{"id":547,"date":"2025-03-10T13:37:38","date_gmt":"2025-03-10T12:37:38","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=547"},"modified":"2025-05-20T12:25:57","modified_gmt":"2025-05-20T10:25:57","slug":"penser-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=547","title":{"rendered":"Penser la vie"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"547\" class=\"elementor elementor-547\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-a650f20 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"a650f20\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-53352d0 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"53352d0\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>Je me propose de commenter le passage ci-dessous d\u2019une lettre c\u00e9l\u00e8bre que Diderot \u00e9crivit \u00e0 Sophie Volland le 15 octobre 1759. Pourquoi ce choix\u00a0? D\u2019abord parce que ces lignes pr\u00e9sentent \u00ab\u00a0en petit\u00a0\u00bb les principales caract\u00e9ristiques des \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb dialogues de Diderot\u00a0; ensuite parce qu\u2019elles exposent, sur le mode familier, la th\u00e8se de la sensibilit\u00e9 de la mati\u00e8re, dont on sait qu\u2019elle est au centre de sa pens\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9e notamment dans <em>Le R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em>.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>\u00c0 ce propos, il me passa par la t\u00eate un paradoxe que je me souviens d\u2019avoir entam\u00e9 un jour avec votre s\u0153ur, et je dis au p\u00e8re Hoop, car c\u2019est ainsi que nous l\u2019avons surnomm\u00e9, parce qu\u2019il a l\u2019air rid\u00e9, sec et vieillot\u00a0: Vous \u00eates bien \u00e0 plaindre\u00a0; mais s\u2019il \u00e9tait quelque chose de ce que je pense, vous le seriez davantage. \u2014 Le pis est d\u2019exister, et j\u2019existe. \u2014 Le pis n\u2019est pas d\u2019exister, mais d\u2019exister pour toujours. \u2014 Aussi je me flatte qu\u2019il n\u2019en sera rien. \u2014 Peut-\u00eatre. Dites-moi, avez-vous jamais pens\u00e9 s\u00e9rieusement \u00e0 ce que c\u2019est que vivre\u00a0? Concevez-vous bien qu\u2019un \u00eatre puisse jamais passer de l\u2019\u00e9tat de non-vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tat de vivant\u00a0? Un corps s\u2019accro\u00eet ou diminue, se meut ou se repose\u00a0; mais s\u2019il ne vit pas par lui-m\u00eame, croyez-vous qu\u2019un changement quel qu\u2019il soit, puisse lui donner de la vie\u00a0? Il n\u2019en est pas de vivre comme de se mouvoir\u00a0; c\u2019est autre chose. Un corps en mouvement frappe un corps en repos et celui-ci se meut. Mais arr\u00eatez, acc\u00e9l\u00e9rez un corps non vivant, ajoutez-y, retranchez-en, organisez-le, c\u2019est-\u00e0-dire disposez-en les parties comme vous l\u2019imaginerez\u00a0: si elles sont mortes, elles ne vivront non plus dans une position que dans une autre. Supposez qu\u2019en mettant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une particule morte, une, deux ou trois particules mortes, on en formera un syst\u00e8me de corps vivant, c\u2019est avancer, ce me semble, une absurdit\u00e9 tr\u00e8s forte, ou je ne m\u2019y connais pas. Quoi\u00a0! la particule <em>a<\/em> plac\u00e9e \u00e0 gauche de la particule <em>b<\/em> n\u2019avait point la conscience de son existence, ne sentait point, \u00e9tait inerte et morte\u00a0; et voil\u00e0 que celle qui \u00e9tait \u00e0 gauche mise \u00e0 droite et celle qui \u00e9tait \u00e0 droite mise \u00e0 gauche, le tout vit, se conna\u00eet, se sent\u00a0? Cela ne se peut. Que fait ici la droite ou la gauche\u00a0? Y a-t-il un c\u00f4t\u00e9 et un autre c\u00f4t\u00e9 dans l\u2019espace\u00a0? Cela serait, que le sentiment et la vie n\u2019en d\u00e9pendraient pas. Ce qui a ces qualit\u00e9s les a toujours eues et les aura toujours. Le sentiment et la vie sont \u00e9ternels. Ce qui vit a toujours v\u00e9cu, et vivra sans fin. La seule diff\u00e9rence