{"id":492,"date":"2025-03-03T15:36:08","date_gmt":"2025-03-03T14:36:08","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=492"},"modified":"2025-12-27T11:24:00","modified_gmt":"2025-12-27T10:24:00","slug":"bref-intermede-musical-sur-diderot-contrepoint-sur-une-note-dattribution-de-marie-leca-tsiomis-dans-lenccre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=492","title":{"rendered":"Bref interm\u00e8de musical sur Diderot\u00a0: contrepoint sur une note d\u2019attribution de Marie Leca-Tsiomis dans l\u2019<i>ENCCRE<\/i>"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"492\" class=\"elementor elementor-492\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-a4b11f2 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"a4b11f2\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-8442c7c elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"8442c7c\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Parmi les nombreux articles que les travaux de Marie Leca-Tsiomis ont permis d\u2019attribuer \u00e0 Diderot <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, le petit article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2616-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Intermede<\/span>, (<em>Belles-lettres &amp; Musique<\/em>.)<\/a> n\u2019appartient pas \u00e0 la s\u00e9rie importante des articles r\u00e9gent\u00e9s par le d\u00e9signant \u00ab\u00a0grammaire\u00a0\u00bb. La note d\u2019attribution que Marie Leca-Tsiomis a r\u00e9dig\u00e9e pour l\u2019<em>ENCCRE <\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> ne recourt donc pas aux arguments qu\u2019elle a d\u00e9velopp\u00e9s pour \u00e9tayer ce regroupement autour des perspectives grammairiennes chez Diderot, riches d\u2019ambitions pendant longtemps insoup\u00e7onn\u00e9es, on le sait <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0; mais elle fait intervenir des consid\u00e9rations plus ponctuelles, qui nous font entrer au c\u0153ur d\u2019enjeux originaux qui formeront la trame de cette \u00e9tude. On aura compris que cette derni\u00e8re doit tout \u00e0 Marie Leca-Tsiomis, du point de d\u00e9part aux conclusions, en passant par la m\u00e9thode\u00a0: le temps, pour nous, en guise d\u2019hommage, de parcourir quelques th\u00e9matiques \u00e9minemment diderotiennes, suffisamment rares et singuli\u00e8res dans le travail de l\u2019\u00e9diteur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, nous semble-t-il, pour m\u00e9riter quelque attention <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p><h3>\u00ab\u00a0apr\u00e8s Cahusac\u00a0\u00bb<\/h3><p>Mais partons du d\u00e9but\u00a0: l\u2019entr\u00e9e \u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> se d\u00e9cline en trois articles, tous brefs, situ\u00e9s p. 831a\u2013b dans le volume VIII, paru avec tous les volumes interdits, en 1765\u00a0: <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2616-0\/\">INTERMEDE, (<em>Litt\u00e9rat<\/em>.)<\/a>, la \u00ab\u00a0vedette d\u2019adresse\u00a0\u00bb selon la terminologie des constituants encyclop\u00e9diques dans l\u2019<em>ENCCRE<\/em>\u00a0; <span style=\"font-variant: small-caps;\">Intermede<\/span>, (<em>Belles-lettres &amp; Musique<\/em>.), l\u2019article qui nous retient, de Diderot\u00a0; et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2616-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Intermede<\/span>, (<em>Chimie<\/em>.)<\/a>. Faisons un sort aux extr\u00e9mit\u00e9s de cette s\u00e9rie.<\/p><p>Le premier article, qui fait office de point d\u2019entr\u00e9e g\u00e9n\u00e9ral en tant que vedette d\u2019adresse, se consacre \u00e0 la dimension du terme en \u00ab\u00a0litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, ce qui inclut ici, et m\u00eame oriente vers, le th\u00e9\u00e2tre en tant que texte repr\u00e9sent\u00e9. Il est relativement court et reste anonyme\u00a0; et l\u2019on comprend pourquoi\u00a0: il n\u2019en cache pas les raisons, il les exhibe m\u00eame, ostensiblement. Cela pourrait passer pour une provocation, \u00e0 moins que ce ne soit, avec une ironie volontaire, une dette d\u2019autant plus soulign\u00e9e, qu\u2019elle a fait l\u2019objet d\u2019un contentieux virulent, dans les accusations de \u00ab\u00a0plagiats\u00a0\u00bb dont l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet depuis les premiers volumes.<\/p><p>La reprise ne se dissimule pas, elle s\u2019\u00e9tale, au contraire, et rappelle l\u2019importance de l\u2019emprunt dans la structuration de la nomenclature des dictionnaires. Pour le dire autrement, l\u2019article, n\u2019est, \u00e0 y regarder de pr\u00e8s, strictement parlant, qu\u2019un d\u00e9calque de l\u2019article homonyme dans le dictionnaire de Tr\u00e9voux \u2013 signal\u00e9 en toutes lettres \u00e0 la fin \u2013 \u00e0 quelques menues variantes pr\u00e8s. La simple juxtaposition des deux articles sera plus \u00e9loquente qu\u2019un long commentaire. Les termes en gras identifient les rares \u00e9l\u00e9ments qui n\u2019ont pas d\u2019\u00e9quivalents dans le texte voisin\u00a0:<\/p><table><tbody><tr><td width=\"307\">Tr\u00e9voux\u00a0: \u00e9d. 1743, t.\u00a03, col.\u00a01718\u00a0; \u00e9d. 1752, t.\u00a04, col. 1475<\/td><td width=\"307\"><em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. VIII, 1765, p. 831a\u2013b<\/td><\/tr><tr><td width=\"307\">\u00a0Ce qu\u2019on donne en spectacle entre les actes d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, pour amuser le peuple, tandis que les acteurs reprennent haleine, ou changent d\u2019habits, ou pour donner loisir de changer les d\u00e9corations. Les interm\u00e8des<strong> sont des <\/strong>ballets<strong>, fac\u00e9ties, <\/strong>ch\u0153urs de musique, etc. Dans l\u2019ancienne trag\u00e9die le ch\u0153ur chantait dans les interm\u00e8des, pour marquer les intervalles entre les actes. Aristote et Horace donnent pour r\u00e8gle de chanter pendant ces interm\u00e8des des chansons qui sont tir\u00e9es du sujet principal. Mais d\u00e8s qu\u2019on eut \u00f4t\u00e9 les ch\u0153urs, l\u2019on introduisit des mimes, des danseurs, etc. pour amuser <strong>ou d\u00e9lasser<\/strong> les spectateurs.<\/td><td width=\"307\"><p>ce qu\u2019on donne en spectacle entre les actes d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, pour amuser le peuple, tandis que les acteurs reprennent haleine ou changent d\u2019habits, ou pour donner le loisir de changer les d\u00e9corations. <strong><em>Voyez <\/em>COM\u00c9DIE<\/strong> .<\/p><p>Dans l\u2019ancienne trag\u00e9die, le ch\u0153ur chantait dans les <em>intermedes<\/em>, pour marquer les intervalles entre les actes. <strong><em>Voyez <\/em>CH\u0152UR, ACTE , <em>etc<\/em><\/strong>.<\/p><p>Les <em>interm\u00e8des <\/em><strong>consistent pour l\u2019ordinaire chez nous en chansons, danses<\/strong>, ballets, ch\u0153urs de musique, <em>etc<\/em>.<\/p><p>Aristote et Horace donnent pour r\u00e8gle de chanter pendant ces <em>interm\u00e8des <\/em>des chansons qui soient tir\u00e9es du sujet principal ; mais d\u00e8s qu\u2019on eut \u00f4t\u00e9 les ch\u0153urs, on introduisit les mimes, les danseurs, <em>&amp;c<\/em>. pour amuser les spectateurs. <strong><em>Voyez <\/em>FARCES . <em>Dictionn. de Trevoux<\/em>. <\/strong><\/p><p><strong>En France on y a substitu\u00e9 une symphonie de violons et d\u2019autres instruments<\/strong><\/p><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><p>\u00c0 peine une phrase d\u00e9plac\u00e9e\u00a0; l\u2019int\u00e9gration de renvois encyclop\u00e9diques, ciblant des articles parus dans les volumes pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0; la mention de la source et l\u2019ajout d\u2019une phrase finale\u00a0: l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> semble assurer le service minimum, comme si elle se contentait de r\u00e9p\u00e9ter son concurrent et rival, si agressif \u00e0 son endroit, pour mieux \u00e9taler la <em>m\u00e9diocrit\u00e9<\/em> de ce dernier.