{"id":557,"date":"2025-03-10T14:11:48","date_gmt":"2025-03-10T13:11:48","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=557"},"modified":"2025-05-20T12:27:40","modified_gmt":"2025-05-20T10:27:40","slug":"557","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=557","title":{"rendered":"L\u2019article ILLUSION de l\u2019<i>Encyclop\u00e9die<\/i>. Le po\u00e8te dup\u00e9 : Diderot et Nerval"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"557\" class=\"elementor elementor-557\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-65eac62 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"65eac62\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-f26d6ff elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"f26d6ff\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>L\u2019article de Diderot dans <em>L\u2019Encyclop\u00e9die <\/em><a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2036-0\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ILLUSION<em>, (Gram. &amp; Litt\u00e9rat.) <\/em><\/a>que Marie Leca-Tsomis attribue \u00e0 Diderot est l\u2019objet d\u2019une assez longue d\u00e9finition. C\u2019est cette derni\u00e8re qui a inspir\u00e9 ma r\u00e9flexion. Il existe une co\u00efncidence, certes paradoxale, entre ce texte et une nouvelle de Nerval, <em>Sylvie,<\/em> assez repr\u00e9sentative de l\u2019\u0153uvre, dite personnelle, de Nerval, au c\u0153ur du romantisme finissant. Le large corpus nervalien repose sur quelques id\u00e9es \u00ab\u00a0force\u00a0\u00bb dont l\u2019une, essentielle, est l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 contemporaine qui d\u00e9\u00e7oit les espoirs d\u2019une jeunesse rev\u00e9cue sur le mode de l\u2019illusion\u00a0: une illusion dup\u00e9e.<\/p><p>Il faut souligner l\u2019admiration de Nerval pour l\u2019\u0153uvre de Diderot, il pr\u00e9sente en effet ses pi\u00e8ces et les \u0153uvres o\u00f9 il commente sa conception du th\u00e9\u00e2tre comme une vraie r\u00e9volution th\u00e9\u00e2trale. Il est bien, selon lui, \u00ab\u00a0l\u2019inventeur du drame bourgeois\u00a0\u00bb qui ouvre la voie \u00e0 Beaumarchais et au drame romantique, celui des plus grands. Nerval admire aussi le romancier, avec en tout premier, <em>Jacques le Fataliste <\/em>et <em>Le Neveu de Rameau<\/em>, qu\u2019il cite \u00e0 plusieurs reprises. Enfin il semble bien conna\u00eetre le philosophe, il cite <em>Le R\u00eave de d\u2019Alembert<\/em>, fait allusion \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 son d\u00e9isme et \u00e0 des id\u00e9es sociales pr\u00e9sageant la R\u00e9volution. Il cite une fois l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>.<\/p><h4><strong>La d\u00e9finition de \u00a0\u00ab l\u2019illusion \u00bb dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em><\/strong><\/h4><p>L\u2019\u00ab\u00a0illusion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est le mensonge des apparences\u00a0\u00bb, d\u00e9finition qui est celle de Platon, \u00ab\u00a0faire illusion\u00a0\u00bb, c\u2019est tromper par les apparences. Cette d\u00e9finition est suivie d\u2019un d\u00e9veloppement qui introduit un sujet, l\u2019auteur, mais aussi les lecteurs\u00a0: \u00ab\u00a0nos sens, nos passions\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on\u00a0croit \u00bb, parfois, vers la fin de l\u2019article une personnalisation plus directe\u00a0: \u00ab\u00a0mon illusion\u00a0\u00bb. Les r\u00e9actions de ce sujet sont analys\u00e9es en fonction d\u2019objets aux apparences mensong\u00e8res.<\/p><p>L\u2019illusion d\u2019optique qui affecte la vue est purement physique\u00a0: elle alt\u00e8re la grandeur, la forme, la couleur et la distance de l\u2019objet. En m\u00eame temps, elle est au principe de ces mensonges qui vont aveugler non plus les sens, mais le psychisme.<\/p><p>C\u2019est ce point qui vient ensuite et qui est d\u00e9taill\u00e9 : l\u2019illusion est alors envisag\u00e9e selon l\u2019influence qu\u2019elle a sur nos passions. En premier lieu, l\u2019alt\u00e9ration se pr\u00e9sente sous la forme g\u00e9n\u00e9rale d\u2019une perte de jugement, provoquant \u00ab\u00a0une injustice des actions ou des sentiments\u00a0\u00bb\u00a0: elle se pr\u00e9cise en \u00ab\u00a0augmentation\u00a0\u00bb psychique, soit\u00a0la crainte, soit le d\u00e9sir. Dans les deux cas, le jugement intellectuel ou moral est d\u00e9natur\u00e9\u00a0par un exc\u00e8s\u00a0d\u2019affectivit\u00e9 doubl\u00e9 d\u2019un affaiblissement de la raison. Le r\u00e9sultat est, en raison de cette double alt\u00e9ration, de surestimation ou de sous-\u00e9valuation :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>[\u2026] <em>l\u2019\u00a0illusion<\/em> augmente en proportion de la force du sentiment, et de la faiblesse de la raison ; elle fl\u00e9trit ou embellit toutes les jouissances, elle pare ou ternit toutes les vertus [\u00a7 1 de l&rsquo;article ILLUSION]<\/p><\/blockquote><p>L\u2019alt\u00e9ration, enfin, qui augmente le plaisir a son revers\u00a0: le retour \u00e0 cette esp\u00e8ce de point mort qu\u2019est la raison au moment o\u00f9 on perd les illusions agr\u00e9ables. Elle entra\u00eene une chute \u00ab\u00a0dans l\u2019inertie et le d\u00e9go\u00fbt\u00a0\u00bb.