{"id":632,"date":"2025-03-23T10:28:40","date_gmt":"2025-03-23T09:28:40","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=632"},"modified":"2025-05-20T12:33:05","modified_gmt":"2025-05-20T10:33:05","slug":"mais-a-quoi-songe-frere-platon-voltaire-lecteur-de-quelques-articles-de-diderot-dans-lencyclopedie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=632","title":{"rendered":"Mais \u00e0 quoi songe fr\u00e8re Platon\u00a0? Voltaire lecteur de quelques articles de Diderot dans l\u2019<i>Encyclop\u00e9die<\/i>"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"632\" class=\"elementor elementor-632\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7f6ee12 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"7f6ee12\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ffe3454 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"ffe3454\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p style=\"text-align: right;\">Platon r\u00eavait beaucoup, et on n\u2019a pas moins r\u00eav\u00e9 depuis.<\/p><p style=\"text-align: right;\">Voltaire, <em>Songe de Platon<\/em> (1756)<\/p><\/blockquote><p>Lorsqu\u2019elle souligne, \u00e0 propos des rapports entre les encyclop\u00e9distes et le\u00a0<em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em>, que \u00ab\u00a0l\u2019article\u00a0<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-619-0\/\">HENRIADE<\/a>, de Diderot\u00a0\u00bb, contrairement au ton \u00ab\u00a0enthousiaste\u00a0\u00bb que le dictionnaire des j\u00e9suites adopte pour parler de\u00a0<em>La\u00a0Henriade<\/em>, \u00ab\u00a0propose un jugement infiniment plus mitig\u00e9\u00a0\u00bb, Marie Leca-Tsiomis sugg\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pas impossible qu\u2019il s\u2019agisse\u00a0<em>aussi<\/em> d\u2019une r\u00e9plique au jugement que D\u2019Alembert avait lui-m\u00eame \u00e9nonc\u00e9, en ao\u00fbt\u00a01760, dans son discours de cl\u00f4ture de l\u2019Acad\u00e9mie:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Il y a ainsi, notons-le au passage, dans ces articles, appartenant \u00e0 des ouvrages rivaux ou au m\u00eame ouvrage, des dialogues sous-jacents qui touchent aux syst\u00e8mes de reconnaissance interne des \u00ab\u00a0gens de Lettres\u00a0\u00bb, au travers de proc\u00e9dures complexes, voire retorses, qu\u2019il conviendrait peut-\u00eatre un jour d\u2019examiner de pr\u00e8s\u00a0[\u2026] <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Comme souvent, Marie Leca-Tsiomis sugg\u00e9rait \u00ab\u00a0au passage\u00a0\u00bb une perspective de recherche colossale, \u00ab\u00a0peut-\u00eatre\u00a0\u00bb fructueuse\u00a0: qui l\u2019aime la suive.<\/p><p>C\u2019est \u00e0 l\u2019initiative de Raymond Naves que le chantier d\u2019\u00e9tude des rapports entre \u00ab Voltaire et l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 ouvert <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. On peut, dans son sillage, observer le contraste, parfois saisissant, entre les discours officiels que fait entendre celui qui entend s\u2019imposer, \u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01750, comme le chef de file des \u00ab\u00a0philosophes\u00a0\u00bb et les discours priv\u00e9s que refl\u00e8tent sa correspondance mais aussi les traces de lecture conserv\u00e9es dans son exemplaire personnel du <em>Dictionnaire raisonn\u00e9 <\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, ou encore, sous le voile, somme toute assez transparent, de l\u2019anonymat, dans ses propres \u0153uvres alphab\u00e9tiques\u00a0: de mani\u00e8re \u00e9vidente, par leur titre, dans les <em>Questions sur l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> (1770-1772, 1774), mais aussi dans le <em>Dictionnaire philosophique<\/em>, dont les \u00e9ditions et r\u00e9\u00e9ditions se succ\u00e8dent entre 1764 et 1769.<\/p><p>L\u2019examen de la mani\u00e8re dont Voltaire lit les articles de Diderot, surnomm\u00e9, principalement dans la correspondance avec Damilaville, \u00ab\u00a0fr\u00e8re Platon\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0fr\u00e8re Platon-Diderot\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, permet de mettre au jour quelques-uns de ces \u00ab\u00a0dialogues sous-jacents\u00a0\u00bb \u2013 et singuli\u00e8rement \u00ab\u00a0retors\u00a0\u00bb \u2013 \u00e9voqu\u00e9s par Marie Leca-Tsiomis, qui en l\u2019occurrence engagent les positionnements strat\u00e9giques de l\u2019homme de lettres, mais aussi la pr\u00e9sence, dans l\u2019espace public, du philosophe. Pour faire bonne mesure, il convient de rappeler pour m\u00e9moire les jugements positifs \u00e9mis, dans le cadre des \u00e9changes plus libres \u2013 mais jamais totalement d\u00e9nu\u00e9s de mise en sc\u00e8ne \u2013 de la correspondance avec les \u00ab\u00a0fr\u00e8res\u00a0\u00bb, ou dans les marges de son exemplaire de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, sur les articles <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v3-1773-0\/\">CONCILE<\/a> (1753) <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-946-0\/\">HOBBISME, <em>ou<\/em> <span style=\"font-variant: small-caps;\">Philosophie d\u2019Hobbes<\/span><\/a> (1765) <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, ou encore <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v10-929-0\/\">MENACE<\/a> (1765) <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. On s\u2019en tiendra ici \u00e0 deux exemples de dialogues plus complexes qui font appara\u00eetre des ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9ticences, sur un arri\u00e8re-plan de malentendus\u00a0: ils confirment que, dans le contexte d\u2019une r\u00e9action antiphilosophique amplifi\u00e9e par des relais institutionnels, l\u2019unit\u00e9 des \u00ab\u00a0philosophes\u00a0\u00bb, que Voltaire est le premier \u00e0 pr\u00f4ner \u00e0 cor et \u00e0 cris, n\u2019en est pas moins travaill\u00e9e sourdement par des incompr\u00e9hensions, sinon des d\u00e9saccords.<\/p><h4>En veut-il \u00e0 Newton\u00a0?<\/h4><p>D\u2019apr\u00e8s le corpus des notes marginales, l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1628-0\/\">EPICUR\u00c9ISME <em>ou<\/em> EPICURISME<\/a> (1755), sign\u00e9 de l\u2019ast\u00e9risque de Diderot<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><\/a>, comporte peu de traces de lecture, mais la pr\u00e9sence de signets entre les pages 782 et 783, et entre les pages 784 et 785, sugg\u00e8re que Voltaire en a effectu\u00e9 la lecture int\u00e9grale. Son d\u00e9signant rattache l\u2019article \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0<em>Hist[oire] de la Philosophie<\/em>\u00a0\u00bb, ce que refl\u00e8te la composition, tr\u00e8s concert\u00e9e, du texte. D\u2019une part, Diderot pr\u00e9sente les \u00ab\u00a0points fondamentaux de la doctrine d\u2019<em>Epicure<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>De la philosophie en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>De la physiologie en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>De la th\u00e9ologie<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>De la morale<\/em>\u00a0\u00bb, p.\u00a0780a-784a) en mettant en \u0153uvre un mode d\u2019exposition particulier\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>[\u2026]\u00a0afin qu\u2019on puisse porter un jugement \u00e9clair\u00e9 de la doctrine d\u2019<em>Epicure<\/em>, nous introduirons ce philosophe m\u00eame, entour\u00e9 de ses disciples, &amp; leur disant ses le\u00e7ons \u00e0 l\u2019ombre des arbres qu\u2019il avoit plant\u00e9s. C\u2019est donc lui qui va parler dans le reste de cet article\u00a0; &amp; nous esp\u00e9rons de l\u2019\u00e9quit\u00e9 du lecteur, qu\u2019il voudra bien s\u2019en souvenir. La seule chose que nous nous permettrons, c\u2019est de jetter entre ses principes quelques-unes des cons\u00e9quences les plus imm\u00e9diates qu\u2019on peut d\u00e9duire (p.\u00a0779b).<\/p><\/blockquote><p>Se met ainsi en place une sc\u00e9nographie \u00e9nonciative, dont le protocole, ainsi d\u00e9crit, n\u2019est cependant pas sans ambigu\u00eft\u00e9s : la parole est certes donn\u00e9e, en premi\u00e8re personne, au personnage d\u2019\u00c9picure, et Diderot a soin de s\u2019en d\u00e9marquer ; mais en m\u00ealant aux propos cens\u00e9s \u00eatre tenus par \u00c9picure l\u2019\u00e9nonc\u00e9 des \u00ab cons\u00e9quences [\u2026] qu\u2019on en peut d\u00e9duire \u00bb, la ligne de partage entre les discours respectivement pris en charge par le personnage et par l\u2019auteur de l\u2019article se trouve discr\u00e8tement brouill\u00e9e. De fait, la lecture du texte convainc rapidement que la pr\u00e9sentation de la doctrine \u00e9picurienne fournit \u00e0 Diderot l\u2019occasion d\u2019exposer, dans ses fondements et dans ses incidences morales en particulier, les principes d\u2019un mat\u00e9rialisme ath\u00e9e que l\u2019auteur de la <em>Lettre sur les aveugles<\/em> ne saurait renier.<\/p><p>\u00c0 cette partie philosophique succ\u00e8de, d\u2019autre part, une partie historique qui comporte successivement des \u00e9l\u00e9ments sur la vie d\u2019\u00c9picure (p.