<\/p><p>On notera \u00e0 ce titre un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9cisif\u00a0: la phrase finale d\u2019ajout n\u2019actualise pas seulement une donn\u00e9e exp\u00e9di\u00e9e dans le Tr\u00e9voux touchant le contenu des interm\u00e8des (\u00ab\u00a0danseurs\u00a0\u00bb\u00a0 et \u00ab\u00a0mimes\u00a0\u00bb auparavant, auxquels \u00ab\u00a0En France on [\u2026] a substitu\u00e9 une symphonie de violons et d\u2019autres instruments\u00a0\u00bb), elle op\u00e8re aussi subtilement un glissement qui fait passer, tout \u00e0 la fois, de la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature\u00a0\u00bb \u00e0 la musique \u2013 la \u00ab\u00a0symphonie\u00a0\u00bb, m\u00eame sans pr\u00e9sence du langage articul\u00e9, constituant un tremplin vers le th\u00e9\u00e2tre musical \u2013 et du Tr\u00e9voux rem\u00e2ch\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> originale \u2013 le second article, de Diderot, corrigeant le premier, dans tous les sens du terme. Petit \u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb donc, d\u00e9j\u00e0, anticip\u00e9 par Diderot dans son propre article, dans une mise en ab\u00eeme concert\u00e9e\u00a0: les lecteurs de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00ab\u00a0d\u2019un go\u00fbt commun\u00a0\u00bb, pour reprendre les termes de Diderot \u00e0 la fin de son article, ne verront pas ce que les lecteurs \u00ab\u00a0d\u2019un go\u00fbt plus d\u00e9li\u00e9\u00a0\u00bb percevront ais\u00e9ment\u00a0; c\u2019est que du premier au second article \u00ab\u00a0Interm\u00e8de\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0Belles-lettres et musique\u00a0\u00bb, la notion a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e d\u2019une conception <em>emprunt\u00e9e<\/em> vers une r\u00e9flexion neuve, port\u00e9e par la puissance d\u2019\u00e9branlement d\u2019une musique neuve elle-m\u00eame, la musique italienne, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la querelle des Bouffons. Il faudra naturellement y revenir.<\/p><p>Nous laisserons le troisi\u00e8me article de c\u00f4t\u00e9, car il s\u2019agit de l\u2019acception du terme en chimie, ce qui nous concernera peu ici, quel que soit, ar ailleurs, l\u2019int\u00e9r\u00eat soutenu de Diderot pour cette discipline <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Notons cependant que c\u2019est dans cette acception que se manifeste dans l\u2019ouvrage l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des occurrences du terme <em>interm\u00e8de<\/em>, qui se r\u00e9partissent sur 66 articles, dont les trois \u00e9ponymes <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0: 48 rel\u00e8vent de la discipline chimique reli\u00e9e \u00e9ventuellement aux d\u00e9signants d\u2019histoire naturelle, de pharmacie, voire de m\u00e9decine ou d\u2019anatomie. L\u2019article Interm\u00e8de en chimie, relativement court, vient de Venel\u00a0: co\u00efncidence plaisante, la signature fautive de l\u2019article par un \u00ab\u00a0B\u00a0\u00bb \u2013 coquille r\u00e9pertori\u00e9e depuis longtemps <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> \u2013 semble d\u00e9signer Cahusac, en place du \u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb attendu pour Venel.<\/p><p>Or c\u2019est bien par Cahusac qu\u2019il faut d\u00e9buter, ou plut\u00f4t, pour lui, finir\u00a0: c\u2019est lui qui inscrit, dans pas moins de quatre articles <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, en tant que sp\u00e9cialiste et autorit\u00e9 de tout ce qui concerne l\u2019op\u00e9ra, des renvois, pr\u00e9sents d\u00e8s le deuxi\u00e8me volume, \u00e0 un article \u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb promis avec insistance qui fournira la d\u00e9finition attendue. C\u2019est dans le dernier article, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1466-0\/\">ENTR\u2019ACTE, (<em>Belles-Lett<\/em>.)<\/a>, au volume V (1755, p.\u00a0726b\u2013727a), alors que le d\u00e9roulement de l\u2019alphabet semble le mettre \u00e0 port\u00e9e, dans un volume prochain <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, que les contours de la variation \u00e0 venir se pr\u00e9cisent, et prennent m\u00eame un ton \u00e9tonnamment pol\u00e9mique, comme mot de la fin\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>L\u2019op\u00e9ra italien a besoin d\u2019entr\u2019actes ; on les nomme en Italie intermezzi, interm\u00e8des. Oserait-on le dire\u00a0? aurait-on besoin de ce malheureux secours dans un op\u00e9ra qu\u2019un int\u00e9r\u00eat suivi ou qu\u2019une vari\u00e9t\u00e9 agr\u00e9able soutiendraient r\u00e9ellement\u00a0? On parle beaucoup en France de l\u2019op\u00e9ra italien\u00a0: croit-on le conna\u00eetre\u00a0? Voyez Opera. Les Italiens eux-m\u00eames, toujours amoureux et jaloux de ce spectacle, l\u2019ont-ils jamais examin\u00e9\u00a0? On avance ici une proposition que l\u2019exp\u00e9rience seule ne nous a pas sugger\u00e9e\u00a0; elle nous a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par des personnes sages et instruites, dont aucune nation ne peut r\u00e9cuser le suffrage. Il n\u2019y a pas un homme en Italie qui ait \u00e9cout\u00e9 de suite une seule fois en sa vie tout l\u2019op\u00e9ra italien. On a eu recours aux interm\u00e8des de bouffons ou \u00e0 des danses pantomimes, pour combattre l\u2019ennui presque continuel de plus de quatre heures de spectacle\u00a0; et cette ressource est un d\u00e9faut tr\u00e8s grand du g\u00e9nie, comme il sera d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 l\u2019article Intermede. (B)<\/p><\/blockquote><p>Cahusac livre et l\u00e8gue ainsi, en vrac, si l\u2019on peut dire, tous les enjeux du terme et les coordonn\u00e9es du d\u00e9bat, dans ce qui ressemble \u00e0 un testament anticip\u00e9\u00a0: s\u2019y lit de mani\u00e8re transparente une \u00e9volution d\u2019un terme d\u00e9sormais sous influence, d\u00e9laissant de force l\u2019acception fran\u00e7aise. On per\u00e7oit, ce faisant, une r\u00e9ticence envers tout ce qui pourrait se poser comme rival du grand op\u00e9ra \u00e0 la fran\u00e7aise, qu\u2019on nomme alors plut\u00f4t, au milieu d\u2019une foule de d\u00e9nominations et de sous-genres, \u00ab\u00a0trag\u00e9die en musique\u00a0\u00bb, soit le spectacle prestigieux et fastueux, monument illustrant \u2013 au sens noble \u2013 la monarchie, qui lui prodigue des moyens \u00e0 la hauteur de son pouvoir de c\u00e9l\u00e9bration et d\u2019enchantement. Difficile, en tout cas, de ne pas entendre l\u2019agacement devant une ferveur proprement populaire, celle des \u00ab\u00a0Italiens eux-m\u00eames, toujours amoureux et jaloux de ce spectacle\u00a0\u00bb, en passe de se communiquer ind\u00fbment au royaume, comme une contagion malsaine\u00a0: \u00ab\u00a0On parle beaucoup en France de l\u2019op\u00e9ra italien\u00a0\u00bb. \u00a0\u00c0 coup s\u00fbr, il fait r\u00e9f\u00e9rence ici \u00e0 la querelle des Bouffons et \u00e0 l\u2019engouement suscit\u00e9 par les repr\u00e9sentations de la <em>Serva padrona<\/em> de Pergolese, pi\u00e8ce qui a servi d\u2019\u00e9talon \u00e0 la conception de la musique italienne en France. L\u2019<em>intermezzo<\/em> italien accapare l\u2019attention de Cahusac car il est en passe de remplacer l\u2018interm\u00e8de fran\u00e7ais, dont la d\u00e9finition m\u00eame est laiss\u00e9e en suspens, et renvoy\u00e9e \u00e0 l\u2019article \u00e9ponyme.