{"id":523,"date":"2025-03-03T17:28:05","date_gmt":"2025-03-03T16:28:05","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=523"},"modified":"2025-05-20T12:17:45","modified_gmt":"2025-05-20T10:17:45","slug":"celibat-et-adultere-dans-les-dictionnaires-de-lancien-regime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=523","title":{"rendered":"\u00ab C\u00e9libat \u00bb et \u00ab Adult\u00e8re \u00bb dans les dictionnaires de l\u2019Ancien-R\u00e9gime"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"523\" class=\"elementor elementor-523\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0a0caee e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"0a0caee\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-06e6a4e elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"06e6a4e\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><h4><strong>C\u00e9libat et religions <\/strong><\/h4><p>De toutes les religions du monde, le bouddhisme et le\u00a0christianisme sont les seules \u00e0 \u00e9dicter \u00e0 l\u2019usage de leurs officiants de stricts interdits regardant le\u00a0mariage\u00a0et toute activit\u00e9 d&rsquo;ordre sexuel. Ici, je laisserai de c\u00f4t\u00e9 toutes les r\u00e9flexions sur la position des bouddhistes, et ne parlerai que des chr\u00e9tiens. Au sein du christianisme europ\u00e9en, le c\u00e9libat eccl\u00e9siastique fut toujours l&rsquo;objet des controverses les plus vives. Ses partisans comme ses d\u00e9tracteurs, croyants ou incroyants, se sont toujours accord\u00e9s \u00e0 en faire une des institutions les plus fondamentales et \u00e0 y voir un des traits les plus nettement distinctifs du christianisme. On sait quelles cons\u00e9quences majeures en r\u00e9sult\u00e8rent. Ainsi, les \u00c9glises protestantes, malgr\u00e9 leur \u00e9tonnante diversit\u00e9, n&rsquo;imposent ni ne proposent le c\u00e9libat \u00e0 leurs \u00e9v\u00eaques et ministres.<\/p><h4><strong>La population fran<\/strong><strong>\u04abaise sous l\u2019<\/strong><strong>Ancien-R\u00e9gime <\/strong><\/h4><p>Entre 1715 et 1789, la population fran\u00e7aise aurait augment\u00e9 d\u2019un tiers, soit de vingt \u00e0 vingt-six millions d\u2019individus. Or la question de la population constituait, pour les \u00e9conomistes du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, un prisme commode et en quelque sorte populaire permettant d\u2019aborder l\u2019\u00e9tude de la production, de la consommation, et de la r\u00e9partition des biens. Il est donc naturel que Diderot s\u2019y soit plus d\u2019une fois arr\u00eat\u00e9. Ainsi \u00e9crit-il par exemple, dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-1044-0\/\">HOMME<\/a> de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0: \u00ab L\u2019homme vaut par le nombre\u00a0; plus une soci\u00e9t\u00e9 est nombreuse, plus elle est puissante pendant la paix, plus elle est redoutable dans les temps de guerre. Un souverain s\u2019occupera donc s\u00e9rieusement de la multiplication de ses sujets. Plus il aura de sujets, plus il aura de commer\u04abants, d\u2019ouvriers, de soldats\u00a0\u00bb (t.\u00a0VIII, p.\u00a0278b).<\/p><p>\u00c0 partir de ce texte du Philosophe, Jacques Proust a tir\u00e9 une explication pertinente de l\u2019\u00e9tat perp\u00e9tuel d\u2019agitation dans lequel se trouve plong\u00e9 le d\u00e9bat interminable autour du c\u00e9libat sacerdotal\u00a0:<\/p><p>C\u2019est, assez curieusement, par le biais de la d\u00e9mographie que les questions religieuses se trouvent le plus souvent li\u00e9es aux questions \u00e9conomiques, au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les attaques contre les couvents et les moines sont fr\u00e9quentes en effet chez les \u00e9conomistes, qui les justifient g\u00e9n\u00e9ralement de deux mani\u00e8res. Les r\u00e9guliers sont des citoyens improductifs, qui accaparent des biens sans participer \u00e0 leur cr\u00e9ation, et d\u2019autre part leurs v\u0153ux de c\u00e9libat et de chastet\u00e9 les emp\u00eachent de contribuer \u00e0 l\u2019accroissement de la population<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"> [1]<\/a>.<\/p><h3><strong>I La guerre dans les dictionnaires <\/strong><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/h3><p>Je me propose, dans la suite de ce texte, de livrer une synth\u00e8se des investigations que j\u2019ai men\u00e9es sur un vaste corpus d\u2019articles, en passant en revue une s\u00e9lection de la s\u00e9rie copieuse de dictionnaires dont ils sont issus. Toute la production que j\u2019ai consult\u00e9e s\u2019\u00e9chelonne de la fin du XVII<sup>e<\/sup> \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il est extr\u00eamement int\u00e9ressant de constater que, pendant cette p\u00e9riode appel\u00e9e commun\u00e9ment \u00ab l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb, les dictionnaires ne se limitaient pas \u00e0 leur fonction d\u2019ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence destin\u00e9s \u00e0\u00a0recueillir la totalit\u00e9 des mots d\u2019une langue, mais servaient \u00e9galement de lieu de discussion, de\u00a0d\u00e9bat, de controverse, offrant un r\u00e9ceptacle \u00e0 la confrontation,\u00a0parfois violente ou passionn\u00e9e, des\u00a0opinions\u00a0contraires sur toutes esp\u00e8ces de sujets, politiques, scientifiques, litt\u00e9raires, et peut-\u00eatre surtout religieux. Prenons par exemple les articles <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-4171-0\/\">C\u00c9LIBAT (<em>Hist. anc. &amp; mod. &amp; Morale<\/em>.)<\/a>, et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-669-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Adultere<\/span> (<em>Morale<\/em>.)<\/a> et observons leur r\u00e9currence sur la dur\u00e9e d\u2019un si\u00e8cle, du <em>Dictionnaire universel <\/em>de Fureti\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9dition du <em>Tr\u00e9voux<\/em>\u00a0: cette mati\u00e8re profuse est constamment aliment\u00e9e par les pol\u00e9miques qui mettent aux prises les lexicographes, les historiens, les j\u00e9suites, les jans\u00e9nistes, les huguenots, les philosophes, ou par les disputes plus mesur\u00e9es qu\u2019ils entretiennent, pour ou contre le mariage ou le c\u00e9libat religieux. Au noyau conceptuel du \u00ab\u00a0c\u00e9libat\u00a0\u00bb s\u2019agr\u00e8gent quelques th\u00e8mes contigus\u00a0: le \u00ab\u00a0mariage\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0virginit\u00e9\u00a0\u00bb, la figure du \u00ab\u00a0moine\u00a0\u00bb,\u00a0l\u2019\u00ab\u00a0adult\u00e8re\u00a0\u00bb, etc. Ce dernier th\u00e8me m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re, car il forme avec le c\u00e9libat un couple notionnel qui marque une d\u00e9viation notable par rapport \u00e0 la situation maritale. Sommairement, les d\u00e9bats se r\u00e9partissent en deux ensembles\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une veine morale et religieuse, attach\u00e9e \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 la sexualit\u00e9, \u00e0 la virginit\u00e9\u00a0; de l\u2019autre, une th\u00e9matique sociale et politique, qui comprend assez souvent des questions de d\u00e9mographie. La configuration pol\u00e9mique des discours et des opinions oppose naturellement les catholiques, apologistes du c\u00e9libat, aux protestants et aux philosophes, hostiles \u00e0 ceux qui pr\u00f4nent la chastet\u00e9.