<\/p><p>Second point central dans la suite du ph\u00e9nom\u00e8ne que repr\u00e9sente l\u2019illusion, et tandis qu\u2019au \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb se substitue le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, elle sous-tend l\u2019enthousiasme<u>,<\/u> met en jeu directement \u00e0 la fois le sujet, ses sentiments, sa raison. Le monde ext\u00e9rieur s\u2019en trouve transform\u00e9, il attire particuli\u00e8rement la vue et l\u2019esprit\u00a0: sa brillance est sup\u00e9rieure, l\u2019\u00e9loignement dans le temps, \u00a0l\u2019int\u00e9r\u00eat ou le prestige fascinent. Le caract\u00e8re illusoire de l\u2019exp\u00e9rience se r\u00e9sume dans l\u2019expression \u00ab\u00a0fausse importance\u00a0\u00bb. Mais, et Diderot en convient, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 la totalit\u00e9 du monde que nous consid\u00e9rons sous le mode de l\u2019illusion. L\u2019illusoire est partie int\u00e9grante de notre vision du monde, soumis en quelque sorte, de facto, \u00e0 la m\u00eame d\u00e9formation qu\u2019avec des verres optiques.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Y- a-t-il de l\u2019enthousiasme sans illusion ? Tout ce qui nous en impose par son \u00e9clat, son antiquit\u00e9, sa fausse importance, nous fait illusion. En ce sens ce monde est un monde d\u2019illusions. [ibid.]<\/p><\/blockquote><p>Ce qui peut appara\u00eetre comme assez d\u00e9senchant\u00e9 semble corrig\u00e9 par deux consid\u00e9rations sur les bienfaits des \u00ab\u00a0illusions douces et consolantes, qu\u2019il serait cruel d\u2019\u00f4ter aux hommes\u00a0\u00bb. Un bienfait ironique\u00a0: l\u2019illusion entretient l\u2019amour-propre qui est quant \u00e0 lui le principe de la vie ou plus exactement, le principe de la vie dans un monde qui est celui de l\u2019illusion. Les deux exemples qui suivent vont dans ce sens, la nature humaine s\u2019en nourrit dans au moins deux circonstances\u00a0en rapport avec l\u2019id\u00e9e illusoire que la vie est en soi essentielle\u00a0: l\u2019enfantement et le recul devant le suicide pour l\u2019homme malheureux. Une sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019illusion qui n\u2019\u00e9tait jusque-l\u00e0 qu\u2019implicite appara\u00eet\u00a0: c\u2019est le charme qui lui est attach\u00e9. Ce \u00ab\u00a0charme\u00a0\u00bb nous ram\u00e8ne au pseudo prodige de l\u2019illusion d\u2019optique. Encore cette magie est-elle facteur d\u2019un aveuglement d\u00e9vastateur en ce qu\u2019il engage le principe m\u00eame de la plupart de nos actions, leur vanit\u00e9 et l\u2019amertume qui en r\u00e9sultent. Ce charme est\u00a0assum\u00e9 ici par le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et se pr\u00e9sente comme composant un ensemble in\u00e9luctable\u00a0:\u00a0 la valeur du sacrifice exig\u00e9 par notre action et la\u00a0frivolit\u00e9 de son r\u00e9sultat\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>C\u2019est le charme de l<em>\u2019illusion<\/em> qui nous aveugle en une infinit\u00e9 de circonstances, sur la valeur du sacrifice qu\u2019on exige de nous, et sur la frivolit\u00e9 de la r\u00e9compense qu\u2019on y attache.<\/p><\/blockquote><p>Enfin, l\u2019illusion port\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00abextr\u00eame\u00bb engendre le d\u00e9sabusement. C\u2019est le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb qui \u00e9tablit la progression\u00a0: \u00ab l\u2019admiration,\u00a0le transport, l\u2019enthousiasme\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s, puis la chute \u00ab\u00a0la fureur et le fanatisme\u00a0\u00bb, toutes violences honnies de l\u2019homme de vertu et de tol\u00e9rance.<\/p><p>Le texte ne marque aucune rupture et pourtant, on passe, <em>ex abrupto<\/em>, au rapport qu\u2019entretient l\u2019illusion et l\u2019art\u00a0: l\u2019art oratoire et celui du po\u00e8te, puis plus pr\u00e9cis\u00e9ment du po\u00e8te dramatique. Le mot \u00ab\u00a0persuasion\u00a0\u00bb attach\u00e9 \u00e0 l\u2019orateur permet d\u2019entrevoir une d\u00e9monstration illusoire, c\u2019est-\u00e0-dire factice. Le po\u00e8te et l\u2019illusion sont indissociables et la figure en t\u00e9moigne\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019<em>illusion<\/em> marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du po\u00e8te\u00a0\u00bb. Revient la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la magie qui fait ici le lien entre les deux pratiques en cause. Mais, comme plus haut, qui dit\u00a0\u00ab\u00a0magie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0prestiges\u00a0\u00bb dit duperie\u00a0: alternative contradictoire qui scande le texte et fait l\u2019essentiel de son unit\u00e9. Nous verrons qu\u2019elle correspond, sur bien des aspects, \u00e0 la structure du texte nervalien.