\u00a0784a-785a), puis des consid\u00e9rations sur la post\u00e9rit\u00e9 de la \u00ab\u00a0<em>philosophie \u00e9picurienne<\/em>\u00a0\u00bb (p.785a-b). Diderot prolonge en effet l\u2019enqu\u00eate jusqu\u2019\u00e0 une p\u00e9riode r\u00e9cente, qui illustre l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9clat\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0secte <em>\u00e9picurienne<\/em>\u00a0\u00bb en France\u00a0: l\u2019\u00e9vocation de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cole de Seaux\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0rassembla tout ce qui restoit de ces sectateurs du luxe, de l\u2019\u00e9l\u00e9gance, de la politesse, de la philosophie, des vertus, des lettres &amp; de la volupt\u00e9\u00a0\u00bb, conduit aussi \u00e0 celle de certains de ces disciples, au nombre desquels se trouve le nom de \u00ab\u00a0M.\u00a0de Voltaire\u00a0\u00bb (p.\u00a0785b).<\/p><p>Aussi l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tait-il d\u2019autant plus fond\u00e9 \u00e0 pr\u00eater attention \u00e0 cet article. Toutefois, \u00e0 l\u2019exception des signets qui rep\u00e8rent les derni\u00e8res pages, l\u2019attention de Voltaire s\u2019est arr\u00eat\u00e9e sur un passage qui se trouve dans l\u2019expos\u00e9 philosophique\u00a0:<\/p><table width=\"453\"><tbody><tr><td width=\"255\"><em>Encyclop\u00e9die<\/em>, art.\u00a0EPICUR\u00c9ISME <em>ou<\/em> EPICURISME<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/td><td width=\"49\">\u00a0<\/td><td width=\"149\"><em>CN<\/em>, t.\u00a03, p.\u00a0392<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><table><tbody><tr><td width=\"255\">Gardons-nous bien de rapporter \u00e0 nous les transactions<br \/>de la nature\u00a0; les choses se sont faites, sans qu\u2019il y<br \/>e\u00fbt d\u2019autre cause que l\u2019encha\u00eenement universel des<br \/>\u00eatres mat\u00e9riels qui travaill\u00e2t, soit \u00e0 notre bon-<br \/>heur, soit \u00e0 notre malheur. Laissons-l\u00e0 aussi les g\u00e9-<br \/>nies &amp; les d\u00e9mons\u00a0; s\u2019ils \u00e9toient, beaucoup de cho-<br \/>ses, ou ne seroient pas, ou seroient autrement. Ceux<br \/>qui ont imagin\u00e9 ces natures n\u2019\u00e9toient point philoso-<br \/>phes, &amp; ceux qui les ont v\u00fbes n\u2019\u00e9toient que des vi-<br \/>sionnaires. Mais si le monde a commenc\u00e9, pourquoi<br \/>ne prendroit-il pas une fin\u00a0? n\u2019est-ce pas un tout com-<br \/>pos\u00e9\u00a0? n\u2019est-ce pas un compos\u00e9 fini\u00a0? l\u2019atome n\u2019a-t-il<br \/>pas conserv\u00e9 son activit\u00e9 dans ce grand compos\u00e9,<br \/>ainsi que dans sa portion la plus petite\u00a0? cette activi-<br \/>t\u00e9 n\u2019y est-elle pas \u00e9galement un principe d\u2019alt\u00e9ration<br \/>&amp; de destruction\u00a0? Ce qui r\u00e9volte notre imagination,<br \/>ce sont les fausses mesures que nous nous sommes<br \/>faites de l\u2019\u00e9tendue &amp; du tems\u00a0; nous rapportons tout<br \/>au point de l\u2019espace que nous occupons, &amp; au court<p>instant de notre dur\u00e9e. Mais pour juger de notre mon-<br \/>de, il faut le comparer \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019Univers, &amp;<br \/>\u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 des tems\u00a0: alors ce globe e\u00fbt-il mille fois<br \/>plus d\u2019\u00e9tendue, rentrera dans la loi g\u00e9n\u00e9rale, &amp; nous<br \/>le verrons so\u00fbmis \u00e0 tous les accidens de la mol\u00e9cule.<br \/>Il n\u2019y a d\u2019immuable, d\u2019inalt\u00e9rable, d\u2019\u00e9ternel, que<br \/>l\u2019atome\u00a0; les mondes passeront, l\u2019atome restera tel<br \/>qu\u2019il est. La pluralit\u00e9 des mondes n\u2019a rien qui r\u00e9pu-<br \/>gne. Il peut y avoir des mondes semblables au n\u00f4-<br \/>tre\u00a0; il peut y en avoir de diff\u00e9rens. Il faut les consi-<br \/>d\u00e9rer comme de grands tourbillons appuy\u00e9s les uns<br \/>contre les autres, qui en resserrent entre eux de plus<br \/>petits, &amp; qui remplissent ensemble le vuide infini.<br \/>Au milieu du mouvement g\u00e9n\u00e9ral qui produisit le<br \/>n\u00f4tre, cet amas d\u2019atomes que nous appellons <em>Terre<\/em>,<br \/>occupa le centre\u00a0; d\u2019autres amas allerent former le<br \/>ciel &amp; les astres qui l\u2019\u00e9clairent. <span style=\"color: #3366ff;\">Ne nous en laissons<\/span><br \/><span style=\"color: #3366ff;\">pas imposer sur la ch\u00fbte des graves\u00a0: les graves n\u2019ont<\/span><br \/><span style=\"color: #3366ff;\">point de centre commun\u00a0; ils tombent parallelement.<\/span><br \/><span style=\"color: #3366ff;\">Concluons-en l\u2019absurdit\u00e9 des Antipodes. La Terre<\/span><br \/><span style=\"color: #3366ff;\">n\u2019est point un corps sph\u00e9rique\u00a0; c\u2019est un grand disque<\/span><br \/><span style=\"color: #3366ff;\">que l\u2019atmosphere tient suspendu dans l\u2019espace\u00a0:<\/span> la Ter-<br \/>re n\u2019a point d\u2019ame\u00a0; ce n\u2019est donc point une divinit\u00e9.<br \/>C\u2019est \u00e0 des exhalaisons so\u00fbterraines, \u00e0 des chocs su-<br \/>bits, \u00e0 la rencontre de certains \u00e9l\u00e9mens oppos\u00e9s, \u00e0<br \/>l\u2019action du feu, qu\u2019il faut attribuer ses tremblemens.<br \/>Si les fleuves n\u2019augmentent point les mers, c\u2019est que<br \/>relativement \u00e0 ces volumes d\u2019eaux, \u00e0 leurs immen-<br \/>ses reservoirs, &amp; \u00e0 la quantit\u00e9 de vapeurs que le So-<br \/>leil \u00e9leve de leur surface, les fleuves ne sont que<br \/>de foibles \u00e9coulemens. Les eaux de la mer se r\u00e9pan-<br \/>dent dans toute la masse terrestre, l\u2019arrosent, se ren-<br \/>contrent, se rassemblent, &amp; viennent se pr\u00e9cipiter<\/p><p>derechef dans les bassins d\u2019o\u00f9 elles s\u2019\u00e9toient extrava-<br \/>s\u00e9es\u00a0: c\u2019est dans cette circulation qu\u2019elles sont d\u00e9-<br \/>pouill\u00e9es de leur amertume. Les inondations du Nil<br \/>sont occasionn\u00e9es par des vents \u00e9t\u00e9siens, qui so\u00fble-<br \/>vent la mer aux embouchures de ce fleuve, y accu-<br \/>mulent des digues de sable, &amp; le font refluer sur lui-<br \/>m\u00eame. Les montagnes sont aussi anciennes que la<br \/>terre. Les plantes ont de commun avec les animaux,<br \/>qu\u2019elles naissent, se nourrissent, s\u2019accroissent, d\u00e9p\u00e9-<br \/>rissent, &amp; meurent\u00a0: mais ce n\u2019est point une ame qui<br \/>les vivifie\u00a0; tout s\u2019ex\u00e9cute dans ces \u00eatres par le mou-<br \/>vement &amp; l\u2019interposition. Dans les animaux, chaque<br \/>organe \u00e9labore une portion de semence, &amp; la trans-<br \/>met \u00e0 un r\u00e9servoir commun\u00a0: de-l\u00e0 cette analogie<br \/>propre aux mol\u00e9cules s\u00e9minales, qui les s\u00e9pare, les<br \/>distribue, les dispose chacune \u00e0 former une partie<br \/>semblable \u00e0 celle qui l\u2019a pr\u00e9par\u00e9e, &amp; toutes, \u00e0 en-<br \/>gendrer un animal semblable. Aucune intelligence<br \/>ne pr\u00e9side \u00e0 ce m\u00e9chanisme. Tout s\u2019ex\u00e9cutant com-<br \/>me si elle n\u2019existoit point, pourquoi donc en suppo-<br \/>serions-nous l\u2019action\u00a0? Les yeux n\u2019ont point \u00e9t\u00e9 faits<br \/>pour voir, ni les pi\u00e9s pour marcher\u00a0: mais l\u2019animal<br \/>a eu des pi\u00e9s, &amp; il a march\u00e9\u00a0; des yeux, &amp; il a v\u00fb.<br \/>L\u2019ame humaine est corporelle\u00a0; ceux qui ass\u00fbrent le<br \/>contraire ne s\u2019entendent pas, &amp; parlent sans avoir<br \/>d\u2019id\u00e9es. Si elle \u00e9toit incorporelle, comme ils le pr\u00e9-<br \/>tendent, elle ne pourroit ni agir, ni souffrir\u00a0; son h\u00e9-<br \/>t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 rendroit impossible son action sur le corps.<br \/>Recourir \u00e0 quelque principe immat\u00e9riel, afin d\u2019ex-<br \/>pliquer cette action, ce n\u2019est pas r\u00e9soudre la difficul-<br \/>t\u00e9, c\u2019est seulement la transporter \u00e0 un autre objet.\u00a0[\u2026]<\/p><\/td><td width=\"49\">\u00a0<\/td><td width=\"149\"><p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><strong>\/\u00a0\u00a0 quelle<\/strong><\/p><p><strong>\/\u00a0\u00a0 etrange<\/strong><\/p><p><strong>\u00a0\u00a0 sottise\u00a0!