que je connaisse entre la mort et la vie, c\u2019est qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent vous vivez en masse, et que dissous, \u00e9pars en mol\u00e9cules, dans vingt ans d\u2019ici vous vivrez en d\u00e9tail. \u2014 Dans vingt ans, c\u2019est bien loin\u2026\u00a0 Et Mme d\u2019Aine\u00a0:\u00a0On ne na\u00eet point, on ne meurt point\u00a0; quelle diable de folie\u00a0! \u2014 Non, madame. \u2014 Quoiqu\u2019on ne meure point, je veux mourir tout \u00e0 l\u2019heure, si vous me faites croire cela. \u2014 Attendez, Thisb\u00e9 vit, n\u2019est-il pas vrai\u00a0? \u2014 Si ma chienne vit\u00a0? Je vous en r\u00e9ponds\u00a0; elle pense, elle aime\u00a0, elle raisonne\u00a0, elle a de l\u2019esprit et du jugement. \u2014 Vous vous souvenez bien d\u2019un temps o\u00f9 elle n\u2019\u00e9tait pas plus grosse qu\u2019un rat\u00a0? \u2014 Oui. \u2014 Pourriez-vous me dire comment elle est devenue si rondelette\u00a0? \u2014 Pardi, en se crevant de mangeaille comme vous et moi. \u2014 Fort bien\u00a0; et ce qu\u2019elle mangeait vivait-il ou non\u00a0? \u2014 Quelle question\u00a0! Pardi non, il ne vivait pas. \u2014 Quoi\u00a0! une chose qui ne vivait pas appliqu\u00e9e \u00e0 une chose qui vivait est devenue vivante, et vous entendez cela\u00a0? \u2014 Pardi, il faut bien que je l\u2019entende. \u2014 J\u2019aimerais tout autant que vous me dissiez que si l\u2019on mettait un homme mort entre vos bras, il ressusciterait. \u2014 Ma foi, s\u2019il \u00e9tait bien mort, bien mort\u2026\u00a0; mais laissez-moi en repos\u00a0; voil\u00e0-t-il pas que vous me feriez dire des folies\u2026<\/p><p>Le reste de la soir\u00e9e s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 me plaisanter sur mon paradoxe. On m\u2019offrait de belles poires qui vivaient, des raisins qui pensaient.<\/p><\/blockquote><p>Nous sommes au Grandval. Diderot \u00e9voque dans sa lettre l\u2019apr\u00e8s-midi de la veille, o\u00f9, \u00ab\u00a0rang\u00e9s autour d\u2019une grosse souche\u00a0\u00bb, le baron (d\u2019Holbach), le p\u00e8re Hoop et lui-m\u00eame se mirent \u00e0 philosopher. L\u2019\u00c9cossais, dont on conna\u00eet l\u2019optimisme, affirme que s\u2019il pouvait rentrer une fois dans le ventre de sa m\u00e8re, on ne l\u2019en ferait pas sortir. Arrive alors la premi\u00e8re phrase du passage.<\/p><p>\u00ab \u00c0 ce propos il me passa par la t\u00eate un paradoxe\u2026\u00a0\u00bb Nous avons affaire \u00e0 une association d\u2019id\u00e9es que, comme telle, Diderot ne ma\u00eetrise pas, qui surgit en lui, qu\u2019il re\u00e7oit, mais qui n\u2019est pas la sienne. Ce n\u2019est pas Diderot qui est sujet, mais l\u2019id\u00e9e (ou le paradoxe) qui \u00ab\u00a0[lui] passe par la t\u00eate\u00a0\u00bb. L\u2019association d\u2019id\u00e9es constitue une pens\u00e9e en acte qui s\u2019impose au sujet, lequel en est le simple support. On retrouverait un telle impersonnalit\u00e9 de la pens\u00e9e dans bien d\u2019autres textes de Diderot, par exemple <em>Le Neveu de Rameau\u00a0<\/em>:\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019abandonne mon esprit \u00e0 tout son libertinage. Je le laisse ma\u00eetre de suivre la premi\u00e8re id\u00e9e, sage ou folle qui se\u00a0 pr\u00e9sente <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb Cette fois-ci, l\u2019id\u00e9e \u00ab\u00a0se pr\u00e9sente\u00a0\u00bb et le sujet l\u2019accueille. Cette autonomie de la pens\u00e9e se rencontre par exemple chez le Diderot du premier dialogue du <em>R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em>, \u00ab\u00a0La suite d\u2019un entretien entre M. D\u2019Alembert et M. Diderot\u00a0\u00bb, chez le premier interlocuteur du <em>Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em>, ou encore chez le Dorval des <em>Entretiens sur <\/em>Le fils naturel. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, elle est impliqu\u00e9e par le genre du dialogue que Diderot utilise si fr\u00e9quemment.