{"id":67,"date":"2025-01-18T18:07:34","date_gmt":"2025-01-18T17:07:34","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=67"},"modified":"2025-05-13T11:32:45","modified_gmt":"2025-05-13T09:32:45","slug":"sur-quelques-articles-de-lencyclopedie-non-signes-a-contenu-ou-connotation-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=67","title":{"rendered":"Sur quelques articles de l\u2019<i>Encyclop\u00e9die<\/i> non sign\u00e9s \u00e0 contenu ou connotation politique"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"67\" class=\"elementor elementor-67\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-35b8f595 e-con-full e-flex e-con e-parent\" data-id=\"35b8f595\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b687b6c elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"b687b6c\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Parmi les milliers d\u2019articles anonymes affect\u00e9s du d\u00e9signant \u00ab grammaire \u00bb et attribuables \u00e0 Diderot, selon les crit\u00e8res d\u00e9finis par Marie Leca-Tsiomis <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, quelques dizaines contiennent des formulations qu\u2019on peut qualifier de politiques, au sens le plus large. Ces formulations sont de types tr\u00e8s divers\u00a0: souvent c\u2019est un simple phrase, parmi d\u2019autres illustrant les valeurs lexicales du mot\u00a0; parfois au contraire un d\u00e9veloppement va bien au-del\u00e0 de cette fonction illustrative. Dans le premier cas, une assertion h\u00e9t\u00e9rodoxe, voire subversive, semble devoir \u00e9chapper \u00e0 un examen inquisiteur au milieu d\u2019un contexte innocent. Cependant, quelles que soient la forme et l\u2019\u00e9tendue de ces insertions, on y observe fr\u00e9quemment comme une anticipation d\u2019attitudes ou de th\u00e8mes qui prendront corps bien plus tard dans l\u2019\u0153uvre du philosophe. C\u2019est ce qu\u2019on se propose d\u2019illustrer ici, tr\u00e8s succinctement, \u00e0 partir de quelques exemples.<\/p><p>\u00ab Il est dangereux de <em>toucher<\/em> aux choses de la religion, des m\u0153urs &amp; du gouvernement\u00a0\u00bb, lit-on dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v16-1408-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Toucher<\/span><\/a> <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment ce sont trois sujets que les exemples donn\u00e9s dans les articles de \u00ab grammaire\u00a0\u00bb sont loin d\u2019\u00e9viter. Il para\u00eet utile de commencer par un article sign\u00e9, puisque pourvu de l\u2019ast\u00e9risque, et d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9 par John Lough puis par Marie Leca-Tsiomis <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3] :<\/a>\u00a0il inaugure en effet une petite s\u00e9rie qui forme comme un r\u00e9seau coh\u00e9rent dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, configuration qui est loin d\u2019\u00eatre unique. \u00c0 propos des manifestations de l\u2019opposition parlementaire aux volont\u00e9s royales, *<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2166-0\/\"><span id=\"A08-9c846e2de279:9b78fb:04ed1e\" class=\"vedette_adresse\">IMPROBATION, IMPROUVER<\/span><\/a>, tient sa valeur pol\u00e9mique d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un auteur proscrit : \u00ab M. Duguet dit de certains \u00e9dits qu&rsquo;on apporte quelquefois aux parlements pour \u00eatre enregistr\u00e9s, que les juges n&rsquo;opinent alors que par un morne &amp; triste silence, &amp; que la mani\u00e8re dont ils enregistrent est le sceau de leur <em>improbation<\/em>.\u00a0<strong>\u00bb <\/strong>Cette allusion \u00e0 l\u2019<em>Institution d\u2019un prince<\/em>, ouvrage interdit d\u2019un jans\u00e9niste, critique vigoureux de l\u2019absolutisme louis-quatorzien, trouvera quelques prolongements dans des articles anonymes. Ainsi <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1074-0\/\">OBVIER<\/a>, qui reprend l\u2019argument traditionnellement avanc\u00e9 dans les remontrances parlementaires\u00a0: \u00ab\u00a0Les enregistrements, par exemple, <em>obvient<\/em> presque \u00e0 borner les actes de despotisme, que les ministres ne seraient que trop souvent tent\u00e9s d&rsquo;exercer sur les peuples au nom du souverain.\u00a0\u00bb L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-2978-0\/\">S\u00c9ANCE<\/a> va dans le m\u00eame sens, en formulant une appr\u00e9ciation que Diderot reprendra dans l\u2019\u00ab\u00a0Essai historique\u00a0\u00bb plac\u00e9 en t\u00eate du recueil des <em>M\u00e9langes philosophiques<\/em> pour Catherine II\u00a0: \u00ab\u00a0Les ducs &amp; pairs ont droit de <em>s\u00e9ance<\/em> \u00e0 la grand\u2019 chambre, &amp; ils entendent mal leur int\u00e9r\u00eat &amp; celui de la nation de n&rsquo;en pas user plus souvent\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Cependant, sur cette question de l\u2019opposition parlementaire, les positions de Diderot sont \u00e9tonnamment ambivalentes, tant\u00f4t favorables, tant\u00f4t critiques. Ce dernier aspect l\u2019emporte dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-2-0\/\">PARLEMENTAIRE (<em>Gram. &amp; Hist.