<\/p><p>La derni\u00e8re partie de l\u2019article est une fausse conclusion\u00a0: elle s\u2019adresse au \u00ab\u00a0po\u00e8te dramatique\u00a0\u00bb et aborde un point qui touche directement Diderot. Il y pr\u00e9cise sa propre conception de l\u2019<em>illusion <\/em>th\u00e9\u00e2trale et d\u00e9finit le principe d\u2019un sujet dramatique simple et \u00ab\u00a0point trop \u00e9loign\u00e9 du cours naturel des choses\u00a0\u00bb, d\u00e9velopp\u00e9 dans <em>De la po\u00e9sie dramatique.<\/em><\/p><p>Reste que ce refus de tout exc\u00e8s \u00ab\u00a0des circonstances fortuites\u00a0\u00bb ne manque pas de rappeler abstraitement cette hantise du d\u00e9passement qui semble comme r\u00e9actualiser dans le domaine th\u00e9\u00e2tral les m\u00e9faits de l\u2019illusion. Comme il est dit plus haut elle \u00ab\u00a0augmente en proportion de la force du sentiment et de la faiblesse de la raison\u00a0\u00bb. Ce dernier point apparemment accessoire nous m\u00e8ne au r\u00f4le de l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale essentiel dans l\u2019\u0153uvre de Nerval et tout particuli\u00e8rement dans <em>Sylvie.<\/em><\/p><h4><strong>L\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale d\u2019un \u00ab\u00a0po\u00e8te dramatique\u00a0\u00bb dans <em>Sylvie.<\/em><\/strong><\/h4><p>On conna\u00eet l\u2019ouverture du premier chapitre de <em>Sylvie\u00a0<\/em>:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Je sortais d\u2019un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 tous les soirs je paraissais en grande tenue de soupirant.<\/p><\/blockquote><p>Celui qui dit \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb ici, le narrateur de la nouvelle, se r\u00e9v\u00e8le un peu plus loin dans ce m\u00eame chapitre en \u00eatre aussi le h\u00e9ros. Ce h\u00e9ros est po\u00e8te et se d\u00e9finit comme tel. Dire qu\u2019il \u00ab marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses illusions\u00a0\u00bb est en donner une d\u00e9finition relative, car ses illusions le constituent \u00e0 proprement parler. Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es 1830, caract\u00e9ris\u00e9 par la perte des illusions qu\u2019ont repr\u00e9sent\u00e9 les suites de la r\u00e9volution de Juillet et le retour \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 qui va largement caract\u00e9riser la monarchie du m\u00eame nom. Cette derni\u00e8re s\u2019affiche d\u2019abord dans cette \u00ab\u00a0cur\u00e9e\u00a0\u00bb des ambitions suscit\u00e9es par le changement de r\u00e9gime. Le h\u00e9ros ne trouve pour asile, loin de cette foule opportuniste, que \u00ab\u00a0dans la tour d\u2019ivoire des po\u00e8tes\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>\u00c0 ces points \u00e9lev\u00e9s [\u2026] nous respirions enfin l\u2019air pur des solitudes, nous buvions l\u2019oubli dans la coupe d\u2019or des \u00a0 l\u00e9gendes, nous \u00e9tions ivres de po\u00e9sie et d\u2019amour. Amour, h\u00e9las\u00a0! des formes vagues et des teintes roses et bleues, des fant\u00f4mes m\u00e9taphysiques. Vue de pr\u00e8s la femme r\u00e9elle r\u00e9voltait notre ing\u00e9nuit\u00e9\u00a0; il fallait qu\u2019elle appar\u00fbt reine ou d\u00e9esse, et surtout n\u2019en pas approcher.<\/p><\/blockquote><p>Le h\u00e9ros-po\u00e8te se pr\u00e9sente donc comme dupe de ses \u00ab\u00a0prestiges\u00a0\u00bb, mais cela en toute conscience, r\u00e9fugi\u00e9 dans ses illusions, volontairement. Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019ouverture du chapitre et \u00e0 son \u00ab\u00a0costume de soupirant\u00a0\u00bb, la passion qui l\u2019anime int\u00e8gre sa propre th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 sans aucun souhait de sortir de son cercle. L\u2019objet de cette passion est, de plus, une actrice, et il ne s\u2019agit, en aucun cas, selon lui, \u00ab\u00a0de troubler le miroir magique qui me renvoyait son image\u00a0\u00bb. On n\u2019en finirait pas dans ce tout d\u00e9but de la nouvelle de relever les termes qui se concentrent dans cette expression \u00ab\u00a0miroir magique\u00a0\u00bb et dont on a vu plus haut qu\u2019elle est dans la droite ligne de la figure choisie par Diderot pour d\u00e9finir l\u2019illusion.<\/p><p>L\u2019actrice, est pr\u00e9sent\u00e9e comme une fixation de l\u2019illusion. L\u2019effet qu\u2019elle produit ici, depuis la salle o\u00f9 se situe le h\u00e9ros, est sc\u00e9nique. L\u2019art de l\u2019acteur en 1830, n\u2019est plus celui recommand\u00e9 par le <em>Paradoxe<\/em>, au demeurant en rapport direct avec les recommandations donn\u00e9es au po\u00e8te dramatique \u00e0 la fin de l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, proche de l\u2019esth\u00e9tique que souhaitait Diderot au service du drame bourgeois<em>. <\/em>Plus question d\u00e9sormais d\u2019un jeu sobre, domin\u00e9 par un art ma\u00eetris\u00e9 qui secondarise les \u00e9motions, ne fait que les reproduire. Le jeu est d\u00e9sormais adapt\u00e9 au m\u00e9lodrame \u00e0 succ\u00e8s, ce \u00e0 quoi correspondrait dans le texte le renvoi \u00e0 \u00ab\u00a0un maussade chef d\u2019\u0153uvre d\u2019alors\u00a0\u00bb ou bient\u00f4t au drame romantique. Il se caract\u00e9rise au contraire par une reproduction comme imm\u00e9diate des sentiments dict\u00e9s par le r\u00f4le (Marie Dorval et Fr\u00e9d\u00e9ric Lema\u00eetre furent les illustres repr\u00e9sentants de ce jeu). Cette expressivit\u00e9 int\u00e9rioris\u00e9e par le spectateur ne peut qu\u2019encourager l\u2018illusion d\u2019un id\u00e9al sentimental accompli : sa perception est soumise \u00e0 l\u2019\u00e9motion volontairement int\u00e9rioris\u00e9e par l\u2019actrice\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Je me sentais vivre en elle, et elle vivait pour moi seul.