{"id":536,"date":"2025-03-03T17:58:49","date_gmt":"2025-03-03T16:58:49","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=536"},"modified":"2025-05-20T12:23:30","modified_gmt":"2025-05-20T10:23:30","slug":"larticle-machinal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=536","title":{"rendered":"L\u2019article MACHINAL (<i>Gram.<\/i>)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"536\" class=\"elementor elementor-536\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b5d3c1a e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"b5d3c1a\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-f1f192f elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"f1f192f\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-2257-0\/\">MACHINAL, (<em>Gram<\/em>.)<\/a>, publi\u00e9 dans le volume\u00a09 de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> en 1765, fait partie d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9crits de Diderot\u00a0: dans un article r\u00e9cent dans <em>RDE<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v9-1437-0\/\">LIBERT\u00c9, (<em>Morale<\/em>.)<\/a> qui s\u2019attache \u00e0 distinguer les contributions des diff\u00e9rents auteurs et \u00e0 d\u00e9terminer ce qui revient \u00e0 Naigeon, Gerhardt Stenger souligne le socle commun de ces \u00e9crits.<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"> [1]<\/a> Selon Stenger, les interpolations de Diderot ajout\u00e9es en 1755 dans une premi\u00e8re version de LIBERT\u00c9 sont ensuite \u00ab\u00a0d\u00e9pi\u00e9c\u00e9es\u00a0\u00bb pour compl\u00e9ter la \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Landois\u00a0\u00bb et composer l\u2019article MACHINAL.<\/p><p>Ce dernier article donne la d\u00e9finition suivante\u00a0: \u00ab\u00a0ce que la machine ex\u00e9cute d\u2019elle-m\u00eame, sans aucune participation de notre volont\u00e9\u00a0\u00bb, qui correspond en partie \u00e0 la d\u00e9finition du <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie<\/em> de 1718 (la premi\u00e8re occurrence) : \u00ab\u00a0Son plus grand usage est dans cette phrase <em>Mouvement machinal<\/em>, qui se dit des mouvements naturels o\u00f9 la volont\u00e9 n\u2019a point de part\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sente note ne cherche pas \u00e0 revenir sur l\u2019article LIBERT\u00c9, mais vise plus modestement \u00e0 placer MACHINAL dans le contexte de la r\u00e9flexion de Diderot sur le probl\u00e8me de la libert\u00e9 humaine.<\/p><p>Cette question est pos\u00e9e de longue date, par rapport d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la th\u00e9ologie et la discussion sur le libre arbitre, et de l\u2019autre \u00e0 la r\u00e9flexion mat\u00e9rialiste (en r\u00e9f\u00e9rence notamment \u00e0 Hobbes et \u00e0 Spinoza). Nier l\u2019existence d\u2019une \u00e2me immat\u00e9rielle reviendrait \u00e0 affirmer que l\u2019\u00eatre humain est purement mat\u00e9riel et qu\u2019il est donc une machine, dans le sens qu\u2019il n\u2019est pas libre d\u2019agir autrement que selon les impulsions de son corps mat\u00e9riel. Il n\u2019est pas question ici de rentrer dans le d\u00e9tail de toute cette histoire, que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9e ailleurs<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Rappelons seulement que, comme le souligne Jacques Proust,<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> la question de la libert\u00e9 revient d\u2019actualit\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1750 apr\u00e8s la publication de plusieurs ouvrages liant le mat\u00e9rialisme au d\u00e9terminisme, notamment\u00a0: la publication du manuscrit de Fontenelle intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, dans les <em>Nouvelles Libert\u00e9s de penser<\/em> en 1743\u00a0; et surtout la nouvelle traduction de la <em>Philosophical Inquiry Concerning Human Liberty<\/em> d\u2019Anthony Collins <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, publi\u00e9e en 1754 sous le titre de <em>Paradoxes metaphysiques sur le principe des actions humaines ou Dissertation Philosophique sur la Libert\u00e9 de l\u2019Homme <\/em><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. On peut \u00e9galement rappeler que plusieurs ouvrages de La Mettrie d\u00e9fendent un d\u00e9terminisme sans compromis, et que ses <em>\u0152uvres philosophiques<\/em>, publi\u00e9es en 1750, connaissent d\u2019autres \u00e9ditions en 1752 et 1753. Mais si La Mettrie se fonde sur la m\u00e9decine, Collins, suivant Hobbes et Locke, s\u2019appuie sur les lois n\u00e9cessaires de la causation, tandis que Fontenelle souligne que l\u2019\u00e2me est soumise au fonctionnement du cerveau et aux traces laiss\u00e9es par les esprits. Fontenelle comme Collins d\u00e9finit la libert\u00e9 comme le pouvoir de faire ce que nous voulons en soulignant que c\u2019est la volont\u00e9 qui n\u2019est pas libre.<\/p><p>Dans ce contexte Diderot, probablement (selon Stenger) \u00e0 la suite de la lecture du texte de Fontenelle dont un long passage est reproduit dans l\u2019article LIBERT\u00c9 <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir plus s\u00e9rieusement sur cette question complexe. Car si l\u2019on remet en question la libert\u00e9 et si l\u2019on affirme que la volont\u00e9 est le r\u00e9sultat de l\u2019organisation physique et des lois naturelles, on met en doute la morale. Dans une premi\u00e8re remarque dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Droit naturel<\/span>, (<em>Morale<\/em>.)<\/a>, datant probablement de 1754, Diderot \u00e9crit\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Il est \u00e9vident que si l\u2019homme n\u2019est pas libre, ou que si ses d\u00e9terminations instantan\u00e9es, ou m\u00eame ses oscillations, naissant de quelque chose de mat\u00e9riel qui soit ext\u00e9rieur \u00e0 son ame, son choix n\u2019est point l\u2019acte pur d\u2019une substance incorporelle &amp; d\u2019une facult\u00e9 simple de cette substance; il n\u2019y aura ni bont\u00e9 ni m\u00e9chancet\u00e9 raisonn\u00e9es, quoiqu\u2019il puisse y avoir bont\u00e9 &amp; m\u00e9chancet\u00e9 animales; il n\u2019y aura ni bien ni mal moral, ni juste ni injuste, ni obligation ni droit (p.\u00a0115).<\/p><\/blockquote><p>En soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer la libert\u00e9 du volontaire, il renvoie aux articles <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v17-863-0\/\">VOLONT\u00c9, (<em>Gram. &amp; Philosophie morale<\/em>.)<\/a> et LIBERT\u00c9 <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Peu de temps apr\u00e8s, en 1756, il \u00e9crit dans la \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Landois\u00a0\u00bb,<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Mais, s\u2019il n\u2019y a point de libert\u00e9, il n\u2019y a point d\u2019action qui m\u00e9rite la louange ou le bl\u00e2me. Il n\u2019y a ni vice ni vertu, rien dont il faille r\u00e9compenser ou ch\u00e2tier [\u2026] la bienfaisance est une bonne fortune, et non une vertu.