<\/strong><\/p><p><strong>\u00a0\u00a0 en veut il<\/strong><\/p><p><strong>\u00a0\u00a0 a neuton<\/strong><\/p><p><strong>\u00a0<\/strong><\/p><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><p>La difficult\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation tient ici pour partie \u00e0 la polys\u00e9mie de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, lorsqu\u2019on le rapporte \u00e0 la sc\u00e9nographie \u00e9nonciative mise en place par Diderot\u00a0: que d\u00e9signe le \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb qui, dans la note de Voltaire, en \u00ab\u00a0voudrait\u00a0\u00bb \u00e0 Newton\u00a0? \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, il ne peut s\u2019agir d\u2019\u00c9picure, auquel il serait absurde de reprocher d\u2019ignorer les travaux de Newton. Mais s\u2019il est entendu que c\u2019est bien Diderot qui est en cause, resterait \u00e0 d\u00e9cider de quel Diderot il est ici question\u00a0: Diderot qui, <em>en tant qu\u2019auteur<\/em> de cet article, serait responsable des propos qu\u2019il consigne, ou Diderot <em>en tant que porte-parole<\/em> d\u2019\u00c9picure <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0? En d\u2019autres termes, dans quelle mesure Voltaire accepte-t-il l\u2019injonction d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9quit\u00e9\u00a0\u00bb dont faisait \u00e9tat Diderot, en demandant au \u00ab\u00a0lecteur\u00a0\u00bb de se \u00ab\u00a0souvenir\u00a0\u00bb que celui qui s\u2019exprime n\u2019est pas (seulement\u00a0? d\u2019abord\u00a0?) le signataire de l\u2019article, mais \u00c9picure, constitu\u00e9 en personnage\u00a0? On voit que l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, signal\u00e9e plus haut, du dispositif adopt\u00e9 n\u2019est pas sans incidence sur la lecture qui peut en \u00eatre faite, en particulier sur la r\u00e9ception qu\u2019en effectue Voltaire, dont sa note est la marque.<\/p><p>On peut d\u2019abord observer que le passage incrimin\u00e9, qui figure en bleu, comporte des affirmations qui, au regard de la fiction mise en place, ne sont pas invraisemblables : on retrouve certains \u00e9l\u00e9ments de l\u2019atomisme \u00e9picurien tel qu\u2019il est pr\u00e9sent\u00e9 dans le <em>De rerum natura<\/em> de Lucr\u00e8ce, et ce que Diderot fait d\u00e9clarer \u00e0 \u00c9picure correspond \u00e0 un \u00e9tat du savoir, certes contraire \u00e0 ce que Newton a \u00e9tabli, mais conforme aux connaissances en vigueur trois si\u00e8cles avant notre \u00e8re. La \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb qui en est tir\u00e9e est elle-m\u00eame coh\u00e9rente par rapport aux pr\u00e9misses du discours, quoiqu\u2019elle fasse appara\u00eetre avec nettet\u00e9, aux yeux d\u2019un lecteur de 1755, le caract\u00e8re \u00e9videmment dat\u00e9 du propos\u00a0: dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-2217-0\/\">ANTIPODES<\/a> (1751) de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, D\u2019Alembert rappelle que \u00ab\u00a0long-tems avant\u00a0\u00bb les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, Lucr\u00e8ce avait rejet\u00e9 \u00ab\u00a0la possibilit\u00e9 des <em>antipodes<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comme il paro\u00eet par la fin <em>du premier livre<\/em>, <em>v.\u00a010. 60. &amp;c<\/em>. <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>\u00a0\u00bb. Reste que, en employant l\u2019expression <em>manifestement anachronique<\/em> de \u00ab\u00a0ch\u00fbte des graves\u00a0\u00bb, Diderot fait lui-m\u00eame implicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la th\u00e9orie de Newton, et s\u2019expose par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 la critique que Voltaire ne manque pas de formuler. On peut aussi observer que le m\u00eame passage n\u2019est pas indispensable dans l\u2019encha\u00eenement du propos d\u00e9velopp\u00e9 dans cette portion de l\u2019article\u00a0: le large extrait qu\u2019on en a fourni permet d\u2019en juger. Sa pr\u00e9sence pose donc question, et ce questionnement n\u2019est pas sans lien avec ce que Voltaire \u00e9crit en marge de ce passage <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Deux interpr\u00e9tations, au moins, peuvent alors \u00eatre propos\u00e9es.<\/p><p>Une premi\u00e8re lecture am\u00e8ne \u00e0 \u00eatre sensible au caract\u00e8re \u00e0 la fois inessentiel et contestable, pour un lecteur de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, du passage incrimin\u00e9, et \u00e0 consid\u00e9rer que la remarque de Voltaire est motiv\u00e9e par le souci de concilier h\u00e9ritage philosophique et progr\u00e8s scientifique. Il ne serait ainsi pas de bonne strat\u00e9gie de faire tenir \u00e0 \u00c9picure des propos de cette nature, en explicitant de la sorte les \u00ab conclusions \u00bb qui doivent en \u00eatre tir\u00e9es, sauf \u00e0 avoir pour objectif de discr\u00e9diter ces propos : une telle d\u00e9marche, qui s\u2019accorderait avec les discours qu\u2019il arrive \u00e0 Voltaire de pr\u00eater, par exemple, aux disciples de Platon, ne semble pas correspondre au but recherch\u00e9 par Diderot dans cet article. \u00c9tant donn\u00e9 que le discours pr\u00eat\u00e9 \u00e0 \u00c9picure reste de l\u2019ordre de la reconstruction, voire de la fabrication, on peut alors comprendre que Voltaire reprocherait \u00e0 Diderot de ne pas avoir <em>actualis\u00e9 jusqu\u2019au bout<\/em> ce discours en l\u2019amendant en cons\u00e9quence, du moins en \u00e9vitant de faire tenir au personnage un discours, certes vraisemblable d\u2019un point de vue historique, mais d\u00e9montr\u00e9 faux ult\u00e9rieurement d\u2019un point de vue scientifique. Il s\u2019agirait, en somme, de ne pas pr\u00eater le flanc \u00e0 la critique des lecteurs et lectrices \u00e9clair\u00e9\u00b7es, en leur fournissant ce pr\u00e9texte de cong\u00e9dier ce qu\u2019expose un article dont certains contenus sont manifestement obsol\u00e8tes.<\/p><p>Une autre lecture demeure cependant possible, qui consisterait \u00e0 interpr\u00e9ter la note comme la marque m\u00eame d\u2019un tel rejet\u00a0: en lecteur \u00e9clair\u00e9, Voltaire tirerait argument de la pr\u00e9sence de consid\u00e9rations p\u00e9rim\u00e9es pour balayer d\u2019un revers de main un discours qui fait entendre une prise de position mat\u00e9rialiste, trop ouvertement contraire \u00e0 l\u2019orientation d\u00e9iste de sa pens\u00e9e, laquelle est en revanche parfaitement compatible avec la th\u00e9orie newtonienne. Dans cette hypoth\u00e8se, la note soulignerait non pas tant la n\u00e9cessit\u00e9 de n\u2019offrir aucune prise pour contester un discours militant (on sait que la question de la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019\u00e2me, soulev\u00e9e par les propos du pseudo \u00c9picure est au centre des pr\u00e9occupations de Voltaire, au moins depuis les <em>Lettres philosophiques<\/em><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>), mais, au contraire, le d\u00e9saccord philosophique fondamental qui oppose Voltaire aux tenants de la \u00ab\u00a0coterie holbachique\u00a0\u00bb. En l\u2019\u00e9tat de la connaissance du <em>Corpus<\/em>, rien ne permet de dater avec plus de pr\u00e9cision la r\u00e9daction de cette note, qui s\u2019\u00e9claire pourtant diff\u00e9remment en fonction de l\u2019histoire des d\u00e9bats qui mettent aux prises Voltaire et les mat\u00e9rialistes.<\/p><h4>Veut-il rire\u00a0?<\/h4><p>Dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-929-0\/\">HISTOIRE<\/a> (1765) r\u00e9dig\u00e9 pour l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Voltaire pose que ce qui \u00ab\u00a0r\u00e9pugne\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0cours ordinaire de la nature\u00a0\u00bb ne \u00ab\u00a0doit point \u00eatre cru\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 moins qu\u2019il ne soit attest\u00e9 par des hommes anim\u00e9s de l\u2019esprit divin\u00a0\u00bb, ce qui est lourd de sous-entendus et se trouve largement exploit\u00e9 ailleurs, sur des questions relatives \u00e0 l\u2019histoire sacr\u00e9e <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ce principe, tout en permettant de prolonger la r\u00e9flexion sur la notion de \u00ab\u00a0certitude\u00a0\u00bb, aboutit aussi \u00e0 une critique de l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qui porte ce titre\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Voil\u00e0 pourquoi \u00e0 l\u2019article certitude de ce dictionnaire, c\u2019est un grand paradoxe de dire qu\u2019on devait croire aussi bien tout Paris qui affirmerait avoir vu ressusciter un mort, qu\u2019on croit tout Paris quand il dit qu\u2019on a gagn\u00e9 la bataille de Fontenoy. Il para\u00eet \u00e9vident que le t\u00e9moignage de tout Paris sur une chose improbable, ne saurait \u00eatre \u00e9gal au t\u00e9moignage de tout Paris sur une chose probable. Ce sont l\u00e0 les premi\u00e8res notions de la saine m\u00e9taphysique <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-4315-0\/\">CERTITUDE<\/a> (1752), l\u2019abb\u00e9 Yvon reprend une \u00ab\u00a0dissertation\u00a0\u00bb de l\u2019abb\u00e9 de Prades qui entreprend de r\u00e9futer une affirmation de Diderot dans les <em>Pens\u00e9es philosophiques\u00a0<\/em>; cet article \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9pingl\u00e9 dans la lettre \u00e0 D\u2019Alembert du 28\u00a0d\u00e9cembre 1755\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Mes ma\u00eetres encyclop\u00e9diques, est-ce que vous aimez les choses probl\u00e9matiques\u00a0? M.