<\/em>)<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est dans les troubles de l&rsquo;\u00c9tat celui qui est attach\u00e9 au parti du parlement, contre celui de la cour. Alors il s&rsquo;agit des int\u00e9r\u00eats de la nation que le parlement &amp; le roi veulent, mais qu&rsquo;ils entendent mal l&rsquo;un ou l&rsquo;autre\u00a0\u00bb. Cette double attitude sera pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame en 1773 dans l\u2019\u00ab Essai historique\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 la magistrature parlementaire comme un corps \u00ab\u00a0gothique dans ses usages, oppos\u00e9 \u00e0 toute bonne r\u00e9forme, trop esclave des formes, intol\u00e9rant, bigot, superstitieux, jaloux du pr\u00eatre, et ennemi du philosophe, [\u2026] embarrassant tout, brouillant tout, tracassier, petit, tirant \u00e0 lui les affaires de politique, de guerre, de finance, ne s\u2019entendant \u00e0 rien hors de sa sph\u00e8re <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb, le philosophe s\u2019attachera \u00e0 d\u00e9montrer que la suppression des cours souveraines par le chancelier Maupeou, en 1771, constituait un \u00ab\u00a0tr\u00e8s grand malheur <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb, parce qu\u2019elle privait la nation d\u2019une illusion de libert\u00e9 qui avait l\u2019immense m\u00e9rite de lui conserver une certaine vigueur morale, d\u00e9sormais peut-\u00eatre perdue \u00e0 jamais pour les g\u00e9n\u00e9rations futures\u00a0: \u00ab\u00a0nos enfants, proph\u00e9tise-t-il, [seront] des moutons imb\u00e9ciles qui se croiront n\u00e9s de tout temps pour \u00eatre d\u00e9chir\u00e9s <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb. Cet \u00e9tat d\u2019affaissement moral qu\u2019entra\u00eene la servitude politique sera plusieurs fois \u00e9voqu\u00e9 par Diderot dans les ann\u00e9es 1770, ainsi que son seul rem\u00e8de, le renversement, sans doute violent, de l\u2019ordre existant\u00a0: c\u2019est ce que r\u00e9sume l\u2019image, reprise trois fois par Diderot de 1771 \u00e0 1780, de M\u00e9d\u00e9e d\u00e9pe\u00e7ant et faisant bouillir son p\u00e8re pour le rajeunir <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Mais l\u2019id\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1575-0\/\">OPPRESSEUR OPPRIMER<\/a>, qui \u00e9voque les effets d\u2019un \u00ab\u00a0mauvais usage de la puissance\u00a0\u00bb, qui progressivement conduit \u00e0 l\u2019abrutissement d\u2019une nation\u00a0: \u00ab\u00a0A la longue, on perd tout sentiment\u00a0; on s&rsquo;abrutit, &amp; l&rsquo;on en vient jusqu&rsquo;\u00e0 adorer la tyrannie, &amp; \u00e0 diviniser ses actions les plus atroces. Alors il n&rsquo;y a plus de ressource pour une nation, que dans une grande r\u00e9volution qui la r\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Il lui faut une crise\u00a0\u00bb. Cette corruption de tout un peuple et la perspective incertaine d\u2019une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v13-1996-0\/\">RALLUMER<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Il est difficile de <em>rallumer<\/em> l&rsquo;amour de l&rsquo;honneur, le sentiment de l&rsquo;ind\u00e9pendance, le z\u00e8le de la libert\u00e9, dans des \u00e2mes qu&rsquo;un long esclavage a avilies\u00a0\u00bb.<\/p><p>Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019oppression, \u00e0 la mauvaise gouvernance et \u00e0 leurs effets conduisent \u00e0 divers d\u00e9veloppements qui en \u00e9tendent la port\u00e9e. Le \u00ab despotisme \u00bb plusieurs fois \u00e9voqu\u00e9 dans de tels exemples d\u00e9signe une situation contemporaine, et on peut donc y reconna\u00eetre l\u2019absolutisme sous un autre nom, comme dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v10-1505-0\/\">MIS\u00c9RABLE<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0La superstition &amp; le despotisme couvrent &amp; ont couvert dans tous les temps la terre de <em>mis\u00e9rables<\/em>\u00a0\u00bb. Plusieurs articles se font plus nettement accusateurs \u00e0 l\u2019\u00e9gard des souverains. Ainsi cette observation, \u00ab\u00a0Il y a peu d&rsquo;\u00e2mes assez fermes que la <em>mis\u00e8re<\/em> n&rsquo;abatte &amp; n&rsquo;avilisse \u00e0 la longue. Le petit peuple est d&rsquo;une stupidit\u00e9 incroyable\u00a0\u00bb<strong>,<\/strong> trouve aussit\u00f4t un prolongement politique, associ\u00e9 \u00e0 une id\u00e9e voisine\u00a0: \u00ab\u00a0La <em>mis\u00e8re<\/em> est la m\u00e8re des grands crimes ; ce sont les souverains qui font les mis\u00e9rables, qui r\u00e9pondront dans ce monde &amp; dans l&rsquo;autre des crimes que la <em>mis\u00e8re<\/em> aura commis\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v10-1507-0\/\">MISERE<\/a>). Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0les soldats <em>tuent<\/em> justement dans une guerre juste ou injuste\u00a0; c&rsquo;est le souverain qui emploie leur bras, qui est un meurtrier\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v16-2296-0\/\">TUER<\/a>). Le philosophe, qui plus tard se plaira \u00e0 rappeler la \u00ab loi de nature\u00a0\u00bb qui veut qu\u2019en monarchie absolue, on doit \u00ab\u00a0s\u2019attendre \u00e0 \u00eatre gouvern\u00e9 par un sot, par un m\u00e9chant, ou par un fou\u00a0\u00bb, semble donc tenir les souverains en suspicion bien avant les grandes \u0153uvres politiques. Leur caract\u00e8re sacr\u00e9 est rappel\u00e9 dans l\u2019exemple qui cl\u00f4t l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-452-0\/\">REPRESENTER<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Les rois <em>repr\u00e9sentent<\/em> Dieu sur la terre\u00a0\u00bb\u00a0; mais on en per\u00e7oit l\u2019ironie \u00e0 la lecture de <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1284-0\/\">OINDRE<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0 [\u2026] avant les pr\u00eatres, les rois, &amp; longtemps avant, l&rsquo;<em>oint<\/em> fut un morceau de bois pourri, une paille, un roseau, un caillou sans prix\u00a0\u00bb. Dans la <em>R\u00e9futation d\u2019Helv\u00e9tius<\/em>, la formulation sera plus directe\u00a0: \u00ab\u00a0Je hais tous les oints du Seigneur, sous quelque titre que ce soit <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p><p>Concernant la religion, quelques exemples insidieusement gliss\u00e9s dans un contexte plus innocent se rattachent au th\u00e8me de la tol\u00e9rance, ou plut\u00f4t de l\u2019\u00ab intol\u00e9rance civile \u00bb. Cette \u00ab passion f\u00e9roce \u00bb est ainsi d\u00e9finie dans l\u2019article tr\u00e8s argument\u00e9 <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2659-0\/\">INTOL\u00c9RANCE<\/a>, qui est de Diderot, selon l\u2019attestation de Naigeon <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, et qui est cat\u00e9goris\u00e9 comme de \u00ab Morale\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;<em>intol\u00e9rance<\/em> civile consiste \u00e0 rompre tout commerce &amp; \u00e0 poursuivre, par toutes sortes de moyens violents, ceux qui ont une fa\u00e7on de penser sur Dieu &amp; sur son culte, autre que la n\u00f4tre\u00a0\u00bb. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-657-0\/\">RETRANCHER<\/a> en offre une d\u00e9finition plus apais\u00e9e, mais pour mieux proscrire l\u2019intol\u00e9rance religieuse de la vie civile\u00a0: \u00ab\u00a0Toutes les religions ont droit de <em>retrancher<\/em> de leur communion ceux qui ne pensent pas orthodoxement, &amp; qui ont de mauvaises m\u0153urs ; mais les excommuni\u00e9s n&rsquo;en sont pas de moins bons citoyens, auxquels le souverain doit toute sa protection\u00a0\u00bb. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019essentiel est formul\u00e9 dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2694-0\/\">INVIOLABLE<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9 de conscience est un privil\u00e8ge <em>inviolable<\/em>\u00a0\u00bb<strong>. \u00a0<\/strong>L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2151-1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Imp\u00f4t<\/span> <em>en faveur du th\u00e9\u00e2tre<\/em><\/a> (dans l\u2019Antiquit\u00e9), se termine par la d\u00e9finition d\u2019un usage contemporain, \u00ab\u00a0le quart des h\u00f4pitaux\u00a0\u00bb impos\u00e9 aux troupes th\u00e9\u00e2trales, ce qui am\u00e8ne une allusion \u00e0 un des effets de l\u2019intol\u00e9rance institu\u00e9e, l\u2019excommunication des acteurs\u00a0: \u00ab\u00a0On accepte l&rsquo;aum\u00f4ne du com\u00e9dien, &amp; on lui refuse des pri\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p><p>D\u2019autres exemples figurant dans les articles de \u00ab grammaire \u00bb comportent une critique, implicite ou plus directe, de divers aspects de la religion \u00e9tablie et de ses pratiques. Ainsi en conclusion d\u2019un article \u00e0 l\u2019intitul\u00e9 insoup\u00e7onnable, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v13-847-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Priv\u00e9, Particulier, Secret<\/span><\/a>, le tour donn\u00e9 \u00e0 la formulation du dogme chr\u00e9tien en souligne le caract\u00e8re implacable\u00a0: \u00ab\u00a0Le dogme chr\u00e9tien <em>prive<\/em> du salut \u00e9ternel tous ceux qui n&rsquo;ont pas eu la foi en Jesus-Christ, &amp; m\u00eame les enfants morts sans avoir re\u00e7u le bapt\u00eame\u00a0\u00bb. Le th\u00e8me de la vocation monastique, associ\u00e9 pour le philosophe \u00e0 une exp\u00e9rience familiale douloureuse, celle de sa s\u0153ur Ang\u00e9lique morte folle au couvent <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, est \u00e9voqu\u00e9 en termes tr\u00e8s forts dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-124-0\/\">PASSAGER<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est une ferveur passag\u00e8re qui tient quelquefois \u00e0 l&rsquo;ennui d&rsquo;un temp\u00e9rament qui fait effort pour se d\u00e9velopper dans l&rsquo;un &amp; dans l&rsquo;autre sexe, ou qui s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9velopp\u00e9 porte \u00e0 de nouveaux besoins dont on ignore l&rsquo;objet, ou qu&rsquo;on ne saurait satisfaire, qui entra\u00eene tant de jeunes &amp; malheureuses victimes de leur inexp\u00e9rience au fond des clo\u00eetres o\u00f9 elles se croient appel\u00e9es par la gr\u00e2ce, &amp; o\u00f9 elles ne rencontrent que la douleur &amp; le d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v10-762-0\/\">M\u00c9DITATION<\/a>, apr\u00e8s l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019une observation g\u00e9n\u00e9rale, \u00ab\u00a0Nous ne sommes pas faits pour m\u00e9diter seulement, mais il faut que la <em>m\u00e9ditation<\/em> nous dispose \u00e0 agir, ou c&rsquo;est un exercice m\u00e9prisable\u00a0\u00bb, s\u2019en prend aux pratiques d\u00e9votes et se conclut sur un mode personnel\u00a0: \u00ab\u00a0Faire la <em>m\u00e9ditation<\/em> chez les d\u00e9vots, c&rsquo;est s&rsquo;occuper de quelque point important de la religion. Les d\u00e9vots distinguent la <em>m\u00e9ditation<\/em> de la contemplation\u00a0; mais cette distinction m\u00eame prouve la vanit\u00e9 de leur vie. Ils pr\u00e9tendent que la <em>m\u00e9ditation<\/em> est un \u00e9tat discursif, &amp; que la contemplation est un acte simple permanent, par lequel on voit tout en Dieu, comme l&rsquo;\u0153il discerne les objets dans un miroir. A s&rsquo;en tenir \u00e0 cette distinction, je vois qu&rsquo;un m\u00e9ditatif est souvent un homme tr\u00e8s inutile, &amp; que le contemplatif est toujours un insens\u00e9\u00a0\u00bb. Plus exceptionnelle est la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 politique dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1657-0\/\">ORDONNER<\/a>, dont la libert\u00e9 de ton semble traduire un sentiment d\u2019intense satisfaction lorsque est \u00e9voqu\u00e9e la d\u00e9faite de ceux qui furent parmi les pires ennemis de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le parlement a <em>ordonn\u00e9<\/em> cette ann\u00e9e 1761, que les j\u00e9suites fermeraient leurs noviciats, leurs coll\u00e8ges, leurs congr\u00e9gations, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils se fussent purg\u00e9s devant Sa Majest\u00e9 du soup\u00e7on de la doctrine sacril\u00e8ge de monarchomaque, qu&rsquo;ils eussent abjur\u00e9 la morale abominable de leurs casuistes, &amp; qu&rsquo;ils eussent r\u00e9form\u00e9 leurs constitutions sur