<\/p><p>Le motif du \u00ab\u00a0paradoxe\u00a0\u00bb est l\u2019autre centre d\u2019int\u00e9r\u00eat de cette phrase. Ce paradoxe, nous allons le voir dans les lignes qui la suivent, tient \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une sensibilit\u00e9 de la mati\u00e8re qui contredit l\u2019opinion commune, mais aussi l\u2019\u00e9vidence sensible. Au d\u00e9but de l\u2019entretien susmentionn\u00e9 entre Diderot et D\u2019Alembert, ce dernier tire conclusion de la pens\u00e9e de Diderot. Il la consid\u00e8re visiblement comme absurde\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Car enfin cette sensibilit\u00e9 que vous lui substituez (\u00e0 la notion d\u2019\u00e2me) si c\u2019est une qualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et essentielle de la mati\u00e8re\u00a0; il faut que la pierre sente [\u2026]. Cela est dur \u00e0 croire\u2026\u00a0\u00bb. \u00c0 quoi Diderot r\u00e9pond, \u00ab\u00a0Oui pour celui qui la taille, la broie et ne l\u2019entend pas crier.\u00a0\u00bb Autrement dit la sensibilit\u00e9 de la mati\u00e8re est une th\u00e8se difficile \u00e0 croire car elle va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019\u00e9vidence sensible. On retrouverait cette r\u00e9sistance chez les interlocuteurs des penseurs paradoxaux. Ceux-ci animent les textes de Diderot, notamment les trois cit\u00e9s ci-dessus, <em>Le R\u00eave<\/em>, le <em>Paradoxe sur le com\u00e9dien <\/em>et les<em> Entretiens sur <\/em>Le Fils naturel (m\u00eame si, dans ce dernier cas, il ne s\u2019agit pas exactement d\u2019un paradoxe, il s\u2019agit bien d\u2019une conception du th\u00e9\u00e2tre contraire aux usages du temps).<\/p><p>Cette premi\u00e8re phrase est rapidement suivie par un retour au dialogue, Diderot s\u2019adressant au p\u00e8re Hoop\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates bien \u00e0 plaindre car s\u2019il \u00e9tait quelque chose de ce que je pense vous le seriez davantage. [\u2026]. Le pis n\u2019est pas d\u2019exister [Diderot fait allusion \u00e0 la th\u00e8se m\u00e9lancolique et elle aussi paradoxale du p\u00e8re Hoop], mais d\u2019exister pour toujours.\u00a0\u00bb Nous ne savons pour l\u2019instant pas grand-chose du \u00ab\u00a0paradoxe\u00a0\u00bb de Diderot si ce n\u2019est qu\u2019il est un paradoxe et qu\u2019il am\u00e8ne \u00e0 penser que nous existons pour toujours. Petit suspense, l\u00e9g\u00e8rement provocateur, et curiosit\u00e9 \u00e0 la fois des interlocuteurs de Diderot, de Sophie et des lecteurs que nous sommes.<\/p><p>Cesse alors la plaisanterie et c\u2019est un Diderot convaincu et v\u00e9h\u00e9ment qui dans la longue r\u00e9plique suivante, pense devant ses interlocuteurs pour les convaincre. \u00a0Sa premi\u00e8re phrase nous dit qu\u2019il s\u2019agit de se demander \u00ab\u00a0ce que c\u2019est que vivre\u00a0\u00bb. La vie est en effet ce qui va de soi. Plus exactement qu\u2019une vie ait un d\u00e9but et une fin est une \u00e9vidence. Les phrases qui suivent sont des n\u00e9gations qui constatent qu\u2019il est impossible de concevoir qu\u2019un \u00ab\u00a0\u00eatre puisse passer de l\u2019\u00e9tat de non-vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tat de vivant\u00a0\u00bb. Elles rejettent toute tentative pour penser la vie \u00e0 partir du mouvement\u00a0: l\u2019id\u00e9e que changer l\u2019ordre de deux particules de mati\u00e8re morte, en faisant passer la particule A \u00e0 gauche et la particule B \u00e0 droite, puisse produire la vie est \u00ab\u00a0une absurdit\u00e9 tr\u00e8s forte\u00a0\u00bb. Autrement dit, que la vie puisse survenir \u00e0 partir d\u2019une mati\u00e8re non-vivante n\u2019\u00e9tant pas pensable, et l\u2019autre fa\u00e7on de penser la vie, la notion d\u2019\u00e2me, \u00e9tant inintelligible, comme le constate D\u2019Alembert au d\u00e9but du <em>R\u00eave<\/em>, Diderot est <em>n\u00e9cessairement<\/em> renvoy\u00e9 \u00e0 la conclusion qui suit\u00a0: la vie est immortelle. Nous avons l\u00e0 l\u2019exemple d\u2019une pens\u00e9e \u00e0 laquelle Diderot est contraint par l\u2019impossibilit\u00e9 de penser autrement, une pens\u00e9e non libre, qui comme dit ci-dessus, n\u2019est pas la sienne et s\u2019impose \u00e0 lui, de m\u00eame qu\u2019elle s\u2019impose \u00e0 quiconque pr\u00e9tend penser la vie.