e9tablit aussi que les progr\u00e8s de l\u2019\u00e9rudition th\u00e9ologique sont largement le fruit de l\u2019\u00e9mulation entre catholiques et protestants, citant au passage l\u2019<em>Histoire des Deux Indes <\/em>pour appuyer son propos. Il ajoute que les pol\u00e9miques avec \u00ab\u00a0les philosophes anti-chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb (p. 193) produiront vraisemblablement le m\u00eame effet.<\/p><p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> Une recherche portant sur les articles sign\u00e9s de Mallet ne procure aucune occurrence. Il est vrai que, vu le nombre d\u2019article non-sign\u00e9s qui doivent aussi lui \u00eatre attribu\u00e9s, il faut rester prudent. Mallet, comme tout encyclop\u00e9diste, peut aussi du reste utiliser des sources qu\u2019il ne cite pas explicitement, l\u00e0 aussi prudence. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019on doute fort que l\u2019abb\u00e9 se soit jamais approvisionn\u00e9 pour alimenter ses articles dans les magasins de la philosophie clandestine. On n\u2019en a trouv\u00e9 aucun exemple.<\/p><p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn1\">[64b]<\/a> Laura Nicoli, <em>Les Philosophes et les Dieux. Le Polyth\u00e9isme en d\u00e9bat dans la France des Lumi\u00e8res (1704-1770)<\/em>, trad. de Julia Ollivier, Paris, Honor\u00e9 Champion, 2022, Annexe 1 \u00ab\u00a0Les sources de l\u2019article POLYTHEISME de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, p. 321-378.<\/p><p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> Voir l\u2019\u00e9dition de l\u2019article par Marion Chottin sur l\u2019<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> Nous nous fondons sur une \u00e9tude de l\u2019article AMOUR encore in\u00e9dite, que nous comptons publier prochainement.<\/p><p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> Remarquons au passage que l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v3-837-0\/\">CHRISTIANISME<\/a> renvoie \u00e0 un article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de conscience<\/span> qui n\u2019existe pas dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Yvon fit para\u00eetre en revanche un ouvrage intitul\u00e9\u00a0: <em>Libert\u00e9 de conscience resserr\u00e9e dans des bornes l\u00e9gitimes<\/em>, Londres, 1754. La comparaison du propos de ce livre avec la partie de l\u2019article CHRISTIANISME consacr\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 de conscience (voir notamment le \u00a7 17) fait ressortir une parfaite concordance. Sous r\u00e9serve de v\u00e9rifications plus approfondies, l\u2019attribution de l\u2019article CHRISTIANISME \u00e0 Yvon para\u00eet donc tr\u00e8s vraisemblable. Aux articles LIBERT\u00c9 et <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de penser<\/span> devait sans doute s\u2019ajouter encore un article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Libert\u00e9 de conscience<\/span> confi\u00e9 aussi \u00e0 Yvon. Et cet article qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit ou seulement programm\u00e9 a pu donner le point de d\u00e9part de son livre de 1754 qui appartient \u00e0 la partie la plus \u00ab \u00e9clair\u00e9e \u00bb de son \u0153uvre avant le revirement de la fin des ann\u00e9es 1750.<\/p><p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> En l\u2019occurrence, le proc\u00e9d\u00e9 se rapproche de l\u2019attribution, non d\u00e9nu\u00e9e d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9es parodiques, elle non plus, de la <em>Th\u00e9ologie portative<\/em> \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Bernier, \u00ab\u00a0Licenci\u00e9 en th\u00e9ologie\u00a0\u00bb.<a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\"><\/a><\/p><p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> Pour une comparaison ligne \u00e0 ligne du texte de l\u2019article PHILOSOPHE et de celui des <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em>, voir Herbert Dieckmann, <em>Le Philosophe. Texts and interpretation<\/em>. Saint-Louis, Washington University Studies, 1948, p. 30 \u00e0 65, ou le document fourni par Colas Duflo dans son \u00e9dition critique de l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> sur l\u2019<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> Du Marsais, <em>Le Philosophe<\/em>, \u00e9d. Gianluca Mori, <em>Studi settecenteschi<\/em>, n\u00b0 23, 2003, p. 9-60, en particulier le stemma, p. 34. Voir aussi <em>Philosophes sans Dieu\u00a0: textes ath\u00e9es clandestins du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, \u00e9d. G. Mori et A. Mothu, Paris, Honor\u00e9 Champion, 2005, p.\u00a021-39 et Gianluca Mori, \u00ab Du manuscrit \u00e0 l\u2019imprim\u00e9, les <em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em> \u00bb, <em>La Lettre clandestine<\/em>, n\u00b0 2 (1993), r\u00e9\u00e9d. PUPS, 1999, p. 129-134.<\/p><p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> D\u2019H\u00e9mery rapporte la parution du livre le 17 mars 1757 dans son <em>Journal<\/em> et indique qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 par \u00ab\u00a0Prault quai Conty\u00a0\u00bb avec permission tacite (BnF, Fr. 22160, fol. 31r\u00b0). L\u2019ouvrage a un compte-rendu dans l\u2019<em>Ann\u00e9e litt\u00e9raire <\/em>et dans le <em>Journal des Savants<\/em>, il est mentionn\u00e9 dans la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> de Grimm (voir <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em>, \u00e9d. U. Kolving, Ferney-Voltaire, Centre international d\u2019\u00e9tude du xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, t. IV, p. 159).<\/p><p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> L\u2019ouvrage fut effectivement pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la censure par \u00ab\u00a0Prault fils libraire \u00e0 Paris\u00a0\u00bb sous le titre suivant \u00ab\u00a0Histoire des guerres civiles de France depuis l\u2019\u00e9tablissement de la monarchie jusqu\u2019au r\u00e8gne de Louis XIV traduite de l\u2019italien de Davila avec des remarques\u00a0\u00bb et confi\u00e9 \u00e0 la censure de Secousse lors de la s\u00e9ance du 24 d\u00e9cembre 1750 (la premi\u00e8re sous l\u2019\u00e9gide du nouveau chancelier Lamoignon) (BnF, Fr. 22198, fol. 1v\u00b0, n\u00b0 9).<\/p><p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> Avec cette note en marge\u00a0: \u00ab\u00a0M. de Sigrais a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de cette seconde convention.\u00a0\u00bb<\/p><p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> \u00ab\u00a0La traduction est finie et compl\u00e8te, M. le pr\u00e9sident Henault, M. l\u2019abb\u00e9 Durini neveu du nonce, M. Diderot et plusieurs autres savants l\u2019ont vue et jug\u00e9e digne de l\u2019impression\u00a0\u00bb (Fr. 22152).<\/p><p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> Avec cette note en marge\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019original de cette lettre est entre les mains de l\u2019abb\u00e9 Mallet qui la repr\u00e9sentera en cas de besoin.\u00a0\u00bb<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Difficile de trouver deux personnages plus \u00e9loign\u00e9s sur le plan des options politiques, religieuses ou m\u00eame des go\u00fbts litt\u00e9raires [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":696,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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