{"id":470,"date":"2025-03-03T13:57:31","date_gmt":"2025-03-03T12:57:31","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=470"},"modified":"2025-05-08T02:24:05","modified_gmt":"2025-05-08T00:24:05","slug":"larticle-retentir-retentissement-gram-pour-un-essai-de-lecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=470","title":{"rendered":"L\u2019article RETENTIR, RETENTISSEMENT, (<i>Gram.<\/i>)\u00a0: pour un essai de lecture"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"470\" class=\"elementor elementor-470\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-331b35a e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"331b35a\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-81e7cf3 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"81e7cf3\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p><a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-616-0\/\">RETENTIR, v. n. RETENTISSEMENT, s. m. (<em>Gram<\/em>.)<\/a> continuit\u00e9 d\u2019un son &amp; de ses harmoniques dans un lieu concave ; les cavernes retentissent ; les for\u00eats retentissent ; les appartemens retentissent ; un instrument touch\u00e9 en fait retentir un autre. Il s\u2019exerce dans l\u2019air des ondulations telles que nous les voyons se faire dans l\u2019eau par la ch\u00fbte d\u2019un corps ; elles se prolongent en tous sens sans s\u2019interrompre ; &amp; sans cette propri\u00e9t\u00e9, peut-\u00eatre pour s\u2019entendre faudroit-il attendre que l\u2019atmosphere f\u00fbt stagnant &amp; tranquille ; mais grace \u00e0 la continuit\u00e9 ininterrompue des ondulations en tous sens, tous les sons arrivent \u00e0 nos oreilles, non arr\u00eat\u00e9s, non confondus. On peut mettre la masse de l\u2019air d\u2019un appartement en ondulations en chantant tout bas un air ; cet air chant\u00e9 ne sera aucunement entendu de ceux qui sont dans l\u2019appartement\u00a0; cependant ils en seront assez sensiblement affect\u00e9s pour \u00eatre d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 chanter le m\u00eame air, s\u2019ils le savent, &amp; s\u2019il leur prend envie de chanter ; on pr\u00e9tend que c\u2019est un fait constat\u00e9 par quelques exp\u00e9riences qui m\u00e9riteroient bien d\u2019\u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9es. (<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. 14, 1765, p.\u00a0202a.)<\/p><\/blockquote><h4><strong>Mise en abyme<\/strong><\/h4><p>Deux citations de Diderot choisies \u00e0 dessein hors de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> peuvent introduire \u00e0 la lecture de cet article. Les points de vue qu\u2019elles expriment devraient permettre d\u2019\u00e9clairer la d\u00e9marche d\u2019un texte \u00e9tonnamment concis en sa logique.\u00a0Elles verseront peut-\u00eatre, si n\u00e9cessaire, des arguments suppl\u00e9mentaires \u00e0 l\u2019identification de son auteur.<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>La raison\u00a0? c\u2019est que nous les [nos sensations] discernons en grande partie. Si cette infinie diversit\u00e9 de toucher n\u2019existait pas, on saurait qu\u2019on \u00e9prouve du plaisir ou de la douleur mais on ne saurait o\u00f9 les rapporter. [\u2026] Ce ne serait plus une affaire de sensation\u00a0: ce serait une affaire d\u2019exp\u00e9rience et d\u2019observation <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p><p>Il semble que la Nature se soit plu \u00e0 varier le m\u00eame m\u00e9canisme d\u2019une infinit\u00e9 de mani\u00e8res diff\u00e9rentes <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Ces deux citations qui conjuguent notre connaissance r\u00e9fl\u00e9chie avec nos \u00e9motions, voire nos \u00e9motions esth\u00e9tiques, ont aussi en commun avec l\u2019article le recours plus ou moins implicite \u00e0 une forme d\u2019anonymat. Certes la premi\u00e8re met en sc\u00e8ne les personnalit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 que Diderot c\u00f4toie pour un texte qu\u2019il ne publie cependant pas <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> mais qui circule parmi ses contemporains. La seconde provient d\u2019un ouvrage quant \u00e0 lui publi\u00e9, mais sans nom d\u2019auteur.<\/p><p>Quelle valeur accorder \u00e0 ces propos en quelque sorte pens\u00e9s dans l\u2019absolu mais abandonn\u00e9s\u00a0\u00e0 leurs seuls retentissements\u00a0? Ne marquent-ils pas une certitude d\u2019inconnaissance, d\u2019approximation dans ce que nous pensons conna\u00eetre, comprendre, ressentir\u00a0?<\/p><p>Au-del\u00e0 de toute dimension auctoriale, ces pages ne manifestent-elles pas la curiosit\u00e9 insatiable de Diderot face \u00e0 l\u2019ordre \u00e0 la fois lisible et illisible de la cr\u00e9ation et aux d\u00e9bats qui en d\u00e9pendent ? Ne montrent-elles pas \u00e0 quel point combien le penseur s\u2019inqui\u00e8te moins de revendiquer ses d\u00e9couvertes que d\u2019en formuler les ambivalences ou les paradoxes ? Car le philosophe des lumi\u00e8res n\u2019est r\u00e9ellement pr\u00e9sent que lorsqu\u2019il rend compte de l\u2019in\u00e9puisable richesse des objets qu\u2019il observe. Il s\u2019agit en quelque sorte d\u2019en figurer la stature, dessiner la surface et r\u00e9v\u00e9ler jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9 en entrant dans un \u00e9lan d\u2019inspiration et de raison. Diderot jouit de l\u2019apparent \u00e9loignement du propos strict et de la classification s\u00e8che \u00e0 l\u2019avantage de la multiplication ludique des points de vue qu\u2019il suscite. Le r\u00f4le de l\u2019homme d\u2019esprit est d\u2019alerter la soci\u00e9t\u00e9 sur l\u2019irr\u00e9ductible subtilit\u00e9 polyphonique de ce qui constitue l\u2019exp\u00e9rience du vivant. Cela implique un jeu permanent de relativit\u00e9 et de rapports de proportions dans l\u2019\u00e9criture et dans la conduite de la pens\u00e9e ou dans l\u2019organisation de l\u2019observation. Ce jeu de l\u2019acuit\u00e9 et de la convergence des facult\u00e9s suffit \u00e0 lui acqu\u00e9rir une post\u00e9rit\u00e9 assur\u00e9e : \u00ab Et je dis heureux <em>le<\/em> <em>g\u00e9om\u00e8tre<\/em> en qui une \u00e9tude consomm\u00e9e des sciences abstraites n\u2019aura point affaibli le go\u00fbt des beaux-arts. [\u2026] qui saura d\u00e9couvrir les propri\u00e9t\u00e9s d\u2019une courbe et sentir les beaut\u00e9s d\u2019un po\u00e8te. [\u2026] Il ne se verra point tomber dans l\u2019obscurit\u00e9\u00a0; il n\u2019aura point \u00e0 craindre de survivre \u00e0 sa renomm\u00e9e <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p><p>Pour conclure sur ces rapprochements, disons que les lignes \u00e9voqu\u00e9es, si mesur\u00e9es dans leur qu\u00eate d\u2019exactitude, si sobres dans leur formulation signalent aussi en leur clairvoyance et leur insistance une aptitude plus concr\u00e8te voire plus incarn\u00e9e de leur auteur. Elles expriment son amour h\u00e9doniste de la vie. Car, par-del\u00e0 la question du myst\u00e8re scientifique du vivant et de ses manifestations, Diderot ne tend-il pas \u00e0 travers son approfondissement raisonn\u00e9, \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer sa conscience de vivre\u00a0? Parall\u00e8lement \u00e0 la m\u00e9thode d\u2019observation et d\u2019analyse qu\u2019il d\u00e9ploie pour r\u00e9tablir les rapports parfois improbables qui unissent les effets \u00e0 leurs causes, il met aussi en \u0153uvre une audace non d\u00e9nu\u00e9e de prudence \u00e0 braver les id\u00e9es re\u00e7ues, les convenances arr\u00eat\u00e9es. Il joue \u00e0 construire un dialogue complexe, parce qu\u2019intime, de l\u2019homme avec le monde, de l\u2019homme avec la soci\u00e9t\u00e9, de l\u2019homme enfin avec lui-m\u00eame\u00a0; un dialogue dont l\u2019aspect clandestin ou saugrenu peut parfois renforcer l\u2019\u00e9nergie et sans confusion aucune alors simplement\u2026 retentir.