<\/p><p>Au fur et \u00e0 mesure que se d\u00e9roule le propos de Diderot, sa v\u00e9h\u00e9mence cro\u00eet pour atteindre son point culminant avec les deux formules qui se d\u00e9tachent dans ses phrases finales\u00a0: \u00ab\u00a0Le sentiment et la vie sont \u00e9ternels. Ce qui vit a toujours v\u00e9cu et vivra sans fin.\u00a0\u00bb Ce sont des maximes qui ne s\u2019adressent \u00e0 personne, dont la port\u00e9e universelle implique que Diderot a perdu de vue ses interlocuteur et\u00a0qui loin d\u2019\u00eatre le constat d\u2019une raison impassible, apparaissent au moment o\u00f9 Diderot est emport\u00e9 par sa pens\u00e9e, o\u00f9 l\u2019enthousiasme atteint son comble. Ces deux maximes ont indubitablement un accent triomphal. C\u2019est qu\u2019elles constituent \u00e0 la fois le triomphe de la vie sur la mort (il n\u2019est plus question, comme au d\u00e9but du propos de Diderot, de la mati\u00e8re morte ou non vivante et les mots \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0vivre\u00a0\u00bb apparaissent quatre fois dans ces deux phrases), et le triomphe de la pens\u00e9e sur la non-pens\u00e9e. La r\u00e9flexion de Diderot a, depuis son d\u00e9but, une dimension pol\u00e9mique et manifeste une col\u00e8re \u00e0 l\u2019encontre de ceux qui pr\u00e9tendent penser le passage de la vie \u00e0 la mort. C\u2019est qu\u2019il ne s\u2019agit pas l\u00e0 du conflit entre une th\u00e9orie (celle selon laquelle toute mati\u00e8re serait vivante) et une autre th\u00e9orie (celle selon laquelle il faudrait distinguer mati\u00e8re vivante et mati\u00e8re morte). Cette derni\u00e8re, je l\u2019ai not\u00e9 plus haut, est inconcevable. Il s\u2019agit d\u2019un conflit entre la pens\u00e9e et la non-pens\u00e9e, ce qui explique la col\u00e8re de Diderot. Ces lignes exposent une r\u00e9flexion en acte, c\u2019est-\u00e0-dire la naissance d\u2019une pens\u00e9e se d\u00e9gageant des forces qui l\u2019emp\u00eachent. C\u2019est ce que l\u2019on retrouverait dans bien des dialogues de Diderot et c\u2019est en cela qu\u2019il est un homme des lumi\u00e8res, homme de la victoire de la pens\u00e9e sur ce qui l\u2019entrave \u2013 id\u00e9es re\u00e7ues, pr\u00e9jug\u00e9s, conformisme et conservatisme, bref, l\u2019ensemble des forces de l\u2019obscurantisme. Ce qui n\u2019implique pas la sup\u00e9riorit\u00e9 de certains individus (parmi lesquels Diderot) qui penseraient, sur d\u2019autres individus qui ne penseraient pas\u00a0: aucun aristocratisme \u00e0 cet \u00e9gard. Les \u00ab\u00a0penseurs\u00a0\u00bb sont des inspir\u00e9s\u00a0: ils sont eux-m\u00eames travers\u00e9s par cette force impersonnelle qu\u2019est la pens\u00e9e et s\u2019emploient \u00e0 ce que leurs interlocuteurs cessent d\u2019y r\u00e9sister. Nous avons affaire \u00e0 une intellectualit\u00e9 de l\u2019enthousiasme et inversement \u00e0 un enthousiasme de l\u2019intellect.<\/p><p>Avec la phrase suivant les deux maximes \u2013 \u00ab\u00a0La seule diff\u00e9rence que je connaisse entre la mort et la vie, c\u2019est qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent vous vivez en masse et que dissous, \u00e9pars en mol\u00e9cules dans vingt ans d\u2019ici vous vivrez en d\u00e9tail\u00a0\u00bb \u2013 \u00a0nous \u00a0retrouvons l\u2019interlocuteur. Il ne s\u2019agit plus de la mort en g\u00e9n\u00e9ral, mais de celle du p\u00e8re Hoop. Diderot \u00e9nonce la seule diff\u00e9rence, une diff\u00e9rence de forme (le passage de la masse \u00e0 l\u2019\u00e9parpillement des mol\u00e9cules), qu\u2019il admette entre le vif et le mort. \u00c0 quoi le p\u00e8re Hoop r\u00e9plique, avec son ordinaire ironie noire, \u00ab\u00a0Dans vingt ans, c\u2019est bien loin\u00a0\u00bb. Nous changeons d\u2019\u00e9chelle. Contrastant avec Diderot qui envisage la suite infinie des temps, il nous ram\u00e8ne \u00e0 un point de vue selon lequel vingt ans c\u2019est tr\u00e8s loin, il nous ram\u00e8ne en somme au pr\u00e9sent. Et l\u2019opposition entre le p\u00e8re Hoop et Diderot \u00e0 cet \u00e9gard est celle de Falconet et Diderot \u00e0 propos de la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: le premier n\u2019envisage que le pr\u00e9sent, le second que \u00ab\u00a0ce qui vit \u00e0 toujours v\u00e9cu et vivra sans fin\u00a0\u00bb, pour reprendre la formule ci-dessus.