\u00a0Diderot avait bien dit, \u00e0 mon gr\u00e9, que quand tout Paris viendrait lui dire qu\u2019un mort est ressuscit\u00e9, il n\u2019en croirait rien. On vient dire apr\u00e8s cela que si tout Paris a vu ressusciter un mort, on doit en avoir la m\u00eame certitude que quand tous les officiers de Fontenoy assurent qu\u2019on a gagn\u00e9 le champ de bataille. Mais, r\u00e9v\u00e9rence parler, mille personnes qui me content une chose improbable, ne m\u2019inspirent pas la m\u00eame certitude que mille personnes qui me disent une chose probable\u00a0; et je persiste \u00e0 penser que cent mille hommes qui ont vu ressusciter un mort, pourraient bien \u00eatre cent mille hommes qui auraient la berlue <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Plaisanterie mise \u00e0 part, la critique s\u2019effectue dans des termes comparables \u00e0 ceux que l\u2019on trouve dans l\u2019article HISTOIRE\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une \u00ab\u00a0chose probable\u00a0\u00bb, qui correspond \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement historique\u00a0; de l\u2019autre, une \u00ab\u00a0chose improbable\u00a0\u00bb, <em>extra-ordinaire<\/em> en tant qu\u2019elle enfreint le \u00ab\u00a0cours ordinaire de la nature\u00a0\u00bb. T\u00e9moignage pour t\u00e9moignage, attest\u00e9 par le m\u00eame nombre de t\u00e9moins, seul le premier pr\u00e9sente un degr\u00e9 de probabilit\u00e9 suffisant pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme relevant de la \u00ab\u00a0certitude historique\u00a0\u00bb, entendue comme \u00ab\u00a0extr\u00eame probabilit\u00e9\u00a0\u00bb. L\u2019enjeu peut \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0philosophique\u00a0\u00bb \u00e0 plusieurs titres. D\u2019une part, il en va de la d\u00e9finition m\u00eame de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de l\u2019histoire, l\u2019historien ne devant \u00ab\u00a0donner pour vrais\u00a0\u00bb que des \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb d\u00fbment attest\u00e9s. D\u2019autre part, la nature m\u00eame de l\u2019exemple retenu \u2013\u00a0la r\u00e9surrection d\u2019un mort\u00a0\u2013 n\u2019est \u00e9videmment pas anodine, en raison des \u00e9chos qu\u2019il suscite avec les \u00e9pisodes bibliques. On comprend les incidences de la publication, dans un \u00ab\u00a0Dictionnaire raisonn\u00e9\u00a0\u00bb, de ce que Voltaire d\u00e9signe comme une \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, et l\u2019importance qu\u2019il y a \u00e0 la corriger au sein du m\u00eame ouvrage\u00a0: \u00ab\u00a0Ce dictionnaire est consacr\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0; un article doit corriger l\u2019autre\u00a0; et s\u2019il se trouve ici quelque erreur, elle doit \u00eatre relev\u00e9e par un homme plus \u00e9clair\u00e9 <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.\u00a0\u00bb On comprend aussi qu\u2019il soit \u00e0 nouveau question de cet article malheureux dans ses propres ouvrages alphab\u00e9tiques \u00e0 commencer par l\u2019article \u00ab\u00a0Certain, certitude\u00a0\u00bb (1764) du <em>Dictionnaire philosophique<\/em>, repris et rallong\u00e9 dans les <em>Questions sur l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>.<\/p><p>On retrouve en effet les m\u00eames critiques, formul\u00e9es dans des termes plus ou moins proches, dans le <em>Portatif<\/em>, qui mentionne cette fois-ci explicitement le \u00ab\u00a0Dictionnaire encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb et son \u00ab\u00a0article <em>Certitude<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 deux reprises, \u00e0 la fin du texte et en note\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>On a imprim\u00e9 dans le Dictionnaire encyclop\u00e9dique une chose fort plaisante\u00a0; on y soutient qu\u2019un homme devrait \u00eatre aussi s\u00fbr, aussi certain que le mar\u00e9chal de Saxe est ressuscit\u00e9, si tout Paris le lui disait, qu\u2019il est s\u00fbr que le mar\u00e9chal de Saxe a gagn\u00e9 la bataille de Fontenoy, quand tout Paris le lui dit. Voyez, je vous prie, combien ce raisonnement est admirable\u00a0; je crois tout Paris quand il me dit une chose moralement possible\u00a0; donc je dois croire tout Paris quand il me dit une chose moralement et physiquement impossible.<\/p><p>Apparemment que l\u2019auteur de cet article voulait rire, et que l\u2019autre auteur qui s\u2019extasie \u00e0 la fin de cet article, et \u00e9crit contre lui-m\u00eame, voulait rire aussi.\u00a0(<em>a<\/em>)<\/p><p>(<em>a<\/em>)\u00a0Voyez l\u2019article <em>Certitude<\/em>, Dictionnaire encyclop\u00e9dique <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Probablement par souci de l\u2019effet, la \u00ab\u00a0chose fort plaisante\u00a0\u00bb est en partie <em>rendue<\/em> \u00ab\u00a0plaisante\u00a0\u00bb par son traitement dans le <em>Portatif\u00a0<\/em>: dans l\u2019article HISTOIRE, Voltaire s\u2019en tenait \u00e0 \u00e9voquer \u00ab\u00a0un grand paradoxe\u00a0\u00bb. On observe d\u2019abord l\u2019apparition du personnage du mar\u00e9chal de Saxe, qui devient le pivot du discours\u00a0: l\u00e0 o\u00f9, dans HISTOIRE, Voltaire pr\u00e9sentait la \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb de mani\u00e8re abstraite et ind\u00e9finie (\u00ab\u00a0ressusciter un mort\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0on a gagn\u00e9 la bataille de Fontenoy\u00a0\u00bb), la mise en avant du personnage du mar\u00e9chal, en tant que protagoniste hypoth\u00e9tique des deux \u00e9v\u00e9nements dont il s\u2019agit de mesurer le degr\u00e9 de certitude, conf\u00e8re une dimension concr\u00e8te au propos. Voltaire transforme aussi la mani\u00e8re dont il en rend compte. D\u2019une part, au sein d\u2019un d\u00e9veloppement consacr\u00e9 \u00e0 la question de la \u00ab\u00a0certitude historique\u00a0\u00bb, r\u00e9duite \u00e0 la seule \u00ab\u00a0extr\u00eame probabilit\u00e9\u00a0\u00bb, Voltaire formule, dans HISTOIRE, les oppositions en termes de probabilit\u00e9 (\u00ab\u00a0chose improbable\u00a0\u00bb <em>vs<\/em> \u00ab\u00a0chose probable\u00a0\u00bb)\u00a0: les m\u00eames syst\u00e8mes d\u2019oppositions se retrouvent ici, rapport\u00e9es \u00e0 la cat\u00e9gorie du \u00ab\u00a0possible\u00a0\u00bb, dont des adverbes viennent sp\u00e9cifier la nature (\u00ab\u00a0gagner la bataille de Fontenoy\u00a0\u00bb <em>vs<\/em> \u00ab\u00a0ressusciter\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0chose moralement possible\u00a0\u00bb <em>vs<\/em> \u00ab\u00a0chose moralement et physiquement impossible\u00a0\u00bb). Par l\u2019ajout des adverbes, le propos fait ici encore \u00e9cho \u00e0 ce que l\u2019on trouve dans d\u2019autres articles du <em>Portatif<\/em>, notamment aux analyses consacr\u00e9es aux questions de la \u00ab\u00a0foi\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0miracles\u00a0\u00bb, plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 celle de la croyance \u00e0 accorder \u00e0 des \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb surnaturelles. Ainsi, par exemple, \u00e0 propos du \u00ab\u00a0d\u00e9luge universel\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0Inondation\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est une chim\u00e8re absurde en physique, d\u00e9montr\u00e9e impossible par les lois de la gravitation, par les lois des fluides, par l\u2019insuffisance de la quantit\u00e9 d\u2019eau\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 \u00ab\u00a0la grande v\u00e9rit\u00e9 du d\u00e9luge universel rapport\u00e9 dans le Pentateuque\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est un miracle, donc il faut le croire\u00a0; c\u2019est un miracle, donc il n\u2019a pu \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 par les lois physiques\u00a0\u00bb\u00a0: en somme, \u00ab\u00a0ce sont de ces myst\u00e8res qu\u2019on croit par la foi, et la foi consiste \u00e0 croire ce que la raison ne croit pas, ce qui est encore un autre miracle <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p><p>D\u2019autre part surtout, Voltaire infl\u00e9chit discr\u00e8tement le discours dans le sens de la caricature\u00a0: alors que, dans HISTOIRE, il s\u2019agissait de juger du degr\u00e9 de certitude \u00e0 reconna\u00eetre intrins\u00e8quement aux deux \u00ab\u00a0t\u00e9moignages\u00a0\u00bb (l\u2019un \u00ab\u00a0ne saurait \u00eatre \u00e9gal \u00e0\u00a0\u00bb l\u2019autre), Voltaire introduit, dans l\u2019article du <em>Portatif<\/em>, une implication logique nouvelle\u00a0: \u00ab\u00a0je crois\u00a0\u00bb l\u2019un, \u00ab\u00a0donc je dois croire\u00a0\u00bb l\u2019autre. Le \u00ab\u00a0grand paradoxe\u00a0\u00bb devient ainsi une aberration logique\u00a0: une \u00ab\u00a0chose fort plaisante\u00a0\u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019hypoth\u00e8se de la plaisanterie qui est avanc\u00e9e dans le dernier paragraphe de l\u2019article, hypoth\u00e8se elle-m\u00eame pr\u00e9sent\u00e9e en forme de devinette adress\u00e9e aux lecteurs et lectrices\u00a0: qui est cet \u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb qui, \u00ab\u00a0apparemment\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0voulait rire\u00a0\u00bb\u00a0? Qui est cet \u00ab\u00a0autre auteur\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0voulait rire aussi\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p><p>Seule une confrontation avec le texte de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> permet de r\u00e9pondre. D\u2019apr\u00e8s l\u2019inventaire effectu\u00e9 par Richard Schwab, Walter Rex et John Lough <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, l\u2019\u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb de l\u2019article, on l\u2019a vu, serait l\u2019abb\u00e9 Yvon, mais la v\u00e9ritable cible est sans doute l\u2019abb\u00e9 de Prades, dont une \u00ab\u00a0dissertation\u00a0\u00bb est reprise pour constituer une large portion de l\u2019article CERTITUDE, en particulier le passage qui est ici en ligne de mire. Ce passage correspond \u00e0 la discussion de la quarante-sixi\u00e8me des <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> (1746), contest\u00e9e, sur le mode de la r\u00e9futation, par l\u2019abb\u00e9 de Prades\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Ce que j\u2019ai dit jusques ici suffit sans doute pour repousser ais\u00e9ment tous les traits que lance l\u2019auteur des <em>Pens\u00e9es Philosophiques<\/em>, contre la certitude des faits surnaturels\u00a0: mais le tour qu\u2019il donne \u00e0 ses pens\u00e9es les pr\u00e9sente de maniere, que je crois n\u00e9cessaire de nous y arr\u00eater. Ecoutons-le donc parler lui-m\u00eame, &amp; voyons comme il prouve qu\u2019on ne doit point ajo\u00fbter la m\u00eame foi \u00e0 un fait surnaturel qu\u2019\u00e0 un fait naturel\u00a0: \u00ab\u00a0Je croirois sans peine, dit-il, un seul honn\u00eate homme qui m\u2019annonceroit que Sa\u00a0Majest\u00e9 vient de remporter une victoire complette sur les alli\u00e9s\u00a0: mais tout Paris m\u2019ass\u00fbreroit qu\u2019un mort vient de ressusciter \u00e0 Passy, que je n\u2019en croirois rien. Qu\u2019un historien nous en impose ou que tout un peuple se trompe, ce ne sont pas des prodiges\u00a0\u00bb. D\u00e9taillons ce fait.\u00a0[\u2026] <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Quoique le rapport instaur\u00e9 dans la citation des <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> soit plus radical encore (\u00ab\u00a0un seul honn\u00eate homme\u00a0\u00bb <em>vs<\/em> \u00ab\u00a0tout Paris\u00a0\u00bb), on n\u2019observe aucun d\u00e9saccord avec le propos voltairien quant \u00e0 ce qui peut, ou non, \u00eatre support de croyance. Le d\u00e9saccord est en revanche total avec l\u2019argumentation de l\u2019abb\u00e9 de Prades, que la d\u00e9monstration qui suit am\u00e8ne \u00e0 des conclusions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es \u00e0 celles de \u00ab\u00a0l\u2019auteur des <em>Pens\u00e9es Philosophiques<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p><p>On entrevoit aussi qui pourrait \u00eatre l\u2019\u00ab\u00a0autre auteur\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9 par Voltaire dans son article. La lecture de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> fournit d\u2019autres indices, dans la mesure o\u00f9 le texte de la \u00ab\u00a0dissertation\u00a0\u00bb de l\u2019abb\u00e9 de Prades est encadr\u00e9 par deux \u00e9nonc\u00e9s imprim\u00e9s en italiques. Le premier a entre autres fonctions d\u2019introduire la \u00ab\u00a0<em>dissertation de M.\u00a0l\u2019abb\u00e9 de Prades<\/em>\u00a0\u00bb, dont la vis\u00e9e argumentative est rendue explicite\u00a0: elle est \u00ab\u00a0<em>destin\u00e9e \u00e0 servir de discours pr\u00e9liminaire \u00e0 un ouvrage important sur la v\u00e9rit\u00e9 de la religion<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Nous l\u2019eussions peut-\u00eatre analys\u00e9e, si nous n\u2019avions craint d\u2019en alt\u00e9rer la force. L\u2019objet d\u2019ailleurs en est si grand\u00a0; les id\u00e9es si neuves &amp; si belles\u00a0; le ton si noble\u00a0; les preuves si bien expos\u00e9es, que nous avons mieux aim\u00e9 la rapporter toute entiere. Nous esp\u00e9rons que ceux \u00e0 qui l\u2019int\u00e9r\u00eat de la religion est \u00e0 c\u0153ur nous en sauront gr\u00e9, &amp; qu\u2019elle sera tr\u00e8s-utile aux autres. Au reste, nous pouvons ass\u00fbrer que si la fonction d\u2019\u00e9diteur de l\u2019Encyclop\u00e9die nous a jamais \u00e9t\u00e9 agr\u00e9able, c\u2019est particulierement dans ce moment. Mais il est tems de laisser parler l\u2019auteur lui-m\u00eame\u00a0: son ouvrage le lo\u00fcera mieux que tout ce que nous pourrions ajo\u00fbter (p.\u00a0846b).<\/p><\/blockquote><p>Le second conclut l\u2019article sur un mode semble-t-il tout aussi \u00e9logieux, et d\u00e9signe notamment la \u00ab\u00a0dissertation\u00a0\u00bb qu\u2019on vient de lire comme \u00ab\u00a0<em>un si bel \u00e9crit<\/em>\u00a0\u00bb (p.\u00a0862a). L\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00ab\u00a0autre auteur\u00a0\u00bb auquel fait r\u00e9f\u00e9rence Voltaire ne saurait faire myst\u00e8re\u00a0: outre le fait qu\u2019il est question de la r\u00e9futation des <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>, les deux passages en italiques sont pris en charge par un locuteur qui se d\u00e9signe, dans le premier, comme \u00ab\u00a0<em>\u00e9diteur de l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, et qui est aussi identifiable, dans le second, par l\u2019ast\u00e9risque, marque de Diderot. On comprendra donc la fin de l\u2019article de Voltaire de la mani\u00e8re suivante\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019autre auteur [Diderot] [\u2026] s\u2019extasie \u00e0 la fin de cet article, et \u00e9crit contre lui-m\u00eame\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9 ses \u00e9loges appuy\u00e9s vont \u00e0 un texte qui entreprend de r\u00e9futer les propos qu\u2019il avan\u00e7ait, en 1746, dans les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>.<\/p><p>Qu\u2019en est-il, alors, de cette double plaisanterie\u00a0? L\u2019abb\u00e9 de Prades \u00ab\u00a0voulait\u00a0\u00bb-il \u00ab\u00a0rire\u00a0\u00bb\u00a0? On conna\u00eet l\u2019histoire de la condamnation de sa th\u00e8se par la Sorbonne en 1751, l\u2019exil qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 la cour de Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0II ainsi que le r\u00f4le que joue Voltaire dans l\u2019accueil qui lui est r\u00e9serv\u00e9\u00a0; on sait aussi qu\u2019il est fort probable que Voltaire a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019une partie au moins du <em>Tombeau de la Sorbonne<\/em>, qui para\u00eet en d\u00e9cembre\u00a01752 <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>\u00a0; on conna\u00eet enfin l\u2019exploitation qui a \u00e9t\u00e9 faite de cette affaire dans la pol\u00e9mique contre l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em><a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Tout devrait donc conduire \u00e0 faire de l\u2019auteur un soutien de la cause philosophique, mais \u00eatre \u00e9rig\u00e9 en martyr de la \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb ne fait pas de la victime un philosophe. Il est \u00e0 cet \u00e9gard symptomatique que le texte de l\u2019abb\u00e9 puisse \u00eatre lu comme \u00ab\u00a0une conciliation \u00e0 haut risques entre raison et R\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb, et r\u00e9fut\u00e9 dans les marges de son exemplaire par le \u00ab\u00a0souscripteur anonyme\u00a0\u00bb dont Jean Haechler et Fran\u00e7oise Jouffroy-Gauja ont \u00e9tudi\u00e9 les traces de lecture <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Diderot \u00ab\u00a0voulait\u00a0\u00bb-il \u00ab\u00a0rire aussi\u00a0\u00bb\u00a0? Si l\u2019on en juge par la r\u00e9ception \u2013 certes assur\u00e9ment pol\u00e9mique \u2013 qu\u2019expriment les <em>R\u00e9flexions d\u2019un franciscain sur les trois premiers volumes de l\u2019<\/em>Encyclop\u00e9die (1754), le dispositif mis en place dans l\u2019article CERTITUDE ne fait gu\u00e8re illusion\u00a0: le but de cet article viserait \u00e0 \u00ab\u00a0rendre tout incertain\u00a0\u00bb et \u00e0 \u00ab\u00a0accr\u00e9diter le <em>Scepticisme<\/em> en feignant de le combattre\u00a0\u00bb\u00a0; quant \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019aveu de la d\u00e9faite\u00a0\u00bb que prononce Diderot \u00e0 la suite de la dissertation de son adversaire, il \u00ab\u00a0para\u00eet simul\u00e9\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Cette lecture, que confirme le jugement de John Lough <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, est corrobor\u00e9e par l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle les propos de Diderot, trop hyperboliquement louangeurs pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme parfaitement sinc\u00e8res, rel\u00e8vent du persiflage <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/p><p>Un \u00ab\u00a0<em>objet <\/em><em>[\u2026<\/em><em>] si grand<\/em>\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0<em>id\u00e9es si neuves &amp; si belles<\/em>\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0<em>ton si noble<\/em>\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0<em>preuves si bien expos\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb, enfin \u00ab\u00a0<em>un si bel \u00e9crit<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: les expressions se suivent et se ressemblent, mais la multiplication de l\u2019intensif suivi d\u2019un adjectif acquiert, par la r\u00e9p\u00e9tition m\u00eame, quelque chose de suspect. La derni\u00e8re occurrence, que