<\/p><h3><strong>I Contours et impressions<\/strong><\/h3><h4><strong>Un article isol\u00e9. Quel statut\u00a0?<\/strong><\/h4><p>L\u2019article donne \u00e0 appr\u00e9cier la position intellectuelle si particuli\u00e8re que tient Diderot au sein de la soci\u00e9t\u00e9 de gens de lettres qui participent \u00e0 l\u2019entreprise de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Il r\u00e9v\u00e8le aussi comment dans la dur\u00e9e Diderot doit admettre des amendements \u00e0 ses principes tout en devenant de plus en plus lui-m\u00eame. Il est, comme on sait, abandonn\u00e9 par D\u2019Alembert et contraint \u00e0 l\u2019anonymat \u00e0 partir de la publication du volume X (1765). Si sa personnalit\u00e9 lui a toujours valu d\u2019\u00eatre une voix \u00e9tincelante d\u2019esprit, elle se pr\u00eate aussi aux ouvertures de cet anonymat forc\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 se faire en apparence impersonnelle. Dans le cas de l\u2019article certains faits viennent encore renforcer ces dispositions. Au sein de la conversation encyclop\u00e9dique le couple \u00ab retentir, retentissement \u00bb se trouve par les hasards de l\u2019ordre alphab\u00e9tique <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> plac\u00e9 dans une v\u00e9ritable situation d\u2019isolement. Aucun renvoi n\u2019est en outre propos\u00e9 par l\u2019auteur pour rompre cette forme de solitude. Aucun fil n\u2019est tendu vers d\u2019autres termes appartenant pour leur part au m\u00eame champ s\u00e9mantique, ce qui pourtant est l\u2019un des principes de l\u2019ordre encyclop\u00e9dique. La cha\u00eene est donc en quelque sorte ici sinon rompue, d\u00e9laiss\u00e9e <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0! C\u2019est \u00e0 un autre r\u00e9seau que l\u2019article se rattache, celui qu\u2019il revient au lecteur d\u2019\u00e9tablir. Le retentissement serait-il un mot volontairement d\u00e9tach\u00e9\u00a0de l\u2019ensemble s\u00e9mantique dont il proc\u00e8de\u00a0?<\/p><p>\u00c0 quelle fin tend cette singularit\u00e9\u00a0? Pourquoi une telle mise en marge d\u2019un domaine qui suscite par ailleurs tant d\u2019int\u00e9r\u00eat et de d\u00e9bats\u00a0? L\u2019auteur inscrit-il son article dans un r\u00e9seau d\u2019affinit\u00e9s secr\u00e8tes, celles qu\u2019on ne dit pas car elles sont affaire de sensibilit\u00e9, et comme telles, \u00e9trang\u00e8res \u00e0 toute lign\u00e9e d\u00e9sign\u00e9e\u00a0? Pourtant le domaine d\u2019investigation de la \u00ab\u00a0philosophie exp\u00e9rimentale <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>\u00bb, auquel Diderot souscrit au moment o\u00f9 il inaugure avec D\u2019Alembert le chantier gigantesque de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, reste bien perceptible dans l\u2019article qui se conforme aussi aux affirmations pos\u00e9es d\u00e8s le <em>Prospectus<\/em> des missions que peuvent d\u00e9sormais assurer les sciences. Qu\u2019est-ce qui justifie, par cons\u00e9quent, l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019article\u00a0? Serait-ce l\u2019\u00e9tat perfectionn\u00e9e d\u2019intelligibilit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> qui l\u2019affranchit du cha\u00eenage ailleurs recommand\u00e9 et qui devient suffisant \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0?<\/p><p>Et si le choix de Diderot proc\u00e9dait, outre de la prudence indispensable \u00e0 une \u00e9dition clandestine, d\u2019une \u00e9tape de sa pens\u00e9e ? Si la d\u00e9cision provenait d\u2019un silence devenu n\u00e9cessaire. Une forme de justification issue du dialogue devenu compliqu\u00e9 au fil des ann\u00e9es entre certains de ses brillants collaborateurs, parmi lesquels il faut principalement nommer D\u2019Alembert et Rousseau. Sorte d\u2019ellipse cr\u00e9\u00e9e justement pour ne plus laisser entendre que le retentissement des id\u00e9es, des principes, des lois et des \u00e9motions. Car \u00e0 l\u2019approche de la fin des ann\u00e9es 1750 Diderot ne peut plus \u00e9viter d\u2019avoir avec ses collaborateurs des diff\u00e9rends qui deviennent en 1765 des ruptures. D\u00e8s lors quand bien m\u00eame le mot \u00ab retentissement \u00bb suscite un article fid\u00e8le \u00e0 une subtile objectivit\u00e9, il rev\u00eat aussi une signification plus particuli\u00e8re, plus distanci\u00e9e de ce qu\u2019acquiert la maturit\u00e9 de Diderot. Il ouvre une incroyable diversit\u00e9 de pistes de lecture sur la soci\u00e9t\u00e9 du temps et sur les efforts entrepris par son auteur pr\u00e9sum\u00e9 pour en d\u00e9passer ou en transcender les implacables limites. Le traitement du mot, aussi discret soit-il, d\u00e9signe aussi une autre voie, et lib\u00e8re une autre voix. Sur ce chemin de traverse Diderot d\u00e9borde du partage qui a \u00e9t\u00e9 fait et annonc\u00e9 dans le \u00ab Discours pr\u00e9liminaire \u00bb et qui lui-m\u00eame n\u2019a plus sa validit\u00e9. Que l\u2019auteur de la <em>Lettre sur les sourds et les muets<\/em> (1751) s\u2019accorde \u00e0 d\u00e9finir les enjeux du \u00ab\u00a0Retentissement\u00a0\u00bb, lui permet de s\u2019inscrire dans une perspective aussi int\u00e9ressante que n\u00e9glig\u00e9e sans empi\u00e9ter sur les territoires scientifiques et musicaux distribu\u00e9s. Ceci explique peut-\u00eatre les choix que l\u2019auteur a alors faits dans la construction de son texte. N\u2019y \u00e9vite-t-il pas les redites savantes de ses confr\u00e8res et ne laisse-t-il pas de possibles rapprochements volontairement en suspens\u00a0?<\/p><h4><strong>All\u00e9gorie, m\u00e9tonymie et parabole\u00a0?<\/strong><\/h4><p>Si l\u2019article traite <em>a priori<\/em> d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, il propose aussi en filigrane la tentation discr\u00e8te d\u2019une possible all\u00e9gorie de ce que l\u2019effervescence encyclop\u00e9dique peut \u00e9galement induire : ce dont elle bruit et retentit. Puis par m\u00e9tonymie l\u2019article peut encore devenir une appropriation du tumulte \u2013 au sens de d\u00e9sordre <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> \u2013 qu\u2019engendre les retomb\u00e9es des \u00e9nergies d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019entreprise m\u00eame de cet ouvrage immense<em>.<\/em> Un d\u00e9sordre comparable par opposition \u00e0 ce faux souhait d\u2019ordre que suppose l\u2019article et par lequel tout serait indiscernable\u00a0: \u00ab\u00a0peut-\u00eatre pour s\u2019entendre faudroit-il attendre que l\u2019atmosphere f\u00fbt stagnant &amp; tranquille\u00a0\u00bb\u00a0? sugg\u00e8re-t-il.