<\/p><p>L\u2019enjeu de la d\u00e9finition de l\u2019interm\u00e8de \u00e0 la mode italienne, pour Cahusac, se joue dans ce r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire oblig\u00e9 d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 venir : en tant que \u00ab malheureux secours \u00bb, ce \u00ab besoin \u00bb affich\u00e9 d\u2019entr\u00e9e de jeu se r\u00e9v\u00e8le donc un \u00ab d\u00e9faut tr\u00e8s grand du g\u00e9nie \u00bb soulign\u00e9 sans d\u00e9tour ni m\u00e9nagement \u00e0 la fin. L\u2019interm\u00e8de est le maillon essentiel d\u2019une d\u00e9monstration de l\u2019insuffisance de l\u2019op\u00e9ra rapport\u00e9 \u00e0 son seul mod\u00e8le italien, car, pr\u00e9tend-il, de l\u2019aveu \u00ab des personnes sages et instruites \u00bb, on doit constater la n\u00e9cessit\u00e9 du \u00ab recours aux interm\u00e8des de bouffons ou \u00e0 des danses pantomimes, pour combattre l\u2019ennui presque continuel de plus de quatre heures de spectacle \u00bb. Le <em>v\u00e9ritable<\/em> op\u00e9ra italien \u2013 entendons celui auquel M\u00e9tastase donne ses lettres de noblesse en le fixant dans la forme de l\u2019<em>opera seria <\/em>\u2013 ne se soutient pas par lui-m\u00eame\u00a0: il n\u2019a pas la consistance de l\u2019op\u00e9ra aussi merveilleux que magnifique dont Rameau \u2013 dont il est arriv\u00e9 \u00e0\u00a0 Cahusac d\u2019\u00eatre le librettiste <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> \u2013 a fini par constitu\u00e9 le mod\u00e8le, dans un h\u00e9ritage controvers\u00e9 avec Lully et Quinault, qui en avaient fix\u00e9 les contours proprement \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb.<\/p><p>L\u2019interm\u00e8de ou <em>intermezzo<\/em>, comme son nom l\u2019indique, a donc pour fonction essentielle, selon Cahusac, d\u2019interrompre le fil d\u2019une prise de conscience, qui serait fatale \u00e0 l\u2019orgueil musical italien. Il en emp\u00eache ainsi une saisie v\u00e9ritable pour le public fran\u00e7ais, et en masque l\u2019ennui fondamental par le divertissement accessoire. L\u2019interm\u00e8de en d\u00e9coupant l\u2019op\u00e9ra dans sa continuit\u00e9 perturbe toute appr\u00e9ciation de sa valeur r\u00e9elle\u00a0: c\u2019est sa force \u2013 aupr\u00e8s\u00a0 du public qui le go\u00fbte \u2013 et sa faiblesse \u2013 sensible seulement aux \u00ab\u00a0personnes sages et instruites\u00a0\u00bb.<\/p><p>Ce faisant, alors qu\u2019il doit quitter pr\u00e9matur\u00e9ment la sc\u00e8ne de la th\u00e9orie op\u00e9ratique, victime de folie, Cahusac semble avertir d\u2019un <em>malentendu<\/em> constitutif de la querelle des Bouffons\u00a0: c\u2019est qu\u2019\u00e0 prendre les choses \u00e0 la rigueur on <em>n\u2019entend<\/em> pas l\u2019op\u00e9ra italien dans l\u2019op\u00e9ra bouffe, on n\u2019en per\u00e7oit que les lacunes, l\u2019envers agr\u00e9able et manquant de s\u00e9rieux. En termes d\u2019\u00e9poque, au reste tr\u00e8s diderotiens, l\u2019interm\u00e8de n\u2019est qu\u2019un \u00ab suppl\u00e9ment \u00bb de l\u2019op\u00e9ra italien : ce qui lui manque pour le rendre recevable.<\/p><p>Le programme annonc\u00e9 pour l\u2019interm\u00e8de dans son exploitation encyclop\u00e9dique se ressent ainsi de l\u2019inscription pol\u00e9mique de son objet au sein d\u2019un l\u2019espace op\u00e9ratique fran\u00e7ais boulevers\u00e9\u00a0: arriv\u00e9 trop tard dans la r\u00e9flexion \u2013 tout comme l\u2019op\u00e9ra bouffe est arriv\u00e9 trop tard en France pour que Cahusac ait eu v\u00e9ritablement le temps de r\u00e9gler son compte dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u2013 l\u2019\u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb, laiss\u00e9 en suspens par la mort pr\u00e9matur\u00e9e du sp\u00e9cialiste de l\u2019op\u00e9ra, fervent d\u00e9fenseur du mod\u00e8le fran\u00e7ais, s\u2019annonce comme un d\u00e9fi d\u00e9licat \u00e0 relever, qui manifeste la s\u00e9duction d\u2019une musique nouvelle \u00e0 laquelle il serait dangereux de succomber trop pr\u00e9cipitamment.<\/p><h3>Un dr\u00f4le d\u2019air\u00a0: <em>a Serpina penserete <\/em><\/h3><p>Comme le rappelle Marie Leca-Tsiomis dans sa note, on sait combien la promesse l\u00e9gu\u00e9e par Cahusac a embarrass\u00e9 Diderot\u00a0: \u00ab\u00a0Qui est-ce qui me fera l\u2019article Op\u00e9ra\u00a0? Qui est-ce qui osera le faire apr\u00e8s Cahusac\u00a0? Et Interm\u00e8de\u00a0? et Lyrique\u00a0? <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> \u00bb \u00e9crit-il \u00e0 Grimm alors que tout va mal. C\u2019est peu de dire que la situation est critique\u00a0: Cahusac mort\u00a0; l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>suspendue dans sa publication\u00a0; et quant \u00e0 Diderot m\u00eame, des tensions personnelles et familiales aussi.<\/p><p>S\u2019agissant de l\u2019op\u00e9ra, on sait comment Diderot s\u2019est sorti d\u2019affaire, en sollicitant le secours du couple assez discordant et mal assorti que forment Grimm et Jaucourt <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Le premier assure dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-2002-8\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Poeme lyrique<\/span> <\/a>(vol.\u00a0XII, 1765, p.\u00a0823b\u2013836b) un d\u00e9veloppement plus inform\u00e9 par sa veine th\u00e9orique de champion de la musique italienne, qu\u2019illustr\u00e9 d\u2019exemples pr\u00e9cis tir\u00e9s de sa fr\u00e9quentation assidue du spectacle musical, dont t\u00e9moignent ses nombreuses critiques pour la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> \u2013 compl\u00e8tement absents dans l\u2019article. Le second, dans la s\u00e9rie des articles consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0op\u00e9ra\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, compile en amateur \u00e9clair\u00e9, mais peu tent\u00e9 de verser dans la controverse, pour un genre qui y pr\u00eate tant\u00a0: entre coups de pattes sans cons\u00e9quence et synth\u00e8se commode, Jaucourt a rendu service mais n\u2019\u00e9tait pas enclin \u00e0 prendre position.<\/p><p>S\u2019agissant pr\u00e9cis\u00e9ment de la question de l\u2019\u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb, on peut penser que Diderot est \u00e9galement contrari\u00e9 par l\u2019orientation que Cahusac avait infl\u00e9chie\u00a0: plus qu\u2019embarrass\u00e9, on doit l\u2019imaginer encombr\u00e9 par ce legs. Comment faire en effet \u00ab\u00a0apr\u00e8s Cahusac\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 sa suite mais aussi sans son autorit\u00e9\u00a0? Comment rendre compte du fait que la gloire si assur\u00e9e du mod\u00e8le fran\u00e7ais claironn\u00e9e par Cahusac s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e si pr\u00e9caire, et l\u2019air de triomphe si incons\u00e9quent\u00a0? C\u2019est, justement, en suivant un autre air. Et seul Diderot pouvait s\u2019en charger.<\/p><p>Cet air, c\u2019est donc celui de Serpina, \u00ab\u00a0<em>a Serpina penserete\u00a0<\/em>\u00bb dans la <em>Serva padrona<\/em> de Pergol\u00e8se (1733), l\u2019op\u00e9ra \u00e0 l\u2019origine de la querelle des Bouffons lors des repr\u00e9sentations en France en 1752. Retour \u00e0 l\u2019origine de la controverse, donc, mais en tendant une oreille nouvelle\u00a0: il ne s\u2019agit pas de dire, comme Cahusac, que l\u2019op\u00e9ra bouffe masque avantageusement l\u2019ennui de l\u2019op\u00e9ra italien\u00a0; il est question, au contraire, d\u2019installer d\u2019embl\u00e9e l\u2019interm\u00e8de au centre du jeu, de lui donner, en somme, une v\u00e9ritable autonomie et une identit\u00e9. C\u2019est \u00e0 quoi Diderot s\u2019emploie imm\u00e9diatement avec fermet\u00e9 pour couper court \u00e0 toute instrumentalisation accessoire, sans avoir peur du comique\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est un po\u00e8me burlesque ou comique en un ou plusieurs actes, compos\u00e9 par le po\u00e8te pour \u00eatre mis en musique un <em>interm\u00e8de <\/em>en ce sens, c\u2019est la m\u00eame chose qu\u2019un op\u00e9ra bouffon <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>\u00a0\u00bb Et dans la foul\u00e9e, de souligner la disproportion entre deux traditions, l\u2019une, italienne, qui sait rire et faire rire, et l\u2019autre, fran\u00e7aise, qui le fait avec tant de r\u00e9ticence, malgr\u00e9 des r\u00e9ussites \u00e9clatantes mais rares\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons peu de ces ouvrages ; <em>Ragonde<\/em>, <em>Plat\u00e9e<\/em>, et <em>Le Devin de village<\/em> sont presque les seuls que nous nommons. Les Italiens en ont une infinit\u00e9. Ils y excellent.