l\u2019on trouve dans le second texte de Diderot, intervient dans un \u00e9nonc\u00e9 qui donne ais\u00e9ment prise \u00e0 une lecture ironique\u00a0: \u00ab\u00a0<em>on conviendra que si quelqu\u2019un<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019auteur des <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> par exemple, \u00ab <em>avoit donn\u00e9 lieu \u00e0 un si bel \u00e9crit, par les objections qu\u2019on y r\u00e9sout, il auroit rendu un service important \u00e0 la religion<\/em>\u00a0\u00bb. On n\u2019attendait pourtant pas Diderot sur ce terrain-l\u00e0. Il ajoute qu\u2019\u00ab\u00a0<em>il y e\u00fbt eu <\/em>peut-\u00eatre<em> de la t\u00e9merit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0<em>proposer<\/em>\u00a0\u00bb de telles objections, \u00ab\u00a0<em>surtout en langue vulgaire<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: mais \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9vidence est s\u00fbre d\u2019obtenir t\u00f4t ou tard un pareil triomphe sur les prestiges du sophisme<\/em>\u00a0\u00bb. Et d\u2019opposer ainsi l\u2019\u00ab\u00a0<em>\u00e9vidence<\/em>\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0<em>sophisme<\/em>\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0<em>le flambeau de la v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb au souffle du \u00ab\u00a0<em>mensonge<\/em>\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, \u00ab\u00a0<em>si l\u2019auteur des Pens\u00e9es philosophiques aimoit un peu son ouvrage, il seroit bien content de trois ou quatre auteurs<\/em>\u00a0\u00bb, qui ne sont pas nomm\u00e9s \u00ab\u00a0<em>par \u00e9gard pour leur zele &amp; par respect pour leur cause<\/em>\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0<em>m\u00e9content de M.\u00a0l\u2019Abb\u00e9 <\/em>de Prades<em>, s\u2019il n\u2019aimoit infiniment la v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Aux premiers, qui s\u2019y sont manifestement mal pris pour critiquer les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>, Diderot adresse un avertissement cinglant\u00a0: \u00ab\u00a0sachez qu\u2019il n\u2019y a point d\u2019objections\u00a0\u00bb \u2013 du type de celles que l\u2019abb\u00e9 de Prades serait parvenu \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9soudre\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0qui puissent faire \u00e0 la religion autant de mal que les mauvaises r\u00e9ponses\u00a0: sachez que telle est la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes, que si vous n\u2019avez rien dit qui vaille, on avilira votre cause, en vous faisant l\u2019honneur de croire qu\u2019il n\u2019y avoit rien de mieux \u00e0 dire\u00a0\u00bb. L\u2019abb\u00e9 de Prades se voit quant \u00e0 lui invit\u00e9 \u00ab\u00a0<em>\u00e0 employer ses grands talens \u00e0 la d\u00e9fense du seul culte sur la terre qui m\u00e9rite un d\u00e9fenseur tel que lui <\/em><a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est aussi laisser entendre que la religion chr\u00e9tienne ne m\u00e9rite pas mieux.<\/p><p>Dans CERTITUDE, c\u2019est donc l\u2019ensemble du dispositif de l\u2019article qui fait sens\u00a0: le discours orthodoxe que tient l\u2019abb\u00e9 de Prades dans sa \u00ab\u00a0dissertation\u00a0\u00bb se trouve encadr\u00e9 par les deux interventions de Diderot qui le prennent comme en tenaille, ou en sandwich <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, l\u2019encerclent et le cantonnent, et qui, d\u00e8s lors qu\u2019ils se pr\u00eatent \u00e0 une lecture \u00e0 double entente, en infl\u00e9chissent aussi la port\u00e9e. Voltaire ne peut pas ne pas l\u2019avoir compris, ce qu\u2019exprime l\u2019id\u00e9e, avanc\u00e9e dans l\u2019article du <em>Portatif<\/em>, selon laquelle Diderot voudrait \u00ab\u00a0rire\u00a0\u00bb. La variante introduite dans l\u2019\u00e9dition Varberg (1765) n\u2019en demeure pas moins significative\u00a0: \u00ab\u00a0Ou plut\u00f4t\u00a0\u00bb, ajoute Voltaire, \u00ab\u00a0il voulait apaiser les ennemis de la raison\u00a0: il donnait une chandelle au diable <a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>\u00a0\u00bb. La formule <a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, qui entre en r\u00e9sonance avec les critiques adress\u00e9es \u00e0 un <em>Dictionnaire encyclop\u00e9dique<\/em> \u00ab\u00a0d\u00e9figur\u00e9 et avili par de l\u00e2ches complaisances pour des fanatiques\u00a0\u00bb au lieu de \u00ab\u00a0dire des v\u00e9rit\u00e9s dangereuses <a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>\u00a0\u00bb, d\u00e9nonce une strat\u00e9gie de m\u00e9nagement qui conduit Diderot \u00e0 renier, m\u00eame de mani\u00e8re hypocrite, ce qu\u2019il avait \u00e9crit dans les <em>Pens\u00e9es philosophiques\u00a0<\/em>: cela dit, Voltaire ne mesure sans doute pas \u00e0 quel point, depuis son s\u00e9jour au ch\u00e2teau de Vincennes en 1749, Diderot vit dans l\u2019ombre de la Bastille.<\/p><h4 style=\"text-align: center;\">*<\/h4><p>L\u2019\u00e9chantillon tr\u00e8s limit\u00e9 que l\u2019on vient d\u2019examiner ne pr\u00e9tend absolument pas \u00eatre repr\u00e9sentatif, m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9duite de l\u2019histoire des relations, affich\u00e9es comme confraternelles, entre Voltaire et \u00ab\u00a0Platon\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019en illustre pas moins quelques aspects de ce dialogue \u00ab\u00a0complexe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0retors\u00a0\u00bb sur lequel Marie Leca-Tsiomis attirait \u00ab\u00a0au passage\u00a0\u00bb l\u2019attention. Le discours de Voltaire, dans chacun des cas, met en jeu la question fondamentale d\u2019une strat\u00e9gie de diffusion des Lumi\u00e8res prise en charge par un \u00ab\u00a0homme de lettres\u00a0\u00bb \u2013 au sens o\u00f9 l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> est l\u2019\u00e9manation d\u2019une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de gens de lettres\u00a0\u00bb \u2013 qui prend les traits militants du \u00ab\u00a0philosophe\u00a0\u00bb, cens\u00e9 avoir \u00e0 c\u0153ur de servir <em>la bonne cause<\/em>.<\/p><p>Se trouve point\u00e9e, d\u2019abord, la mani\u00e8re dont parler d\u2019\u00c9picure doit, dans une perspective que l\u2019on dirait de nos jours <em>actualisante<\/em>, permettre de parler des Lumi\u00e8res, ce qui induit un processus de r\u00e9appropriation d\u2019une figure historique de l\u2019histoire de la philosophie\u00a0: si le <em>Dictionnaire raisonn\u00e9<\/em> est pens\u00e9, selon les termes m\u00eames de l\u2019auteur de l\u2019article ENCYCLOP\u00c9DIE (1755), comme \u00ab\u00a0la tentative d\u2019un siecle philosophe <a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>\u00a0\u00bb, c\u2019est (d\u2019abord\u00a0?) parce qu\u2019elle est une entreprise militante destin\u00e9e \u00e0 transmettre une philosophie non seulement <em>compatible avec<\/em>, mais <em>utile aux<\/em> combats des \u00ab\u00a0philosophes\u00a0\u00bb. Cet objectif \u00e9tant partag\u00e9 <a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, les dissonances observ\u00e9es, peut-\u00eatre r\u00e9v\u00e9latrices de divergences plus profondes, portent sur les moyens de l\u2019atteindre voire sur le contenu id\u00e9ologique m\u00eame des Lumi\u00e8res qu\u2019il s\u2019agit de promouvoir. Sur le volet de la dimension potentiellement <em>retorse<\/em> des discours, on peut en particulier se demander si les r\u00e9ticences de Voltaire, apparemment motiv\u00e9es par un positionnement newtonien (en veut-il \u00e0 Newton\u00a0?), n\u2019expriment pas celles que pourrait susciter, \u00e0 la fin de l\u2019article, l\u2019inscription du nom de Voltaire, certes au titre des \u00ab\u00a0sectateurs du luxe, de l\u2019\u00e9l\u00e9gance, de la politesse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0des vertus, des lettres &amp; de la volupt\u00e9\u00a0\u00bb, mais aussi \u00ab\u00a0de la philosophie\u00a0\u00bb, dans une \u00ab\u00a0secte <em>\u00e9picurienne<\/em>\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0n\u2019a jamais eu plus d\u2019\u00e9clat qu\u2019en France\u00a0\u00bb, il est vrai \u00ab\u00a0sur-tout pendant le siecle dernier\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. Au vu de ce que Diderot expose de la doctrine d\u2019\u00c9picure, une telle affiliation n\u2019est-elle pas compromettante pour un d\u00e9iste qui ne franchit jamais, du moins dans ses discours publics, le pas qui consisterait \u00e0 se reconna\u00eetre des accointances avec le mat\u00e9rialisme\u00a0? \u00c0 moins qu\u2019il ne soit gu\u00e8re agr\u00e9able \u00e0 celui qui entend se poser en figure de proue de la \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb conqu\u00e9rante la plus actuelle de se voir affili\u00e9 \u00e0 une tradition de pens\u00e9e du \u00ab\u00a0siecle dernier\u00a0\u00bb. Dans l\u2019exemplaire de Voltaire, un signet est plac\u00e9 entre les pages incluant ce passage\u00a0: il ne comporte malheureusement aucun texte susceptible d\u2019expliquer les raisons de sa pr\u00e9sence <a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>.