<\/p><p>Un d\u00e9sordre qui a n\u00e9anmoins sa place l\u00e9gitime et qui demeure au fond d\u00e9chiffrable, m\u00eame si on le dissimule et on cherche \u00e0 le rendre acceptable par sa double m\u00e9thode de classement et de r\u00e9flexion. Selon quoi l\u2019article s\u2019apparente enfin aussi \u00e0 une sorte de parabole sur l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. L\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> n\u2019est-elle pas en effet comparable \u00e0 cette onde retentissante dont \u00ab\u00a0tous les sons arrivent \u00e0 nos oreilles, non arr\u00eat\u00e9s, non confondus.\u00a0\u00bb\u00a0? Car si le retentissement, ce sur quoi insiste la fin de l\u2019article, se manifeste aussi comme un ph\u00e9nom\u00e8ne particulier de reprise d\u2019un refrain connu, le lecteur est en droit de se demander \u2013 et l\u2019opinion critique ne s\u2019en est pas priv\u00e9e \u2013, quelle est cette action qui r\u00e9sulte des voix multiples, de ce concert de savoirs et d\u2019id\u00e9es\u00a0? Quel va-t-\u00eatre son retentissement ?<\/p><p>Enfin, parce que le retentissement ne peut se produire que dans la configuration d\u2019un espace concave \u2013 \u00ab\u00a0continuit\u00e9 d\u2019un son &amp; de ses harmoniques dans un lieu concave\u00a0\u00bb \u2013 ne peut-on pas, toujours en transposant le ph\u00e9nom\u00e8ne naturel du retentissement des cavernes \u00e0 celui de l\u2019entreprise humaine de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, se demander si l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> n\u2019a pu \u00e9clore en son temps qu\u2019en fonction d\u2019un espace social et politique qui en favorisait par sa configuration les essors\u00a0? Les lieux des salons mais aussi des caf\u00e9s, ces cavernes et ces for\u00eats devenus appartements et lieux de musique entretiendraient en ce cas les \u00e9nergies, les provoqueraient m\u00eame. En ce sens l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> elle-m\u00eame serait le retentissement produit par un dispositif que l\u2019\u00e9tat d\u2019avancement de la culture rendrait enfin possible. L\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> acc\u00e8derait \u00e0 l\u2019expression de v\u00e9rit\u00e9s que ces m\u00eames espaces lib\u00e8reraient \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb, comme \u00e0 leur insu. La France de Louis XV, m\u00eame si peut-\u00eatre \u00e0 ses d\u00e9pens, n\u2019offre-t-elle pas \u00e0 ses contemporains attentifs, l\u2019indispensable foyer favorable \u00e0 l\u2019expression claire de toutes les voix\u00a0? Des voix affect\u00e9es par une m\u00e9moire et d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 chanter \u00e0 leur tour les paroles d\u2019une chanson plus ancienne dont elles deviennent non pas l\u2019exact reflet, mais un reflet teint\u00e9 d\u2019un esprit critique, sinon d\u2019une m\u00e9lancolie m\u00e9morielle. Car n\u2019est-ce pas bien \u00e0 l\u2019effet r\u00e9troactif du retentissement que Diderot fait allusion dans la fin de son article, lorsqu\u2019il explore l\u2019action d\u00e9terminante de son empreinte sur l\u2019homme\u00a0? N\u2019est-ce pas dans ce m\u00eame temps que Voltaire entreprend d\u2019\u00e9crire pour ses contemporains <em>Le si\u00e8cle de Louis XIV <\/em><a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>\u00a0cet ouvrage qui conna\u00eet alors, comme en atteste les nombreuses r\u00e9\u00e9ditions, un tr\u00e8s fort retentissement\u00a0? Il faut en effet demeurer attentif \u00e0 l\u2019importance primordiale \u2013 car c\u2019est le premier terme de la d\u00e9finition \u2013 de la notion de \u00ab\u00a0continuit\u00e9\u00a0\u00bb pos\u00e9e en pr\u00e9alable au retentissement\u00a0: \u00ab\u00a0continuit\u00e9 d\u2019un son &amp; de ses harmoniques dans un lieu concave\u00a0\u00bb.<\/p><h4><strong>L\u2019homme, individu et soci\u00e9t\u00e9 dans la complexit\u00e9 du monde<\/strong><\/h4><p>C\u2019est ainsi qu\u2019entre ses connaissances et ses interrogations, Diderot cherche en quoi le retentissement rend compte de la relation de l\u2019homme \u00e0 l\u2019univers. Le philosophe envisage d\u2019aborder la question selon diverses \u00e9chelles, cherchant \u00e0 retrouver en quelque sorte les sons fondamentaux \u00e0 l\u2019origine des harmoniques qui le pr\u00e9occupent. Il passe ainsi par \u00ab l\u2019impossibilit\u00e9 de bien conno\u00eetre quelques parties de ce tout, sans remonter ou descendre \u00e0 beaucoup d\u2019autres <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> \u00bb, soit d\u2019une d\u00e9finition en grand (que l\u2019on pourrait dire diffuse) de l\u2019objet, \u00e0 une mesure plus individualis\u00e9e, plus pr\u00e9cise dans son aspect de d\u00e9tail et d\u2019exp\u00e9rience particuli\u00e8re. Anim\u00e9 du d\u00e9sir d\u2019\u00e9tablir ce que repr\u00e9sente en mani\u00e8re de ressenti et d\u2019exp\u00e9rimentation intime la place de l\u2019individu dans l\u2019agitation de la soci\u00e9t\u00e9, Diderot s\u2019autorise la transposition par mim\u00e9tisme de l\u2019aspect du mod\u00e8le du retentissement naturel relativement anonyme \u00e0 celui du jeu social.<\/p><p>Il va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tudier dans ses oppositions de rapport de force ou d\u2019autorit\u00e9 entre diffuseur et r\u00e9cepteur. Fort de cette observation, il laisse entendre comment les nouveaux savoirs ne font que mesurer la part insondable d\u2019inconnu qui subsiste. Il d\u00e9signe l\u2019in\u00e9puisable \u00e9nigme que le monde cr\u00e9\u00e9 pose \u00e0 nos moyens de perception et d\u2019\u00e9lucidation. Ce que l\u2019on per\u00e7oit comme un retentissement ne serait-il pas une part que nous jugeons obscure en l\u2019\u00e9tat de nos facult\u00e9s, alors qu\u2019il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de la part d\u2019un objet parfaitement clair ? Pensons sur ce point de vue aux quelques \u00e9changes dans le <em>Neveu de Rameau<\/em> entre Lui et Moi\u00a0au sujet des sources d\u2019intelligibilit\u00e9 du chant et \u00e0 celui de nos intuitions face au myst\u00e8re de la cr\u00e9ation que cette derni\u00e8re soit naturelle ou artistique\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Moi \u2013 Tout art d\u2019imitation a son mod\u00e8le dans la nature. Quel est le mod\u00e8le du musicien, quand il fait un chant\u00a0?<\/p><p>Lui \u2013 Pourquoi pas ne pas prendre la chose de plus haut\u00a0? qu\u2019est-ce qu\u2019un chant\u00a0?<\/p><p>Moi \u2013 Je vous avouerai que cette question est au-dessus de mes forces. Voil\u00e0 comme nous sommes tous, nous n\u2019avons dans la m\u00e9moire que des mots que nous croyons entendre par l\u2019usage fr\u00e9quent et l\u2019application m\u00eame juste que nous en faisons\u00a0; dans l\u2019esprit que des notions vagues [\u2026]<\/p><p>Lui \u2013 Le chant est une imitation, par les sons, d\u2019une \u00e9chelle invent\u00e9e par l\u2019art ou inspir\u00e9e par la nature, comme il vous plaira, ou par la voix ou par l\u2019instrument, des bruits physiques\u00a0ou des accents de la passion, et vous voyez qu\u2019en changeant l\u00e0 dedans les choses \u00e0 changer, la d\u00e9finition conviendrait exactement \u00e0 la peinture, \u00e0 l\u2019\u00e9loquence, \u00e0 la sculpture et \u00e0 la po\u00e9sie. Maintenant, pour en venir \u00e0 votre question, quel est le mod\u00e8le du musicien ou du chant\u00a0? C\u2019est la d\u00e9clamation, si le mod\u00e8le est vivant et pensant\u00a0; c\u2019est le bruit, si le mod\u00e8le est inanim\u00e9 <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Par o\u00f9 il semble que la musique proc\u00e8de de l\u2019attention particuli\u00e8re du compositeur au retentissement du monde, monde ext\u00e9rieur, comme aussi monde int\u00e9rieur, imperceptible pour ce dernier \u00e0 d\u2019autres individus.