<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"> [8]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Il se fonde ici sur un d\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9ral\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>nous ne sommes que ce qui convient \u00e0 l\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 l\u2019organisation, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, et \u00e0 la cha\u00eene des \u00e9v\u00e9nements. Voil\u00e0 ce qui dispose de nous invinciblement. On ne con\u00e7oit non plus qu\u2019un \u00eatre agisse sans motifs, qu\u2019un des bras d\u2019une balance se meuve sans l\u2019action d\u2019un poids\u00a0; et le motif nous est toujours ext\u00e9rieur, \u00e9tranger, attach\u00e9 ou par la nature, ou par une cause quelconque qui n\u2019est pas nous. <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><p>Mais cette conception de l\u2019\u00eatre humain comme d\u00e9termin\u00e9 de fa\u00e7on plut\u00f4t passive par des causes diverses \u00e9volua par la suite, gr\u00e2ce notamment \u00e0 son \u00e9tude de la m\u00e9decine\u00a0: dans le <em>R\u00eave de d\u2019Alembert<\/em>, comme l\u2019a soulign\u00e9 Jacques Chouillet, c\u2019est l\u2019individu r\u00e9actif qui devient cause <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Ainsi, le personnage de Bordeu affirme:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>e ne vous dirai de la libert\u00e9 qu\u2019un mot, c\u2019est que la derni\u00e8re de nos actions est l\u2019effet n\u00e9cessaire d\u2019une cause une : nous, tr\u00e8s compliqu\u00e9e, mais une [\u2026]\u00a0on est heureusement ou malheureusement n\u00e9; on est insensiblement entra\u00een\u00e9 par le torrent g\u00e9n\u00e9ral qui conduit l\u2019un \u00e0 la gloire, l\u2019autre \u00e0 l\u2019ignominie. <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote><p>Il souligne l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain, domin\u00e9 par ses passions, c\u2019est-\u00e0-dire par le fonctionnement de son propre corps et par son interaction avec le monde ext\u00e9rieur.<\/p><p>Mais dans les articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> consacr\u00e9s \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la volont\u00e9 Diderot n\u2019avait pas encore \u00e9labor\u00e9 cette conception, et le d\u00e9terminisme qu\u2019il semble d\u00e9fendre n\u2019est pas centr\u00e9 sur l\u2019individu comme cause mais sur la mati\u00e8re et sur les lois g\u00e9n\u00e9rales de la n\u00e9cessit\u00e9. En cela ce d\u00e9terminisme ressemble plus \u00e0 celui de Collins. Dans LIBERT\u00c9, Diderot \u00e9crit que selon les sectateurs de Spinoza\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>ce que nous sommes dans l\u2019instant qui va suivre, d\u00e9pend donc absolument de ce que nous sommes dans l\u2019instant pr\u00e9sent ; ce que nous sommes dans l\u2019instant pr\u00e9sent, d\u00e9pend donc de ce que nous \u00e9tions dans l\u2019instant pr\u00e9c\u00e9dent ; &amp; ainsi de suite, en remontant jusqu\u2019au premier instant de notre existence, s\u2019il y en a un. Notre vie n\u2019est donc qu\u2019un encha\u00eenement d\u2019instans d\u2019existences &amp; d\u2019actions n\u00e9cessaires ; notre volont\u00e9, un acquiescement \u00e0 \u00eatre ce que nous sommes n\u00e9cessairement dans chacun de ces instans, &amp; notre libert\u00e9 une chim\u00e8re (vol. 9, p. 463).<\/p><\/blockquote><p>De m\u00eame, dans l\u2019article VOLONT\u00c9 (<em>Gram.<\/em> <em>&amp; Philosophie morale<\/em>), o\u00f9 il distingue, comme Fontenelle, la volont\u00e9 de la libert\u00e9, il parle d\u2019\u00ab\u00a0un encha\u00eenement de causes &amp; des effets, tels que celui dont nous faisons partie\u00a0\u00bb (vol. XVII, p.\u00a0454).<\/p><p>Dans l\u2019article MACHINAL \u2014 dont le d\u00e9signant est seulement \u00ab\u00a0<em>Gram<\/em>.\u00a0\u00bb \u2014 on d\u00e9c\u00e8le une diff\u00e9rence. Il est vrai que Diderot cite le m\u00eame exemple quelque peu surprenant d\u00e9velopp\u00e9 dans LIBERT\u00c9, concernant cent mille femmes identiques qui se comportent de la m\u00eame fa\u00e7on.