\u00a0\u00bb Sans le dire explicitement Diderot a d\u00e9plac\u00e9 le sens de l\u2019interm\u00e8de pour en faire le synonyme d\u2019un op\u00e9ra recourant sans complexe au comique. La liste rassemble ainsi des \u0153uvres qu\u2019il serait difficile de classer toutes strictement parmi les \u00ab\u00a0interm\u00e8des\u00a0\u00bb ou les \u00ab\u00a0op\u00e9ras bouffes\u00a0\u00bb. Strat\u00e9giquement, Rameau est utilis\u00e9 \u00e0 contre-emploi, dans son versant burlesque, voire du c\u00f4t\u00e9 de Rousseau, dans une proximit\u00e9 savoureuse et paradoxale par l\u2019inimiti\u00e9 notoire entre les deux\u00a0; tandis que Rousseau lui-m\u00eame, qui n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus sans doute, au moment de la r\u00e9daction de l\u2019article, le \u00ab\u00a0cher et digne ami\u00a0\u00bb f\u00eat\u00e9 dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1249-0\/\">ENCYCLOP\u00c9DIE, (<em>Philosoph<\/em>.)<\/a> (vol.\u00a0V, 1755, p.\u00a0646ra), voit sa veine sensible d\u00e9laiss\u00e9e au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un rapprochement avec le comique baroque des <em>Amours de Ragonde<\/em> de Mouret et Destouches (1714), qui mettait d\u00e9j\u00e0 en sc\u00e8ne Colin et Colette.<\/p><p>Diderot n\u2019est pas avare de superlatifs pour exprimer ce sens particulier de l\u2019expression proprement italienne, qui passe par une capacit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e de profondeur dans le superficiel apparent. Une mani\u00e8re en somme de faire du \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb \u2013 comme le traduit la r\u00e9p\u00e9tition insistante de l\u2019adjectif \u2013 avec du \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb, dans un genre mineur, semblant relever du simple divertissement, aux ressorts comiques ostensibles\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est-l\u00e0 qu\u2019ils montrent plus peut-\u00eatre encore que dans les drames s\u00e9rieux, combien ils sont profonds compositeurs, grands imitateurs de la nature, grands d\u00e9clamateurs, grands pantomimes. Les traits de g\u00e9nie y sont r\u00e9pandus \u00e0 pleines mains\u00a0\u00bb. Il y a dans cet \u00e9loge du \u00ab\u00a0trait de g\u00e9nie\u00a0\u00bb, la conviction tr\u00e8s diderotienne que l\u2019art est affaire d\u2019accents et d\u2019intensit\u00e9s\u00a0: une imitation de la nature, soit, mais concentr\u00e9e dans ses \u00e9l\u00e9ments saillants, les plus \u00e0 m\u00eame de susciter l\u2019effet juste, \u00e9quilibrant puissance et d\u00e9licatesse\u00a0: \u00ab\u00a0Ils y mettent quelquefois tant de force, que l\u2019homme le plus stupide en est frapp\u00e9, d\u2019autres fois tant de d\u00e9licatesse, que leurs compositions ne semblent alors avoir \u00e9t\u00e9 faites que pour un tr\u00e8s petit nombre d\u2019\u00e2mes sensibles et d\u2019oreilles privil\u00e9gi\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mais comme souvent avec Diderot, la trajectoire d\u00e9monstrative a d\u00e9j\u00e0 bifurqu\u00e9 quand on croyait la suivre, et elle a pris ce tour paradoxal qu\u2019annonce discr\u00e8tement l\u2019opposition entre \u00ab\u00a0l\u2019homme le plus stupide\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0tr\u00e8s petit nombre d\u2019\u00e2mes sensibles\u00a0\u00bb. La r\u00e9flexion ne vise pas tant \u00e0 d\u00e9signer les deux effets aux extr\u00e9mit\u00e9s du spectre musical \u2013 \u00ab\u00a0force\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d\u00e9licatesse\u00a0\u00bb \u2013 qu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer une comp\u00e9tence dans l\u2019\u00e9coute musicale, capable de d\u00e9celer une dissonance f\u00e9conde. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient, comme une pointe finale, notre air\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le monde a \u00e9t\u00e9 enchant\u00e9 dans <em>La Servante Ma\u00eetresse<\/em> de l\u2019air <em>a Serpina penserete\u00a0<\/em>; il est path\u00e9tique, voil\u00e0 ce qui n\u2019a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 personne\u00a0; mais qui est ce qui a senti que ce path\u00e9tique est hypocrite\u00a0? Il a d\u00fb faire pleurer les spectateurs d\u2019un go\u00fbt commun, et rire les spectateurs d\u2019un go\u00fbt plus d\u00e9li\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p><p>Rappelons que c\u2019est \u00e0 son ma\u00eetre que la \u00ab\u00a0servante ma\u00eetresse\u00a0\u00bb adresse son air fameux, tout en \u00ab\u00a0d\u00e9licatesse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0path\u00e9tique\u00a0\u00bb, un de ces moments \u00ab\u00a0sensibles\u00a0\u00bb dont la r\u00e9ussite a fait le tour de l\u2019Europe, et o\u00f9 elle semble se d\u00e9doubler \u2013 les a-part\u00e9s en t\u00e9moignent \u2013 pour mieux rappeler \u00e0 son ma\u00eetre ce qu\u2019il pourrait perdre en laissant partir son insupportable servante\u00a0: \u00ab\u00a0<em>A Serpina penserete\/ Qualche volta, e qualche d\u00ec,\/ E direte: \u201cAh! poverina,\/ Cara un tempo ella mi fu\u201d . (Ei mi par che gi\u00e0 pian piano S&rsquo;incomincia a intenerir.) <\/em><a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb Cet air participe d\u2019une feinte de la servante pour faire tomber son ma\u00eetre dans ses filets. C\u2019est ainsi que la servante un peu trop autoritaire finira par obtenir que son ma\u00eetre, au d\u00e9part exc\u00e9d\u00e9 et r\u00e9ticent, lui demande sa main, en jouant de tous les subterfuges de la passion contrari\u00e9e\u00a0: l\u2019air ostensiblement et efficacement path\u00e9tique cache fonci\u00e8rement un ressort comique \u2013 relevant du lieu commun de la servante rus\u00e9e \u2013 qui invite le spectateur aguerri \u00e0 ne pas se laisser aller \u00e0 sa seule sensibilit\u00e9 musicale.<\/p><p>La le\u00e7on de l\u2019air, si on tente de l\u2019expliciter, prend une allure paradoxale dans cette r\u00e9flexion sur les vertus de l\u2019interm\u00e8de\u00a0: Diderot dit \u00e0 la fois que le rire vaut bien un bon drame \u2013 l\u2019op\u00e9ra bouffon manifestant l\u2019excellence du g\u00e9nie italien \u2013 et que, pour qui ne se laisse pas seulement s\u00e9duire par les oreilles et la sensibilit\u00e9, mais saisit aussi les enjeux v\u00e9ritables de l\u2019action, le drame apparent recouvre un rire entendu.<\/p><p>On ne saurait mieux litt\u00e9ralement confondre les enjeux et se jouer des contraires\u00a0: non pas que ces derniers s\u2019annulent, mais parce qu\u2019ils additionnent leurs effets. Le rire et les larmes coexistent dans une conception subtilement \u00e9tag\u00e9e de leur port\u00e9e respective, selon qu\u2019on se tourne vers le cerveau ou le c\u0153ur, le corps ou l\u2019esprit. On touche l\u00e0 une des caract\u00e9ristiques fameuses de la conception esth\u00e9tique de Diderot aboutissant aux variations contre-intuitives de la puissance de la com\u00e9die, et particuli\u00e8rement du com\u00e9dien. Marie Leca-Tsiomis le dit tr\u00e8s bien dans sa note. Il me suffira de citer son analyse\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>le chant de Serpina, son path\u00e9tique bouleversent les na\u00effs au \u00ab go\u00fbt commun \u00bb, mais son hypocrisie est per\u00e7ue par les \u00ab oreilles privil\u00e9gi\u00e9es \u00bb, par les sages\u00a0; or, cette duplicit\u00e9 de l\u2019effet artistique est le th\u00e8me central du <em>Paradoxe<\/em>, entre la sensibilit\u00e9 et la ma\u00eetrise, le diaphragme et le sens froid\u00a0: \u00ab\u00a0La sensibilit\u00e9 n\u2019est gu\u00e8re la qualit\u00e9 d\u2019un grand g\u00e9nie, ce n\u2019est pas son c\u0153ur, c\u2019est sa t\u00eate qui fait tout. \u00c0 la moindre circonstance inopin\u00e9e, l\u2019homme sensible la perd. Remplissez la salle de spectacle de ces pleureurs-l\u00e0 mais ne m\u2019en placez aucun sur la sc\u00e8ne [\u2026] C\u2019est l\u2019\u0153il du sage qui saisit le ridicule de tant de personnages divers et qui vous fait rire\u00a0\u00bb (<em>Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em>, \u00e9d. P. Verni\u00e8re, p. 310-11).