<\/p><h4><strong>Le<em> Dictionnaire universel<\/em> de Fureti\u00e8re et de Basnage de Beauval<\/strong><\/h4><p>Partons d\u2019une \u00e9vidence. De la fin du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 la p\u00e9riode des Lumi\u00e8res, on a vu publier tant de dictionnaires, tant d\u2019articles sur le c\u00e9libat et sur l\u2019adult\u00e8re, que je serai oblig\u00e9 ici d\u2019op\u00e9rer une s\u00e9lection drastique au sein de cet \u00e9norme corpus lexical et pol\u00e9mique. C\u2019est le dictionnaire de Fureti\u00e8re (1690) qui me fournira le point d\u2019entr\u00e9e de mon enqu\u00eate. Dans l\u2019article C\u00c9LIBAT, Fureti\u00e8re inaugure un nouveau proc\u00e9d\u00e9 d\u2019explication, en invoquant Scaliger pour expliquer l\u2019\u00e9tymologie grecque de ce terme <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Cette m\u00e9thode fera flor\u00e8s dans bon nombre de dictionnaires post\u00e9rieurs <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Henri Basnage de Beauval, n\u00e9 \u00e0 Rouen, mais r\u00e9fugi\u00e9 en Hollande apr\u00e8s la\u00a0r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes, reprit le <em>Dictionnaire universel<\/em>\u00a0de\u00a0Fureti\u00e8re,\u00a0dont il donna une \u00e9dition consid\u00e9rablement augment\u00e9e en 1701 <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Cet ouvrage fut consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9dition protestante du <em>Fureti\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb. Il comporte un article C\u00c9LIBAT sensiblement augment\u00e9 (36 lignes) par rapport \u00e0 celui de Fureti\u00e8re (6 lignes), car Basnage cite abondamment d\u2019anciens textes hostiles au c\u00e9libat eccl\u00e9siastique. Un des grands m\u00e9rites du dictionnaire de Fureti\u00e8re-Basnage est d\u2019avoir \u00e9tabli un mod\u00e8le premier, un prototype de dispositif r\u00e9dactionnel pour un article de dictionnaire frott\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences religieuses et pol\u00e9miques. On part toujours de la d\u00e9finition, que l\u2019on illustre ensuite d\u2019un certain nombre d\u2019exemples historiques tir\u00e9s des actes des conciles \u0153cum\u00e9niques, et que l\u2019on relie pour finir \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie grecque ou latine.<\/p><h4><strong>Basnage <em>vs<\/em> Tr\u00e9voux <\/strong><\/h4><p>La publication en 1701 du dictionnaire de Basnage-Fureti\u00e8re d\u00e9clencha une s\u00e9rie de pol\u00e9miques entre les deux camps\u00a0: les j\u00e9suites fran\u04abais et les huguenots hollandais. La premi\u00e8re \u00e9dition du <em>Tr\u00e9voux<\/em>, qui parut en 1704, fut pr\u00e9par\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de Richard Simon, et con\u00e7ue comme une sorte de r\u00e9\u00e9criture de l\u2019\u00e9dition Fureti\u00e8re-Basnage <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Elle reprenait l&rsquo;essentiel du <em>Fureti\u00e8re<\/em> de 1701, en l\u2019expurgeant des notions jug\u00e9es anticatholiques, et en ajoutant d&rsquo;importants articles sur les sectes et les h\u00e9r\u00e9sies, sans faire aucune mention de ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Arr\u00eatons-nous un moment sur cette premi\u00e8re \u00e9dition du <em>Tr\u00e9voux<\/em><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> (1704), pour voir comment les modifications apport\u00e9es par les j\u00e9suites au texte de Basnage en ont astucieusement alt\u00e9r\u00e9 la signification.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p><strong>Basnage\u00a01701<\/strong> : Les \u00e9loges outr\u00e9s que Tertullien a donn\u00e9s \u00e0 la chastet\u00e9 firent trouver une plus grande perfection, et une plus grande puret\u00e9 dans le <em>c\u00e9libat. <\/em><\/p><p><strong>Tr\u00e9voux\u00a01704<\/strong> : Les \u00e9loges outr\u00e9s que Tertullien a donn\u00e9s \u00e0 la chastet\u00e9 firent trouver une plus grande perfection, et une plus grande puret\u00e9 dans le <em>c\u00e9libat. <\/em><\/p><p><strong>Basnage\u00a01701<\/strong> : Cependant les grands applaudissements qu\u2019on donna au <em>c\u00e9libat<\/em>, et les raisons sp\u00e9cieuses de ses partisans ne laiss\u00e8rent pas de faire impression.<\/p><p><strong>Tr\u00e9voux\u00a01704<\/strong> : Cependant les grands applaudissements qu\u2019on donna au <em>c\u00e9libat<\/em>, et les <strong>fortes<\/strong> raisons sp\u00e9cieuses de ses partisans ne laiss\u00e8rent pas de faire impression.<\/p><p><strong>Basnage\u00a01701\u00a0: <\/strong>Gregoire VII acheva presque de r\u00e9duire les Eccl\u00e9siastiques sous le joug du <em>c\u00e9libat.<\/em><\/p><p><strong>Tr\u00e9voux\u00a01704<\/strong> : Gregoire VII acheva presque de r\u00e9duire les Eccl\u00e9siastiques <strong>\u00e0 la loi<\/strong> sous le joug du <em>c\u00e9libat.<\/em><\/p><\/blockquote><p>Comme on le voit, quelques l\u00e9g\u00e8res retouches ont suffi \u00e0 changer compl\u00e8tement le sens des phrases. Proc\u00e9d\u00e9 g\u00e9nial et insidieux de transformation textuelle perfectionn\u00e9 par les p\u00e8res j\u00e9suites. Pour l\u2019article ADULT\u00c8RE, l\u2019auteur donne pour la premi\u00e8re fois un suppl\u00e9ment int\u00e9ressant au texte de Fureti\u00e8re au sujet du divorce. Les paroles du Christ sur l\u2019adult\u00e8re y sont cit\u00e9es et longuement comment\u00e9es \u00e0 grand renfort d\u2019exemples fournis par les P\u00e8res, par les Canons des Conciles, etc.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Les Grecs et m\u00eame toutes les autres Soci\u00e9t\u00e9s Chr\u00e9tiennes du Levant, font dans cette pratique, que l\u2019<em>adult\u00e8re <\/em>rompt le lien du mariage\u00a0; en sorte qu\u2019en ce cas l\u00e0, et m\u00eame en plusieurs autres, le mari peut \u00e9pouser une autre femme. Ils s\u2019appuient pour ce qui est de l\u2019<em>adult\u00e8re <\/em>sur ces paroles de J.C. au chap.19 de S. Matthieu v.9. <em>Quiconque r\u00e9pudie sa femme hors le cas d\u2019ADULT\u00c8RE, et en \u00e9pouse une autre, devient adult\u00e8re <\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Selon l\u2019auteur de l\u2019article, J\u00e9sus semble admettre le divorce quand la femme commet l\u2019adult\u00e8re. En all\u00e9guant une telle autorit\u00e9, il donne son assentiment \u00e0 la requ\u00eate des ambassadeurs de Venise visant la dissolution du mariage, tout en exprimant quand m\u00eame une r\u00e9serve \u00e0 la fin du paragraphe : \u00ab\u00a0Il faut n\u00e9anmoins avouer que les Grecs et les autres Chr\u00e9tiens d\u2019Orient rompent trop facilement leurs mariages, sous pr\u00e9texte de se conformer en cela aux loix Canoniques et Civiles.\u00bb<\/p><p>\u00c0 partir de l\u2019\u00e9dition de 1721, le <em>Tr\u00e9voux<\/em> conna\u00eet une expansion textuelle notable. De trois volumes en 1704, il passe \u00e0 cinq en 1721. Cet allongement va de pair avec un d\u00e9ploiement de la nomenclature, qui s\u2019ouvre \u00e0 de nouveaux lexiques sp\u00e9cialis\u00e9s, ainsi qu\u2019avec un enrichissement de la teneur encyclop\u00e9dique des articles. De ce point de vue, l\u2019\u00e9dition suivante, celle de 1743, ne diff\u00e8re pas sensiblement de celle de 1721. On sait que les encyclop\u00e9distes prendront le <em>Tr\u00e9voux <\/em>de 1743 pour base des premiers volumes de leur ouvrage, mais derri\u00e8re l\u2019\u00e9dition de 1743, il faut toujours avoir en vue la valeur matricielle de l\u2019\u00e9dition de 1721. Etienne Souciet fut le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre, non seulement des deux \u00e9ditions de 1721 et de 1743, mais \u00e9galement d\u2019un <em>Suppl\u00e9ment<\/em> qu\u2019il laissa in\u00e9dit \u00e0 sa mort. C\u2019est encore lui qui composa, de surcro\u00eet, la majeure partie de l\u2019\u00e9dition de 1752.