un plan plus conforme \u00e0 nos lois, \u00e0 la tranquillit\u00e9 publique, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de nos rois, &amp; au bon ordre de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. La charge contre les J\u00e9suites sera tout aussi violente et encore plus argument\u00e9e dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-2587-0\/\">SCANDALEUX<\/a>, o\u00f9 elle occupe la totalit\u00e9 de l\u2019article, pour se conclure par une insinuation, semble-t-il, \u00e0 des faits de m\u0153urs\u00a0: \u00ab\u00a0Avancer comme quelques \u00e9crivains de la soci\u00e9t\u00e9 de J\u00e9sus l&rsquo;ont fait, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas permis \u00e0 tout le monde de disposer de la vie des tyrans\u00a0; c&rsquo;est une proposition <em>scandaleuse<\/em>, parce qu&rsquo;elle laisse entendre qu&rsquo;il y a apparemment des personnes \u00e0 qui le tyrannicide est permis. La doctrine du probabilisme est une doctrine <em>scandaleuse<\/em>. L&rsquo;invitation que le P. Pichon fait au p\u00e9cheur d&rsquo;approcher tous les jours des sacrements sans amour de Dieu, sans changer de conduite, est une invitation <em>scandaleuse <\/em><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. L&rsquo;\u00e9loge de l&rsquo;ouvrage de Busembaum qu&rsquo;on lit dans les <em>m\u00e9m. de Tr\u00e9v<\/em>. est <em>scandaleux <\/em><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Des religieux tra\u00een\u00e9s devant les tribunaux civils pour une affaire de banque &amp; de commerce <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, &amp; condamn\u00e9s par des juges-consuls \u00e0 payer des sommes illicitement dues &amp; plus illicitement encore refus\u00e9es, sont des hommes <em>scandaleux<\/em>. Des pr\u00eatres qui font jouer des farces sur un th\u00e9\u00e2tre, &amp; danser dans l&rsquo;enceinte de leurs maisons les enfants confi\u00e9s \u00e0 leurs soins, confondus avec des histrions, donnent un spectacle <em>scandaleux<\/em>. On trouverait toutes sortes d&rsquo;exemples de scandale, sans s&rsquo;\u00e9loigner de l\u00e0\u00a0; mais il y en a dont il serait difficile de parler sans scandaliser \u00e9trangement les femmes, les hommes &amp; les petits enfants\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00c0 l\u2019automne 1773, avant d\u2019exposer \u00e0 Catherine II son projet de refaire l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> pour la Russie, Diderot devait rappeler les men\u00e9es hostiles qui avaient failli arr\u00eater l\u2019entreprise et avaient en tout cas emp\u00each\u00e9 de donner au <em>Dictionnaire<\/em> les qualit\u00e9s auxquelles ses promoteurs pouvaient pr\u00e9tendre\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons eu pour ennemis d\u00e9clar\u00e9s, \u00e9crivait-il, la cour, les Grands, les militaires qui n\u2019ont jamais d\u2019autre avis que celui de la cour, les pr\u00eatres, la police, les magistrats, ceux d\u2019entre les gens de lettres qui ne coop\u00e9raient pas \u00e0 l\u2019entreprise, les gens du monde, ceux d\u2019entre les citoyens qui s\u2019\u00e9taient laiss\u00e9 entra\u00eener par la multitude\u00a0\u00bb. Une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t, cette situation avait \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e dans plusieurs articles anonymes. C\u2019est sans doute aux j\u00e9suites que fait allusion <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-2777-0\/\">PARDONNER<\/a> <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, qui inaugure cette petite s\u00e9rie\u00a0: \u00ab\u00a0Des hommes qui ont fait un sot ouvrage, que des imb\u00e9ciles \u00e9diteurs ont achev\u00e9 de g\u00e2ter, n&rsquo;ont jamais pu nous <em>pardonner<\/em> d&rsquo;en avoir projet\u00e9 un meilleur. Il n&rsquo;y a sorte de pers\u00e9cutions que ces ennemis de tout bien ne nous ait suscit\u00e9es. Nous avons vu notre honneur, notre fortune, notre libert\u00e9, notre vie compromises dans l&rsquo;espace de quelques mois. Nous aurions obtenu d&rsquo;eux le <em>pardon<\/em> d&rsquo;un crime, nous n&rsquo;en avons pu obtenir celui d&rsquo;une bonne action\u00a0\u00bb. Selon <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v13-1070-0\/\">PROSTITUER, PROSTITUTION<\/a>, il faut \u00e9tendre l\u2019acception de ces mots \u00ab\u00a0\u00e0 ces critiques, tels que nous en avons tant aujourd&rsquo;hui, &amp; \u00e0 la t\u00eate desquels on peut placer l&rsquo;odieux personnage que M. de Voltaire a jou\u00e9 sous le nom de <em>Wasp<\/em> dans sa com\u00e9die de l&rsquo;Ecossaise ; &amp; l&rsquo;on a dit de ces \u00e9crivains qu&rsquo;ils <em>prostituaient<\/em> leurs plumes \u00e0 l&rsquo;argent, \u00e0 la faveur, au mensonge, \u00e0 l&rsquo;envie, &amp; aux vices les plus indignes d&rsquo;un homme bien n\u00e9. Tandis que la Litt\u00e9rature \u00e9tait abandonn\u00e9e \u00e0 ces fl\u00e9aux, la Philosophie d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 \u00e9tait diffam\u00e9e par une troupe de petits brigands sans connaissance, sans esprit &amp; sans m\u0153urs, qui se <em>prostituaient<\/em> de leur c\u00f4t\u00e9 \u00e0 des hommes qui n&rsquo;\u00e9taient pas f\u00e2ch\u00e9s qu&rsquo;on d\u00e9cri\u00e2t dans l&rsquo;esprit de la nation ceux qui pouvaient l&rsquo;\u00e9clairer sur leur m\u00e9chancet\u00e9 &amp; leur petitesse\u00a0\u00bb. Cependant, si <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v15-2409-0\/\">SUSCITER<\/a> rappelle que \u00ab\u00a0cet ouvrage nous a <em>suscit\u00e9<\/em> bien des ennemis\u00a0\u00bb, leurs d\u00e9nonciations ont \u00e9t\u00e9 vaines, selon <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-899-0\/\">PERQUISITION<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0La publication de ce livre donna lieu aux <em>perquisitions<\/em> les plus rigoureuses. Avec toutes ces <em>perquisitions<\/em>, on ne d\u00e9couvrit rien\u00a0\u00bb.