<\/p><\/blockquote><p>Et de rappeler, pour parfaire la d\u00e9monstration, que \u00ab\u00a0Naigeon, ami et disciple de Diderot, a donn\u00e9 une version autographe du <em>Paradoxe sur le Com\u00e9dien <\/em>(B.n. n.a.fr 10165), qui porte en \u00e9pigraphe : <em>\u201c<\/em><em>a Zerbina penserete\u201d<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p><p>Au-del\u00e0 du <em>Paradoxe<\/em>, il est ais\u00e9 de suivre cette ligne interpr\u00e9tative dans la production m\u00eame de Diderot. Assur\u00e9ment la lecture du <em>Neveu de Rameau<\/em> comme interm\u00e8de s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame. Pour cette satire o\u00f9 la musique est si pr\u00e9sente, et qui mentionne furtivement l\u2019air \u00ab\u00a0<em>a Zerbina penserete <\/em><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00bb, ce n\u2019est pas forcer le texte que d\u2019y lire l\u2019exercice le plus abouti de cette ind\u00e9cidabilit\u00e9 qui fait que l\u2019on ne sait s\u2019il faut rire ou pleurer, parce que les deux s\u2019invitent concurremment dans la figure ambivalente du neveu\u00a0: est-il \u00ab\u00a0bouffon\u00a0\u00bb\u00a0? \u2013 le terme revient avec insistance \u2013 est-il s\u00e9rieux\u00a0? Et s\u2019il fallait donner un indice de cette pr\u00e9sence diffuse des enjeux de l\u2019interm\u00e8de dans ce texte, il suffirait d\u2019\u00e9couter le neveu lui-m\u00eame dans sa brutalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ma foi, ces maudits bouffons, avec leur <em>Servante Ma\u00eetresse<\/em>, leur <em>Tracollo<\/em>, nous en ont donn\u00e9 rudement dans le cul <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mais puisqu\u2019il est question depuis Pergol\u00e8se de sensibilit\u00e9 f\u00e9minine, il est sans doute plus parlant de se pencher sur la cas de <em>La Religieuse<\/em>. Qu\u2019est-ce, \u00e0 sa fa\u00e7on, que cette esp\u00e8ce de roman, si ce n\u2019est un \u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb\u00a0? Entendons ici une \u00ab\u00a0com\u00e9die\u00a0\u00bb intercalaire qui invite sans cesse le lecteur \u00e0 s\u2019interroger sur son \u00ab\u00a0go\u00fbt\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0plus d\u00e9li\u00e9\u00a0\u00bb, passant du rire au larmes. Au reste, la pr\u00e9sence de la musique et particuli\u00e8rement du chant et du clavecin, dans cette \u0153uvre, facilite cette \u00e9coute musicale, m\u00eame si c\u2019est plut\u00f4t Rameau que Suzanne entonne \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Longchamp \u00ab\u00a0sans y entendre finesse <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>\u00a0\u00bb. Il faut dire que l\u2019air qu\u2019elle interpr\u00e8te, celui de T\u00e9la\u00efre devant le cercueil de son amant Castor, \u00ab\u00a0Tristes appr\u00eats, p\u00e2les flambeaux\u00a0\u00bb\u00a0du <em>Castor et Pollux<\/em> (1737) de Rameau avait connu un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat en pleine querelle des Bouffons dans sa reprise et seconde version de 1754.<\/p><p>Mais c\u2019est bien par l\u2019ambivalence revendiqu\u00e9e de ses effets que ce roman s\u2019inscrit le plus clairement dans l\u2019esth\u00e9tique d\u00e9voil\u00e9e par l\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Intermede<\/span>, (<em>Belles-lettres &amp; Musique<\/em>.). On ne peut manquer de relever en effet le statut instable de cette \u0153uvre sujette \u00e0 plusieurs r\u00e9gimes de lecture\u00a0: si elle est \u00ab\u00a0la plus cruelle satire [\u2026] des clo\u00eetres <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0\u00bb, sa pente path\u00e9tique, port\u00e9e par un \u00e9rotisme de plus en plus ouvertement marqu\u00e9, doit composer avec un r\u00e9cit cadre, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 a posteriori qui en change l\u2019orientation.<\/p><p>On sait les redoutables enjeux qu\u2019entra\u00eene la prise en compte de la \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0\u00bb dite annexe dans l\u2019\u00e9conomie interpr\u00e9tative du roman. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison probable du refus de Naigeon de l\u2019inclure dans l\u2019\u00e9dition de l\u2019\u0153uvre\u00a0: il entend pr\u00e9server le seul registre tragique de cette g\u00e9niale esquisse romanesque. Il convient, au reste, de relever pr\u00e9alablement que la voix m\u00eame qui s\u2019exprime dans cette pr\u00e9face-annexe est d\u00e9licate \u00e0 identifier puisqu\u2019elle superpose celle de Grimm, le r\u00e9dacteur de la <em>Correspondance litt\u00e9raire<\/em> qui fournit le texte source <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, et celle de Diderot qui r\u00e9agence ce mat\u00e9riau ult\u00e9rieurement, et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, dans la perspective de l\u2019\u00e9dition de ses oeuvres. Car la pr\u00e9face-annexe, en mettant l\u2019accent sur la fameuse mystification dont le marquis de Croismare a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet \u2013 lui qui s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 si sensible au sort d\u2019une pr\u00e9tendue religieuse l\u2019appelant \u00e0 l\u2019aide \u2013 trouble la perception du roman\u00a0: divertissement donc, interm\u00e8de mondain m\u00eame si l\u2019on veut, o\u00f9 les conspirateurs de l\u2019entourage de Grimm, Mme d\u2019\u00c9pinay et Diderot, s\u2019amusent \u00e0 persifler le bon marquis, puis mettent un terme \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience quand elle risque de devenir incontr\u00f4lable, en faisant mourir abruptement l\u2019h\u00e9ro\u00efne\u00a0; mais aussi exp\u00e9rience path\u00e9tique fortement ressentie o\u00f9 l\u2019homme \u00ab\u00a0d\u2019un go\u00fbt plus d\u00e9li\u00e9\u00a0\u00bb et l\u2019homme \u00ab\u00a0d\u2019un go\u00fbt commun\u00a0\u00bb, pour paraphraser l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, \u00e9changent leur r\u00f4le au point de se confondre parfois.<\/p><p>Il faut, en effet, relire le passage o\u00f9 l\u2019effet de la supercherie est d\u00e9crit comme une double contagion indissociablement de rire et de larmes. L\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9tant qu\u2019ici chacun se d\u00e9couvre dup\u00e9 et dupeur \u00e0 tour de r\u00f4le. C\u2019est le marquis de Croismare qui joue tout d\u2019abord opportun\u00e9ment le r\u00f4le du cr\u00e9dule bient\u00f4t d\u00e9tromp\u00e9, passant des larmes au rire, tandis que les rires des conspirateurs se teintent progressivement d\u2019inqui\u00e9tude\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Nous passions alors nos soupers \u00e0 lire, au milieu des \u00e9clats de rire, des lettres qui devaient faire pleurer notre bon marquis, et nous y lisions avec ces m\u00eames \u00e9clats de rire les r\u00e9ponses honn\u00eates que ce digne et g\u00e9n\u00e9reux ami lui faisait. Cependant d\u00e8s que nous nous aper\u00e7\u00fbmes que le sort de notre infortun\u00e9e commen\u00e7ait \u00e0 trop int\u00e9resser son tendre bienfaiteur, M. Diderot prit le parti de la faire mourir, pr\u00e9f\u00e9rant de causer quelque chagrin au marquis au danger \u00e9vident de le tourmenter plus cruellement peut-\u00eatre en la laissant vivre plus longtemps. Depuis son retour \u00e0 Paris, nous lui avons avou\u00e9 ce complot d\u2019iniquit\u00e9, il en a ri comme vous pouvez penser, et le malheur de la pauvre religieuse n\u2019a fait que resserrer les liens de l\u2019amiti\u00e9 entre ceux qui lui ont surv\u00e9cu\u00a0; cependant il n\u2019en a jamais parl\u00e9 \u00e0 M. Diderot <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Mais c\u2019est bient\u00f4t Diderot qui prend le relais, passant, lui, sans retenue, du rire aux larmes\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Une circonstance qui n\u2019est pas la moins singuli\u00e8re, c\u2019est que, tandis que cette mystification \u00e9chauffait la t\u00eate de notre ami en Normandie, celle de M. Diderot s\u2019\u00e9chauffait de son c\u00f4t\u00e9. Celui-ci, persuad\u00e9 que le marquis ne donnerait pas un asile dans sa maison \u00e0 une jeune personne sans la conna\u00eetre, se mit \u00e0 \u00e9crire en d\u00e9tail l\u2019histoire de notre religieuse. Un jour qu\u2019il \u00e9tait tout entier \u00e0 ce travail, M. d\u2019Alainville, un de nos amis communs, lui rendit visite, et le trouva plong\u00e9 dans la douleur et le visage inond\u00e9 de larmes. \u00ab\u00a0Qu\u2019avez-vous donc\u00a0? lui dit M. d\u2019Alainville. Comme vous voil\u00e0\u00a0! \u2014 Ce que j\u2019ai\u00a0? lui r\u00e9pondit M.