\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>supposons une femme qui soit entra\u00een\u00e9e par sa passion \u00e0 se jetter tout \u00e0-l\u2019heure entre les bras de son amant ; si nous imaginons cent mille femmes entierement semblables \u00e0 la premiere, d\u2019\u00e2ge, de temp\u00e9rament, d\u2019\u00e9ducation, d\u2019organisation, d\u2019id\u00e9es, telles en un mot, qu\u2019il n\u2019y ait aucune diff\u00e9rence assignable entr\u2019elles &amp; la premiere : on les voit toutes \u00e9galement soumises \u00e0 la passion dominante, &amp; pr\u00e9cipit\u00e9es entre les bras de leurs amans, sans qu\u2019on puisse concevoir aucune raison pour laquelle l\u2019une ne feroit pas ce que toutes les autres feront. <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p><\/blockquote><p>Le fait qu\u2019elles sont d\u00e9finies comme identiques rend l\u2019argument plut\u00f4t tautologique\u00a0: l\u2019importance de cet exemple semble r\u00e9sider dans le fait qu\u2019il indique des caract\u00e9ristiques d\u00e9terminantes purement mat\u00e9rielles, sans faire intervenir une \u00e2me immat\u00e9rielle. En effet, Diderot poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Or il n\u2019y a aucun motif qui d\u00e9pende de nous, soit eu \u00e9gard \u00e0 sa production, soit eu \u00e9gard \u00e0 son \u00e9nergie. Pr\u00e9tendre qu\u2019il y a dans l\u2019ame une activit\u00e9 qui lui est propre ; c\u2019est dire une chose inintelligible, &amp; qui ne r\u00e9sout rien.\u00a0\u00bb<\/p><p>La description des femmes dans MACHINAL est un peu diff\u00e9rente, car les mots \u00ab\u00a0\u00e9ducation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0organisation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0id\u00e9es\u00a0\u00bb n\u2019y figurent pas. L\u2019on y trouve des formulations plus vagues comme \u00ab\u00a0vie ant\u00e9rieure\u00a0\u00bb\u00a0et un \u00ab\u00a0espace conditionn\u00e9 de la m\u00eame maniere\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Si je suppose cent mille femmes tout-\u00e0-fait semblables \u00e0 cette premiere femme, de m\u00eame \u00e2ge, de m\u00eame \u00e9tat, ayant des amans tous semblables, le m\u00eame temp\u00e9rament, la m\u00eame vie ant\u00e9rieure, dans un espace conditionn\u00e9 de la m\u00eame maniere ; il est certain qu\u2019un \u00eatre \u00e9lev\u00e9 au-dessus de ces cent mille femmes les verroit toutes agir de la m\u00eame maniere, toutes se porter entre les bras de leurs amans, \u00e0 la m\u00eame heure, au m\u00eame moment, de la m\u00eame maniere : une arm\u00e9e qui fait l\u2019exercice &amp; qui est command\u00e9e dans ses mouvemens ; des capucins de carte qui tombent tous les uns \u00e0 la file des autres, ne se ressembleroient pas davantage (vol. IX, p.\u00a0794).<\/p><\/blockquote><p>Les \u00e9l\u00e9ments plus pr\u00e9cis cit\u00e9s dans LIBERT\u00c9 correspondent plus \u00e0 ce que Diderot \u2014 et des mat\u00e9rialistes comme La Mettrie ou Helv\u00e9tius \u2014 indiquent comme d\u00e9terminants, notamment l\u2019organisation ou l\u2019\u00e9ducation. Il faut \u00e9galement remarquer que l\u2019article MACHINAL ne donne pas le m\u00eame sens \u00e0 la supposition. Dans LIBERT\u00c9 elle est suivie du passage cit\u00e9 ci-dessus, qui conclut que notre libert\u00e9 est une chim\u00e8re, tandis que dans MACHINAL elle est oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019exemple du mouvement machinal, c\u2019est \u00e0 dire \u00ab\u00a0ce que la machine ex\u00e9cute d\u2019elle-m\u00eame, sans aucune participation de notre volont\u00e9\u00a0\u00bb, et qui est le r\u00e9sultat\u00a0d\u2019une habitude form\u00e9e par nos exp\u00e9riences pendant la jeunesse et non d\u2019\u00ab\u00a0une qualit\u00e9 inn\u00e9e de la machine\u00a0\u00bb :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Lorsque je fais un faux pas, &amp; que je vais tomber du c\u00f4t\u00e9 droit, je jette en avant &amp; du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 mon bras gauche, &amp; je le jette avec la plus grande v\u00eetesse que je peux ; qu\u2019en arrive-t-il? C\u2019est que par ce moyen non r\u00e9fl\u00e9chi je diminue d\u2019autant la force de ma ch\u00fbte.