<\/p><h3><strong>II Les convictions de Diderot<\/strong><\/h3><h4><strong>De quelques d\u00e9tails factuels <\/strong><\/h4><p>Reprenons l\u2019organisation de ce jeu d\u2019embo\u00eetements qui observe, analyse et d\u00e9finit son objet, entre certitudes et interrogations. Le texte proc\u00e8de en trois temps fondus en une seule respiration, mais pourquoi ne pas dire en trois ondes\u00a0!<\/p><p>Apr\u00e8s l\u2019impact de ce que l\u2019on sait et qui cr\u00e9e la premi\u00e8re onde\u00a0\u2013 \u00ab\u00a0continuit\u00e9 d\u2019un son &amp; de ses harmoniques dans un lieu concave\u00a0\u00bb \u2013, formulation qui synth\u00e9tise et paraphrase le <em>Dictionnaire universel<\/em> de Fureti\u00e8re<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>, la phrase se combine ensuite avec la r\u00e9flexion et fait glisser le domaine naturel du retentissement du c\u00f4t\u00e9 des mim\u00e9tismes humains. C\u2019est la deuxi\u00e8me onde dans le sillage de la premi\u00e8re mais qui en \u00e9tend l\u2019observation autant qu\u2019elle la th\u00e9orise. Elle r\u00e9v\u00e8le la facult\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 reproduire \u00e0 son tour les conditions du retentissement et \u00e0 pouvoir aussi en diversifier les possibilit\u00e9s. L\u2019intelligence physique acquise des mod\u00e8les que lui fournit la nature se combine alors avec son imagination cr\u00e9atrice. C\u2019est \u00e0 partir de ce moment du texte que Diderot peut exposer les r\u00e8gles du retentissement. Enfin, par le rapprochement avec des remarques et des sp\u00e9cificit\u00e9s plus dirig\u00e9es, l\u2019auteur pose un constat exp\u00e9rimental qui ouvre lui-m\u00eame une perspective. C\u2019est la derni\u00e8re onde. Par ce jeu de distinction et de signalement Diderot configure en outre la marche de son texte au ph\u00e9nom\u00e8ne complexe des ondes sonores qui \u00ab se prolongent en tous sens sans s\u2019interrompre. \u00bb<\/p><p>Des pr\u00e9alables jusqu\u2019\u00e0 l\u2019interrogation finale apparaissent en mani\u00e8re de transition des remarques instructives d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es sur le passage des \u00e9l\u00e9ments naturels aux \u00e9l\u00e9ments fabriqu\u00e9s par l\u2019homme. Il est bon de remarquer comment le philosophe, quand bien m\u00eame il conduit une mani\u00e8re de <em>crescendo<\/em> dans son texte, n\u2019\u00e9tablit \u00e0 aucun moment l\u2019id\u00e9e d\u2019une quelconque hi\u00e9rarchie entre les informations qu\u2019il donne. Il poursuit simplement la logique d\u2019approfondissement du processus dont il veut donner la meilleure analyse et le cheminement le plus coh\u00e9rent. On doit appr\u00e9cier que m\u00eame lorsque l\u2019article s\u2019apparente \u00e0 une recherche d\u2019exhaustivit\u00e9, c\u2019est davantage peut-\u00eatre la multiplicit\u00e9 des dispositifs du retentissement qui est mise en avant afin de ne pas n\u00e9gliger l\u2019effet de permanence du retentissement et de ses harmoniques qu\u2019attestent l\u2019observation et l\u2019exp\u00e9rience. Ce point de vue sur la d\u00e9duction raisonn\u00e9e face aux sources s\u2019apparente \u00e0 la m\u00e9thode que Diderot a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite au chapitre vii des <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em>\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Tant que les choses ne sont que dans notre entendement, ce sont nos opinions\u00a0;\u00a0ce sont des notions qui peuvent \u00eatre vraies ou fausses, accord\u00e9es ou contredites. Elles ne prennent de la consistance qu\u2019en se liant aux \u00eatres ext\u00e9rieurs. Cette liaison se fait ou par une cha\u00eene ininterrompue d\u2019exp\u00e9riences, ou par une cha\u00eene ininterrompue de raisonnements qui tient d\u2019un bout \u00e0 l\u2019observation, &amp; de l\u2019autre \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience\u00a0; ou par une cha\u00eene d\u2019exp\u00e9riences dispers\u00e9es d\u2019espace en espace entre des raisonnements, comme des poids sur la longueur d\u2019un fil suspendu par ses deux extr\u00e9mit\u00e9s. Sans ses poids, le fil deviendroit le jouet de la moindre agitation qui se feroit dans l\u2019air <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Lorsque la p\u00e9roraison de l\u2019article interroge avec une autorit\u00e9 intuitive, mais fond\u00e9e l\u2019impact que peut exercer le ph\u00e9nom\u00e8ne acoustique du retentissement sur les d\u00e9terminations qui poussent l\u2019homme \u00e0 agir, le texte passe \u00e0 un renversement du point de vue. Diderot prend son point d\u2019observation comme \u00e0 rebours. Il s\u2019est tourn\u00e9 vers les constructions des hommes afin de prouver comment le retentissement dans la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sente une force possible d\u2019ali\u00e9nation, de conditionnement et aussi d\u2019\u00e9mulation. On peut certes par ce retournement d\u2019objectif supposer les messages sous-jacents que l\u2019imagination peut aussi d\u00e9celer dans le retentissement. Les bruits premiers que la nature elle-m\u00eame murmure \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019humanit\u00e9 comme une musique permanente ne sont-ils pas ceux que seul le po\u00e8te sait \u00e9couter au point de pouvoir les d\u00e9livrer de leur silence et en faire des chants\u00a0? Mais dans cet ultime passage c\u2019est peut-\u00eatre surtout une pr\u00e9occupation de l\u2019\u00e9poque qui transpara\u00eet, et c\u2019est au philosophe de lui donner forme.<\/p><p>De la nature \u00e0 la civilisation que subsiste-t-il en effet d\u2019une juste continuit\u00e9, d\u2019un juste emploi des propri\u00e9t\u00e9s donn\u00e9es\u00a0? Qu\u2019en est-il de l\u2019imitation <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>\u00a0? Quelle coh\u00e9rence inattendue persiste \u00e0 notre insu peut-\u00eatre entre ce que l\u2019objet\u00a0premier sugg\u00e8re \u00e0 l\u2019objet second, cette r\u00e9plique faite des artifices dont l\u2019homme a l\u2019ambition d\u2019\u00eatre l\u2019inventeur\u00a0? Le retentissement ne doit-il pas sans fin ramener l\u2019homme \u00e0 d\u00e9couvrir d\u2019autres perspectives sur l\u2019ignorance qu\u2019il a de lui-m\u00eame quand il se pense savant\u00a0? Le retentissement que la culture sugg\u00e8re ne place-t-il pas l\u2019individu dans un possible \u00e9tat de manipulation\u00a0? Face \u00e0 notre m\u00e9connaissance de l\u2019autorit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne en soi, l\u2019homme se pense cr\u00e9ateur mais n\u2019est-il pas simplement r\u00e9p\u00e9titeur\u00a0? Le g\u00e9nie de l\u2019homme reste, en dehors de toute d\u00e9marche volontaire, tributaire ou d\u00e9pendant de celui de la cr\u00e9ation, et dans la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019individu n\u2019est que le singe de ce qu\u2019on lui a appris sans qu\u2019il ne le sache plus vraiment.