\u00a0Diderot\u00a0; je me d\u00e9sole d\u2019un conte que je me fais.\u00a0\u00bb Il est certain que s\u2019il e\u00fbt achev\u00e9 cette histoire, elle serait devenue un des romans les plus vrais, les plus int\u00e9ressants et les plus path\u00e9tiques que nous ayons. On n\u2019en pouvait pas lire une page sans verser des pleurs <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est que Diderot consent \u00e0 \u00eatre dupe de lui-m\u00eame, tout en ayant eu la satisfaction de duper, plus que M. de Croismare, son lecteur m\u00eame, invit\u00e9 ainsi \u00e0 se faire \u00ab\u00a0plus d\u00e9li\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p><h3>\u00a0\u00ab\u00a0Rira bien qui rira le dernier\u00a0\u00bb<\/h3><p>Tous les comptes sont-ils r\u00e9gl\u00e9s ? Diderot s\u2019est-il bien acquitt\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritage de Cahusac ? A-t-il sold\u00e9 le contentieux avec la musique italienne pour r\u00e9v\u00e9ler le g\u00e9nie de l\u2019op\u00e9ra bouffon \u00e0 qui sait l\u2019entendre ? Pour Diderot, peut-\u00eatre ; mais ce n\u2019est cependant pas tout-\u00e0-fait le mot de la fin. Dans l\u2019article\u00a0<span style=\"font-variant: small-caps;\">Intermede<\/span>, (<em>Belles-lettres &amp; Musique<\/em>.), la mention du <em>Devin<\/em> avec les deux autres op\u00e9ras que citera \u00e9galement le neveu, <em>Ragonde<\/em> et <em>Plat\u00e9e <\/em><a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, alerte et sonne comme une invitation \u00e0 examiner le cas de cet interm\u00e8de de Rousseau, opportun\u00e9ment donn\u00e9 chez Diderot comme une exception <em>fran\u00e7aise<\/em>.<\/p><p>Cela revient aussi \u00e0 se demander ce que Rousseau pense effectivement de l\u2019interm\u00e8de. Il y viendra de lui-m\u00eame dans son <em>Dictionnaire de musique <\/em>paru fin 1767, soit deux ans seulement apr\u00e8s la publication des derniers volumes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, et donc de l\u2019article de Diderot. Difficile de savoir s\u2019il a pris connaissance de ce que Diderot en dit, et, par l\u00e0 m\u00eame, dit de lui\u00a0: c\u2019est, sauf erreur, la seule mention du <em>Devin<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Et quand on sait l\u2019attachement visc\u00e9ral de Rousseau pour son op\u00e9ra, on peut imaginer qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 cette allusion, s\u2019il l\u2019a sue. Il est au moins s\u00fbr que reprenant son mat\u00e9riau, le compl\u00e9tant et ajoutant des entr\u00e9es qui n\u2019\u00e9taient pas encore de son ressort au d\u00e9but de l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique, Rousseau ne pouvait manquer de rencontrer la question de l\u2019interm\u00e8de et de prendre position. Il le fait \u00e0 sa mani\u00e8re, singuli\u00e8re, paradoxale et subtilement pol\u00e9mique, sans source identifi\u00e9e <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p><p>C\u2019est donc un article en tout point original qu\u2019il nous livre. Les indices mat\u00e9riels de l\u2019\u00e9laboration du <em>Dictionnaire<\/em> laissent penser que le texte fait partie des strates anciennes remontant au plus tard \u00e0 1756 <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Inutile d\u2019insister sur le fait que Rousseau dit tout autre chose que Diderot, car le point d\u2019entr\u00e9e n\u2019est pas le m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Pi\u00e8ce de musique et de danse qu\u2019on ins\u00e8re \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, et quelquefois \u00e0 la com\u00e9die, entre les actes d\u2019une grande pi\u00e8ce, pour \u00e9gayer et reposer, en quelque sorte, l\u2019esprit du spectateur attrist\u00e9 par le tragique et tendu sur les grands int\u00e9r\u00eats <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.\u00a0\u00bb Rousseau revient \u00e0 l\u2019identit\u00e9 premi\u00e8re de l\u2019interm\u00e8de, celle de la pi\u00e8ce intercalaire, qui oriente vers l\u2019id\u00e9e d\u2019alternance et d\u2019attention divertie, non plus pour lutter contre l\u2019ennui, comme avec Cahusac, mais bien au contraire, pour donner r\u00e9pit \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 tragique. Dans ce qui rel\u00e8ve litt\u00e9ralement du m\u00e9lange des genres, revient le risque du \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb phagocitant le \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0court\u00a0\u00bb concurren\u00e7ant le \u00ab\u00a0long\u00a0\u00bb. D\u2019embl\u00e9e c\u2019est une menace qui est identifi\u00e9e par ce rythme saccad\u00e9 impos\u00e9 au spectateur\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a des interm\u00e8des qui sont de v\u00e9ritables drames comiques ou burlesques, lesquels, coupant ainsi l\u2019int\u00e9r\u00eat par un int\u00e9r\u00eat tout diff\u00e9rent, ballottent et tiraillent, pour ainsi dire, l\u2019attention du spectateur en sens contraire, et d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s oppos\u00e9e au bon go\u00fbt et \u00e0 la raison.\u00a0\u00bb<\/p><p>Mais, il y a autre chose encore\u00a0: le centre de gravit\u00e9 s\u2019est subrepticement d\u00e9plac\u00e9 avec l\u2019irruption de la dimension chor\u00e9graphique, consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment \u00e9tranger. Et c\u2019est cette derni\u00e8re qui va organiser\u00a0 la r\u00e9flexion dans le mouvement final, articul\u00e9 autour d\u2019une alternative fauss\u00e9e, si ce n\u2019est pi\u00e9g\u00e9e\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Comme la danse, en Italie, n\u2019entre point et ne doit point entrer dans la constitution du drame lyrique, on est forc\u00e9, pour l\u2019admettre sur le th\u00e9\u00e2tre, de l\u2019employer hors d\u2019\u0153uvre et d\u00e9tach\u00e9e de la pi\u00e8ce. Ce n\u2019est pas cela que je bl\u00e2me\u00a0; au contraire, je pense qu\u2019il convient d\u2019effacer, par un ballet agr\u00e9able, les impressions tristes laiss\u00e9es par la repr\u00e9sentation d\u2019un grand op\u00e9ra, et j\u2019approuve fort que ce ballet fasse un sujet particulier qui n\u2019appartienne point \u00e0 la pi\u00e8ce\u00a0: mais ce que je n\u2019approuve pas, c\u2019est qu\u2019on coupe les actes par de semblables ballets qui, divisant ainsi l\u2019action et d\u00e9truisant l\u2019int\u00e9r\u00eat, font, pour ainsi dire, de chaque acte une pi\u00e8ce nouvelle.<\/p><\/blockquote><p>La logique pour \u00eatre impeccable n\u2019en donne pas moins l\u2019impression d\u2019une certaine sinuosit\u00e9 <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>\u00a0: on doit comprendre que Rousseau ne bl\u00e2me pas \u2013 et approuve m\u00eame \u2013 la respiration apport\u00e9e par la danse \u2013 cet accessoire oblig\u00e9 du grand op\u00e9ra fran\u00e7ais dont il s\u2019\u00e9tait durement moqu\u00e9 dans <em>Julie <\/em>selon des termes qui font \u00e9cho \u00e0 l\u2019article <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a> \u2013 mais seulement tant qu\u2019elle conclut la repr\u00e9sentation en <em>effa\u00e7ant<\/em> l\u2019\u00e9motion tragique\u00a0: au passage, on voit comme Rousseau croit peu \u00e0 la catharsis. En revanche, il rejette comme incons\u00e9quente l\u2019id\u00e9e d\u2019une oscillation de l\u2019int\u00e9r\u00eat, tiraill\u00e9, d\u2019acte en acte, entre le comique et le tragique, entre le l\u00e9ger et le grave, assimil\u00e9s \u00e0 la basse et \u00e0 la haute intensit\u00e9 des \u00e9motions. C\u2019est donc une restriction de l\u2019usage de l\u2019interm\u00e8de que pr\u00f4ne Rousseau, dans cette argumentation concessive o\u00f9 la danse joue le r\u00f4le du trouble-f\u00eate, r\u00e9v\u00e9lant sans doute la part la plus artificielle, la moins sentie et sensible du spectacle.