<\/p><p>Avec l\u2019apparition de M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine, dont il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 question depuis le d\u00e9but de la lettre, au langage philosophico-scientifique polic\u00e9 succ\u00e8de la truculence et la crudit\u00e9 sans fard d\u2019un langage familier et populaire (\u00ab\u00a0On ne na\u00eet point, on ne meurt point, quelle diable de folie\u2026\u00a0\u00bb). Il accentue ce que peut avoir de stup\u00e9fiant et de scandaleux, car, comme dit ci-dessus, contraire au bon sens et \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, le \u00ab\u00a0paradoxe\u00a0\u00bb de Diderot. M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine le rejette en le taxant de \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb, comme M<sup>elle<\/sup> de L\u2019Espinasse rejette le propos de D\u2019Alembert r\u00eavant. La vivacit\u00e9 de sa r\u00e9action laisse soup\u00e7onner qu\u2019elle a un caract\u00e8re d\u00e9fensif. Elle refuse ce qui en elle-m\u00eame serait tent\u00e9 d\u2019approuver la th\u00e8se de Diderot. Le mot \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb en fin de phrase d\u00e9note l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 maintenue tout au long du passage\u00a0: science ou folie\u00a0?<\/p><p>\u00ab\u00a0Non Madame\u00a0\u00bb. Le froid laconisme de Diderot (qui interrompt M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine pour confirmer le \u00ab\u00a0on ne na\u00eet point, on ne meurt point\u00a0\u00bb) contraste avec l\u2019effervescence de son interlocutrice. Il constitue \u00e0 son tour un rejet, tranchant et cat\u00e9gorique de celui de M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine (c\u2019est le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb qui dans sa s\u00e9cheresse s\u2019entend).<\/p><p>Avec la r\u00e9plique suivante \u2013 \u00a0\u00ab\u00a0Quoiqu\u2019on ne meure point, je veux mourir tout \u00e0 l\u2019heure si vous me faites croire cela\u00a0\u00bb \u2013, nonobstant le jeu de mots sur \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb qui lui donne une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, nous avons affaire \u00e0 un d\u00e9fi\u00a0: alors que Diderot supprimait la mort de ses phrases et y r\u00e9p\u00e9tait la vie sous des formes diverses, M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine met en avant la mort (deux occurrences dans sa r\u00e9plique) et met son interlocuteur au d\u00e9fi de la persuader. Le dialogue s\u2019en trouve ainsi dramatis\u00e9 et devient un affrontement intellectuel entre la force persuasive de Diderot et les capacit\u00e9s d\u00e9fensives de son \u00ab\u00a0adversaire\u00a0\u00bb.<\/p><p>Diderot change alors de tactique, ou plut\u00f4t en adopte une. En bon p\u00e9dagogue il commence par passer de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 \u00e0 l\u2019exemple et \u00e0 un exemple familier \u00e0 son interlocutrice, sa chienne\u00a0: \u00ab\u00a0Attendez. Thisb\u00e9 vit n\u2019est-ce pas\u00a0?\u00a0\u00bb. Le surgissement dans le dialogue du nom de Thisb\u00e9 et de ce qu\u2019il d\u00e9signe provoque un effet de rupture et de surprise. Effet de rupture d\u2019abord, d\u00e9sorientant. Nous ne comprenons plus o\u00f9 veut en venir Diderot. Quel rapport entre Thisb\u00e9 et la question de la mati\u00e8re morte et de la mati\u00e8re vivante\u00a0? Nous ne savons m\u00eame pas ce que, ou qui, d\u00e9signe ce nom, avant que la r\u00e9ponse de M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine ne le pr\u00e9cise. Rupture comique ensuite en ce qu\u2019elle introduit le plus familier et le plus proche dans un discours qui \u00e9voque le plus \u00e9trange et le plus lointain\u00a0: la vie apr\u00e8s la mort. Nous passons sans transition du sublime au quotidien.