<\/p><p>Par o\u00f9 l\u2019on voit comment le retentissement s\u2019inscrit dans une infinit\u00e9 de liaisons dont l\u2019homme est loin de saisir toutes les relations. Diderot attentif \u00e0 Buffon met de fa\u00e7on surprenante son lecteur en face du rapport action-r\u00e9action des \u00e9nergies entre-elles, ce qui relativise l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019humain.<\/p><p>La dynamique d\u2019approche que construit le philosophe invite ainsi le lecteur \u00e0 m\u00e9diter et \u00e0 s\u2019interroger sur ses propres exp\u00e9riences. Il le conduit \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qui de ses \u00e9motions non \u00e9lucid\u00e9es ou des conditionnements imperceptibles qu\u2019il subit peut aller jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9signer, par la m\u00e9moire, les sources inaper\u00e7ues de ses actes. L\u2019homme qui se pense libre n\u2019est-il pas lui aussi un instrument concave \u00e0 l\u2019image de ces \u00ab\u00a0cavernes [qui] retentissent\u00a0\u00bb\u00a0? N\u2019est-il pas dans le jeu social ni plus ni moins cause et effet, v\u00e9ritable instrument, ou mat\u00e9riau proc\u00e9dant d\u2019un retentissement g\u00e9n\u00e9ral\u00a0? Les relations d\u2019influence entre les hommes ne sont-elles pas de l\u2019ordre d\u2019une manipulation discr\u00e8te, d\u2019un ascendant inexpliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019image d\u2019un retentissement murmur\u00e9, occasionnel, voire m\u00eame peut-\u00eatre constant\u00a0? Ces relations ne sont-elles pas enfin l\u2019occasion d\u2019un concert qui nous \u00e9chappe le plus souvent mais qui a bien lieu\u00a0?<\/p><p>L\u2019observateur Diderot a un esprit aiguis\u00e9. Il scrute ainsi les diverses faces du ph\u00e9nom\u00e8ne aussi bien dans sa r\u00e9alit\u00e9 imm\u00e9diate que dans ses r\u00e9percussions en somme indirectes. C\u2019est donc selon ce double principe que l\u2019esprit analytique en qu\u00eate de l\u2019exactitude des choses construit en Diderot le savant, tandis que son esprit de philosophe le pousse \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur un rapport plus myst\u00e9rieux. Le go\u00fbt de Diderot pour les sciences de la nature se double donc d\u2019une pr\u00e9occupation ontologique, mais s\u2019associe \u00e9galement \u00e0 un go\u00fbt pour les arts.<\/p><h4><strong>Comment l\u2019\u00e9criture peut-elle rendre compte du retentissement\u00a0?<\/strong><\/h4><p>Du sein de ces d\u00e9ductions savantes, se pose en parall\u00e8le la question pratique de leur expression. Par quel moyen assur\u00e9 peut-on rendre compte des filiations qui pr\u00e9sident \u00e0 notre perception du monde\u00a0?<\/p><p>La langue \u00e9crite r\u00e9ussit-elle \u00e0 exposer la complexit\u00e9 des liaisons qu\u2019entra\u00eene un ph\u00e9nom\u00e8ne sonore, tant il s\u2019agit d\u2019une complexit\u00e9 double\u00a0? Car l\u2019homme dans le temps o\u00f9 il per\u00e7oit le son est aussi assailli de r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Un tel retentissement demande \u00e0 celui qui veut en donner la d\u00e9finition de trouver une forme qui ne trahisse pas le fond. C\u2019est ainsi \u00e0 un autre aspect de la complexit\u00e9 de la personnalit\u00e9 de Diderot philosophe que l\u2019on touche, celle de Diderot \u00e9crivain. Il s\u2019agit pour lui de ne pas oublier dans l\u2019acte d\u2019\u00e9crire la place moins de l\u2019art comme on le penserait peut-\u00eatre aujourd\u2019hui que de la po\u00e9sie comme il le pense \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Or la po\u00e9sie ne saurait para\u00eetre sous une autre forme que celle d\u2019une force libre, originale, sorte de puissance sensitive accord\u00e9e \u00e0 l\u2019exercice du comportement scientifique et \u00e0 l\u2019enthousiasme qu\u2019il peut sugg\u00e9rer. On rencontre cette volont\u00e9 de compl\u00e9mentarit\u00e9 qui a aussi, dans son \u00e9l\u00e9gance, quelque chose de ludique d\u00e8s les <em>M\u00e9moires sur diff\u00e9rens sujets de math\u00e9matiques<\/em> (1748), m\u00eame si ces textes ob\u00e9issent \u00e0 une construction fond\u00e9e sur l\u2019esprit de d\u00e9monstration <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. Cette pr\u00e9occupation, pour certaine qu\u2019elle soit, doit cependant demeurer secr\u00e8te, non path\u00e9tique. C\u2019est de cette forme d\u2019effacement que proc\u00e8de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019expression juste et de sa qu\u00eate de l\u2019universel. C\u2019est aussi le principe que d\u00e9fend le <em>Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em>. Diderot se refuse dans son \u00e9criture \u00e0 rechercher des effets de style, ce qui enfermerait dans des conventions la libert\u00e9 de l\u2019expression. Il s\u2019insurge contre les emportements de sensiblerie. Le texte \u00e0 \u00e9crire ne peut qu\u2019\u00eatre issu d\u2019une pens\u00e9e toujours premi\u00e8re en sa rigueur et en son organisation, mais qui n\u2019est pas indiff\u00e9rente en sa formulation \u00e0 la finesse d\u2019ajustement de son habit, autre manifestation d\u2019une pens\u00e9e \u00e0 la sagacit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e. L\u2019\u00e9criture doit s\u2019efforcer de cr\u00e9er l\u2019illusion d\u2019une transparence \u00e9difiante apte \u00e0 faire consentir le lecteur aux contradictions apparentes et \u00e0 d\u00e9gager l\u2019\u00e9nergie vitale, comme un flux d\u2019unification, comme une onde au parcours complet. L\u2019\u00e9criture doit se faire la voix d\u2019un savoir qui se sait quant \u00e0 lui incomplet. Or cet enjeu tour \u00e0 tour de d\u00e9composition, ou de d\u00e9construction du ph\u00e9nom\u00e8ne du retentissement, puis de regard distanci\u00e9 sur la globalit\u00e9 de sa r\u00e9alit\u00e9, m\u00e9thode qui doit elle-m\u00eame s\u2019effacer dans l\u2019efficacit\u00e9 de sa r\u00e9alisation, est longuement annonc\u00e9 dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1249-0\/\">ENCYCLOP\u00c9DIE<\/a>. L\u00e0 o\u00f9 Diderot prend le temps de r\u00e9fl\u00e9chir en quelque sorte \u00e0 voix haute sur la mani\u00e8re qui incombe \u00e0 son \u00e9poque de perfectionner le langage, jusqu\u2019\u00e0 inventer une langue critique. Il n\u2019est plus alors question pour lui d\u2019exposer la description d\u00e9taill\u00e9e d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne quel qu\u2019il soit\u00a0; mais tout en rendant compte de ce qui en fonde le principe de d\u00e9signer les applications cach\u00e9es qui en d\u00e9coulent\u00a0sans pour autant entrer dans le registre froid de l\u2019abstraction :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>L\u2019art de transmettre les id\u00e9es par la peinture des objets, a d\u00fb naturellement se pr\u00e9senter le premier : celui de les transmettre en fixant les voix par des caracteres, est trop d\u00e9li\u00e9 ; il dut effrayer l\u2019homme de g\u00e9nie qui l\u2019imagina. [\u2026] En un mot il y a une infinit\u00e9 de choses de cette nature que la peinture ne peut figurer ; mais elle montre du moins toutes celles qu\u2019elle figure : &amp; si au contraire le discours \u00e9crit les d\u00e9signe toutes, il n\u2019en montre aucune. Les peintures des \u00eatres sont to\u00fbjours tr\u00e8s-incompletes ; mais elles n\u2019ont rien d\u2019\u00e9quivoque, parce que ce sont les portraits m\u00eames d\u2019objets que nous avons sous les yeux. Les caracteres de l\u2019\u00e9criture s\u2019\u00e9tendent \u00e0 tout, mais ils sont d\u2019institution ; ils ne signifient rien par eux-m\u00eames. [\u2026] Il y a la m\u00eame incommensurabilit\u00e9 entre tous les mouvemens physiques &amp; toutes les repr\u00e9sentations r\u00e9elles, qu\u2019entre certaines lignes &amp; des suites de nombres. On a beau augmenter les termes entre un terme donn\u00e9 &amp; un autre ; ces termes restant to\u00fbjours isol\u00e9s, ne se touchant point, laissant entre chacun d\u2019eux un intervalle, ils ne peuvent jamais correspondre \u00e0 certaines quantit\u00e9s continues. Comment mesurer toute quantit\u00e9 continue par une quantit\u00e9 discrete ? Pareillement, comment repr\u00e9senter une action durable par des images d\u2019instans s\u00e9par\u00e9s <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>\u00a0 ?