\u00a0Son sourire me remplissait d\u2019une b\u00e9atitude infinie [\u2026] Elle avait pour moi toutes les perfections\u00a0; elle r\u00e9pondait \u00e0 tous mes enthousiasmes, \u00e0 tous mes caprices.<\/p><\/blockquote><p>Le mot \u00ab\u00a0enthousiasme\u00a0\u00bb appara\u00eet deux fois dans l\u2019article de Diderot. C\u2019est en son centre qu\u2019il est d\u00e9velopp\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Y-a-t-il de l\u2019enthousiasme sans illusion\u00a0? [\u2026] En ce sens, ce monde est un monde d\u2019illusions\u00a0\u00bb. Dans ce premier chapitre, on peut dire que l\u2019enthousiasme habite le jeu de l\u2019actrice Aur\u00e9lie, dans le m\u00eame temps que sa r\u00e9ception. Le h\u00e9ros de Sylvie est de plus, on l\u2019a vu, po\u00e8te. Dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v7-912-1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">G\u00e9nie<\/span>, (<em>Philosophie &amp; Litt\u00e9r<\/em>.)<\/a> de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> attribu\u00e9 \u00e0 Saint-Lambert, l\u2019enthousiasme est la qualit\u00e9 essentielle du g\u00e9nie, qui habite les grands penseurs et les po\u00e8tes.<\/p><p>L\u2019ouverture de ce premier chapitre repose sur l\u2019illusion fondatrice que la nouvelle va d\u00e9velopper\u00a0: spectateur et spectacle hors r\u00e9alit\u00e9, illumination provoqu\u00e9e par l\u2019actrice, enthousiasme et jouissance. La pr\u00e9sentation critique de l\u2019\u00e9poque historique o\u00f9 se situe ce premier chapitre entra\u00eene le choix volontaire du monde de l\u2019illusion o\u00f9 s\u2019est situ\u00e9 le h\u00e9ros. Celui-ci va bient\u00f4t quitter la ville pour ne pas en alt\u00e9rer la \u00ab\u00a0magie\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le th\u00e9\u00e2tre et la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, essence ou support de l\u2019illusion et de l\u2019enthousiasme qu\u2019elle provoque occupent une place centrale dans l\u2019ensemble du r\u00e9cit. La fixation de l\u2019illusion a pour objets successifs trois h\u00e9ro\u00efnes. On a vu que la com\u00e9dienne Aur\u00e9lie en \u00e9tait l\u2019incarnation premi\u00e8re. Pourtant elle n&rsquo;est, on le comprend d\u00e8s le chapitre II, que la projection d\u2019Adrienne, un souvenir d\u2019enfance, racine de la passion\u00a0\u00ab\u00a0magique\u00a0\u00bb, d\u00e9j\u00e0 au demeurant affect\u00e9e de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Nous reviendrons sur cette part du souvenir dans la cr\u00e9ation de l\u2019illusion.\u00a0 Adrienne appara\u00eet \u00e0 l\u2019enfant qu\u2019\u00e9tait alors le h\u00e9ros au centre d\u2019un \u00ab\u00a0tableau\u00a0\u00bb engendr\u00e9 par la r\u00eaverie. Le d\u00e9cor, naturel, est un ch\u00e2teau Henri\u00a0IV, celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans le po\u00e8me <em>Fantaisie<\/em>, dont la pelouse est la sc\u00e8ne. L\u2019\u00e9clairage est la lumi\u00e8re du soleil couchant. Le public est celui de la ronde o\u00f9 des jeunes filles chantent des airs anciens. Au centre de la ronde les acteurs principaux, le jeune h\u00e9ros et Adrienne, puis Adrienne seule chantant au clair de lune, enfin Adrienne couronn\u00e9e par le narrateur\u00a0: \u00ab\u00a0Elle ressemblait \u00e0 la B\u00e9atrice de Dante qui sourit au po\u00e8te\u00a0\u00bb. L\u2019illusion du chapitre\u00a0I est r\u00e9solue par le rapprochement conscient entre Aur\u00e9lie et Adrienne, \u00e0 moins, contre toute vraisemblance, que, selon le h\u00e9ros, les deux figures f\u00e9minines n\u2019en soient qu\u2019une. L\u2019illusion se d\u00e9compose et se recompose pour \u00eatre momentan\u00e9ment \u00e9cart\u00e9e et laisser place \u00e0 Sylvie, la toute jeune amie du h\u00e9ros enfant, devenue plus tard dentelli\u00e8re. Celle-ci va occuper la sc\u00e8ne du souvenir des chapitres IV \u00e0 VI. Elle n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralisation qui se fixe, au chapitre\u00a0VI, dans une sc\u00e8ne de d\u00e9guisement en \u00ab\u00a0mari\u00e9s du temps pass\u00e9\u00a0\u00bb. Cette sc\u00e8ne substitue \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 solidement ancr\u00e9e dans le pr\u00e9sent actualis\u00e9 du jeune couple l\u2019illusion d\u2019une p\u00e9rennit\u00e9 enchant\u00e9e. Le chapitre\u00a0VII r\u00e9introduit, on le verra plus loin, dans l\u2019abbaye de Cha\u00e2lis, Adrienne, cette fois h\u00e9ro\u00efne elle-m\u00eame d\u2019une repr\u00e9sentation