<\/p><p>Cet effet comique va \u00eatre largement accentu\u00e9 par le langage de M<sup>me <\/sup>d\u2019Aine\u00a0: \u00ab\u00a0\u2013 \u00a0Si ma chienne vit, je vous en r\u00e9ponds\u00a0; elle pense\u00a0; elle aime\u00a0; elle raisonne\u00a0; elle a de l\u2019esprit et du jugement\u00a0; \u2013 \u00a0Vous vous souvenez bien d\u2019un temps o\u00f9 elle n\u2019\u00e9tait pas plus grosse qu\u2019un rat\u00a0? \u2013 \u00a0Oui. \u2013 Pourriez-vous me dire comment elle est devenue si rondelette\u2026 \u2013 \u00a0Pardi, en se crevant de mangeaille comme vous et moi.\u00a0\u00bb Mme d\u2019Aine traite la philosophie, \u00e0 laquelle est r\u00e9serv\u00e9 d\u2019ordinaire un langage savant et noble, \u00e0 coups d\u2019expressions \u00e0 la limite d\u2019une vulgarit\u00e9 un peu grossi\u00e8re. Le classicisme qualifierait de \u00ab\u00a0bas\u00a0\u00bb ce langage d\u2019une \u00e9nergique na\u00efvet\u00e9 qui \u00e9voque le corps sans gaze. Et c\u2019est cette irruption d\u2019une bassesse \u00e9nergique dans la noblesse d\u00e9sincarn\u00e9e et un peu fan\u00e9e du discours philosophique qui est comique <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. On aura reconnu l\u00e0 une variante de l\u2019opposition nature\/culture telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente chez Diderot.<\/p><p>Par ailleurs ces lignes identifient l\u2019homme et l\u2019animal. D\u2019abord par un mouvement ascendant, allant du bas vers le haut, l\u2019animal est rehauss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019homme, il est dot\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0esprit et de jugement\u00a0\u00bb. Par un mouvement descendant ensuite, du haut vers le bas, l\u2019homme est rabaiss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019animal. Il est dot\u00e9 d\u2019un ventre\u00a0: la chienne \u00ab\u00a0se cr\u00e8ve de mangeaille, <em>comme vous et moi<\/em>\u00a0\u00bb (je souligne). \u00c0 l\u2019animal pensant r\u00e9pond sym\u00e9triquement l\u2019homme mangeant. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de citer, bien qu\u2019un peu long, ce passage des <em>R\u00e9flexions sur le livre De l\u2019 Esprit<\/em>, qui me fait toujours rire\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Ainsi allongez \u00e0 un homme le museau, figurez-lui le nez, les yeux, les dents, les oreilles comme \u00e0 un chien\u00a0; couvrez-le de poil\u00a0; mettez-le \u00e0 quatre pattes et cet homme f\u00fbt-il un docteur de Sorbonne, ainsi m\u00e9tamorphos\u00e9, il fera toutes les fonctions du chien. Il aboiera au lieu d\u2019argumenter. Il rongera des os au lieu de r\u00e9soudre des sophismes. Son activit\u00e9 principale se ramassera vers l\u2019odorat\u00a0; il aura presque toute son \u00e2me dans le nez, et suivra un lapin ou un li\u00e8vre \u00e0 la piste au lieu d\u2019\u00e9venter un ath\u00e9e ou un h\u00e9r\u00e9tique\u2026 D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 prenez un chien, dressez-le sur les pieds de derri\u00e8re, arrondissez-lui la t\u00eate\u00a0; raccourcissez-lui le museau\u00a0; \u00f4tez-lui le poil et la queue, et vous en ferez un docteur r\u00e9fl\u00e9chissant profond\u00e9ment sur les myst\u00e8res de la pr\u00e9destination et de la gr\u00e2ce\u2026 <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s l\u2019exemple vient le n\u0153ud de l\u2019argumentation p\u00e9dagogique et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 seulement que cesse le \u00ab\u00a0suspense\u00a0\u00bb intellectuel et que nous comprenons o\u00f9 Diderot voulait conduire M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine (et sa lectrice). \u00ab\u00a0\u2013 Fort bien\u00a0; et ce qu\u2019elle mangeait vivait-il ou non\u2026 \u2013 Quelle question, pardi non, il ne vivait pas. \u2013 Quoi, une chose qui ne vivait pas appliqu\u00e9e \u00e0 une chose qui vivait est devenue vivante, et vous entendez cela\u2026\u00a0\u00bb Le syllogisme sous-entendu est celui-ci\u00a0: si les aliments sont de la mati\u00e8re morte, ils se sont transform\u00e9s, en faisant grossir la chienne, en chair, c\u2019est-\u00e0-dire en mati\u00e8re vivante. Or cette transformation est inconcevable (voir ci-dessus), donc les aliments sont de la mati\u00e8re vivante. C\u2019est cette argumentation \u00e0 propos de la digestion qui est d\u00e9velopp\u00e9e dans la <em>Suite d\u2019un entretien entre M. D\u2019Alembert et M. Diderot.<\/em><\/p><p>M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine n\u2019est cependant pas encore persuad\u00e9e et Diderot doit avoir recours \u00e0 l\u2019analogie de \u00ab\u00a0l\u2019homme mort\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0\u2013 Pardi il faut bien que je l\u2019entende\u00a0\u00bb r\u00e9pond-elle \u00e0 la question de Diderot\u00a0; \u00ab\u00a0\u2013 \u00a0J\u2019aimerais autant que vous me dissiez que si l\u2019on mettait un homme mort entre vos bras, il ressusciterait.\u00a0\u00bb La comparaison a pour fonction de concr\u00e9tiser la question (abstraite) du passage de la mati\u00e8re morte \u00e0 la mati\u00e8re vivante en g\u00e9n\u00e9ral, en lui donnant une figuration sensible (il y a probablement l\u00e0, aussi, une allusion ironique \u00e0 ce qui serait le pouvoir \u00e9rotique de M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine, capable de ressusciter les morts).<\/p><p>Pouss\u00e9e dans ses retranchements, si l\u2019on peut dire, par l\u2019argumentation de Diderot, M<sup>me <\/sup>d\u2019Aine, sur le point d\u2019admettre la v\u00e9rit\u00e9 de sa th\u00e8se, pr\u00e9f\u00e8re en fin de compte interrompre le d\u00e9bat. C\u2019est qu\u2019elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 tenir des propos qu\u2019elle refuse d\u2019admettre pour siens\u00a0: \u00ab\u00a0\u2013 Ma foi s\u2019il \u00e9tait bien mort, bien mort\u2026 Mais laissez-moi en repos, voil\u00e0-t-il pas que vous me feriez dire des folies\u2026\u00bb Elle d\u00e9clare d\u2019abord que ce n\u2019est pas elle qui parle mais Diderot qui la fait parler, ensuite qu\u2019elle dit des \u00abfolies\u00a0\u00bb, deux fa\u00e7ons de dire la m\u00eame chose. Car si elle trouve \u00ab\u00a0folles\u00a0\u00bb ses propres paroles, c\u2019est qu\u2019elle les vit comme ne lui appartenant pas, comme lui \u00e9tant \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est qu\u2019elles \u00e9chappent \u00e0 son auto-surveillance, \u00e0 son auto-censure. Car, par-del\u00e0 la th\u00e8se de Diderot, ce que M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine refuse (ce qu\u2019elle <em>se<\/em> refuse), c\u2019est la possibilit\u00e9 (et le plaisir) de tenir des propos incontr\u00f4l\u00e9s, c\u2019est la satisfaction de se laisser aller \u00e0 une pens\u00e9e spontan\u00e9e. Je citais, ci-dessus, son \u00ab\u00a0<em>Il faut bien<\/em> que je l\u2019entende\u00a0\u00bb (je souligne). Lues r\u00e9trospectivement, il est en effet des phrases du dialogue indiquant qu\u2019il existe pour M<sup>me <\/sup>d\u2019Aine, sinon une police, en tout cas une morale de la pens\u00e9e, des devoirs de pens\u00e9e. Et le dialogue de Diderot en vient \u00e0 exposer le conflit entre spontan\u00e9it\u00e9 et devoir intellectuel. C\u2019est dire que ce micro-dialogue entre nos deux personnages expose moins un affrontement entre eux qu\u2019un conflit entre M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine et elle-m\u00eame. Diderot est certes l\u2019un des interlocuteurs, mais il est aussi, face \u00e0 son interlocutrice, \u00e9trangement ext\u00e9rieur, spectateur et auditeur d\u00e9tach\u00e9 de la conversation. Il est \u00e0 la fois