<\/p><p>La r\u00e9\u00e9dition du <em>Tr\u00e9voux<\/em> en 1721 m\u00e9rite qu\u2019on lui pr\u00eate attention car son article ADULT\u00c8RE ouvre la voie \u00e0 tous les discours post\u00e9rieurs, religieux ou antireligieux, sur le c\u00e9libat et l\u2019adult\u00e8re. Un t\u00e9moignage \u00e9loquent de l\u2019\u00e9volution, dans un sens de plus en plus agressif, des strat\u00e9gies discursives adopt\u00e9es par les auteurs du <em>Tr\u00e9voux<\/em>, est apport\u00e9 par la mani\u00e8re tr\u00e8s critique dont ils se distancient du commentaire, cit\u00e9 ci-dessus, qu\u2019inspiraient \u00e0 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs les paroles du Christ sur le divorce.<\/p><p>L\u2019auteur de l\u2019article de 1721 porte un jugement s\u00e9v\u00e8re aussi bien sur la requ\u00eate des Grecs lors du Concile de Trente, que sur l\u2019interpr\u00e9tation laxiste de l\u2019\u00e9pisode biblique dans l\u2019\u00e9dition pr\u00e9c\u00e9dente du <em>Tr\u00e9voux<\/em>. Il lui oppose cette r\u00e9futation vigoureuse\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>C\u2019est trop peu dire ; le sentiment qu\u2019on vient de rapporter est absolument faux. Les paroles de S. Matthieu ne prouvent point que le mariage consomm\u00e9 puisse \u00eatre dissolu par l\u2019<em>adult\u00e8re<\/em>, elles prouvent m\u00eame le contraire. En effet, ces paroles [&#8230;] prouvent seulement, qu\u2019en cas d\u2019<em>ADULT\u00c8RE <\/em>la partie innocente peut se s\u00e9parer de la partie coupable\u00a0; mais non pas qu\u2019elle puisse se marier \u00e0 une autre, et que le premier mariage soit dissolu<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"> [9]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Ces lignes sans concession fixent le rep\u00e8re \u00e0 partir duquel se d\u00e9termineront d\u00e9sormais les prises de position des \u00e9ditions suivantes du <em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em> sur la possibilit\u00e9 d\u2019une dissolution du mariage en cas d\u2019adult\u00e8re. Les \u00e9ditions de 1732, de 1752, et de 1771, en attestent.<\/p><h3><strong>II Diderot et son article C\u00c9LIBAT<\/strong><\/h3><p>Dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-4171-0\/\">C\u00c9LIBAT (<em>Hist. anc. &amp; mod. &amp; Morale<\/em>.)<\/a> de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, Diderot rassemble les arguments les plus topiques contre le c\u00e9libat religieux. Ce texte n\u2019est du reste qu\u2019un pot-pourri de diff\u00e9rents auteurs que Diderot cite textuellement, non point pour faire parade de son \u00e9rudition, mais pour montrer \u00e0 ses lecteurs, et surtout \u00e0 ses adversaires, que tous les esprits de qualit\u00e9, m\u00eame ceux d\u00e9pourvus de parti pris \u00ab philosophique \u00bb, s\u2019accordaient \u00e0 critiquer l\u2019institution du c\u00e9libat eccl\u00e9siastique. Sont invoqu\u00e9s \u00e0 l\u2019appui de la d\u00e9monstration Henri Morin, Fleury, Thomassin, Montesquieu, l\u2019abb\u00e9 de Saint-Pierre, Melon, etc. L\u2019article, long de sept cents lignes, est incontestablement le plus volumineux des textes du corpus qui nous occupe. Je me bornerai \u00e0 en rappeler bri\u00e8vement le d\u00e9but, particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019esprit la\u00efque de Diderot\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>[Le c\u00e9libat] est l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une personne qui vit sans s&rsquo;engager dans le mariage. Cet \u00e9tat peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 en lui-m\u00eame sous trois aspects diff\u00e9rents: 1\u00b0. eu \u00e9gard \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine; 2\u00b0. \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9; 3\u00b0. \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. (t.\u00a0II, p.\u00a0801b)<\/p><\/blockquote><p>Cette triple approche tranche sur les axes habituels du d\u00e9bat par son orientation nettement s\u00e9culi\u00e8re et moderne, l\u00e0 o\u00f9 la plupart des auteurs qui ont trait\u00e9 auparavant du c\u00e9libat et du mariage inscrivent la question dans un contexte religieux qui va de soi \u00e0 leurs yeux.<\/p><h4><strong>Jaucourt face \u00e0 Chambers<\/strong><\/h4><p>La premi\u00e8re \u00e9dition de la <em>Cylopaedia, <\/em>publi\u00e9e en 1728, ne pr\u00e9sente aucune originalit\u00e9 dans ses articles CELIBATE, CELIBACY <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> ou ADULTERINE ; ADULTERY, Adulterium <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Chambers, d\u2019ailleurs plut\u00f4t coutumier de ce proc\u00e9d\u00e9, ne fait rien d\u2019autre que de plagier le <em>Fureti\u00e8re<\/em> ou le<em> Basnage<\/em>. Je ne m\u2019engagerai pas ici dans une discussion \u00e0 n\u2019en plus finir pour savoir quelle \u00e9dition de la <em>Cylopaedia <\/em>les encyclop\u00e9distes ont utilis\u00e9e pour leur projet de traduction de Chambers <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Dans l\u2019\u00e9tat actuel de nos recherches, il n\u2019est pas possible d\u2019identifier l\u2019\u00e9dition de la <em>Cyclopaedia<\/em> correspondant \u00e0 chaque mention du nom de Chambers dans des articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die. <\/em>Ce qui m\u2019int\u00e9resse ici, c\u2019est la publication en 1753 du suppl\u00e9ment \u00e0 la<em> Cyclopaedi<\/em>a <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. On trouve, dans le livre de d\u00e9penses tenu par Briasson, un des libraires associ\u00e9s de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, la notice suivante\u00a0: \u00ab\u00a0843\u00a0: Le <em>nouveau suppl\u00e9ment <\/em>de Chambers<em>, <\/em>tir\u00e9 de Londres remis \u00e0 M. David 150 [livres] <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a><em>\u00a0<\/em>\u00bb. Cette notice date en effet de l\u2019ann\u00e9e 1753. On peut donc en d\u00e9duire que d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, \u00e0 partir du tome\u00a0IV de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, paru en octobre 1754, des emprunts textuels \u00e0 ce nouveau <em>Suppl\u00e9ment <\/em>de Chambers sont susceptibles d\u2019\u00eatre d\u00e9cel\u00e9s, ou du moins des traces de sa lecture et de son influence. De fait, au tome VI, publi\u00e9 en octobre 1756, le chevalier de Jaucourt en fait mention \u00e0 la fin de son article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v6-684-27\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Femme adultere<\/span> (<em>la<\/em>) <em>Th\u00e9ol. Critiq.<\/em><\/a>\u00a0: \u00ab Je tire cet article de l&rsquo;Encyclop\u00e9die anglaise (suppl\u00e9ment); il est court, pr\u00e9cis, &amp; met en \u00e9tat de conna\u00eetre les raisons des uns &amp; des autres, en indiquant les sources o\u00f9 l&rsquo;on peut s&rsquo;en instruire \u00e0 fond\u00a0\u00bb (t.\u00a0VI, p.\u00a0478b-479a).