<\/p><p>La critique des injustices sociales commence par celle de certains pr\u00e9jug\u00e9s, comme le \u00ab m\u00e9pris cruel \u00bb qui, selon <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v10-1204-0\/\">METIER<\/a>, atteint \u00ab\u00a0toute profession qui exige l&#8217;emploi des bras, &amp; qui se borne \u00e0 un certain nombre d&rsquo;op\u00e9rations m\u00e9caniques, qui ont pour but un m\u00eame ouvrage, que l&rsquo;ouvrier r\u00e9p\u00e8te sans cesse\u00a0\u00bb. Prolongeant les r\u00e9flexions d\u00e9velopp\u00e9es dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-585-0\/\">*BASSESSE, <em>abjection<\/em><\/a>, sur les pr\u00e9jug\u00e9s que nous impose la langue, Diderot, qui un jour rappellera qu\u2019il est \u00ab fils d\u2019ouvrier <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0\u00bb, poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne sais pourquoi on a attach\u00e9 une id\u00e9e vile \u00e0 ce mot\u00a0; c&rsquo;est des <em>m\u00e9tiers<\/em> que nous tenons toutes les choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie. Celui qui se donnera la peine de parcourir les ateliers, y verra partout l&rsquo;utilit\u00e9 jointe aux plus grandes preuves de la sagacit\u00e9. L&rsquo;antiquit\u00e9 fit des dieux de ceux qui invent\u00e8rent des <em>m\u00e9tiers ;<\/em> les si\u00e8cles suivants ont jet\u00e9 dans la fange ceux qui les ont perfectionn\u00e9s. Je laisse \u00e0 ceux qui ont quelque principe d&rsquo;\u00e9quit\u00e9, \u00e0 juger si c&rsquo;est raison ou pr\u00e9jug\u00e9 qui nous fait regarder d&rsquo;un \u0153il si d\u00e9daigneux des hommes si essentiels\u00a0\u00bb. Le mot \u00ab ouvrier\u00a0\u00bb est parfois associ\u00e9 par Diderot \u00e0 une \u00e9vocation de la mis\u00e8re sociale, comme dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v10-712-0\/\">M\u00c9CONTENT, M\u00c9CONTENTE, M\u00c9CONTENT\u00c9, M\u00c9CONTENTEMENT<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Les ouvriers sont presque tous des malheureux, qu&rsquo;il y aurait de l&rsquo;inhumanit\u00e9 \u00e0 <em>m\u00e9contenter<\/em>, en retenant une partie de leur salaire\u00a0\u00bb. De telles pr\u00e9occupations ne seront pas absentes des \u0153uvres ult\u00e9rieures du philosophe, comme en t\u00e9moigne cette remarque sur un article du <em>Nakaz<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Celui qui n\u2019a aucun bien et qui travaille est aussi \u00e0 son aise que celui qui a cent roubles de revenu sans travailler<\/em>&#8230;. Oui, pourvu qu\u2019il ne soit point sujet \u00e0 tomber malade <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb. Dans l\u2019<em>Histoire des deux Indes<\/em>, Diderot d\u00e9veloppera cette observation\u00a0: \u00ab\u00a0il faut qu\u2019il y ait des pauvres sans nombre partout o\u00f9 il y a sans nombre des hommes qui n\u2019ont que leurs bras \u00e0 opposer \u00e0 la mis\u00e8re. Pour tous ces malheureux, un jour de maladie est un jour d\u2019indigence. [\u2026] Tout ouvrier, tout soldat, tout matelot, hors de service ou hors d\u2019\u00e9tat de servir, est un pauvre. La pauvret\u00e9 engendre la pauvret\u00e9\u00a0; ne f\u00fbt-ce que par l\u2019impossibilit\u00e9 o\u00f9 se trouve le pauvre de donner aucune sorte d\u2019\u00e9ducation ou d\u2019industrie \u00e0 ses enfants <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p><p>Les m\u0153urs, un des sujets \u00ab dangereux \u00bb selon l\u2019article Toucher, \u00ab sont partout des cons\u00e9quences de la l\u00e9gislation et du gouvernement \u00bb \u00e9crira Diderot dans les <em>Observations sur le Nakaz <\/em><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, ce qu\u2019illustre abondamment <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-601-0\/\">LABORIEUX<\/a>\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Montrez un prix, excitez l&rsquo;\u00e9mulation, &amp; tous les hommes aimeront le travail, tous se rendront capables de le soutenir. Des taxes sur l&rsquo;industrie ont plong\u00e9 les Espagnols dans la paresse o\u00f9 ils croupissent encore, &amp; quelquefois la superstition met la paresse en honneur. Sous le joug du despotisme les peuples cessent d&rsquo;\u00eatre <em>laborieux<\/em>, parce que les propri\u00e9t\u00e9s sont incertaines\u00a0\u00bb. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-925-0\/\">LAQUAIS<\/a> comporte une critique du luxe contemporain et se conclut par une remarque d\u00e9sabus\u00e9e sur ce qu\u2019on pourrait attendre de la loi en ce domaine\u00a0: \u00ab\u00a0Le luxe les a multipli\u00e9s sans nombre. Nos antichambres se remplissent, &amp; nos campagnes se d\u00e9peuplent\u00a0; les fils de nos laboureurs quittent la maison de leurs p\u00e8res &amp; viennent prendre dans la capitale un habit de livr\u00e9e. Ils y sont conduits par l&rsquo;indigence &amp; la crainte de la milice, &amp; retenus par la d\u00e9bauche &amp; la fain\u00e9antise. Ils se marient\u00a0; ils font des enfants qui soutiennent la race des <em>laquais<\/em> ; [\u2026] On avait pens\u00e9 \u00e0 mettre un imp\u00f4t sur la livr\u00e9e : il en e\u00fbt r\u00e9sult\u00e9 deux avantages au moins ; 1\u00b0. le renvoi d&rsquo;un grand nombre de <em>laquais<\/em> ; 2\u00b0. un obstacle pour ceux qui auraient \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s de quitter la province pour prendre le m\u00eame \u00e9tat : mais cet imp\u00f4t \u00e9troit trop sage pour avoir lieu\u00a0\u00bb. Cependant la critique des m\u0153urs vise en premier lieu les puissants. Selon <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-452-0\/\">REPRESENTER<\/a>, \u00ab\u00a0C&rsquo;est une fonction aussi p\u00e9rilleuse qu&rsquo;inutile, que de <em>repr\u00e9senter<\/em> leurs devoirs aux grands\u00a0\u00bb. La m\u00e9diocrit\u00e9 des gens en place est un