personnage et narrateur, \u00e0 la fois celui qui participe au d\u00e9bat et, \u00e0 distance, le rapporte \u00e0 Sophie. Quant \u00e0 M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine elle appara\u00eet dans les <em>Lettres \u00e0 Sophie<\/em>, et au-del\u00e0 m\u00eame de ce bref dialogue, comme un \u00eatre partag\u00e9 intellectuellement entre son naturel et ses obligations. Ne reconna\u00eet-elle pas un jour avoir cess\u00e9 de croire en Dieu et pourtant continuer \u00e0 faire sa pri\u00e8re (on peut d\u2019ailleurs se demander de quel c\u00f4t\u00e9, dans ce cas-l\u00e0, est le devoir, et de quel c\u00f4t\u00e9 la spontan\u00e9it\u00e9) ?<\/p><p>\u00ab Le reste de la soir\u00e9e s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 me plaisanter sur mon paradoxe. On m\u2019offrait de belles poires qui vivaient, des raisins qui pensaient. \u00bb Cette derni\u00e8re phrase du passage \u00e9voque les moqueries de l\u2019entourage envers la th\u00e8se de Diderot. Elles constituent une mise en cause de l&rsquo;absurdit\u00e9 qu&rsquo;elles attribuent \u00e0 ladite th\u00e8se et ont la m\u00eame fonction d\u00e9fensive que les r\u00e9actions de M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine. Par ailleurs nous sommes, avec le th\u00e8me de la nature anim\u00e9e ou personnifi\u00e9e, dans le registre du merveilleux (on pense \u00e0 un dessin anim\u00e9). C\u2019est que, m\u00eame si ces raisins qui pensent sont une caricature du propos de Diderot, celui-ci rel\u00e8ve \u00e0 la fois de la science et de la f\u00e9\u00e9rie, m\u00e9lange qui donne au texte sa tonalit\u00e9. On ne peut que renvoyer au <em>R\u00eave de D\u2019Alembert, <\/em>\u00e0 la fois science et r\u00eave et qui ne peut \u00eatre, nous dit Diderot \u00ab\u00a0plus profond et plus fou\u00a0\u00bb.<\/p><p>Un mot de conclusion pour souligner que dans ce micro-dialogue le rapport de Diderot et de ses interlocuteurs est un rapport de confrontation intellectuelle\u00a0:\u00a0 Diderot avance une th\u00e8se que ses interlocuteurs (M<sup>me<\/sup> d\u2019Aine, l\u2019entourage) rejettent. J\u2019ai essay\u00e9 de dire que cette confrontation ne concernait pas seulement telle ou telle th\u00e8se (ici la sensibilit\u00e9 de la mati\u00e8re), mais opposait la force de la pens\u00e9e \u00e0 des \u00eatres qui, y r\u00e9sistant, sont des supports de l\u2019obscurantisme. Ils finissent pourtant par abandonner leur r\u00e9sistance (M<sup>me <\/sup>d\u2019Aine, sur le point d\u2019\u00eatre convaincue, quitte l\u2019ar\u00e8ne). Victoire de la pens\u00e9e sur ceux qui la combattent. Il me semble que cette \u00ab\u00a0structure\u00a0\u00bb informe de nombreux dialogues de Diderot \u2013 entre autres, donc, <em>Le R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em>, le <em>Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em>, ou encore les <em>Entretiens sur <\/em><em>Le Fils naturel<\/em>, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9s \u2013 : elle fait de Diderot un \u00e9minent repr\u00e9sentant des Lumi\u00e8res.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Diderot, <em>\u0152uvres <\/em>t. II, Paris, Laffont, coll. \u00ab\u00a0Bouquins\u00a0\u00bb, 1994, p.\u00a0623.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Notons que le nom de \u00ab\u00a0Thisb\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0donn\u00e9 \u00e0 une chienne, c\u2019est-\u00e0-dire le nom d\u2019un personnage mythologique d\u00e9signant un animal, est en lui-m\u00eame une alliance du haut et du bas.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>\u0152uvres compl\u00e8tes, <\/em>t.\u00a03, Paris, 1970, p.\u00a0240.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Je me propose de commenter le passage ci-dessous d\u2019une lettre c\u00e9l\u00e8bre que Diderot \u00e9crivit \u00e0 Sophie Volland le 15 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":548,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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