lyrique. Enfin, \u00e0 la suite de la d\u00e9ception \u00e9prouv\u00e9e par les retrouvailles avec\u00a0 Sylvie et le monde de l\u2019enfance, le retour \u00e0 Paris du narrateur \u00e0 l\u2019avant dernier chapitre am\u00e8ne la r\u00e9apparition d\u2019Aur\u00e9lie acceptant de jouer une pi\u00e8ce\u00a0 \u00e9crite pour elle par le narrateur, devenu entre-temps po\u00e8te dramatique. Au centre de ce chapitre, le narrateur condense en quelques mots son exp\u00e9rience\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Que dire maintenant qui ne soit l\u2019histoire de tant d\u2019autres\u00a0? J\u2019ai pass\u00e9 par tous les cercles de ces lieux d\u2019\u00e9preuve qu\u2019on appelle th\u00e9\u00e2tres. \u00ab\u00a0J\u2019ai mang\u00e9 du tambour et bu de la cymbale\u00a0\u00bb, comme dit la phrase d\u00e9nu\u00e9e de sens apparent des initi\u00e9s d\u2019\u00c9leusis. Elle signifie sans doute qu\u2019il faut au besoin passer les bornes du non-sens et de l\u2019absurdit\u00e9\u00a0: la raison pour moi, c\u2019\u00e9tait de conqu\u00e9rir et de fixer mon id\u00e9al.<\/p><\/blockquote><h4><strong>Les avatars narratifs de l\u2019illusion, magie et duperie<\/strong><\/h4><p>Les avatars de l\u2019illusion rendent compte de la complexit\u00e9 de la narration dans <em>Sylvie. <\/em>Elle repose essentiellement sur le jeu des temporalit\u00e9s, pass\u00e9 des ann\u00e9es 1830, pass\u00e9s successifs de l\u2019enfance et de la jeunesse, pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture, assez impr\u00e9cis. On pourrait y ajouter le temps intemporel des chansons anciennes qui scandent le r\u00e9cit. Parall\u00e8lement, on l\u2019a vu, la pr\u00e9sence altern\u00e9e de trois figures f\u00e9minines. Jusqu\u2019au chapitre\u00a0VII, on peut consid\u00e9rer que le r\u00e9cit se fonde sur l\u2019illusion \u00ab\u00a0magique\u00a0\u00bb telle que la d\u00e9crit Diderot. Cette derni\u00e8re est \u00e0 rattacher au ph\u00e9nom\u00e8ne du souvenir que l\u2019on trouve d\u00e9crit dans l\u2019article\u00a0<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v7-912-1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">G\u00e9nie<\/a>. Son r\u00f4le est indissociable de l\u2019illusion et particuli\u00e8rement sensible chez l\u2019homme de g\u00e9nie, incluant, on l\u2019a vu, le po\u00e8te\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Lorsque l\u2019\u00e2me a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e par l\u2019objet m\u00eame, elle l\u2019est encore par le souvenir\u00a0; mais dans l\u2019homme de <em>g\u00e9nie<\/em>, l\u2019imagination va plus loin : il se rappelle des id\u00e9es avec un sentiment plus vif qu\u2019il ne les a re\u00e7ues, parce qu\u2019\u00e0 [ces] id\u00e9es mille autres se lient, plus propres \u00e0 faire na\u00eetre le sentiment. [\u00a73 de l&rsquo;article G\u00e9nie]<\/p><\/blockquote><p>Le chapitre\u00a0VII cl\u00f4t la partie du texte consacr\u00e9e aux souvenir d\u2019enfance. Il en fait partie, mais sur l\u2019\u00e9trange mode de la digression pr\u00e9cisant la conscience qu\u2019a le h\u00e9ros de sa force myst\u00e9rieuse. Le voyageur est sur le chemin de Loisy, selon la d\u00e9cision prise au chapitre I, mais la route passe \u00e0 un moment donn\u00e9, par celle qu\u2019il a emprunt\u00e9e autrefois, en carriole, pour aller \u00e0 une \u00ab\u00a0solennit\u00e9 du pays\u00a0\u00bb dans l\u2019ancienne abbaye de Cha\u00e2lis. Il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation all\u00e9gorique o\u00f9 doivent figurer quelques pensionnaires d\u2019un couvent voisin\u00a0\u00bb. Adrienne, dont il croit savoir en effet qu\u2019elle est devenue religieuse, joue le r\u00f4le principal de ce qui ressemble \u00e0 un myst\u00e8re chant\u00e9. Il \u00e9voque la fin de ce monde, d\u00e9truit par l\u2019ange de la mort, lui-m\u00eame contrari\u00e9 par l\u2019esprit de l\u2019ab\u00eeme, jou\u00e9 par Adrienne, convoquant les autres esprits \u00e0 venir admirer la gloire du Christ. Le caract\u00e8re \u00ab\u00a0antique\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0myst\u00e8re des anciens temps, l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9clat\u00a0\u00bb des effets de lumi\u00e8re, de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9p\u00e9e flamboyante\u00a0\u00bb brandie par l\u2019h\u00e9ro\u00efne, le sujet de l\u2019intrigue nous ram\u00e8nent \u00e0 la d\u00e9finition de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 illusoire \u00e0 laquelle adh\u00e8re le h\u00e9ros .