<\/p><\/blockquote><p>Diderot, homme de g\u00e9nie qui a mesur\u00e9 avec effroi lors de la mise en \u0153uvre de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> l\u2019\u0153uvre qu\u2019il osait entreprendre, n\u2019est jamais plus lui-m\u00eame comme penseur que lorsqu\u2019il devient un incomparable \u00e9crivain. Il r\u00e9ussit alors \u00e0 d\u00e9passer en effet l\u2019inventaire de ses propres connaissances et de ses \u00e9motions pour guider le lecteur vers l\u2019\u00e9vidence \u00e9nigmatique de l\u2019insondable coh\u00e9rence du monde cr\u00e9\u00e9 <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>.<\/p><h3><strong>III technique de l\u2019ellipse<\/strong><\/h3><h4><strong>De la libert\u00e9 d\u2019ignorer les renvois<\/strong><\/h4><p>C\u2019est ainsi que son article d\u00e9veloppe en un unique paragraphe de vingt-et-une lignes une pens\u00e9e \u00e0 la fois philosophique et sensible. \u00ab\u00a0L\u2019instrument philosophe est sensible, \u00e9crit-il dans <em>le R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em>, il est en m\u00eame temps le musicien et l\u2019instrument. Comme sensible, il a la conscience momentan\u00e9e du son qu\u2019il rend\u00a0; comme animal, il en a la m\u00e9moire <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019article, dont le but est de donner une d\u00e9finition, d\u00e9daigne d\u2019exposer par le menu, ainsi qu\u2019on l\u2019a dit, ce que d\u2019autres articles, que Diderot passe sous silence, s\u2019emploient \u00e0 d\u00e9montrer. L\u2019\u00e9crivain se tourne vers la part de ce qui demeure lacunaire ou inconnu dans ce que l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9. Il suit en cela la d\u00e9marche du chancelier Bacon \u00ab\u00a0Ce g\u00e9nie extraordinaire, [qui] dans l\u2019impossibilit\u00e9 de faire l\u2019histoire de ce qu\u2019on s\u00e7avoit, faisoit celle de ce qu\u2019il falloit apprendre <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/p><p>Fort de cet argument Diderot ne se satisfait pas de penser la d\u00e9finition au sens rh\u00e9torique du mot, c\u2019est-\u00e0-dire, selon la formule de Marmontel afin de donner une \u00ab\u00a0explication courte et claire <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Car m\u00eame si Diderot est succinct dans ce qu\u2019il expose, il ne l\u2019explique pas. Il reprend des affirmations d\u00e9j\u00e0 acquises. De m\u00eame, on ne le voit pas davantage suivre l\u2019objectif de D\u2019Alembert : \u00ab\u00a0[D\u00e9finir] c\u2019est l\u2019explication du sens, ou de la signification d\u2019un mot ; ou, si l\u2019on veut, une \u00e9num\u00e9ration de certains caracteres, qui suffisent pour distinguer la chose d\u00e9finie de toute autre chose <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb Car loin de ne pas \u00e9num\u00e9rer, Diderot accumule au contraire les rapprochements. Il multiplie les fils d\u2019un r\u00e9seau. L\u2019observation pourtant mat\u00e9rialiste dont il fait preuve ne se donne pas pour finalit\u00e9 d\u2019aboutir \u00e0 un constat ferm\u00e9, ni \u00e0 une collection de preuves irr\u00e9futables. Elle conduit au contraire le lecteur au seuil d\u2019un questionnement \u00e9merveill\u00e9 qui demeure sans r\u00e9ponse et incite \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation. On pourrait d\u00e9nommer \u00ab\u00a0concave\u00a0\u00bb cette fa\u00e7on de d\u00e9finir en l\u2019opposant \u00e0 l\u2019ordonnancement plut\u00f4t \u00ab\u00a0convexe\u00a0\u00bb de la d\u00e9finition. Diderot en ce sens fait de la r\u00e9ceptivit\u00e9 de l\u2019homme au monde un agent par excellence sensible au retentissement. Le paragraphe 69 de l\u2019article ENCYCLOP\u00c9DIE pr\u00e9cise ce statut unique de prise de conscience de l\u2019homme en tant que lui-m\u00eame vis-\u00e0-vis des \u00e9l\u00e9ments naturels qu\u2019il fait retentir et non taire et qui eux-m\u00eames, comme on l\u2019a dit, le font retentir, le font entrer en retentissement. Diderot insiste sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u2019enthousiasme et d\u2019inspiration que l\u2019individu entretient n\u00e9cessairement avec ces vibrations ou impressions d\u2019une\u00a0sublime imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9 <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. La relation d\u2019\u00e9change des proc\u00e9d\u00e9s entre le mod\u00e8le naturel et la conscience que l\u2019homme en a est si complexe, que ce qui monte jusqu\u2019\u00e0 notre conscience proc\u00e8de d\u2019une ant\u00e9riorit\u00e9 en somme inconsciente, ce pendant que ce qui est sonore peu secr\u00e8tement agir de mani\u00e8re silencieuse. La fonction d\u2019\u00e9limination, de disparition de la source est ce qui met en alerte la sensibilit\u00e9 de l\u2019homme. Une sensibilit\u00e9 faite \u00e0 la fois de pens\u00e9e consciente et de contemplation sans laquelle la cr\u00e9ation n\u2019aurait pas de saveur\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Une consid\u00e9ration sur-tout qu\u2019il ne faut point perdre de v\u00fbe, c\u2019est que si l\u2019on bannit l\u2019homme ou l\u2019\u00eatre pensant &amp; contemplateur de dessus la surface de la terre ; ce spectacle path\u00e9tique &amp; sublime de la nature n\u2019est plus qu\u2019une scene triste &amp; muette. L\u2019univers se ta\u00eet ; le silence &amp; la nuit s\u2019en emparent. Tout se change en une vaste solitude o\u00f9 les ph\u00e9nomenes inobserv\u00e9s se passent d\u2019une maniere obscure &amp; sourde<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Et Diderot poursuit\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>C\u2019est la pr\u00e9sence de l\u2019homme qui rend l\u2019existence des \u00eatres int\u00e9ressante ; &amp; que peut-on se proposer de mieux dans l\u2019histoire de ces \u00eatres, que de se so\u00fbmettre \u00e0 cette consid\u00e9ration ? Pourquoi n\u2019introduirons-nous pas l\u2019homme dans notre ouvrage, comme il est plac\u00e9 dans l\u2019univers ? Pourquoi n\u2019en ferons-nous pas un centre commun<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>\u00a0?<\/p><\/blockquote><p>On comprend d\u00e8s lors que les d\u00e9finitions s\u00e8ches soient devenues suspectes \u00e0 la plume de Diderot. L\u2019absence dans l\u2019article de renvois aux autres articles qui s\u2019int\u00e9ressent au sonore en offre un t\u00e9moignage int\u00e9ressant.