th\u00e8me r\u00e9current. \u00ab\u00a0Il y a des gens d&rsquo;un m\u00e9rite assez <em>mince<\/em>, \u00e0 qui l&rsquo;on a accord\u00e9 des places tr\u00e8s-importantes, soit dans la robe, soit dans l&rsquo;\u00e9glise, soit dans le gouvernement, soit dans le militaire\u00a0\u00bb, selon MINCE, proposition qui trouve un double prolongement dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-727-0\/\">NOMMER<\/a>, d\u2019abord sous la forme d\u2019un simple phrase\u00a0: \u00ab\u00a0On a <em>nomm\u00e9<\/em> \u00e0 une des premi\u00e8res places de l&rsquo;\u00e9glise un petit ignorant, sans jugement, sans naissance, sans dignit\u00e9, sans caract\u00e8re &amp; sans m\u0153urs\u00a0\u00bb\u00a0; puis dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, une remarque de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale conclut l\u2019article\u00a0: \u00ab\u00a0Qui le public <em>nomme<\/em>-t-il \u00e0 la place qui vaque dans le minist\u00e8re\u00a0? Un homme de bien. Et la cour\u00a0? On ne le <em>nomme<\/em> pas encore. Quand on veut exclure un rival d&rsquo;une place &amp; lui \u00f4ter le suffrage de la cour, on le fait <em>nommer<\/em> par la ville ; cette ruse \u00e0 r\u00e9ussi plusieurs fois. Les princes ne veulent pas qu&rsquo;on pr\u00e9vienne leur choix ; ils s&rsquo;offensent qu&rsquo;on ose leur indiquer un bon sujet ; ils ratifient rarement la nomination publique\u00a0\u00bb. Diderot reprendra cette observation pour Catherine II\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons un moyen s\u00fbr d\u2019exclure un habile et honn\u00eate homme d\u2019une grande place ; c\u2019est de gagner la cour de vitesse par une nomination anticip\u00e9e <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb. Son insistance sur cet aspect des m\u0153urs de la monarchie n\u2019est sans doute pas sans rapport avec l\u2019argumentation qu\u2019il d\u00e9veloppera dans les <em>M\u00e9langes philosophiques<\/em> pour faire admettre comme une pi\u00e8ce essentielle de la r\u00e9forme de la soci\u00e9t\u00e9 la g\u00e9n\u00e9ralisation du \u00ab\u00a0concours aux places\u00a0\u00bb, qui instaurerait le m\u00e9rite comme seul crit\u00e8re de promotion <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p><p>La critique de plusieurs formes d\u2019injustice sociale met en cause des institutions de la monarchie. Selon <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v13-850-0\/\">PRIVILEGE<\/a>, \u00ab\u00a0Les seuls <em>privil\u00e8ges<\/em> l\u00e9gitimes, ce sont ceux que la nature accorde. Tous les autres peuvent \u00eatre regard\u00e9s comme injustices faites \u00e0 tous les hommes en faveur d&rsquo;un seul\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9claration de principe sera d\u00e9velopp\u00e9e dans les \u00e9crits politiques du philosophe, par exemple dans les <em>Observations sur le Nakaz<\/em> \u00e0 propos de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens\u00a0\u00bb que promet illusoirement l\u2019<em>Instruction<\/em> de l\u2019imp\u00e9ratrice\u00a0: \u00ab\u00a0ces privil\u00e8ges ou droits factices attach\u00e9s aux conditions, en cons\u00e9quence desquels le fardeau de la soci\u00e9t\u00e9 est si in\u00e9galement partag\u00e9, et l\u2019autorit\u00e9 de la loi si diverse ; je ne puis les admettre\u00a0<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>\u00bb. Institution propre \u00e0 la monarchie absolue <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, les fermiers g\u00e9n\u00e9raux sont vilipend\u00e9s dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1174-0\/\">ODIEUX<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Combien de droits <em>odieux<\/em> que le souverain n&rsquo;a point pr\u00e9tendu imposer, &amp; dont l&rsquo;avidit\u00e9 des traitants surcharge les peuples\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0; mais le m\u00eame article s\u2019en prend encore plus vivement \u00e0 une institution, le \u00ab\u00a0d\u00e9volu\u00a0\u00bb qui permet de se faire attribuer un b\u00e9n\u00e9fice et d\u2019en priver le titulaire en se fondant sur \u00ab l&rsquo;incapacit\u00e9 du pourvu ou sur le d\u00e9faut de ses titres <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Le d\u00e9volu est licite, mais il a je ne sais quoi d&rsquo;<em>odieux:<\/em> celui qui l&rsquo;exerce para\u00eet envier \u00e0 un autre le droit de faire l&rsquo;aum\u00f4ne ; &amp; au lieu d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 l&rsquo;\u00c9vangile qui lui ordonne d&rsquo;abandonner son manteau \u00e0 celui qui lui en disputera la moiti\u00e9, il ne me montre qu&rsquo;un homme int\u00e9ress\u00e9 qui cherche \u00e0 s&rsquo;approprier le manteau d&rsquo;un autre. Mais n&rsquo;est ce pas une chose fort \u00e9trange, que dans un gouvernement bien ordonn\u00e9, une action puisse \u00eatre en m\u00eame tems licite &amp; <em>odieuse?<\/em> N&rsquo;est ce pas une chose plus \u00e9trange encore, que les magistrats charg\u00e9s de la police, soient quelquefois forc\u00e9s d&rsquo;encourager \u00e0 ces actions\u00a0?