<\/p><p>Jaucourt s\u2019appuie largement sur le grand article ADULTERESS du <em>Suppl\u00e9ment<\/em>, notamment au sujet de l\u2019\u00e9pisode du \u00ab\u00a0Christ et [de] la femme adult\u00e8re\u00a0\u00bb qui est racont\u00e9 au chapitre 8 de l\u2019<em>\u00c9vangile selon Jean<\/em> (versets 1-11). Par rapport au texte de Jaucourt, qui se limite \u00e0 cette anecdote biblique, l\u2019article du <em>Suppl\u00e9ment <\/em>se distingue par la diversit\u00e9 de ses arguments, surtout juridiques, et par l\u2019ampleur de son information bibliographique. Jaucourt, quant \u00e0 lui, exploite au maximum cette information au profit de sa r\u00e9daction. Curieusement, on est frapp\u00e9, dans le <em>Suppl\u00e9ment<\/em> et bien s\u00fbr dans l\u2019article de Jaucourt, par le fait que les livres et les p\u00e9riodiques cit\u00e9s dans la liste des r\u00e9f\u00e9rences sont plut\u00f4t dat\u00e9s. \u00c0 peine vont-ils jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1710. On pourrait presque croire que le r\u00e9dacteur de l\u2019article ADULTERESS \u00e9tait Chambers lui-m\u00eame, mort, il est vrai, en 1740, mais qui avait, dit-on, laiss\u00e9 un grand amas de feuilles manuscrites en vue d\u2019une r\u00e9vision ult\u00e9rieure de son dictionnaire <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p><h3><strong>III. Panckoucke et son <em>Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique<\/em><\/strong><\/h3><p>Panckoucke, fils d\u2019un libraire, compte \u00e0 son actif plusieurs travaux litt\u00e9raires et entreprises \u00e9ditoriales, au premier rang desquelles l\u2019<em>Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique <\/em>(1782 \u00e0 1832). Ce gigantesque ouvrage (157 volumes de textes et 40 volumes de planches), qui se place sous le patronage de Diderot et de D\u2019Alembert, se distingue de son mod\u00e8le original en certains aspects\u00a0: une division des mati\u00e8res en sections ind\u00e9pendantes, au lieu de l\u2019ordre alphab\u00e9tique\u00a0; une tendance \u00e0 la sp\u00e9cialisation scientifique et technique, \u00e0 la place d\u2019un r\u00e9pertoire universel des connaissances humaines\u00a0; une attitude plus respectueuse de l\u2019ordre \u00e9tabli que la premi\u00e8re <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, qui c\u00e9dait souvent \u00e0 la pol\u00e9mique agressive. Mais ces nuances n\u2019affectent pas le grand d\u00e9bat sur le mariage et le c\u00e9libat\u00a0: en la mati\u00e8re, la <em>M\u00e9thodique <\/em>montre une \u00e9tonnante conformit\u00e9 aux le\u04abons de Diderot, et cela d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019article C\u00c9LIBAT\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>C\u00c9LIBAT, C\u00e9libataires, s.m. (<em>Droit naturel, eccl\u00e9siastique et politique<\/em>) le<em> c\u00e9libat <\/em>est l\u2019\u00e9tat des <em>c\u00e9libataires<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire des personnes qui vivent sans s\u2019engager dans le mariage.<\/p><p>Rien de mieux vu sur le <em>c\u00e9libat<\/em> que l\u2019excellent article de M. Diderot, dans l\u2019ancienne <em>Encyclop\u00e9die <\/em><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019article est d\u2019une taille imposante, mais l\u2019auteur suit de pr\u00e8s le texte de Diderot, lui-m\u00eame compos\u00e9, comme on le sait, de larges emprunts \u00e0 Morin, \u00e0 Montesquieu, \u00e0 Melon, etc. Vers la fin, il formule une proposition concr\u00e8te et ing\u00e9nieuse \u00e0 propos du c\u00e9libat des citoyens la\u00efques, sujet que Diderot n\u2019abordait point dans son article. Prenant pour mod\u00e8le les anciens Romains, l\u2019auteur propose, \u00ab\u00a0pour donner un certain esprit g\u00e9n\u00e9ral qui port\u00e2t \u00e0 la propagation de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u00bb, des r\u00e9compenses destin\u00e9es aux p\u00e8res de familles nombreuses\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Ne pourrait-on pas former tout le syst\u00e8me de la r\u00e9partition des impositions sur la proportion du nombre des enfants ?<\/p><p>Des pensions, des r\u00e9compenses proportionnelles seraient donn\u00e9es \u00e0 tous ceux qui auraient dix enfants, et au-del\u00e0 ; ceux qui en auraient huit, jouiraient d\u2019une exemption, d\u2019une franchise tr\u00e8s-\u00e9tendues ; ceux qui en auraient plus de quatre, jouiraient d\u2019une mod\u00e9ration dans la contribution ; la charge seroit rejet\u00e9e sur ceux qui auraient moins de quatre enfants ; elle seroit rejet\u00e9e principalement sur les c\u00e9libataires d\u2019un certain \u00e2ge ; on quadruplerait, d\u00e9cuplerait m\u00eame contre les c\u00e9libataires, la taxe \u00e0 laquelle le p\u00e8re de famille aurait \u00e9t\u00e9 assujetti avec les m\u00eames biens, non pas pour forcer au mariage par la contrainte, mais parce qu\u2019il est \u00e9quitable d\u2019imposer davantage ceux qui n\u2019ont pas de charge de famille, et qui n\u2019\u00e9l\u00e8vent point de citoyens \u00e0 la patrie ; l\u2019imposition pourrait \u00eatre \u00e9norme pour ceux qui occupent un grand nombre de laquais, de domestiques de gagistes c\u00e9libataires<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p><\/blockquote><h3><strong>IV Le sort du <em>Tr\u00e9voux<\/em> apr\u00e8s la dissolution de la Compagnie de J\u00e9sus<\/strong><\/h3><p>L\u2019\u00ab\u00a0affaire Lavalette\u00a0\u00bb (c\u2019est le nom que l\u2019on donne \u00e0 un scandale financier ayant touch\u00e9 la Compagnie \u00e0 la suite de la banqueroute d\u2019Antoine Lavalette) offre \u00e0 Louis XV l\u2019occasion opportune d&rsquo;interdire par d\u00e9cision royale la Compagnie de J\u00e9sus et de la\u00a0bannir\u00a0de\u00a0France\u00a0en\u00a01763-64. En cons\u00e9quence, les deux cents coll\u00e8ges qu\u2019elle compte dans le royaume sont alors ferm\u00e9s.<\/p><p>On peut se demander comment le <em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em> a pu survivre, dans cette situation catastrophique, jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re \u00e9dition de 1771, et surtout comment les deux articles C\u00c9LIBAT et ADULT\u00c8RE, apr\u00e8s leur publication dans les premiers tomes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, en 1751 et 1752, ont pu trouver un \u00e9cho diff\u00e9r\u00e9 dans la derni\u00e8re \u00e9dition du <em>Tr\u00e9voux<\/em>, alors que celles de 1752 et de 1762 \u00e9taient compl\u00e8tement vierges de cette influence. C\u2019est en 1771 en effet qu\u2019appara\u00eet un ajout de dix-neuf lignes, ins\u00e9r\u00e9 dans l\u2019article C\u00c9LIBAT pour apporter la r\u00e9ponse assez nuanc\u00e9e des p\u00e8res j\u00e9suites aux attaques de Diderot contre le c\u00e9libat religieux<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. L\u2019auteur de ce fragment, \u00e0 notre grand \u00e9tonnement, se range \u00e0 l\u2019opinion de Diderot en reconnaissant que Dieu n\u2019interdit jamais \u00e0 ses ministres de se marier. De fa\u00e7on non moins surprenante, il cl\u00f4t son article par un double renvoi aux ouvrages de Morin et de Saint-Pierre, alors que ces deux auteurs sont parmi ceux que Diderot tient en pr\u00e9dilection. On mesure, \u00e0 ces deux faits, combien ce dernier est loin de remplir le r\u00f4le que l\u2019on aurait pu attendre de lui, celui d\u2019ennemi irr\u00e9ductible.