<\/p><p>Pourtant, au paragraphe suivant survient l\u2019interrogation sur le rapport que la sc\u00e8ne rem\u00e9mor\u00e9e peut avoir eu avec la r\u00e9alit\u00e9\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>En me retra\u00e7ant ces d\u00e9tails, j\u2019en suis \u00e0 me demander s\u2019ils sont r\u00e9els, ou bien si je les ai r\u00eav\u00e9s. Nous nous \u00e9tions arr\u00eat\u00e9s quelques instants dans la maison du garde, \u2013 \u00a0o\u00f9 ce qui m\u2019a frapp\u00e9 beaucoup, il y avait un cygne \u00e9ploy\u00e9 sur la porte, puis au-dedans de hautes armoiries en noyer sculpt\u00e9, une grande horloge [\u2026] Mais l\u2019apparition d\u2019Adrienne est-elle aussi vraie que ces d\u00e9tails et que l\u2019existence incontestable de l\u2019abbaye de Cha\u00e2lis [\u2026] Ce souvenir est une obsession peut-\u00eatre ! [\u2026]<\/p><\/blockquote><p>On voit ici s\u2019inscrire le temps impr\u00e9cis et confus qui pr\u00e9c\u00e8de la conscience prise de la nature de l\u2019illusion, le moment o\u00f9 le sujet se repr\u00e9sente mentalement les \u00ab\u00a0passions\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la force des sentiments\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la faiblesse de la raison\u00a0\u00bb qui les d\u00e9terminent. Le chapitre VIII qui suit inaugure pr\u00e9cis\u00e9ment le temps de la d\u00e9sillusion en opposant le souvenir \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique\u00a0: narrateur et lecteur retrouvent, apr\u00e8s cette plong\u00e9e dans le pass\u00e9, la premi\u00e8re temporalit\u00e9, celle du chapitre I, des ann\u00e9es 1830, de l\u2019\u00e2ge adulte.\u00a0 Le voyage entrepris au chapitre III et le charme de la r\u00eaverie qui a r\u00e9anim\u00e9 les souvenirs d\u2019enfance, arrivent \u00e0 leur terme. Des chapitres VIII \u00e0 XII on peut parler du premier temps de la d\u00e9sillusion\u00a0face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de ce que sont devenus le personnage de Sylvie et le pays enchant\u00e9 de l\u2019enfance, tous deux transform\u00e9s, emport\u00e9s par le mouvement de l\u2019histoire, de l\u2019industrialisation et du commerce. L\u2019annonce du prochain mariage de Sylvie avec son fr\u00e8re de lait\u00a0: \u00ab\u00a0\u2014 C\u2019est une fatalit\u00e9 qui m\u2019\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e d\u2019avoir un fr\u00e8re de lait dans un pays illustr\u00e9 par Rousseau \u2014 qui voulait supprimer les nourrices\u00a0\u00bb, d\u00e9cide du retour \u00e0 Paris du h\u00e9ros. L\u2019humour qui envahit le chapitre\u00a0XII masque \u00ab\u00a0l\u2019inertie et le d\u00e9go\u00fbt\u00a0\u00bb du constat. Le chapitre\u00a0XIII fait \u00e9cho au premier, Aur\u00e9lie r\u00e9appara\u00eet, mais c\u2019est elle-m\u00eame qui rompt le fil enchanteur qui la confondait avec Adrienne.<\/p><p>Enfin, le \u00ab\u00a0Dernier Feuillet\u00a0\u00bb est celui de la reconnaissance ultime des l\u2019illusions, donn\u00e9es comme telles\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Telles sont les chim\u00e8res qui charment et \u00e9garent au matin de la vie. J\u2019ai essay\u00e9 de les fixer sans beaucoup d\u2019ordre, mais bien des c\u0153urs me comprendront. <em>Les <strong>illusions<\/strong> tombent l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre,<\/em> comme les \u00e9corces d\u2019un fruit, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience. Sa saveur est am\u00e8re\u00a0; [\u2026] La campagne d\u2019Ermenonville a perdu sa seule \u00e9toile\u00a0qui chatoyait pour moi d\u2019un double \u00e9clat. Tour \u00e0 tour bleue et rose, comme l\u2019astre trompeur d\u2019Aldebaran, c\u2019\u00e9tait Adrienne ou Sylvie, \u2013 c\u2019\u00e9tait les deux moiti\u00e9s d\u2019un m\u00eame amour. [Je souligne]<\/p><\/blockquote><p>Sylvie, dentelli\u00e8re puis ganti\u00e8re au village, est devenue p\u00e2tissi\u00e8re \u00e0 la \u00ab ville \u00bb, Dammartin o\u00f9 \u00ab cela donne beaucoup \u00bb. L\u2019ultime illusion cl\u00f4t enfin le chapitre : Adrienne, dont la qu\u00eate a parcouru le r\u00e9cit, est morte approximativement au moment de l\u2019entr\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre du h\u00e9ros au premier chapitre. Reste le mod\u00e8le po\u00e9tique, bien r\u00e9el, que l\u2019enfance a engendr\u00e9 et que r\u00e9actualisent <em>Les Chansons et L\u00e9gendes du Valois<\/em>, sous le m\u00eame titre courant de <em>Sylvie.<\/em><\/p><p><em>\u00a0<\/em><\/p><h4><strong>Fiction, illusion et v\u00e9rit\u00e9, non la v\u00e9rit\u00e9, mais lui ressemblant<\/strong><\/h4><p>Ce travail sur les temporalit\u00e9s et la d\u00e9multiplication des h\u00e9ro\u00efnes exige donc un agencement narratif complexe o\u00f9 les changements de plan cassent la continuit\u00e9 du r\u00e9cit. Ces effets de rupture agissent peu sur l\u2019unit\u00e9 du chapitre qui reste la \u00ab\u00a0mesure\u00a0\u00bb narrative de base, mais sur le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. La fracture est surtout au centre du r\u00e9cit, mais elle est aussi souvent subtilement sugg\u00e9r\u00e9e\u00a0: magie et duperie sont pr\u00e9sentes dans la m\u00eame s\u00e9quence. La structure de la nouvelle est de ce fait \u00e0 la fois formellement r\u00e9guli\u00e8re, mais irr\u00e9guli\u00e8re dans son contenu temporel, actantiel et quant \u00e0 la teneur s\u00e9mantique des mots \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mensonge des apparences\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0illusion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0charme\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0d\u00e9go\u00fbt\u00a0\u00bb