\u00a0\u00bb Dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-2635-0\/\">SC\u00c9L\u00c9RAT<\/a>, ce sont \u00e9galement les institutions qui sont rendues responsables des pires injustices\u00a0: \u00ab\u00a0Qui croirait que dans une soci\u00e9t\u00e9 bien polic\u00e9e, il p\u00fbt y avoir des <em>sc\u00e9l\u00e9rats<\/em> impunis ; cela est pourtant. On \u00f4te la vie \u00e0 celui qui press\u00e9 par la mis\u00e8re, brise votre coffre fort, &amp; en emporte un \u00e9cu pour acheter du pain, &amp; on laisse vivre l&rsquo;homme noir qui prend l&rsquo;innocence par les cheveux, &amp; qui la tra\u00eene ; on est attaqu\u00e9 dans les choses qui touchent \u00e0 l&rsquo;honneur &amp; \u00e0 la consid\u00e9ration publique, dans des biens infiniment plus pr\u00e9cieux que la fortune &amp; la vie\u00a0; &amp; cette sc\u00e9l\u00e9ratesse, la plus vile de toutes, puisqu&rsquo;elle se commet impun\u00e9ment, reste sans ch\u00e2timent\u00a0\u00bb. Dans cette \u00e9vocation des effets de la calomnie, on croit percevoir un accent personnel, tant elle est proche de ce que Diderot \u00e9crivait \u00e0 Falconet \u00e0 propos des attaques subies par le directeur de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 dans ma famille, dans mes m\u0153urs, dans mes liaisons, dans mes amis, dans mes ouvrages\u00a0\u00bb\u00a0; et encore, dans la m\u00eame lettre\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais d\u00e9chir\u00e9 par la calomnie\u00a0; je vivais de la vie la plus retir\u00e9e et la plus obscure. Nul d\u00e9fenseur au milieu d\u2019une infinit\u00e9 de jaloux, de tra\u00eetres, de malveillants, de pr\u00eatres enrag\u00e9s, de gens de cour envieux, de magistrats indispos\u00e9s, de bigots d\u00e9cha\u00een\u00e9s, d\u2019hommes de lettres perfides, d\u2019idiots corrompus et s\u00e9duits <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00c0 partir de la petite s\u00e9rie d\u2019articles anonymes attribuables \u00e0 Diderot qui marquent de la sympathie pour l\u2019opposition parlementaire, John Lough, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de Jacques Proust, avait jadis exprim\u00e9 des doutes concernant les convictions absolutistes du philosophe \u00e0 l\u2018\u00e9poque de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em><a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Ainsi formul\u00e9e, cette interpr\u00e9tation est discutable, car les magistrats comme les princes qui devaient les soutenir lors de la \u00ab r\u00e9volution Maupeou \u00bb de 1771, \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 une forme d\u2019absolutisme, quelque peu mod\u00e9r\u00e9 par les proc\u00e9dures parlementaires. Cependant, sur ce sujet comme sur bien d\u2019autres, il est certain que ces articles de \u00ab\u00a0grammaire\u00a0\u00bb permettent de mieux comprendre l\u2019origine de quelques th\u00e8mes importants d\u00e9velopp\u00e9s pendant les douze ou quinze derni\u00e8res ann\u00e9es de la vie du philosophe <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Sans doute faut-il prendre en compte le fait que ces articles appartiennent \u00e0 une p\u00e9riode, celle des derni\u00e8res ann\u00e9es du travail encyclop\u00e9dique, o\u00f9 la multiplication des obstacles et des p\u00e9rils a pu modifier la vision qu\u2019avait le directeur de l\u2019entreprise de sa relation avec les d\u00e9tenteurs de l\u2019autorit\u00e9 politique. Peut-\u00eatre aussi faut-il consid\u00e9rer que ces formulations, g\u00e9n\u00e9ralement br\u00e8ves, traduisent des attitudes critiques qui ne seront pleinement conceptualis\u00e9es que quelques ann\u00e9es plus tard, par exemple concernant les souverains. Ce qui n\u2019\u00f4te rien \u00e0 leur int\u00e9r\u00eat.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rde\/6810\">Marie Leca-Tsiomis, \u00ab L\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> et Diderot\u00a0: vers de nouvelles attributions d\u2019articles\u00a0\u00bb<\/a>, <em>RDE <\/em>55, 2020, p.\u00a0119-133. Ces recherches prolongent celles de John Lough dans \u00ab\u00a0The problem of the unsigned articles\u00a0\u00bb, <em>SVEC<\/em>, vol.\u00a0XXXII, 1965, p.\u00a0327-390. Nous utiliserons les r\u00e9f\u00e9rences abr\u00e9g\u00e9es suivantes\u00a0: DPV\u00a0: Diderot, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Hermann, 1975-\u00a0; <em>Corr<\/em>.\u00a0: Diderot, <em>Correspondance<\/em>, \u00e9d. Roth-Varloot, Paris, Minuit, 1955-1970\u00a0; <em>O. Pol.<\/em>\u00a0: Diderot, <em>\u0152uvres politiques<\/em>, \u00e9d. P. Verni\u00e8re, Paris, Garnier, 1963\u00a0; H\u00a080\u00a0: G. Th. Raynal, <em>Histoire philosophique et politique des \u00e9tablissements et du commerce des Europ\u00e9ens dans les deux Indes<\/em>, Gen\u00e8ve, Pellet, 1780, 4 vol. in-4\u00b0 et Atlas\u00a0; <em>RDE\u00a0<\/em>:<em> Recherches sur Diderot et sur l\u2019Encyclop\u00e9die\u00a0<\/em>; <em>SVEC\u00a0<\/em>: <em>Studies on Voltaire and the eighteenth century .<\/em> Nous modernisons la graphie des citations.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00c0 une ou deux exceptions pr\u00e8s, que nous signalons, les articles cit\u00e9s sont affect\u00e9s du d\u00e9signant \u00ab\u00a0grammaire\u00a0\u00bb qui accompagne leur titre\u00a0: nous l\u2019omettons.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Marie Leca-Tsiomis, <em>\u00c9crire l\u2019Encyclop\u00e9die. Diderot, de l\u2019usage des dictionnaires \u00e0 la grammaire philosophique,<\/em> Oxford, Voltaire Foundation, 1999, p.\u00a0475-477.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>M\u00e9langes philosophiques<\/em> pour Catherine II, DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0359.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0360-361.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0361.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0363.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Premi\u00e8re occurrence dans la lettre \u00e0 John Wilkes du 14 novembre 1771, <em>Corr.<\/em>, t. XI, p. 223. Autres occurrences dans la <em>R\u00e9futation d\u2019Helv\u00e9tius<\/em> (DPV, t.\u00a0XXIV, p.\u00a0483) et dans l\u2019<em>Histoire des deux Indes <\/em>(H\u00a080, livre\u00a0XI. chap.\u00a04, t.\u00a0III, p. 103)\u00a0: voir G. Goggi, <em>De l\u2019Encyclop\u00e9die \u00e0 l\u2019\u00e9loquence r\u00e9publicaine. \u00c9tudes sur Diderot et autour de Diderot<\/em>, Paris, Champion, 2013, p.\u00a0467-480.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> DPV, t.\u00a0XXIV, p.\u00a0504.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> DPV, t.\u00a0V, p.\u00a0208.