<\/p><p>L\u2019article ADULT\u00c8RE pr\u00e9sente un changement encore plus drastique <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. L\u2019auteur en supprime carr\u00e9ment le passage o\u00f9 la reproduction des paroles de J\u00e9sus-Christ est traditionnellement assortie, par tous les auteurs (dont le p\u00e8re Souciet), d\u2019une vive condamnation, au motif d\u2019h\u00e9r\u00e9sie, des revendications pr\u00e9sent\u00e9es par les Grecs et les ambassadeurs de Venise lors du Concile de Trente, en faveur d\u2019une dissolution du mariage en cas d\u2019adult\u00e8re. Cette volte-face extraordinaire et totalement inattendue est pourtant justifi\u00e9e dans la longue pr\u00e9face qui figure en t\u00eate du tome premier\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Si l\u2019on a eu tant d\u2019exactitude \u00e0 expliquer les diff\u00e9rentes Sectes de Religions \u00e9trang\u00e8res, on en a encore plus apport\u00e9 sur ce qui regarde les Sectes particuli\u00e8res qui partagent la Religion Chr\u00e9tienne, et les H\u00e9r\u00e9sies diverses qui en sont sorties ; mais on n\u2019a point perdu de vue la nature de l\u2019ouvrage auquel on travaillait. On s\u2019est content\u00e9 d\u2019exposer les opinions sur lesquelles ces H\u00e9r\u00e9sies sont fond\u00e9es, et d\u2019une mani\u00e8re simple, sans sortir des bornes d\u2019un Dictionnaire, o\u00f9 l\u2019on ne doit toucher ces mati\u00e8res qu\u2019autant qu\u2019elles sont du ressort de la Grammaire, et que les termes qui leur sont particuliers, font partie de la langue<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019auteur de la <em>Pr\u00e9face <\/em>insiste sur l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019impartialit\u00e9 d\u00e9coulant du caract\u00e8re lexicographique de son ouvrage\u00a0: telle est la source des remaniements introduits en grand nombre dans les passages des \u00e9ditions ant\u00e9rieures jug\u00e9s trop doctrinaux ou agressifs. Cet art subtil du compromis dans l\u2019adversit\u00e9 nous incline \u00e0 consid\u00e9rer avec une tendre sympathie les d\u00e9plorables vicissitudes qu\u2019eurent \u00e0 subir les p\u00e8res j\u00e9suites de cette malheureuse \u00e9poque.<\/p><h4><strong>Un interm\u00e8de comique\u00a0: Chaumeix<\/strong><\/h4><p>Le jans\u00e9niste Abraham Chaumeix (1730-1790) travailla sans rel\u00e2che \u00e0 saper le discours de <em>l&rsquo;Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0et \u00e0 accabler d\u2019opprobre l\u2019ouvrage d&rsquo;Helv\u00e9tius, <em>De l&rsquo;Esprit<\/em>. Il ne consacre \u00e0 cette mission pas moins que les huit volumes de ses\u00a0<em>Pr\u00e9jug\u00e9s l\u00e9gitimes contre l&rsquo;Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0(1758-59). Un autre texte, <em>La petite encyclop\u00e9die<\/em>, publi\u00e9e beaucoup plus tard sous sa signature, mais d\u2019attribution assez douteuse, contient un article intitul\u00e9 ADULT\u00c8RE, qui offre un bel exemple de ce type de prose antiphilosophique. J\u2019en donne ici un bref extrait, charg\u00e9 d\u2019ironie\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>D\u2019ailleurs, si, selon le principe d\u2019un de nos Sages, <em>quiconque est capable d\u2019aimer est vertueux<\/em>, lorsqu\u2019un mari n\u2019aimera point sa femme, il pourra, il devra m\u00eame aimer ailleurs, pour \u00eatre capable de devenir vertueux. Alors l\u2019ADULT\u00c8RE ne sera plus un crime, il sera m\u00eame une vertu<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p><\/blockquote><h3><strong>V Une attaque s\u00e9rieuse : le pasteur Mingard, dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>d\u2019Yverdon<\/strong><\/h3><p>Jetons maintenant un coup d\u2019\u0153il sur l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0d&rsquo;Yverdon. Les 42 volumes de texte <em>in-quarto<\/em> qui la composent sortirent des presses entre 1770 et 1780<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, suivis, entre 1775 et 1780, de 6 volumes de suppl\u00e9ments et de 10 volumes de planches. La direction de cette ambitieuse entreprise fut assur\u00e9e par Fortun\u00e9-Barth\u00e9lemy de F\u00e9lice (1723-1789). Celui-ci, d&rsquo;origine italienne, apr\u00e8s avoir abjur\u00e9 la foi catholique, s\u2019installa en 1762 \u00e0 Yverdon, o\u00f9 il fonda sa propre maison d\u2019\u00e9dition, dans le but de refaire l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>de Paris selon des principes enti\u00e8rement oppos\u00e9s\u00a0: cens\u00e9 d\u00e9livrer un message protestant, anticatholique et antimat\u00e9rialiste, son grand \u0153uvre empruntait en r\u00e9alit\u00e9 les deux tiers de ses articles \u00e0 son illustre mod\u00e8le. Pour souligner cependant la d\u00e9marcation qu\u2019il pr\u00e9tendait op\u00e9rer, il forgea une signal\u00e9tique distinguant les nouveaux articles, au moyen du sigle (N), les articles retravaill\u00e9s, d\u00e9sign\u00e9s par le sigle (R), et ceux qui ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9s, marqu\u00e9s par un ast\u00e9risque (*).<\/p><p>L\u2019article C\u00c9LIBAT, aux dimensions d\u00e9mesur\u00e9es, compte 2826 lignes<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Le sigle (R), inscrit apr\u00e8s la vedette, est l\u00e0 pour avertir que l\u2019article de Diderot a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crit. Le signataire (G.M.) est Gabriel-Jean-Henri Mingard (1729-1786), pasteur suisse. La part de la r\u00e9daction qui lui revient en propre occupe 96% de l\u2019article, et prend des distances avec le texte de Diderot. Un auteur anonyme s\u2019est charg\u00e9 de la derni\u00e8re partie (110 lignes)\u00a0; mais son apport se r\u00e9duit \u00e0 une p\u00e2le copie du texte parisien. Dans la section principale, due \u00e0 la plume de Mingard, le c\u00e9libat catholique est sous le feu de vives critiques, comme si l\u2019auteur avait voulu respecter les derni\u00e8res volont\u00e9s d\u2019Henri Basnage de Beauval, le successeur protestant de Fureti\u00e8re. La ligne anticatholique est d\u2019embl\u00e9e manifeste, d\u00e8s la d\u00e9finition liminaire du c\u00e9libat\u00a0: \u00ab\u00a0On nomme ainsi dans le langage commun et ordinaire, l\u2019\u00e9tat volontaire d\u2019une personne qui pouvant se marier, ne se marie pas. On nomme <em>c\u00e9libataire<\/em>, toute personne qui volontairement vit hors de l\u2019\u00e9tat du mariage <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la d\u00e9finition vient l\u2019\u00e9tymologie, expliqu\u00e9e d\u2019ordinaire d\u2019une mani\u00e8re volontairement neutre, mais ici Mingard propose une interpr\u00e9tation pour ainsi dire \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb de l\u2019origine du mot <em>c\u00e9libat. <\/em>Ralli\u00e9, avec Diderot, au camp des ennemis du c\u00e9libat religieux, Mingard manifeste son d\u00e9saccord avec saint J\u00e9r\u00f4me et saint Augustin, qui adoptent une conception tr\u00e8s c\u00e9leste du c\u00e9libat en assignant l\u2019origine du mot \u00e0 une \u00e9tymologie latine. Mingard adopte de pr\u00e9f\u00e9rence une \u00e9tymologie grecque, plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 humaine, qui se rapporte uniquement aux \u00ab\u00a0personnes qui ne se marient pas, quelle que soit d\u2019ailleurs leur conduite relativement \u00e0 la chastet\u00e9 <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00c0 partir de l\u00e0, le texte de ce pasteur opini\u00e2tre s\u2019allonge interminablement, reprenant tous les arguments et les documents historiques pour et contre le c\u00e9libat religieux, allant de l\u2019<em>Ancien Testament<\/em> aux temps modernes en passant par plusieurs \u00e9poques interm\u00e9diaires. Citons-en un exemple\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Une fausse philosophie qui isolant l\u2019homme, lui fait chercher une pr\u00e9tendue perfection dans une science fl\u00e9trie, dans une contemplation qui l\u2019\u00e9carte de lui-m\u00eame et de ses semblables, qui le rend insensible et froid pour ce qui touche la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 laquelle il doit tout, porta les disciples de Thal\u00e8s, de Pythagore, de D\u00e9mocrite, de Platon, de Zenon Citien, d\u2019\u00c9picure, \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer le <em>c\u00e9libat <\/em>au mariage, sous pr\u00e9texte que celui-ci distrayait trop le philosophe, en le portant \u00e0 s\u2019occuper trop de ses sens et des affaires de la vie, ce qui l\u2019emp\u00eachait de se livrer tout entier \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la sagesse et aux m\u00e9ditations profondes de la philosophie <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Un des arguments efficaces de Mingard contre le c\u00e9libat eccl\u00e9siastique est tir\u00e9 du Chapitre\u00a0VII de <em>la\u00a0Premi\u00e8re \u00c9p\u00eetre aux Corinthiens<\/em>,\u00a0o\u00f9 Saint Paul pr\u00f4ne, \u00e0 titre exceptionnel, les bienfaits du mariage. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il convoque avec insistance les actes et paroles des premiers ap\u00f4tres, afin de souligner qu\u2019ils \u00e9taient tous mari\u00e9s <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Il en tire la conclusion sans appel que la loi \u00ab\u00a0qui d\u00e9fend le mariage au clerg\u00e9 est une loi humaine, contraire \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, aux canons des premiers conciles g\u00e9n\u00e9raux, \u00e0 la pratique de l\u2019\u00c9glise primitive, et \u00e0 la doctrine de tous les p\u00e8res <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p><p>Pour finir, il se retourne abruptement vers Diderot, son mod\u00e8le. Aux trois points de vue que ce dernier \u00e9voque au d\u00e9but de l\u2019article C\u00c9LIBAT de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>parisienne, \u00e0 savoir\u00a0: 1\u00b0. eu \u00e9gard \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine ; 2\u00b0. \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ; 3\u00b0. \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne, le pasteur suisse substitue un cadre quadripartite\u00a0: 1\u00b0. <em>Du c\u00e9libat relativement \u00e0 la nature <\/em>(128 lignes) ; 2\u00b0. <em>Du c\u00e9libat consid\u00e9r\u00e9 par rapport \u00e0 la religion <\/em>(173 lignes) ; 3\u00b0.<em> Du c\u00e9libat relativement aux m<\/em><em>\u0153urs <\/em>(293 lignes) ; 4<sup>o<\/sup>. <em>Du c\u00e9libat relativement \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil <\/em>(49 lignes) <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p><p>Le d\u00e9s\u00e9quilibre de cette distribution du discours, la pr\u00e9pond\u00e9rance massive qu\u2019elle attribue aux \u00ab m\u0153urs \u00bb, r\u00e9v\u00e8lent sans la moindre ambigu\u00eft\u00e9 le profond souci \u00e9thique qui anime ce pasteur rigoureux et obstin\u00e9.<\/p><h3><strong>VI Les deux \u00e9ditions toscanes<\/strong><\/h3><p>Comment les Italiens du Nord ont-ils lu les articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> parisienne\u00a0? Nous allons maintenant nous pencher sur la r\u00e9ception de l\u2019article ADULT\u00c8RE de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> par ses annotateurs italiens transalpins.<\/p><p>Le premier tome de l\u2019\u00e9dition Lucques fut publi\u00e9 en 1758, juste avant la grande crise du dictionnaire parisien. Les encyclop\u00e9distes lucquois ne devaient pas l\u2019ignorer, et il n\u2019est pas difficile d\u2019imaginer les efforts qu\u2019ils ont d\u00fb d\u00e9ployer pour donner \u00e0 leur publication l\u2019allure d\u2019une r\u00e9futation autant que celle d\u2019une r\u00e9impression, de fa\u00e7on \u00e0 surmonter toutes les difficult\u00e9s que suscita le Saint-Si\u00e8ge. Ils r\u00e9dig\u00e8rent une s\u00e9rie d\u2019additions ou de notes destin\u00e9es \u00e0 corriger le contenu m\u00eame de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>parisienne. Pour la majorit\u00e9 des collaborateurs eccl\u00e9siastiques italiens, tous les articles produits \u00e0 Paris sur la morale et sur la religion \u00e9taient autant d\u2019\u00e9preuves, de pierres de touche pour faire reconna\u00eetre aux lecteurs leur propre qualit\u00e9 de pol\u00e9mistes et d\u2019apologistes.<\/p><p>Parmi les collaborateurs religieux, le P\u00e8re Giovanni Domenico Mansi, signal\u00e9 par un M, repr\u00e9sente la figure de proue de l\u2019\u00e9quipe des encyclop\u00e9distes lucquois. Mansi r\u00e9digea trois notes pour l\u2019article ADULT\u00c8RE\u00a0: une pour le texte d\u2019Yvon et deux pour la partie assur\u00e9e par Toussaint. La seule qui me semble digne d\u2019int\u00e9r\u00eat est celle qui est ins\u00e9r\u00e9e \u00e0 la fin du texte d\u2019Yvon. Les deux autres n\u2019ont qu\u2019une valeur superf\u00e9tatoire, car le texte de Toussaint lui-m\u00eame ne fait qu\u2019emprunter aux dictionnaires pr\u00e9existants. Mansi, dans cette note marginale, reconna\u00eet avec Yvon tous les vices du c\u00e9libat de d\u00e9bauche, tout en prenant soin de distinguer celui-ci du \u00ab\u00a0c\u00e9libat en soi-m\u00eame\u00a0\u00bb qui est, selon Saint-Paul, pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la vie conjugale. \u00c9videmment, ce qui retient son attention dans la notion d\u2019adult\u00e8re, c\u2019est celle de c\u00e9libat, qu\u2019elle implique. Diderot lui a consacr\u00e9 des d\u00e9veloppements circonstanci\u00e9s dans son article C\u00c9LIBAT, au deuxi\u00e8me tome de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, o\u00f9 il prend pour cible le <em>c<\/em>\u00e9libat eccl\u00e9siastique, cons\u00e9quence du v\u0153u de chastet\u00e9, mais nuisible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 car la chastet\u00e9 entrave la propagation de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Ce volume avait paru en 1752, et il est quasiment certain que l\u2019annotateur Mansi avait d\u00e9j\u00e0 lu l\u2019article de Diderot avant d\u2019annoter l\u2019article ADULT\u00c8RE d\u2019Yvon. Il donnera aussi une note \u00e0 l\u2019article C\u00c9LIBAT de Diderot, mais ici son apologie de la vie monastique s\u2019appuie sur l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un livre anglais, <em>La Fable des abeilles<\/em> de Mandeville. Le mariage, bien qu\u2019en apparence favorable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, ne doit point \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 au c\u00e9libat de quelques particuliers.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Il n\u2019y a pas longtemps qu\u2019on a vu un livre o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9tend, que les vices publics apportent plus d\u2019avantages aux commodit\u00e9s, &amp; aux richesses d\u2019une ville, que ne saurait faire les vertus publiquement exerc\u00e9es\u00a0; l\u2019on ne doit cependant pas conclure de l\u00e0, que les vices des particuliers doivent \u00eatre permis <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Phrases incongrues o\u00f9 l\u2019annotateur italien, timor\u00e9 ou obscur, perd un peu le fil de son raisonnement, peut-\u00eatre sous l\u2019empire de ces lignes de Mandeville\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Quand donc je dis que les Vices sont ins\u00e9parables des grandes soci\u00e9t\u00e9s, et que leur opulence, leur grandeur et leur puissance ne peuvent subsister sans eux, je ne veux point dire que les Particuliers coupables de ces Vices ne doivent point \u00eatre toujours censur\u00e9s ; moins encore qu\u2019ils ne doivent pas \u00eatre punis, lorsqu\u2019ils poussent leur d\u00e9r\u00e8glement jusqu\u2019au crime <a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Ces deux textes ne sont que superficiellement analogues, et assez divergents quant au fond\u00a0: la note de Mansi est une apologie du c\u00e9libat eccl\u00e9siastique, alors que le texte de Mandeville explique comment les vices priv\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire la consommation de richesses, se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre des vertus collectives, aptes \u00e0 stimuler l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. Mansi a mal choisi sa pi\u00e8ce justificative.