etc. La composition g\u00e9n\u00e9rale fait de chaque chapitre soit une \u00ab\u00a0sc\u00e8ne\u00a0\u00bb harmonieuse, type \u00ab\u00a0Le voyage \u00e0 Cyth\u00e8re\u00a0\u00bb, un parcours, \u00ab\u00a0Ermenonville\u00a0\u00bb, soit une composition plus \u00e9labor\u00e9e, comme au chapitre I o\u00f9 sc\u00e8ne, narration, commentaire, temporalit\u00e9s se succ\u00e8dent ou au chapitre XIII o\u00f9 ils s\u2019inversent. L\u2019effet digressif \u00ab\u00a0interne\u00a0\u00bb appara\u00eet dans ces derniers cas, il joue sa partition \u00e0 part enti\u00e8re dans d\u2019autres, comme en VII, \u00e0 la temporalit\u00e9 impr\u00e9cise, semblant s\u2019isoler tout en brouillant la nature de la perception. Finalement, cette multiplication des plans narratifs, cette unit\u00e9 perturb\u00e9e savamment, rappelle l\u2019admiration de Diderot pour un art qui ne soit pas le reflet de la nature, mais qui, dans son d\u00e9r\u00e8glement, manifeste son rapport non \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 objective mais \u00e0 une repr\u00e9sentation subjective qui approche de sa v\u00e9rit\u00e9. Il est difficile de savoir ce que Nerval a lu dans l\u2019\u0153uvre de Diderot. <em>Les Nuits d\u2019Octobre <\/em>\u00e9voquent <em>Jacques le Fataliste<\/em> et laisse \u00e0 penser que <em>Le Neveu <\/em>est pr\u00e9sent \u00e9galement \u00e0 ce texte r\u00e9aliste\/fantaisiste. Le roman par lettres, essentiellement digressif, <em>Les Faux Saulniers,<\/em> dont la version abr\u00e9g\u00e9e, <em>Ang\u00e9lique<\/em>, composera la premi\u00e8re nouvelle des <em>Filles du Feu<\/em>, rattache directement sa filiation \u00e0 Diderot. <em>Sylvie<\/em> dans sa cl\u00f4ture apparente en garderait un souvenir, certes lointain, mais sensible dans ses d\u00e9r\u00e8glements internes. Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>dont je suis partie. L\u2019illusion, cette disjonction essentielle entre le r\u00e9el et l\u2019irr\u00e9el qui compose \u00ab\u00a0notre monde\u00a0\u00bb est bien l\u2019objet du r\u00e9cit, et le travail consid\u00e9rable de la narration, le caract\u00e8re incessant de cette qu\u00eate obsessionnelle en sont la repr\u00e9sentation. C\u2019est l\u2019art du r\u00e9cit qui diffuse cette perturbation de \u00ab\u00a0nos\u00a0\u00bb actions et de \u00ab\u00a0nos\u00a0\u00bb sentiments que Diderot attribuait \u00e0 la toute-puissance de l\u2019illusion \u00ab\u00a0qui nous aveugle en une infinit\u00e9 de circonstances\u00a0\u00bb.<\/p><p>L\u2019insistance narrative de Nerval \u00e0 consteller son objet de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019art va dans ce sens. Le r\u00e9cit n\u2019est en rien la \u00ab r\u00e9plique \u00bb de l\u2019illusion : on ne peut au demeurant capter le brouillage mental qu\u2019elle op\u00e8re en raison de sa nature m\u00eame. L\u2019art, seul, peut en donner une repr\u00e9sentation. Le caract\u00e8re \u00e9motionnel, subjectif, de l\u2019objet d\u00e9crit dans son article est revendiqu\u00e9 par Diderot. Le narrateur de <em>Sylvie<\/em> est aussi le h\u00e9ros, comme on l\u2019a vu et il se d\u00e9finit comme \u00ab po\u00e8te \u00bb, ce qui est rarement le cas dans les r\u00e9cits \u00ab personnels \u00bb de Nerval. De plus, il fait allusion \u00e0 une pi\u00e8ce \u00e9crite par lui au chapitre XII. Enfin, les <em>Chansons et L\u00e9gendes du Valois<\/em> font suite \u00e0 la nouvelle, proposant un art po\u00e9tique nouveau, celui des anciennes chansons populaires.<\/p><p>La mise en abyme est l\u00e0 pour rappeler cette omnipr\u00e9sence de l\u2019art dans la nouvelle, inversion ironique de la \u00ab\u00a0marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019illusion attribu\u00e9e au po\u00e8te. La nouvelle de Nerval fait appel \u00e0 la peinture, au roman, \u00e0 la philosophie pour scander ses r\u00e9f\u00e9rences au travail de l\u2019artiste.<\/p><p>Parmi tant d\u2019exemples, car le r\u00e9cit abonde en r\u00e9f\u00e9rences, on peut placer en premier la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Watteau en nous r\u00e9f\u00e9rant toujours \u00e0 l\u2019article, mais en pensant aussi aux <em>Salons <\/em>de Diderot. Elle est dans le titre m\u00eame du chapitre\u00a0IV\u00a0: \u00ab\u00a0Un Voyage \u00e0 Cyth\u00e8re\u00a0\u00bb qui ouvre la remont\u00e9e du temps de l\u2019enfance dans la r\u00eaverie qui occupe le voyage en voiture vers Loisy. Il s\u2019agit de la f\u00eate patronale des chevaliers de l\u2019arc o\u00f9 se trouvent rassembl\u00e9s le narrateur qui revient au village apr\u00e8s ses \u00e9tudes \u00e0 Paris et Sylvie. Elle s\u2019ach\u00e8ve par la travers\u00e9e en barque vers une \u00eele au milieu d\u2019un \u00e9tang, le texte se fait plus pr\u00e9cis\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>La travers\u00e9e du lac avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e peut-\u00eatre pour rappeler le <em>Voyage \u00e0 Cyth\u00e8re<\/em> de Watteau. Nos costumes modernes d\u00e9rangeaient seuls l\u2019illusion.