<\/p><p>Les premiers mots, par exemple, de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1447-0\/\">ONDE<\/a> r\u00e9dig\u00e9 par D\u2019Alembert\u00a0se focalisent sur l\u2019id\u00e9e visuelle \u00e0 l\u2019exclusion d\u2019une application au domaine des sons <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. \u00ab\u00a0ONDE, s. f. <em>en terme de Physique,<\/em> est l\u2019assemblage d\u2019une cavit\u00e9 &amp; d\u2019une \u00e9l\u00e9vation sur la surface de l\u2019eau ou de tout autre fluide. <em>Voyez<\/em> Fluide &amp; Ondulation <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb Diderot parle quant \u00e0 lui du retentissement en empruntant l\u2019image des cercles sur l\u2019eau.<\/p><p>L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-550-0\/\">ECHO, (<em>Physiq<\/em>.)<\/a> \u00e9galement de D\u2019Alembert, mais assorti d\u2019une remarque de Jaucourt, proc\u00e8de \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de l\u2019approche que Diderot veut sugg\u00e9rer du retentissement. Or il est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant en croisant l\u2019article avec celui de Diderot de discerner les sources communes, les lectures identiques dont ils proviennent <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>. Il est \u00e9galement instructif de constater dans la partie de Jaucourt les rapprochements avec le r\u00e9fl\u00e9chissement de la lumi\u00e8re, ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019il nomme la \u00ab\u00a0<em>catoptrique du son<\/em>\u00a0\u00bb. Ainsi ces multiples d\u00e9marches d\u00e9fendent des points de vue qui se compl\u00e9mentent pour qui parvient \u00e0 les r\u00e9unir. Les courts articles non sign\u00e9s \u00ab\u00a0murmure\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0rumeur\u00a0\u00bb, quant \u00e0 eux, ne peuvent pas interf\u00e9rer avec la recherche de Diderot quand bien m\u00eame ils s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019aspect de \u00ab\u00a0bruit sourd\u00a0\u00bb qu\u2019ils \u00e9tudient.<\/p><p>Enfin l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-539-0\/\">RESONNANCE,\u00a0<em>en musique<\/em> <\/a>que signe Rousseau livre encore un autre \u00e9clairage. S\u2019il n\u2019est pas davantage cit\u00e9 par Diderot c\u2019est sans doute parce qu\u2019il est orient\u00e9 vers l\u2019acoustique, voire la phoniatrie\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>RESONNANCE, s. f. <em>en Musique<\/em>, c\u2019est le son qui est r\u00e9fl\u00e9chi par les vibrations des cordes d\u2019un instrument \u00e0 corde [sic.], ou par l\u2019air renferm\u00e9 dans un instrument \u00e0 vent, ou par les parois d\u2019un corps sonore. <em>Voyez<\/em> Son, Musique, Instrument. Les vo\u00fbtes elliptiques &amp; paraboliques r\u00e9sonnent, c\u2019est-\u00e0-dire, r\u00e9fl\u00e9chissent le son. <em>Voyez<\/em> Echo. Selon M. Dodart, la bouche &amp; les parties qu\u2019elle contient, comme le palais, la langue, les dents, le nez &amp; les levres, ne contribuent en rien au ton de la voix, mais leur effet est grand pour la <em>r\u00e9sonannce<\/em> [sic.]. <em>Voyez<\/em> Voix.<\/p><\/blockquote><p>Ces divers textes inspir\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une description technique (Rousseau) et d\u2019une analyse math\u00e9matique (D\u2019Alembert) ou encore par une objectivit\u00e9 quasi abstraite (Jaucourt), omettent ce que le retentissement v\u00e9hicule de puissance \u00e9motionnelle. Le rapport perception\/r\u00e9ception\/action de l\u2019homme en butte aux ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, mais\u00a0aussi de l\u2019homme au sein des soci\u00e9t\u00e9s et dans les espaces civilis\u00e9s qu\u2019il se fa\u00e7onne en r\u00e9pliques aux mod\u00e8les naturels \u2013 ce sur quoi Diderot donne \u00e0 penser sans trop para\u00eetre y toucher \u2013, ce rapport de continuit\u00e9 est en permanence au c\u0153ur de la question du retentissement, comme un tressaillement. La finalit\u00e9 de l\u2019article est donc bien d\u2019associer \u00e0 une manifestation banale de ce que l\u2019on per\u00e7oit, une mise en garde sur notre manque d\u2019approfondissement de ce qui est, mais que l\u2019on ignore trop. Telle est l\u2019id\u00e9e force qu\u2019\u00e9veille, ou plut\u00f4t confirme, le ph\u00e9nom\u00e8ne en soi du retentissement. C\u2019est sur ce point que Diderot veut conduire le lecteur.<\/p><h4 style=\"text-align: center;\">***<\/h4><p>Sans la formuler directement Diderot pose une question\u00a0: l\u2019\u00eatre humain serait-il lui-m\u00eame \u00e0 la lumi\u00e8re \u00ab\u00a0des cavernes, des for\u00eats, des appartemens\u00a0\u00bb un <em>r\u00e9cepteur concave<\/em> appel\u00e9 tel un instrument \u00e0 contribuer \u00e0 un concert, ou plus exactement,\u00a0appel\u00e9\u00a0puisque \u00ab\u00a0un instrument touch\u00e9 en fait retentir un autre\u00a0\u00bb, \u00e0 retentir dans le retentissement universel ?<\/p><p>L\u2019analogie sur laquelle Diderot conclut son article lie le retentissement naturel et la perception inconsciente du chant \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 voix basse. Elle d\u00e9voile les multiples retomb\u00e9es de la r\u00e9ceptivit\u00e9 humaine. Cette analogie d\u00e9tr\u00f4ne l\u2019autorit\u00e9 du savant, et introduit la figure de ce que nous nommons l\u2019artiste et que l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> nomme plus volontiers l\u2019auteur, voire le po\u00e8te. L\u2019auteur \u2013 l\u2019\u00e9crivain \u2013 serait-il par cons\u00e9quent selon ce cheminement d\u2019id\u00e9es celui qui transcrit, ou qui donne \u00e0 \u00e9couter ces bruits, ces chants qu\u2019il est au fond le seul \u00e0 avoir su entendre\u00a0? Le retentissement est \u00e0 nos consciences mal \u00e9veill\u00e9es comme une r\u00e9miniscence d\u2019un chant murmur\u00e9, et qui en tant que tel est simplement le bruissement permanent de ce qui est, bruissement non chaotique dont le monde retentit en permanence. Le retentissement cl\u00f4t l\u2019\u00e9nigme d\u2019une \u00e9vidence enfouie\u00a0: \u00ab\u00a0Retentissement\u00a0: \u00a0continuit\u00e9 d\u2019un son et de ses harmoniques\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Diderot, <em>Le R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em> [1769], <em>DPV<\/em>, t.\u00a0XVII, 1987, p.\u00a0147<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Diderot, <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> [1754], <em>DPV<\/em>, t.\u00a0IX, 1981, p.\u00a036<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Sa premi\u00e8re publication publique date de 1830, sur cela lire l\u2019introduction de Paul Verni\u00e8re, <em>\u0152uvres Philosophiques<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 1998, p.\u00a0252.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Diderot, <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em>, <em>DPV<\/em>, t.\u00a0IX, 1981, p.\u00a030.<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Les deux termes qui encadrent l\u2019article sont en aval <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-615-0\/\">RETENTIONNAIRE de soie, (<em>Manufact<\/em>.)<\/a>, en amont <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v14-617-0\/\"><em>RETENTUM<\/em>, (<em>Jurisprudence<\/em>.)