<\/p><p>Venons-en maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9dition de Livourne. Sous la puissante protection du grand-duc de Toscane, et gr\u00e2ce au soutien moral des fr\u00e8res Verri de Venise, l\u2019imprimeur Giuseppe Aubert publia le premier tome fin 1769. Int\u00e9ressons-nous toujours \u00e0 l\u2019article ADULT\u00c8RE, accompagn\u00e9 de trois notes marginales qui recoupent exactement celles de l\u2019\u00e9dition lucquoise. Pour les deux notes ajout\u00e9es au texte de Toussaint, on ne voit pas de grande diff\u00e9rence entre les deux \u00e9ditions toscanes. Celle qui est jointe au texte d\u2019Yvon est la seule qui donne lieu \u00e0 des \u00e9carts cons\u00e9quents, puisqu\u2019elle atteint une longueur cinq fois plus importante dans la Livourne. L\u2019annotateur anonyme, plus lucide que le Lucquois Mansi, veut pallier le manque de logique de celui-ci en multipliant les exemples concrets et les commentaires \u00e9clairants. Le c\u00e9libat est nettement class\u00e9 en deux cat\u00e9gories\u00a0: le c\u00e9libat des religieux, et le c\u00e9libat d\u2019int\u00e9r\u00eat ou de d\u00e9bauche. Le premier promet la perfection chr\u00e9tienne, mais le second est un vice contraire \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019\u00c9vangile et au bonheur de la soci\u00e9t\u00e9. Ici, l\u2019annotateur livournais veut r\u00e9concilier les exigences manifestement antagonistes de la foi chr\u00e9tienne et de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique, en citant, \u00e0 l\u2019appui de sa th\u00e8se, non pas Mandeville, mais un livre de Mirabeau le physiocrate, <em>L\u2019Ami des hommes, ou traite\u0301 de la population<\/em> (1756-1757). D\u2019apr\u00e8s Mirabeau, la vraie richesse ne consiste que dans la population. Or la population d\u00e9pend de sa subsistance, et la subsistance ne se tire que de l\u2019agriculture. Ainsi pour Mirabeau, tout d\u00e9pend de l\u2019agriculture. C\u2019est dans le deuxi\u00e8me chapitre de l\u2019<em>Ami des hommes<\/em>, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La mesure de la Subsistance est celle de la Population <a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>\u00a0\u00bb, que l\u2019encyclop\u00e9diste livournais puise tous ses arguments en faveur de l\u2019apologie du c\u00e9libat. \u00c9coutons Mirabeau. Pourquoi la d\u00e9population\u00a0? \u00ab\u00a0On ordonnait des mariages, on r\u00e9compensait la paternit\u00e9, on fl\u00e9trissait le c\u00e9libat\u00a0: c\u2019est fumer, c\u2019est arroser son champ sans le fermer, &amp; en attendre la r\u00e9colte\u00a0\u00bb. La vraie cause de la d\u00e9population\u00a0? \u00ab\u00a0C\u2019est la d\u00e9cadence de l\u2019agriculture d\u2019une part, de l\u2019autre le luxe &amp; le trop de consommation d\u2019un petit nombre d\u2019habitants, qui s\u00e8che dans la racine le germe de nouveaux citoyens [\u2026]. Cessons donc de nous \u00e9garer sur ce principe. Ce n\u2019est ni le c\u00e9libat, ni la guerre, ni la navigation qui d\u00e9peuplent un \u00c9tat\u00a0; au contraire. Je vais entreprendre la d\u00e9monstration de ce paradoxe sur celui de ces trois ordres de choses qu\u2019on abandonne le plus ais\u00e9ment en ce genre \u00e0 une sorte d\u2019anath\u00e8me public <a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>\u00a0\u00bb. Or, il ne faut pas oublier que Mirabeau entend r\u00e9pliquer par ce livre \u00e0 l\u2019ouvrage de David Hume, <em>Discours politiques<\/em>, traduit en fran\u00e7ais en 1754 <a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. Dans son Discours X, \u00ab\u00a0De la Population des Nations anciennes <a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>\u00a0\u00bb, Hume se d\u00e9clare l\u2019ennemi du syst\u00e8me monastique, mais r\u00e9fute l\u2019id\u00e9e selon laquelle les couvents d\u00e9peuplent autant un \u00e9tat qu\u2019on l\u2019imagine commun\u00e9ment. Les id\u00e9es qu\u2019il avance prennent le contrepied de la th\u00e9orie physiocratique de Mirabeau ou de Jean-Fran\u00e7ois Melon de Pradou, tous deux partisans de l\u2019agriculture, le second ayant publi\u00e9 en 1734 un <em>Essai politique sur le commerce<\/em>.<\/p><p>Que l\u2019on mesure bien la situation tr\u00e8s compliqu\u00e9e et paradoxale dans laquelle l\u2019annotateur livournais est pris \u00e0 son insu. L\u2019autorit\u00e9 qu\u2019il all\u00e8gue \u00e0 l\u2019appui de son apologie du c\u00e9libat religieux est Mirabeau, l\u2019un des premiers fondateurs de l\u2019\u00e9cole des physiocrates, \u00e0 laquelle Diderot, auteur de l\u2019article C\u00c9LIBAT aux accents antireligieux, n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tranger, par sa fr\u00e9quentation des Quesnay, Turgot, Le Mercier de la Rivi\u00e8re, etc. Au surplus, si l\u2019on prend en compte la position physiocratique de Mirabeau face au mercantilisme de Hume, lequel s\u2019employait \u00e0 r\u00e9futer lui aussi la th\u00e8se des \u00e9conomistes fran\u00e7ais, le jeu de r\u00e9f\u00e9rences et de renvois se complique, au point de faire de cette note marginale italienne un assemblage h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui, si solide soit la coh\u00e9sion formelle qui les lie, ne s\u2019av\u00e8rent pas moins en discordance les uns avec les autres sur le plan logique. Ainsi la structure de la note livournaise peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le r\u00e9sultat d&rsquo;une transformation de plusieurs\u00a0autres codes, ou comme l\u2019effet de l\u2019interaction de trois composantes intertextuelles\u00a0: une apostille \u00e0 l\u2019article d\u2019Yvon, un discours relevant de l\u2019apolog\u00e9tique traditionnelle, elle-m\u00eame emprunt\u00e9e \u00e0 d\u2019autres dictionnaires ant\u00e9rieurs, et enfin le discours physiocratique puis\u00e9 dans le livre de Mirabeau, o\u00f9 se r\u00e9fracte d\u00e9j\u00e0 une pluralit\u00e9 de discours contemporains. Cette connexion intertextuelle, qui change la signification de chacun de ces \u00e9nonc\u00e9s en les associant dans la structure de l\u2019annotation, peut \u00eatre pos\u00e9e comme un \u00ab\u00a0ensemble ambivalent\u00a0\u00bb, qui constitue une premi\u00e8re approche de ce que pourrait \u00eatre l&rsquo;\u00ab\u00a0unit\u00e9 discursive\u00a0\u00bb du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jacques Proust, <em>Diderot et l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, Albin Michel, 1995 [\u00e9d. originale 1962], p.\u00a0471.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le mot est de Marie Leca-Tsiomis\u00a0: <em>\u00c9crire l\u2019<\/em>Encyclop\u00e9die. <em>Diderot\u00a0: de l\u2019usage des dictionnaires \u00e0 la grammaire philosophique<\/em>, Voltaire Foundation, Oxford, 1999, p. 230. Je dois \u00e0 ce grand livre de synth\u00e8se tout particuli\u00e8rement cette section.