<\/p><\/blockquote><p>Les cent mille femmes, par contre, agissent volontairement et elles sont libres. Et il encha\u00eene\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Si l\u2019on ne faisoit aucune distinction r\u00e9elle entre ces deux cas, il s\u2019ensuivroit que notre vie n\u2019est qu\u2019une suite d\u2019instans n\u00e9cessairement tels, &amp; n\u00e9cessairement encha\u00een\u00e9s les uns aux autres ; que notre volont\u00e9 n\u2019est qu\u2019un acquiescement n\u00e9cessaire \u00e0 \u00eatre ce que nous sommes n\u00e9cessairement dans chacun de ces instans, &amp; que notre libert\u00e9 est un mot vuide de sens.<\/p><\/blockquote><p>Cette phrase reprend celle de l\u2019article LIBERT\u00c9, mais si dans ce dernier article il poursuit : \u00ab\u00a0ou il n\u2019y a rien de d\u00e9montr\u00e9 en aucun genre ou cela l\u2019est\u00a0\u00bb, l\u2019article MACHINAL termine, au contraire, avec la constatation que puisque nous louons et nous bl\u00e2mons les actions des autres comme de nous-m\u00eames, \u00ab\u00a0nous ne sommes certainement pas de cet avis\u00a0\u00bb. Que devons-nous conclure de cette contradiction\u00a0? Dans l\u2019article VOLONT\u00c9, o\u00f9 Diderot critique le fait de prendre la volont\u00e9 pour la libert\u00e9 (suivant la distinction soulign\u00e9e par Collins comme par Fontenelle), il affirme que si les hommes\u00a0\u00ab\u00a0veulent subitement le contraire de ce qu\u2019ils vouloient, c\u2019est qu\u2019il est tomb\u00e9 un atome sur le bras de la balance, qui l\u2019a fait pancher du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb, et il conclut\u00a0: \u00ab\u00a0il est difficile de se faire une notion quelconque de la libert\u00e9, sur-tout dans un encha\u00eenement de causes &amp; des effets, tels que celui dont nous faisons partie\u00a0\u00bb. Dans MACHINAL il s\u2019attache avant tout \u00e0 distinguer une action machinale, dans laquelle la volont\u00e9 n\u2019intervient pas, d\u2019une action volontaire, et il semble en tirer une conclusion diff\u00e9rente. Au lieu d\u2019affirmer, comme le font Fontenelle et Collins, que notre libert\u00e9 consiste \u00e0 pouvoir suivre notre volont\u00e9 qui, elle, n\u2019est pas libre, il semble ici vouloir insinuer que c\u2019est la volont\u00e9 qui est libre.<\/p><p>Cette conclusion est peut-\u00eatre \u00e0 rapprocher \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9crit dans l\u2019article LIBERT\u00c9\u00a0: \u00ab\u00a0Mais, pourquoi distinguez-vous par votre indignation &amp; par votre colere, l\u2019homme qui vous offense, de la tuile qui vous blesse ? c\u2019est que je suis d\u00e9raisonnable\u00a0\u00bb. Sommes-nous (nous qui \u00ab\u00a0ne sommes pas de cet avis\u00a0\u00bb) tout aussi d\u00e9raisonnables\u00a0? Diderot veut-il que le lecteur en tire la conclusion que rien ne distingue en fait l\u2019action machinale de l\u2019action volontaire, tout en affirmant que ce syst\u00e8me n\u2019est pas dangereux et qu\u2019il \u00ab\u00a0ne change rien au bon ordre de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Apr\u00e8s tout, la description de l\u2019action des cent mille femmes et les comparaisons qu\u2019il ajoute ne semblent pas laisser beaucoup de place \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une volont\u00e9 libre\u00a0: ni les soldats ni les capucins de carte n\u2019agissent suivant leur propre volont\u00e9 libre mais ils sont mus par une impulsion ext\u00e9rieure. Il faut peut-\u00eatre pr\u00eater plus d\u2019attention au fait que cet article, \u00e0 la diff\u00e9rence de LIBERT\u00c9 et de VOLONT\u00c9, rel\u00e8ve uniquement du domaine de la grammaire et en conclure que la distinction entre le machinal et le volontaire se situe uniquement sur le plan grammatical et non sur le plan de la morale.