<\/p><p>On voit par l\u00e0, combien, malgr\u00e9 les signes lointains qu\u2019ils se lancent peut-\u00eatre encore l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, Diderot et Rousseau ne s\u2019entendent litt\u00e9ralement plus\u00a0: l\u2019interm\u00e8de est un des indices de cette divergence de plus en plus marqu\u00e9e des positions des deux auteurs, malgr\u00e9 leur passion commune pour la musique italienne. Chacun aura accus\u00e9 son propre tropisme esth\u00e9tique\u00a0: \u00e0 Rousseau, la recherche de l\u2019unit\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat dans l\u2019\u0153uvre\u00a0; \u00e0 Diderot, la conscience exacerb\u00e9e d\u2019une duplicit\u00e9 consubstantielle \u00e0 l\u2019action de l\u2019art.<\/p><p>Manifestement, si Diderot a d\u00fb d\u00e9l\u00e9guer, non sans appr\u00e9hension, le domaine de l\u2019op\u00e9ra \u00ab\u00a0apr\u00e8s Cahusac\u00a0\u00bb, il n\u2019a pas pour autant abandonn\u00e9 compl\u00e8tement l\u2019id\u00e9e de r\u00e9pondre au <em>malentendu<\/em> l\u00e9gu\u00e9 par Cahusac d\u2019une mani\u00e8re qu\u2019il \u00e9tait seul en mesure de faire, non pas frontalement, mais, plus strat\u00e9giquement, dans l\u2019espace r\u00e9duit et r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019\u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb, carrefour de paradoxes qui lui tiennent \u00e0 c\u0153ur. Car aussi r\u00e9duite que soit la contribution proprement musicale de Diderot dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des apports sans commune mesure de Cahusac, d\u2019Alembert, Rousseau et Jaucourt <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, elle n\u2019\u00e9lude pas les grandes questions esth\u00e9tiques qu\u2019elle charrie, la musique \u00e9tant par excellence un amplificateur de la sensibilit\u00e9 dont le langage universel agite de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9 les \u00e9motions humaines <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p><p>L\u2019enseignement de Diderot, dans ce registre, vaut qu\u2019on s\u2019y attarde\u00a0: l\u2019\u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb montre que le spectateur id\u00e9al pleurera et rira <em>en m\u00eame temps<\/em> dans une dissociation f\u00e9conde, qui est autant la marque du g\u00e9nie du c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00e9ation (soit de la ma\u00eetrise des effets de l\u2019art), que celle d\u2019une n\u00e9cessaire duplicit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9ception (soit de la compr\u00e9hension, chez le connaisseur, des dimensions simultan\u00e9es de l\u2019\u0153uvre). La forme op\u00e9ratique, dans sa version la plus modeste, aura eu un r\u00f4le d\u00e9cisif dans cette analyse : la musique porte naturellement \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion sensible et irr\u00e9fl\u00e9chie, quand le po\u00e8me ou le livret peut v\u00e9hiculer un registre divergent, ce qui engendre une distanciation de la conscience du spectateur \u2013 tout \u00e0 la fois empathique et r\u00e9fl\u00e9chie, enthousiaste et critique.<\/p><p>Pour conclure, offrons-nous, \u00e0 notre tour, un court interm\u00e8de, volontairement d\u00e9cal\u00e9, mais pas tout-\u00e0-fait hors de propos, et assur\u00e9ment savoureux\u00a0: un <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1491-0\/\">ENTRE-METS (<em>Hist. mod<\/em>.)<\/a>, donc, qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, au reste, l\u2019<em>interm\u00e8de<\/em> dans l\u2019ordre alphab\u00e9tique, et, par l\u00e0 m\u00eame, encyclop\u00e9dique.\u00a0 On le trouve sous la plume si abondante de Jaucourt, au volume V en 1755, et il brode sur les m\u00eames th\u00e8mes au point d\u2019offrir, sous certains aspects, et avec certaines restrictions, un \u00e9quivalent voire un substitut d\u2019interm\u00e8de. C\u2019est Jaucourt qui le dit d\u2019embl\u00e9e \u2013 sans rien devoir au Tr\u00e9voux qui ignore cette histoire du mot\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Le mot entre-mets s\u2019est dit pendant longtemps au lieu de celui d\u2019interm\u00e8de, dans nos pi\u00e8ces de th\u00e9atre\u00a0; entre-mets de la trag\u00e9die de Sophonisbe dans les \u0153uvres de Ba\u00eff\u00a0; il signifiait une esp\u00e8ce de spectacle muet, accompagn\u00e9 de machines\u00a0; une repr\u00e9sentation comme th\u00e9atrale o\u00f9 l\u2019on voyoit des hommes et des b\u00eates exprimer une action\u00a0; quelquefois des bateleurs et autres gens de cette esp\u00e8ce y faisaient leurs tours.<\/p><p>Ces divertissements avaient \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9s pour occuper les convives dans l\u2019intervalle des services d\u2019un grand festin, dans l\u2019entre-deux d\u2019un mets ou service \u00e0 un autre mets\u00a0; d\u2019o\u00f9 le mot entre-mets a pass\u00e9 dans nos tables pour d\u00e9signer simplement le service particulier qui est entre le r\u00f4t et le fruit, et les divertissements se sont \u00e9vanouis.<\/p><p>Ces divertissements anciens, qui m\u00e9ritaient bien mieux le nom d\u2019entre-mets que le service de nos tables honor\u00e9 aujourd\u2019hui de cette qualification, \u00e9taient des spectacles fort singuliers qu\u2019on donnait du temps de l\u2019ancienne chevalerie, le jour d\u2019un banquet, pour rendre la f\u00eate plus magnifique et plus solennelle. (vol.\u00a0V, 1755, p.\u00a0731b\u2013732a)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019entremets est donc un interm\u00e8de qui n\u2019a pas dur\u00e9\u00a0: il s\u2019est litt\u00e9ralement dissous selon sa ligne de d\u00e9gradation la plus prononc\u00e9e. Le th\u00e9\u00e2tre a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans un premier temps en divertissement d\u2019un spectaculaire grossier, sans texte, \u00ab\u00a0muet\u00a0\u00bb et amateur de \u00ab\u00a0machines\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0tours\u00a0\u00bb\u00a0; avant de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer \u00e0 nouveau en s\u2019assimilant \u00e0 la fonction ornementale d\u2019un banquet, au point de finir par d\u00e9signer ce qui agr\u00e9mente les services. Certes, c\u2019est la seule puissance th\u00e9\u00e2trale qui est en jeu ici, sans faire signe vers aucune dimension musicale\u00a0; mais on d\u00e9couvre, comme un avertissement, le lot r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 tout \u00ab\u00a0interm\u00e8de\u00a0\u00bb mal orient\u00e9\u00a0: c\u2019est de manquer d\u2019identit\u00e9 et d\u2019en appeler aux pulsions les plus basses \u2013 r\u00e9cr\u00e9ation sans noblesse et plaisir des sens.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir le dossier transversal de l\u2019<em>ENCCRE<\/em>, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/dossier\/D00-415b0a429cb7\/\">\u00ab\u00a0Nouvelles attributions \u00e0 Diderot. Articles non sign\u00e9s en \u00ab\u00a0grammaire\u00a0\u00bb, vol. VIII \u00e0 XVII. Crit\u00e8res\u00a0\u00bb<\/a>, synth\u00e9tisant les enjeux et la d\u00e9marche.<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir la note d\u2019attribution \u00e0 l\u2019article.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Gr\u00e2ce aux travaux de Marie Leca-Tsiomis en particulier <em>\u00c9crire l&rsquo;Encyclop\u00e9die\u00a0: Diderot, de l&rsquo;usage des dictionnaires \u00e0 la grammaire philosophique<\/em>, Voltaire foundation, Oxford, 1999, r\u00e9\u00e9d. 2008.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> L\u2019orthographe des citations a \u00e9t\u00e9 modernis\u00e9e. Mes remerciements chaleureux \u00e0 Ir\u00e8ne Passeron et \u00e0 Alain Cernuschi pour leur relecture. La version en ligne a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des \u00e9changes lors de sa pr\u00e9sentation au s\u00e9minaire de l\u2019<em>ENCCRE<\/em> le 12 d\u00e9cembre 2025, en particulier les suggestions d\u2019Alain Cernuschi sur Rousseau et de Thomas Soury sur Cahusac.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir la synth\u00e8se de Fran\u00e7ois P\u00e9pin, <em>La Philosophie exp\u00e9rimentale de Diderot et la chimie<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2012.