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Antoine Fureti\u00e8re, <em>Dictionnaire universel contenant g\u00e9n\u00e9ralement tous les mots fran\u00e7ais, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts<\/em>, \u00e0 La Haye, et \u00e0 Rotterdam, chez Arnout et Reinier Leers, 1690, t.1, p.\u00a0410.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie<\/em>, je dois l\u2019avouer, n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat pour mon investigation actuelle.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Dictionnaire universel, contenant g\u00e9n\u00e9ralement tous les mots fran<\/em><em>\u04ab<\/em><em>ais tant vieux que modernes, et les termes des sciences et des arts&#8230;, recueilli et compil\u00e9 par Messire Antoine Fureti\u00e8re&#8230;<\/em>, seconde \u00e9dition, revue, corrig\u00e9e et augment\u00e9e par Monsieur Basnage de Bauval. \u00c0 la Haye et \u00e0 Rotterdam, chez Arnoud et Reinier Leers, 1701.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Cette hypoth\u00e8se, assez convaincante, fut propos\u00e9e par Michel Le Guern\u00a0: \u00ab\u00a0Le Dictionnaire de Tr\u00e9voux (1704)\u00a0\u00bb<em>, Cahiers de l&rsquo;Association Internationale des \u00c9tudes Fran\u00e7aises<\/em>,\u00a0xxxv, 1983, p.\u00a051-68.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Dictionnaire universel fran<\/em><em>\u04abais et latin, contenant la signification et la d\u00e9finition<\/em>, [&#8230;] \u00e0 Tr\u00e9voux, chez \u00c9tienne Ganeau Libraire de Paris, et Directeur de l&rsquo;Imprimerie de S.\u00a0A.\u00a0S., 1704.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em>, article ADULT\u00c8RE, 1704.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> L\u2019article ADULT\u00c8RE du <em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em>, 1721.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Ephraim Chambers, <em>Cyclop\u00e6dia, or, An universal dictionary of arts and sciences<\/em>, London: Printed for J. and J. Knapton, 1728, 2 vols., t.\u00a01, p.\u00a0176 b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, t.1, p.\u00a037b-p.38a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir Yoichi Sumi, \u00ab &lt;Atmosphere&gt; et &lt;Atmosph\u00e8re&gt; \u2014 Essai sur la <em>Cyclopaedia<\/em> et le premier Prospectus de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>\u00bb, <em>V\u00e9rit\u00e9 et litt\u00e9rature au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, M\u00e9langes offerts en l\u2019honneur de Raymond Trousson<\/em>, Paul Aron, Sophie Basch, Manuel Couvreur, Jacques Marx, \u00c9ric Van der Schueren, Val\u00e9rie van Crugten-Andr\u00e9 (\u00e9d.), Paris, , Honor\u00e9 Champion, 2001, p.\u00a0271-284.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>A supplement to Mr. Chambers&rsquo;s cyclop\u00e6dia or, Universal dictionary of arts and sciences<\/em>, printed for W. Innys and J. Richardson, R. Ware, J. and P. Knapton, [et al.], London, 1753, 2 vol.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Louis-Philippe May, \u00ab\u00a0Histoire et sources de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em> d&rsquo;apr\u00e8s le registre des d\u00e9lib\u00e9rations et de comptes des \u00e9diteurs et un m\u00e9moire in\u00e9dit\u00a0\u00bb, <em>Revue de synth\u00e8se<\/em>, f\u00e9vrier 1938, n<sup>o<\/sup> XV, p.\u00a065.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Lael Ely Bradshaw, \u00ab\u00a0Ephraim Chamber\u2019s <em>Cyclopaedia<\/em>\u00a0\u00bb, in <em>Notable encyclopedias of the seventeenth and enghteenth centuries : nine predecessors of the <\/em>Encyclop\u00e9die, Ed. Frank A. Kafker, <em>SVEC<\/em> 94, 1981, p.\u00a0123-140.<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique<\/em>, [&#8230;], <em>Jurisprudence, <\/em>d\u00e9di\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Monseigneur Hue de Miromesnil, Garde des Sceaux de France, tome deuxi\u00e8me, Paris\u00a0: Panckouke ; Li\u00e8ge\u00a0: Plomteux, 1783, p.\u00a0342b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0352a-b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Dictionnaire universel fran\u00e7ois et latin, <\/em><em>vulgairement appel\u00e9 Dictionnaire de Tr\u00e9voux&#8230;<\/em>Nouvelle \u00e9dition corrig\u00e9e et consid\u00e9rablement augment\u00e9e, A Paris, par la compagnie des libraires associ\u00e9s, 1771, 8 vols. t. 2, p. 348b-349a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, t.\u00a01, p.\u00a0126b-128b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, t.\u00a01, Pr\u00e9face, p.\u00a0XI.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Abraham Joseph de Chaumeix, <em>La petite encyclop\u00e9die, ou Dictionnaire des philosophes<\/em>, ouvrage posthume d\u2019un de ces messieurs, Anvers, Jean Gasbeck, 1771, p.\u00a05.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die ou dictionnaire universel raisonn\u00e9 des connaissances humaines. <\/em>Mis en ordre par M. De F\u00e9lice. Yverdon, 42 vols., 1770-1780.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, t.\u00a08, p.201b-230a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0201b-202a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0202b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0210b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0213b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0220b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0222b-229a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die, ou, Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences : des arts et des m\u00e9tiers \/ par une soci\u00e9t\u00e9 de gens de lettres ; mis en ordre et publi\u00e9 par M. Diderot &#8230; et quant \u00e0 la partie math\u00e9matique, par M. d&rsquo;Alembert<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition, enrichie de notes, et donn\u00e9e au public \/ par M. Octavien Diodati. Lucques : Vincent Giuntini, 1758-1771, 17 vols., t.1, p.\u00a0127, note (1).<\/p><p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Bernard Mandeville, <em>La fable des abeilles<\/em>, traduit de l\u2019anglais sur la 16<sup>e <\/sup>\u00e9d., volume 1, Londres, [1750], p.\u00a0xxvi.<\/p><p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Mirabeau, <em>L\u2019Ami des hommes ou trait\u00e9 de la population<\/em>, nouvelle \u00e9dition, 1759, p.\u00a025-58.<\/p><p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die : ou, Dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/em> \/ par une soci\u00e9t\u00e9 de gens de lettres ; mis en ordre et publi\u00e9 par M. Diderot &#8230; et quant \u00e0 la partie math\u00e9matique, par M. d&rsquo;Alembert &#8230; 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d., enrichie de plusieurs notes. \u00c0 Livourne : Dans L&rsquo;Imprimerie de la Soci\u00e9t\u00e9 , 1770-1775, 17 vols., t.\u00a01, p.\u00a0150-151, note (1).<\/p><p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> <em>Discours politiques de Monsieur Hume traduit de l\u2019anglais. <\/em>Tome second, \u00e0 Amsterdam, 1754.<\/p><p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a032-278, notamment p.\u00a093-97, p.\u00a0164-165.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 C\u00e9libat et religions De toutes les religions du monde, le bouddhisme et le\u00a0christianisme sont les seules \u00e0 \u00e9dicter \u00e0 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