<\/p><p>Mais on pourrait au contraire estimer que l\u2019article refl\u00e8te l\u2019h\u00e9sitation de Diderot dans sa recherche d\u2019une morale non religieuse et sa dissatisfaction avec le d\u00e9terminisme radical d\u2019un La Mettrie, qui \u00e0 mon avis est l\u2019un des cibles de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-256-2\/\">Droit naturel, (<em>Morale<\/em>.)<\/a> <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Car La Mettrie, dont le d\u00e9terminisme est fond\u00e9 sur la m\u00e9decine et non sur l\u2019encha\u00eenement n\u00e9cessaire des causes et des effets, nie qu\u2019on puisse louer ou bl\u00e2mer les actions, sauf par rapport aux besoins de la soci\u00e9t\u00e9. Il n\u2019existe pas, selon lui, de bien et de mal. Les affirmations d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment provocatrices \u00e0 ce sujet dans son \u00e9crit intitul\u00e9 l\u2019<em>Anti-S\u00e9n\u00e8que<\/em> firent un tel scandale que les autres mat\u00e9rialistes se h\u00e2taient \u00e0 s\u2019en dissocier <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p><p>Ainsi ce petit article soul\u00e8ve des questions int\u00e9ressantes. En le situant dans la r\u00e9flexion de Diderot sur la libert\u00e9 et sur la morale et en le comparant aux articles connexes, on constate qu\u2019il est plus probl\u00e9matique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue. Je laisse aux autres la libert\u00e9 d\u2019en tirer des conclusions.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rde\/6990\">Gerhardt Stenger, \u00ab Diderot, Naigeon et l\u2019article LIBERT\u00c9 de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00bb<\/a>, <em>RDE<\/em> 56 (2021), p.\u00a027-54.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Entre autres\u00a0: <em>L\u2019\u00e2me des lumi\u00e8res. Le d\u00e9bat sur l\u2019\u00eatre humain entre religion et science Angleterre-France (1690-1760)<\/em>, Seyssel, Champ Vallon, 2013, p.\u00a0292-303.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jacques Proust, <em>Diderot et l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, p.\u00a0316-20.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Sur cet ouvrage et sur le contexte britannique, voir James A. Harris, <em>Of Liberty and Necessity: the Free Will Debate in eighteenth-century British Philosophy<\/em>, Oxford, 2005, et l\u2019\u00e9dition critique par James O\u2019Higgins, <em>Determinism and Freewill<\/em>. Anthony Collins\u2019 <em>A Philosophical Inquiry concerning Human Liberty<\/em>, Nijhoff, La Haye, 1976; sur les traductions fran\u00e7aises du texte de Collins, voir Ann Thomson, \u00ab\u00a0Des Maizeaux, Collins and the translators\u00a0: the case of Collins\u2019 <em>Philosophical inquiry concerning human liberty\u00a0<\/em>\u00bb, <em>Cultural Transfers: France and Britain in the long eighteenth century<\/em>, \u00e9d. Ann Thomson, Simon Burrows and Edmond Dziembowski, <em>SVEC<\/em> 2010\u00a0:\u00a04, p.\u00a0219-231.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Le traducteur ajoute de copieuses notes, dont des citations du \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de la libert\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Nouvelles libert\u00e9s de penser <\/em>\u00ab\u00a0A Amsterdam\u00a0\u00bb, 1743, p.