<\/p><p>Les deux exemples \u00e9tudi\u00e9s concernent en outre des articles publi\u00e9s dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> avant l\u2019interdiction de 1759, qui place <em>de\u00a0facto<\/em> l\u2019entreprise dans une situation de relative clandestinit\u00e9 mais surtout \u2013 tel \u00e9tait aussi le calcul de Malesherbes \u2013 la dispense de l\u2019examen pr\u00e9alable de censeurs. C\u2019est dire que l\u2019auteur de ces articles doit (encore) <em>composer avec<\/em> la censure, qui conna\u00eet un regain de vigilance apr\u00e8s la suppression, en 1752, des premiers volumes du <em>Dictionnaire raisonn\u00e9<\/em>. En 1764, lorsque para\u00eet la premi\u00e8re \u00e9dition du <em>Dictionnaire philosophique<\/em>, l\u2019\u00e9tonnement de Voltaire (veut-il rire\u00a0?), qui porte sur la strat\u00e9gie rh\u00e9torique de Diderot, n\u2019en est que plus \u00e9trange, notamment au vu des \u00e9changes qui ont eu lieu avec D\u2019Alembert en 1757\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez des articles de th\u00e9ologie et de m\u00e9taphysique qui me font bien de la peine\u00a0\u00bb, d\u00e9clarait Voltaire le 24\u00a0mai, non sans ajouter que \u00ab\u00a0ces petites orthodoxies\u00a0\u00bb sont rachet\u00e9es \u00ab\u00a0par tant de beaut\u00e9s et de choses utiles qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral le livre sera un service rendu au genre humain\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. La r\u00e9ponse \u00e9tait pourtant sans \u00e9quivoque\u00a0: \u00ab\u00a0Sans doute nous avons de mauvais articles de th\u00e9ologie et de m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb, r\u00e9torquait D\u2019Alembert le 21\u00a0juillet, \u00ab\u00a0mais avec des censeurs th\u00e9ologiens, et un privil\u00e8ge, je vous d\u00e9fie de les faire meilleurs. Il y a d\u2019autres articles moins au jour, o\u00f9 tout est r\u00e9par\u00e9. Le temps fera distinguer ce que nous avons pens\u00e9 d\u2019avec ce que nous avons dit\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.<\/p><p>L\u2019\u00e9tonnement de Voltaire est m\u00eame d\u2019autant plus curieux de la part d\u2019un praticien \u00e9prouv\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciation oblique <a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a> qui, dans de nombreux articles du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> m\u00eame, ne cesse de proclamer une foi on ne peut plus orthodoxe. Ainsi, entre bien d\u2019autres exemples, de la mani\u00e8re de justifier, au d\u00e9but de l\u2019article \u00ab Conciles \u00bb, les contradictions sans nombre qui caract\u00e9risent les d\u00e9crets de conciles \u00ab oppos\u00e9s les uns aux autres \u00bb alors que \u00ab tous [\u2026] sont infaillibles, sans doute \u00bb : \u00ab C\u2019est pour exercer notre foi \u00bb <a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>. La d\u00e9marche est-elle si diff\u00e9rente de celle qu\u2019adopte Diderot, \u00e0 la fin de l\u2019article CERTITUDE, lorsque, apr\u00e8s avoir salu\u00e9 une d\u00e9fense de la religion qui \u00ab\u00a0<em>r\u00e9sout<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<em>les objections<\/em>\u00a0\u00bb, il affirme que \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9vidence est s\u00fbre d\u2019obtenir t\u00f4t ou tard un pareil triomphe sur les prestiges du sophisme<\/em>\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0<em>le mensonge a beau souffler sur le flambeau de la v\u00e9rit\u00e9, loin de l\u2019\u00e9teindre, tous ses efforts ne font qu\u2019en redoubler l\u2019\u00e9clat<\/em>\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>\u00a0?<\/p><p>Autant dire que, <em>complexe<\/em>, <em>retors<\/em>, le dialogue engendr\u00e9, \u00e0 l\u2019initiative de Voltaire, par la mani\u00e8re dont les textes se r\u00e9pondent \u2013 dans ce dernier cas entre deux dictionnaires \u2013 para\u00eet ici davantage s\u2019apparenter \u00e0 un dialogue de sourds, ou \u00e0 un acc\u00e8s de mauvaise foi.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Marie Leca-Tsiomis, <em>\u00c9crire l\u2019<\/em>Encyclop\u00e9die<em>. Diderot\u00a0: de l\u2019usage des dictionnaires \u00e0 la grammaire philosophique<\/em>, <em>Studies on Voltaire and the Eighteenth Century<\/em> (d\u00e9sormais <em>SVEC<\/em>), n<sup>o<\/sup>\u00a0375, Oxford, Voltaire Foundation, 1999, p.\u00a0416.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0Raymond Naves, <em>Voltaire et l\u2019<\/em>Encyclop\u00e9die, Paris, Les \u00e9ditions des presses modernes, 1938.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Voir Larissa L.\u00a0Albina, \u00ab\u00a0Voltaire lecteur de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Recherches sur Diderot et sur l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> (d\u00e9sormais <em>RDE<\/em>), n<sup>o<\/sup>\u00a06, avril\u00a01989, p.\u00a0119-129, et, dans une perspective centr\u00e9e sur le corpus des notes marginales, Olivier Ferret, \u00ab\u00a0Voltaire, lecteur de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Revue Voltaire<\/em>, n\u00b0\u00a03, 2003, p.\u00a079-99. Le relev\u00e9 des traces de lecture laiss\u00e9es par Voltaire sur les exemplaires de sa biblioth\u00e8que, fruit des rep\u00e9rages d\u2019une \u00e9quipe de chercheurs et chercheuses sovi\u00e9tiques, est publi\u00e9 sous le titre\u00a0: <em>Corpus des notes marginales de Voltaire<\/em> (d\u00e9sormais <em>CN<\/em>), Berlin\/Oxford, Akademie-Verlag\/Voltaire Foundation, 1979-2019, 10\u00a0vol. S\u2019agissant de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, voir <em>CN<\/em>, t.\u00a03 (1985), p.\u00a0360-417.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0La premi\u00e8re occurrence relev\u00e9e se trouve dans une lettre approximativement dat\u00e9e du 30\u00a0mars 1762 (D10397). La r\u00e9f\u00e9rence, comme les suivantes, renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9dition, par Theodore Besterman, de la correspondance de Voltaire\u00a0: <em>Correspondence and Related Documents<\/em>, <em>Les \u0152uvres compl\u00e8tes de Voltaire<\/em> (d\u00e9sormais <em>OCV<\/em>), t.\u00a085-135, Oxford, Voltaire Foundation, 1968-1977. Sur le recours \u00e0 la phras\u00e9ologie chr\u00e9tienne pour d\u00e9signer une anti-\u00c9glise voltairienne, voir l\u2019article fondateur de Jos\u00e9-Michel Moureaux, \u00ab\u00a0Voltaire ap\u00f4tre\u00a0: de la parodie au mim\u00e9tisme\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a066, avril\u00a01966, p.\u00a0159-177.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Dans l\u2019exemplaire de la Biblioth\u00e8que de Ferney, une \u00ab main inconnue \u00bb, selon la formule employ\u00e9e par les \u00e9diteurs et \u00e9ditrices du <em>Corpus<\/em>, indique sur un signet \u00ab\u00a0lisez cet article \/ des conciles p\/<u>807<\/u>\u00a0\u00bb (<em>CN<\/em>, t.\u00a03, p.\u00a0382) \u2013 ce que Voltaire, lui-m\u00eame auteur d\u2019un article \u00ab\u00a0Conciles\u00a0\u00bb (1767) dans le <em>Dictionnaire philosophique<\/em>, a tr\u00e8s certainement fait.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Voltaire \u00e0 D\u2019Alembert, 5\u00a0avril [1766] (D13255\u00a0; 66.18)\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a un bon article de Hobbes dans l\u2019Encyclop\u00e9die\u00a0\u00bb. Pour la correspondance avec D\u2019Alembert, on indique la r\u00e9f\u00e9rence dans l\u2019\u00e9dition Besterman de la correspondance de Voltaire et dans l\u2019inventaire de la correspondance de D\u2019Alembert \u00e9tabli par Ir\u00e8ne Passeron, avec la collaboration d\u2019Anne-Marie Chouillet et de Jean-Daniel Candaux (<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, vol.\u00a0V\/1, Paris, CNRS \u00c9ditions, 2009).<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0Voltaire note, de sa main, sur un signet\u00a0: \u00ab\u00a0menace \/ article \/ curieux\u00a0\u00bb (<em>CN<\/em>, t.\u00a03, p.\u00a0405). Faute d\u2019autre t\u00e9moignage, on ignore cependant quelle serait la nature de cette <em>curiosit\u00e9<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0V, p.\u00a0781b-782a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0\u00c0 la suite d\u2019une maladresse \u00e9ditoriale, le texte de la note r\u00e9dig\u00e9e par Voltaire ne figure pas dans le <em>Corpus<\/em>, qui n\u2019indique que les traits en marge du passage. Le signet plac\u00e9 entre les pages\u00a0782 et 783 signale pourtant, au crayon, la pr\u00e9sence d\u2019une \u00ab\u00a0note marg\u00a0\u00bb (voir <em>CN<\/em>, t.\u00a03, p.\u00a0392, n.\u00a0422).<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0La question est peut-\u00eatre plus complexe encore si l\u2019on consid\u00e8re que dans cet article, comme dans bien d\u2019autres articles d\u2019histoire de la philosophie, Diderot met \u00e0 contribution, ainsi qu\u2019il l\u2019indique dans les sources mentionn\u00e9es \u00e0 la fin du texte (\u00ab\u00a0<em>Voyez Brucker<\/em>, <em>Gassendi<\/em>, <em>Lucrece<\/em>, &amp;c.