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Arthur M. Wilson, <em>Diderot, sa vie et son \u0153uvre<\/em>, Paris, Laffont-Ramsay, 1985, p.\u00a013.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Le P\u00e8re Jean Pichon, j\u00e9suite, avait publi\u00e9 en\u00a01745\u00a0 <em>L\u2019Esprit de J\u00e9sus-Christ et de l\u2019\u00c9glise sur la fr\u00e9quente communion, ouvrage tr\u00e8s controvers\u00e9\u00a0<\/em>: contre les jans\u00e9nistes, il recommandait la fr\u00e9quente communion qui pouvait selon lui \u00eatre pratiqu\u00e9e avec une moindre pr\u00e9paration morale.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Hermann Busembaum, (1600-1668), th\u00e9ologien j\u00e9suite allemand auteur du manuel de casuistique <em>Medulla theologiae moralis<\/em> [\u2026] (1645), qui eut de nombreuses r\u00e9\u00e9ditions. Apr\u00e8s l\u2019attentat de Damiens (1757), on y d\u00e9couvrit des propositions justifiant le r\u00e9gicide.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Allusion \u00e0 l\u2019affaire Lavalette, du nom du j\u00e9suite qui apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 les op\u00e9rations de la compagnie aux Antilles, ainsi que des activit\u00e9s de banque, avait fait banqueroute en 1756, en laissant une \u00e9norme dette. L\u2019action du Parlement contre les j\u00e9suites, engag\u00e9e en 1762, aboutit en 1764 \u00e0 la dissolution de la compagnie en France et dans les colonies.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Cet article, qui commence par une d\u00e9finition et des exemples, ne poss\u00e8de pas de \u00ab\u00a0d\u00e9signant\u00a0\u00bb mais se pr\u00e9sente clairement comme un article de \u00ab grammaire\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00c0 Mme d\u2019\u00c9pinay, pour l\u2019abb\u00e9 Galiani, mai 1776 (<em>Corr.<\/em>, t.\u00a0XIV, p.\u00a0191).<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Observations sur le Nakaz<\/em>, Diderot, <em>O. Pol.<\/em>, p.\u00a0412.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> H 80, livre\u00a0XII, chap. 11, t.\u00a0III, p.\u00a0261-262\u00a0; cette contribution de Diderot a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par Mme de Vandeul dans l\u2019exemplaire d\u2019Hornoy\u00a0: voir l\u2019\u00e9dition critique de G. Th. Raynal, <em>Histoire philosophique et politique [\u2026] des deux Indes<\/em>, Ferney-Voltaire, Centre international d\u2019\u00e9tude du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, 2010-2023, t.\u00a0III, p.\u00a0229, n. 84.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Diderot, <em>O. Pol.<\/em>, p.\u00a0349.<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>M\u00e9langes philosophiques<\/em> pour Catherine II, [2] \u00ab\u00a0Ma r\u00eaverie, \u00e0 moi, Denis le philosophe\u00a0\u00bb, DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0382.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> La proposition d\u2019instaurer le \u00ab\u00a0concours aux places\u00a0\u00bb, qui est fortement argument\u00e9e dans le morceau [27] des <em>M\u00e9langes philosophiques<\/em> (DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0520-528), est rappel\u00e9e dans plusieurs \u00ab feuillets\u00a0\u00bb r\u00e9dig\u00e9s ult\u00e9rieurement. Ce th\u00e8me sera repris dans les <em>Observations sur Hemsterhuis<\/em> (DPV, t.\u00a0XXIV, p.\u00a0384-385) et dans la <em>R\u00e9futation d\u2019Helv\u00e9tius<\/em> (DPV, t.\u00a0XXIV, p.\u00a0698).<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Diderot, <em>O. Pol.<\/em>, p.\u00a0366.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> \u00ab\u00a0C\u2019est dans les gouvernements absolus que l\u2019usage tyrannique des fermes s\u2019est concentr\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crira Diderot dans l\u2019<em>Histoire des deux Indes<\/em> (H 80, livre\u00a0XIX, chap.\u00a010, t. IV, p.\u00a0644\u00a0; ce chapitre 10 est enti\u00e8rement de la main de Diderot\u00a0: \u00e9dition de Ferney-Voltaire, cit\u00e9e, t.\u00a0IV, p.\u00a0554, n.\u00a0273).<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-2343-0\/\">DEVOLUT (<em>Jurisp<\/em>.)<\/a> de Boucher d\u2019Argis.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00c0 Falconet, 6 septembre 1768 (<em>Corr.<\/em>, t.\u00a0VIII, p. 107 et 136). \u00c0 Catherine II, Diderot confiera de m\u00eame en 1773\u00a0: \u00ab\u00a0De toutes les pers\u00e9cutions qu\u2019on peut imaginer, il n\u2019en est aucune que je n\u2019aie essuy\u00e9e. Je laisse l\u00e0 les libelles diffamatoires, de toutes couleurs. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 la perte de l\u2019honneur, de la fortune et de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, <em>M\u00e9langes philosophiques<\/em>, [63] \u00ab\u00a0Sur l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, DPV, t.\u00a0XXI, p.\u00a0651.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> J. Lough, \u00ab\u00a0Les id\u00e9es politiques de Diderot dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Th\u00e8mes et figures du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. M\u00e9langes offerts \u00e0 Roland Mortier<\/em>, \u00e9d. R. Trousson, Gen\u00e8ve, 1980, p.\u00a0137-146.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Sur la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte la \u00ab\u00a0gestation de longue date\u00a0\u00bb des id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par Diderot dans la derni\u00e8re p\u00e9riode de sa vie, voir Gilles Gourbin, <em>La Politique exp\u00e9rimentale de Diderot<\/em>, Paris, Garnier, 2019, p.\u00a034-35.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les milliers d\u2019articles anonymes affect\u00e9s du d\u00e9signant \u00ab grammaire \u00bb et attribuables \u00e0 Diderot, selon les crit\u00e8res d\u00e9finis par 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