\u00a084-6, 166-7, 176, 178-9, 181). Notons \u00e9galement que Condillac publie vers la fin de 1754 une courte \u00ab\u00a0Dissertation sur la libert\u00e9\u00a0\u00bb dans son <em>Trait\u00e9 des sensations <\/em>et le m\u00e9decin Astruc ajoute en 1755 une <em>Dissertation sur la libert\u00e9<\/em> comme deuxi\u00e8me partie de sa <em>Dissertation sur l\u2019immat\u00e9rialist\u00e9 et l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019Ame<\/em>. Ensuite, en 1757, l\u2019abb\u00e9 Pluquet publie son important <em>Examen du fatalisme, ou Exposition et refutation des diff\u00e9rens syst\u00eames de fatalisme<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Gerhardt Stenger, art. cit., p.\u00a049-52. Il faut cependant noter que le mod\u00e8le cart\u00e9sien du cerveau d\u00e9fendu par Fontenelle n\u2019est pas celui de Diderot.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 l\u2019on voit [\u2026] combien il importe d\u2019\u00e9tablir solidement la r\u00e9alit\u00e9, je ne dis pas du <em>volontaire<\/em>, mais de la <em>libert\u00e9<\/em> qu\u2019on ne confond que trop ordinairement avec le <em>volontaire\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>DPV<\/em>, t.\u00a0IX, p.\u00a0257. Comparer avec le \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de la Libert\u00e9\u00a0\u00bb de Fontenelle: \u00ab\u00a0ce sist\u00eame rend la vertu un pur bonheur, &amp; le vice, un pur malheur [\u2026] &amp; donne beaucoup de piti\u00e9 pour les m\u00e9chans, sans inspirer de haine contre eux.\u00a0\u00bb (<em>Nouvelles libert\u00e9s de penser<\/em>, p.\u00a0148-9)<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>DPV<\/em>, t.\u00a0IX, p.\u00a0257-258.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Jacques Chouillet, \u00ab\u00a0Des causes propres \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb, <em>Approches des Lumi\u00e8res: M\u00e9langes offerts \u00e0 Jean Fabre<\/em>, Paris, 1974, p.\u00a054.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>DPV<\/em>, t.\u00a0XVII, p.\u00a0186.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Article LIBERT\u00c9, p.\u00a0463. Dans VOLONT\u00c9, par contre, il s\u2019agit de cent mille hommes \u00e0 qui on pr\u00e9sente \u00ab\u00a0un m\u00eame objet de desir ou d\u2019aversion\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> A noter que l\u2019image du bras de la balance se trouve \u00e9galement dans la citation de la \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Landois\u00a0\u00bb ci-dessus.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 cette question dans \u00ab\u00a0French Eighteenth-Century Materialists and Natural Law\u00a0\u00bb, <em>History of European Ideas<\/em> 42\u00a0:\u00a02, 2016, p.\u00a0243-255.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Voir Ann Thomson, \u00ab\u00a0La Mettrie, Machines and the Denial of Liberty\u00a0\u00bb, <em>The Renewal of Materialism<\/em>, <em>Graduate Faculty Philosophy Journal<\/em> 22\u00a0:\u00a01, 2000, p.\u00a071-86, ainsi que <em>Materialism and Society in the Mid-Eighteenth Century : La Mettrie&rsquo;s \u00abDiscours pr\u00e9liminaire\u00bb<\/em>, Droz, Gen\u00e8ve, 1981. Voir aussi l\u2019article r\u00e9cent de Shun Sugino, \u00ab\u00a0De La Mettrie \u00e0 S\u00e9n\u00e8que\u00a0: la politique de la \u2018parole au fond du tombeau\u2019 dans l\u2019<em>Essai sur la vie de S\u00e9n\u00e8que<\/em> de Diderot\u00a0\u00bb, <em>RDE<\/em> 59, 2024, p.\u00a0259-273.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 L\u2019article MACHINAL, (Gram.), publi\u00e9 dans le volume\u00a09 de l\u2019Encyclop\u00e9die en 1765, fait partie d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9crits de Diderot\u00a0: dans 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