\u00a0\u00bb), l\u2019<em>Historia critica philosophiae<\/em> de Brucker. Seule l\u2019\u00e9dition critique qui sera publi\u00e9e sur le site de l\u2019<em>ENCCRE<\/em> pourra permettre d\u2019identifier ces emprunts, en particulier dans le passage incrimin\u00e9.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0I (1751), p.\u00a0514a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0Sauf erreur, aucune lettre de la correspondance connue, ni aucun des \u00e9crits de Voltaire n\u2019\u00e9voque ce passage de l\u2019article de Diderot.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0En particulier dans la Treizi\u00e8me Lettre\u00a0: voir <em>Lettre sur M.\u00a0Locke<\/em>, \u00e9d.\u00a0Antony McKenna et Gianluca Mori, <em>OCV<\/em>, t.\u00a06c (2020).<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>\u00a0La critique des miracles repose sur la contradiction entre les lois de la nature et des \u00e9v\u00e9nements qui en constituent la violation, quand bien m\u00eame ils seraient rapport\u00e9s par des \u00ab\u00a0hommes anim\u00e9s de l\u2019esprit divin\u00a0\u00bb\u00a0: voir, par exemple, l\u2019article \u00ab\u00a0Miracles\u00a0\u00bb (1764) du <em>Dictionnaire philosophique<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0VIII (1765), p.\u00a0224a\u00a0; <em>\u0152uvres alphab\u00e9tiques<\/em>\u00a0(I), \u00e9d.\u00a0Jeroom Vercruysse, <em>OCV<\/em>, t.\u00a033 (1987), p.\u00a0178-179.<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0Voltaire \u00e0 D\u2019Alembert, 28\u00a0d\u00e9cembre 1755 (D6655\u00a0; 55.25).<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a0Sur la r\u00e9ception de cet article, comparable \u00e0 celle de Voltaire, par un souscripteur anonyme de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, voir Jean Haechler et Fran\u00e7oise Jouffroy-Gauja, \u00ab\u00a0L\u2019article certitude de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> comment\u00e9 par un souscripteur anonyme\u00a0\u00bb, <em>RDE<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a029, octobre\u00a02000, p.\u00a0129-148.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0VIII, p.\u00a0224a<em>\u00a0<\/em>; <em>OCV<\/em>, t.\u00a033, p.\u00a0179.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a>\u00a0<em>Dictionnaire philosophique<\/em>, \u00e9d. sous la direction de Christiane Mervaud, <em>OCV<\/em>, t.\u00a035 (1994), p.\u00a0512.<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a>\u00a0<em>OCV<\/em>, t.\u00a036 (1994), p.\u00a0231, 232.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a>\u00a0Richard N.\u00a0Schwab, Walter E.\u00a0Rex et John Lough, <em>Inventory of Diderot\u2019s <\/em>Encyclop\u00e9die, <em>SVEC<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a080, 83, 85, 91, 92, 93 et 223, Oxford, Voltaire Foundation, 1971-1984.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0II (1752), p.\u00a0851a. Voir Diderot, <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>, <em>\u0152uvres philosophiques<\/em>, \u00e9d.\u00a0Paul Verni\u00e8re, Paris, Garnier Fr\u00e8res, 1964, p.\u00a037.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a>\u00a0Voir <em>Le Tombeau de la Sorbonne<\/em>, \u00e9d.\u00a0Olivier Ferret, <em>OCV<\/em>, t.\u00a032b (2007), Appendice\u00a0I, p.\u00a0313-353\u00a0; et Nicholas Cronk, \u00ab\u00a0La premi\u00e8re \u00e9dition du <em>Tombeau de la Sorbonne<\/em> (1752)\u00a0\u00bb, <em>Revue Voltaire<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a010, 2010, p.\u00a0203-210. La m\u00eame ann\u00e9e, l\u2019abb\u00e9 de Prades et l\u2019abb\u00e9 Yvon avaient publi\u00e9 une <em>Apologie de M.\u00a0l\u2019abb\u00e9 de Prades<\/em> (Amsterdam [Berlin], 1752), et Diderot une <em>Suite de l\u2019apologie de M.\u00a0l\u2019abb\u00e9 de Prades<\/em>\u00a0: voir <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, \u00e9d.\u00a0Roger Lewinter, Paris, Le Club fran\u00e7ais du livre, 1969-1973, 15\u00a0vol., t.\u00a02, p.\u00a0603-666.<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a>\u00a0Voir Marie Leca-Tsiomis, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/documentation\/?s=49&amp;\">\u00ab\u00a0La bataille de la publication\u00a0\u00bb<\/a>, <em>Histoire de l\u2019entreprise<\/em>, sur l&rsquo;<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a>\u00a0J.\u00a0Haechler et F.\u00a0Jouffroy-Gauja, \u00ab\u00a0L\u2019article certitude de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> comment\u00e9 par un souscripteur anonyme\u00a0\u00bb, art.\u00a0cit\u00e9.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a>\u00a0Cit\u00e9 par John Lough, <em>Essays on the <\/em>Encyclop\u00e9die<em> of Diderot and D\u2019Alembert<\/em>, London, Oxford University Press, 1968, p.\u00a0266-267.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0It is difficult for the modern reader not to share this scepticism about the sincerity of the conclusion which Diderot penned for the article certitude\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0267).<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a>\u00a0Au sens d\u00e9fini par \u00c9lisabeth Bourguinat, <em>Le si\u00e8cle du persiflage, 1734-1789<\/em>, Paris, PUF, 1998.<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0II, p.\u00a0862a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a>\u00a0L\u2019image est employ\u00e9e par John Lough, qui l\u2019exprime dans une formule percutante\u00a0: \u00ab\u00a0the article certitude [\u2026] consists of an introduction and conclusion by Diderot with an article by De Prades sandwiched in between\u00a0\u00bb (<em>Essays on the <\/em>Encyclop\u00e9die<em> of Diderot and D\u2019Alembert<\/em>, ouvr. cit\u00e9, p.\u00a0266).<\/p><p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a>\u00a0<em>OCV<\/em>, t.\u00a035, p.\u00a0512.<\/p><p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a>\u00a0Selon le <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie<\/em> (\u00e9d.\u00a01762), \u00ab\u00a0on dit figur\u00e9ment &amp; proverbialement [\u2026] d\u2019Un homme qui se m\u00e9nage entre deux partis oppos\u00e9s, qu\u2019<em>Il donne une chandelle \u00e0 Dieu, &amp; une au diable<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a>\u00a0Voltaire \u00e0 D\u2019Alembert, 25\u00a0avril [1760] (D8872\u00a0; 60.05).<\/p><p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0V, p.\u00a0644va. Voir Marie Leca-Tsiomis, Annotation et dossier critique de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1249-0\/\">ENCYCLOP\u00c9DIE,\u00a0(<em>Philosoph.<\/em>)<\/a> sur l&rsquo;<em>ENCCRE<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.nakala.fr\/10.34847\/nkl.c871463a\">DOI<\/a><\/p><p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a>\u00a0La formule de Diderot, pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9e, suscite <em>a\u00a0contrario<\/em> les sarcasmes de Fr\u00e9ron\u00a0; voir la \u00ab\u00a0<em>Lettre de M.\u00a0de\u00a0*** \u00e0 M.\u00a0Fr\u00e9ron sur le mot ENCYCLOPEDIE du Dictionnaire qui porte ce nom<\/em>\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Ann\u00e9e litt\u00e9raire<\/em>, 1760, t.\u00a0III, p.\u00a0243-266\u00a0: \u00ab\u00a0Un <em>si\u00e8cle Philosophe<\/em> a pu vous choquer\u00a0; vous n\u2019oseriez hazarder un <em>si\u00e8cle po\u00ebte<\/em>, un <em>si\u00e8cle orateur<\/em>, des <em>connoissances philosophes<\/em>\u00a0; vous vous en tiendriez platement \u00e0 l\u2019analogie qui demanderoit un <em>si\u00e8cle philosophique<\/em>, parce que l\u2019usage veut qu\u2019on dise des <em>connoissances philosophiques<\/em> &amp; non <em>philosophes<\/em>, un <em>si\u00e8cle po\u00ebtique<\/em> &amp; non <em>po\u00ebte<\/em>. Mais ce sont de ces libert\u00e9s que le transcendant Editeur de l\u2019ENCYCLOPEDIE peut se permettre, sans qu\u2019on doive s\u2019en \u00e9tonner.\u00a0\u00bb (p.\u00a0253)<\/p><p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0V, p.\u00a0785b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a>\u00a0<em>CN<\/em>, t.\u00a03, p.\u00a0392.<\/p><p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a>\u00a0Voltaire \u00e0 D\u2019Alembert, 24\u00a0[mai 1757] (D7267\u00a0; 57.15).<\/p><p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a>\u00a0D\u2019Alembert \u00e0 Voltaire, 21\u00a0juillet [1757] (D7320\u00a0; 57.19).<\/p><p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a>\u00a0Voir Pierre R\u00e9tat, \u00ab\u00a0Le <em>Dictionnaire philosophique<\/em> de Voltaire. Concept et discours du dictionnaire\u00a0\u00bb, <em>RHLF<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a081, 1981, repris dans Marie-H\u00e9l\u00e8ne Cotoni (dir.), <em>Voltaire\/<\/em>Dictionnaire philosophique, Paris, Klincksieck, 1994, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Parcours critiques\u00a0\u00bb, p.\u00a0177-184, ici p.\u00a0183.<\/p><p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a>\u00a0<em>OCV<\/em>, t.\u00a035, p.\u00a0614-615.<\/p><p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a>\u00a0<em>Enc<\/em>., t.\u00a0II, p.\u00a0862a.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Platon r\u00eavait beaucoup, et on n\u2019a pas moins r\u00eav\u00e9 depuis. 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