<\/p><\/blockquote><p>Illusion dans l\u2019illusion, car on sait que le <em>P\u00e8lerinage<\/em>, dans son cadre enchanteur dit \u00e0 la fois le bonheur des amants et leur m\u00e9lancolie. Parall\u00e8lement, plus loin dans le chapitre, une touche d\u2019amertume empreint le dialogue o\u00f9 Sylvie reproche au h\u00e9ros, comme elle fera plus gravement au chapitre\u00a0VIII, sa longue absence, d\u00e9signant la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019illusion dans ce qu\u2019elle a d\u2019in\u00e9luctable. Le tableau devient la figuration de l\u2019illusion\/d\u00e9sillusion repr\u00e9sent\u00e9e par le personnage de Sylvie dans l\u2019ensemble du r\u00e9cit.<\/p><p>La r\u00e9f\u00e9rence la plus connue dans la nouvelle est celle \u00e0 <em>La Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>, de Rousseau et sa double lecture par le narrateur et Sylvie. Le h\u00e9ros l\u2019encourage \u00e0 lire l\u2019\u0153uvre \u00ab\u00a0sublime\u00a0\u00bb. Elle le fait apr\u00e8s que celui-ci est parti pour Paris, s\u2019identifie \u00e0 Julie et confond le h\u00e9ros avec Saint-Preux. Mais la solitude l\u2019entra\u00eene \u00e0 lire la <em>Pr\u00e9face<\/em> et sa mise en garde. Alors la crainte la prend et la raison triomphe sur ce qu\u2019elle comprend \u00eatre une illusion, fixant spontan\u00e9ment la signification du livre. La r\u00e9f\u00e9rence au roman de Rousseau duplique ici encore l\u2019exp\u00e9rience repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p><p>Plus largement, la pens\u00e9e philosophique de Rousseau, est \u00e9voqu\u00e9e au chapitre\u00a0XI, \u00e0 nouveau dans la perspective de l\u2019illusion, mais cette fois comme invers\u00e9e\u00a0: il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9flexion large sur une pens\u00e9e con\u00e7ue comme \u00ab\u00a0dernier \u00e9cho des sagesses antiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0lait des forts\u00a0\u00bb que Rousseau \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb a l\u00e9gu\u00e9, mais que le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, trop faible pour en comprendre les le\u00e7ons, a laiss\u00e9 s\u2019\u00e9tioler. Le vrai pr\u00e9c\u00e8de cette fois l\u2019illusion, comme la <em>Pr\u00e9face <\/em>pr\u00e9c\u00e9dait le livre, c\u2019est la raison, le projet politique et social, qui a \u00e9t\u00e9 trahi \u00e0 la suite de la r\u00e9volution de 1830. L\u2019espoir d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, son \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement\u00a0\u00bb, \u00e9tait une illusion d\u00e9nonc\u00e9e au premier chapitre et planant sur l\u2019ensemble de la nouvelle. Rousseau et Diderot sont toujours cit\u00e9s ensemble comme pr\u00e9curseurs historiques de la R\u00e9volution dans l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre.<\/p><p>Enfin, cette pr\u00e9sence insistante de l\u2019art comme seul capable de donner une juste, quoique subjective, repr\u00e9sentation de l\u2019illusion, passe par la fusion du narrateur avec son h\u00e9ros-po\u00e8te. Il fait allusion \u00e0 une pi\u00e8ce \u00e9crite par lui au chapitre\u00a0XII, inspir\u00e9e du <em>Songe de Polyphile<\/em> qui renvoie au chapitre\u00a0XII de <em>Voyage en Orient<\/em> consacr\u00e9 au roman de Francesco Colonna et r\u00e9f\u00e9r\u00e9 alors \u00e0 la nouvelle de Nodier sur le m\u00eame sujet. Le roman tente de vaincre la fatalit\u00e9 mortif\u00e8re de l\u2019illusion : il consacre la victoire de l\u2019amour fid\u00e8le, f\u00fbt-il en r\u00eave. Enfin, on a vu que les <em>Chansons et L\u00e9gendes du Valois<\/em> font suite au <em>Dernier Feuillet<\/em>, bilan apais\u00e9 des illusions perdues. Elles proposent un art po\u00e9tique nouveau, inspir\u00e9 de l\u2019\u00e9criture simple des anciennes chansons populaires, greff\u00e9es sur la r\u00e9alit\u00e9 paysanne, qui ne cultivent l\u2019illusion que pour en dire les m\u00e9faits.<\/p><p>Je m\u2019arr\u00eate car on n\u2019en finirait pas de faire jouer ces rapports multiples que la lecture de Diderot inspire si l\u2019on s\u2019attache \u00e0 ces rapports possibles avec la nouvelle que j\u2019ai prise pour exemple. Bien d\u2019autres textes de Nerval pourraient \u00eatre \u00e9voqu\u00e9s. Une autre <em>Fille du Feu<\/em>, <em>Octavie<\/em>, avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1844, sous le titre <em>L\u2019Illusion.<\/em> L\u2019objectif du po\u00e8te du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle,\u00a0\u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb, semble dialoguer, \u00e0 presqu\u2019un si\u00e8cle de distance avec l\u2019\u00e9crivain Diderot qu\u2019il admirait dans ce qui appara\u00eet, faussement\u00a0?, comme une froide d\u00e9finition de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die.<\/em><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 L\u2019article de Diderot dans L\u2019Encyclop\u00e9die ILLUSION, (Gram. &amp; Litt\u00e9rat.) que Marie Leca-Tsomis attribue \u00e0 Diderot est l\u2019objet d\u2019une assez 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