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Sondage men\u00e9 d\u2019apr\u00e8s le moteur de recherche de l\u2019<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Voir la note sur la signature dans l\u2019<em>ENCCRE<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-245-0\/\">BALLET, <em>danse figur\u00e9e<\/em><\/a>, vol.\u00a0II, 1752, p.\u00a042b\u201346a\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v3-1575-3\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Com\u00e9die ballet<\/span><\/a>, vol.\u00a0III, 1753, p.\u00a0671a\u2013b)\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1572-21\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Danse th\u00e9atrale<\/span><\/a>, vol.\u00a0IV, 1754, p.\u00a0627b\u2013628a\u00a0; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1466-0\/\">ENTR\u2019ACTE, (<em>Belles-Lett.<\/em>)<\/a>, vol.\u00a0V, 1755, p.\u00a0726b\u2013727a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il faudra cependant attendre le volume VIII pour atteindre la lettre \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Notamment quatre livrets d\u2019op\u00e9ras entre 1747 et 1749\u00a0: <em>Les F\u00eates de l&rsquo;Hymen et de l&rsquo;Amour, Za\u00efs, Na\u00efs<\/em> et <em>Zoroastre.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Diderot, <em>Correspondance<\/em>, t.\u00a0I, 2024, DPV, \u00a0p. 366\u00a0: lettre du 1<sup>er<\/sup> mai 1759.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir Alain Cernuschi, \u00ab\u00a0L&rsquo;op\u00e9ra dans l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Histoire de l&rsquo;op\u00e9ra fran\u00e7ais. Du Roi-Soleil \u00e0 la R\u00e9volution<\/em>, Herv\u00e9 Lacombe (\u00e9d.), Paris, Fayard, 2021, p.\u00a01126-1132.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Voir les dossiers critiques de Julien Dubruque dans l\u2019<em>ENCCRE<\/em> sur cette s\u00e9rie\u00a0: <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1508-0\/\">OPERA, (<em>Belles lett<\/em>.)<\/a>; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1508-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Op\u00e9ra des bamboches<\/span>, (<em>Spectacle fran\u00e7ois<\/em>.)<\/a> ; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1508-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Op\u00e9ra comique<\/span>, (<em>Spectacle fran\u00e7ois<\/em>.)<\/a> ; <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1508-3\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Op\u00e9ra italien<\/span>, (<em>Spectacle moderne<\/em>)<\/a>, vol.\u00a0XI, 1765, p.\u00a0494a\u2013496a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <span style=\"font-variant: small-caps;\">Interm\u00e8de<\/span>, (<em>Belles-lettres &amp; Musique<\/em>.), vol.\u00a0VIII, 1765, p.\u00a0831a. De m\u00eame pour les citations suivantes de l\u2019article.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Vous penserez \u00e0 Serpina\u2028 quelquefois, certains jours,\u2028et vous direz: \u00ab Ah! la pauvre petite elle me fut ch\u00e8re un temps \u00bb \u2028(Il me semble d\u00e9j\u00e0 que peu \u00e0 peu\u2028il commence \u00e0 s\u2019attendrir.)<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Diderot, <em>Le Neveu de Rameau<\/em>, \u00e9d. J.-Cl. Bonnet, Paris, GF Flammarion, 1983, p.\u00a0110.<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Diderot, <em>Le Neveu de Rameau<\/em>, \u00e9d. cit. , p.\u00a0108.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Diderot, <em>La Religieuse<\/em>, \u00e9d. Fl. Lotterie, Paris, GF Flammarion,\u00a0 2009, p.\u00a038.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Diderot, <em>La Religieuse<\/em>, \u00e9d. cit., p.\u00a0198<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Dat\u00e9, dans une confusion suggestive, par Diderot de \u00ab\u00a01760\u00a0\u00bb, phase de la gen\u00e8se du roman, au lieu de \u00ab\u00a01770\u00a0\u00bb, ann\u00e9e de la notice effective de Grimm sur lequel il s\u2019appuie.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Diderot, <em>La Religieuse<\/em>, \u00e9d. cit., p.\u00a0197-198.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Diderot, <em>La Religieuse<\/em>, \u00e9d. cit., p.\u00a0198<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir Diderot, <em>Le Neveu de Rameau<\/em>, \u00e9d. cit., p.\u00a0109.<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Il n\u2019y a en effet pas d\u2019entr\u00e9e pour cet article dans la \u00ab\u00a0Liste des sources\u00a0\u00bb du <em>Dictionnaire de musique<\/em> dans l\u2019\u00e9dition de la pl\u00e9iade, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t.\u00a0V, 1995, p.\u00a01755.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Alain Cernuschi rappelle qu\u2019en \u00e9tudiant attentivement le manuscrit de travail, conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que publique et universitaire de Neuch\u00e2tel (ms R 55), J.-J. Eigeldinger a pu reconstituer la chronologie d\u2019un lent processus r\u00e9dactionnel dont les corrections et additions les plus tardives, jusqu\u2019\u00e0 1763 ou 1764, sont port\u00e9es sur les pages de gauche laiss\u00e9es vierges, selon les habitudes de Rousseau. L\u2019article \u00ab\u00a0Interm\u00e8de\u00a0\u00bb ne pr\u00e9sente des corrections que sur les rectos des feuillets 205 et 206, et s\u2019inscrit donc parmi les mises au propre anciennes, qui, pour la lettre I, semblent se situer entre 1755 et 1756.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Jean-Jacques Rousseau, <em>Dictionnaire de musique <\/em>voir <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, \u00e9d. cit., t.\u00a0V, 1995, p.\u00a0864. De m\u00eame pour toutes les citations suivantes de l\u2019article.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Sinuosit\u00e9 que trahissent aussi les corrections manuscrites sur ces passages dans le ms R 55 de la Biblioth\u00e8que publique et universitaire de Neuch\u00e2tel.<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Voir la lettre fameuse II, 23 qui s\u2019interroge sur le pouvoir de la danse par rapport aux autres arts\u00a0: \u00ab\u00a0celui-l\u00e0, qu\u2019imite-t-il ? Rien. Il est donc hors d\u2019\u0153uvre quand il n\u2019est employ\u00e9 que comme danse\u00a0; car que font des menuets, des rigodons, des chaconnes, dans une trag\u00e9die\u00a0? Je dis plus, il n\u2019y serait pas moins d\u00e9plac\u00e9 s\u2019il imitait quelque chose\u00a0; parce que de toutes les unit\u00e9s, il n\u2019y en a point de plus indispensable que celle du langage\u00a0; et un op\u00e9ra o\u00f9 l\u2019action se passerait moiti\u00e9 en chant, moiti\u00e9 en danse, serait plus ridicule encore que celui o\u00f9 l\u2019on parlerait moiti\u00e9 fran\u00e7ais, moiti\u00e9 italien\u00a0\u00bb (Jean-Jacques Rousseau, <em>Julie ou\u00a0 La Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>, \u00e9d. F. Lotterie et \u00c9. Leborgne, Paris, GF-Flammarion, 2018, p.\u00a0347).<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Pour une \u00e9valuation d\u2019ensemble, on ne peut que renvoyer \u00e0 la somme d\u2019Alain Cernuschi, <em>Penser la musique dans l'\u00a0\u00bbEncyclop\u00e9die\u00a0\u00bb : \u00e9tude sur les enjeux de la musicographie des Lumi\u00e8res et sur ses liens avec l&rsquo;encyclop\u00e9disme<\/em>, Paris, Honor\u00e9 Champion, 2000.<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> On sait que, pour Diderot, au sein des trois arts imitateurs de la nature \u2013 la peinture, la po\u00e9sie et la musique \u2013 l\u2019art musical est celui qui \u00ab\u00a0parle le plus fortement \u00e0 l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb et qui est le plus apte \u00e0 produire un \u00ab\u00a0effet tumultueux\u00a0\u00bb (voir la <em>Lettre \u00e0 Mademoiselle de La Chaux<\/em> parmi les <em>Additions pour servir d\u2019\u00e9claircissements \u00e0 quelques endroits de la lettre sur les sourds et les muets <\/em>: Diderot, <em>Oeuvres<\/em>, \u00e9d. L. Versini,\u00a0 t.\u00a0IV, 1996, p.\u00a060).<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 Parmi les nombreux articles que les travaux de Marie Leca-Tsiomis ont permis d\u2019attribuer \u00e0 Diderot [1], le petit 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