<\/a>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> La r\u00e9ciproque est \u00e9galement vraie, aucun renvoi \u00e0\u00a0RETENTIR RETENTISSEMENT, (<em>Gram<\/em>.) n\u2019appara\u00eet\u00a0; quand bien m\u00eame le verbe est employ\u00e9 30 fois et le substantif 11 fois dans l\u2019ensemble de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, cet usage ne contribue en rien \u00e0 d\u00e9finir les causes et les effets du retentissement.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Il s\u2019agit des <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em>. 1754, Sur ce sujet consulter Fran\u00e7ois P\u00e9pin, <em>La philosophie exp\u00e9rimentale de Diderot et la chimie<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2012.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Dans la <em>Lettre sur les Sourds et les muets<\/em>, l\u2019apologie de la langue fran\u00e7aise va en ce sens.\u00a0 \u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 il s\u2019ensuit, ce me semble, que la communication de la pens\u00e9e \u00e9tant l\u2019objet principal du langage, notre langue est de toutes les langues la plus ch\u00e2ti\u00e9e, la plus exacte et la plus estimable\u00a0; celle en un mot qui a retenu le moins de ces n\u00e9gligences que j\u2019appellerais volontiers des restes de la <em>balbutie<\/em> des premiers \u00e2ges.\u00a0\u00bb, <em>DPV, <\/em>t. IV, 1978<em>,<\/em> p. 113.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Voir l\u2019article du chevalier de Jaucourt\u00a0: <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v16-2527-0\/\">VACARME, TUMULTE, (<em>Synon<\/em>.)<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>vacarme<\/em> emporte par sa valeur l\u2019id\u00e9e d\u2019un plus grand bruit, &amp; <em>tumulte<\/em> celle d\u2019un plus grand desordre. Une seule personne fait quelquefois du <em>vacarme<\/em> ; mais le <em>tumulte<\/em> suppose toujours qu\u2019il y a un grand nombre de gens [\u2026].\u00a0\u00bb <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, 1765, vol. xvi, p. 790b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Le si\u00e8cle de Louis xiv<\/em> para\u00eet \u00e0 Berlin chez Christian-Friedrich Henning en 1751 et conna\u00eet plus de cinquante impressions chez divers \u00e9diteurs du vivant de son auteur. On sait l\u2019admiration de Diderot pour Voltaire.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Le <em>Prospectu<\/em>s\u00a0r\u00e9p\u00e8te cette certitude\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne refusons point \u00e0 cet Auteur [Ephra\u00efm Chambers] la justice qui lui est d\u00fbe. Il a bien senti le m\u00e9rite de l\u2019ordre encyclop\u00e9dique, ou de la cha\u00eene par laquelle on peut descendre sans interruption des premiers principes d\u2019une Science ou d\u2019un Art jusqu\u2019\u00e0 ses cons\u00e9quences les plus \u00e9loign\u00e9es, &amp; remonter de ses cons\u00e9quences les plus \u00e9loign\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 ses premiers principes ; passer imperceptiblement de cette Science ou de cet Art \u00e0 un autre ; &amp;, s\u2019il est permis de s\u2019exprimer ainsi, faire sans s\u2019\u00e9garer le tour du Monde Litt\u00e9raire.\u00a0\u00bb, [1750], texte plac\u00e9 \u00e0 la fin du vol. i de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> et pagin\u00e9 de 1-5, 1751, p. 1.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Diderot, Michel Delon \u00e9d., <em>Le Neveu de Rameau<\/em>, Paris, Gallimard, collection \u00ab\u00a0Folio classique\u00a0\u00bb, 2006, p. 120.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Fureti\u00e8re \u00ab\u00a0retentir. \u00a0v. n. Reflechir et redoubler le son. Un lieu vout\u00e9 &amp; qui n\u2019est point tapiss\u00e9 <em>retentit<\/em> bien plus qu\u2019un autre. Les bois, les cavernes <em>retentissent<\/em>, forment des \u00e9chos.\u00a0\u00bb<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Denis Diderot, <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> [1754], <em>DPV<\/em>, t.\u00a0IX, 1981,p. 33-34.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> La <em>Lettre sur les sourds et les muets<\/em> s\u2019emploie, \u00e0 apporter des r\u00e9ponses notamment \u00e0 Charles Batteux.<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Parmi les cinq m\u00e9moires, on pense plus particuli\u00e8rement au quatri\u00e8me \u00ab\u00a0Projet d\u2019un nouvel orgue\u00a0\u00bb le seul \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 ant\u00e9rieurement dans le <em>Mercure de France<\/em> en octobre 1747, p. 92-109. Notons au propos de la recherche d\u2019un ton plaisant la collaboration de Diderot aux <em>Le\u00e7ons de clavecin<\/em> de 1771 qui ne sont qu\u2019une mise en forme th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e avec vivacit\u00e9 et enjouement du trait\u00e9 d\u2019Antoine Bemetzrieder.<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Diderot, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1249-0\/\">ENCYCLOP\u00c9DIE, (<em>Philosoph<\/em>.)<\/a>, <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. v, 1755, p. 638a, \u00a7 37. Lire les notes et le dossier critique r\u00e9alis\u00e9 par Marie Leca-Tsiomis.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Diderot, comme on sait, exprimera clairement cette conviction qui sous-tend tout son \u0153uvre dans <em>le R\u00eave de D\u2019Alembert<\/em> de 1769 et <em>le Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em> 1769 \u00e9galement mais compl\u00e9t\u00e9 entre 1773-1777.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Diderot, <em>Entretien entre D\u2019Alembert et Diderot<\/em>, <em>DPV<\/em>, t.\u00a0XVII, 1987, p.\u00a0102.<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Diderot, <em>Prospectus<\/em>, 1750, p. 2b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Marmontel, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1898-2\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">D\u00e9finition<\/span>,\u00a0<em>en Rh\u00e9torique<\/em><\/a>, <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. iv, 1754, p. 749 a.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> D\u2019Alembert, <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v4-1898-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">D\u00e9finition<\/span>, <\/a><em>en Math\u00e9matiques,<\/em> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. iv, 1754, p. 748 b.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Il est int\u00e9ressant d\u2019observer que l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1446-0\/\">ENTHOUSIASME, (<em>Philos. &amp; Belles-Lett<\/em>.)<\/a> de Cahusac, qui essaie d\u2019approcher une part inexplicable des manifestations du g\u00e9nie entre raison et fureur, introduit la figure du musicien qui, indissociable de celle du po\u00e8te, unit\u00a0<b> <\/b>la lyre en surcro\u00eet \u00e0 l&rsquo;orchestre, soit le chant \u00e0 ses extrapolations : \u00ab le musicien monte sa lyre, &amp; l\u2019orchestre remplit l\u2019univers de ses harmonies sublimes. \u00bb (<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. v, 1755, p. 720b, \u00a7 13).<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Denis Diderot, ENCYCLOP\u00c9DIE, (<em>Philosoph<\/em>.), <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol.\u00a0v, 1755, p. 641a, \u00a7 69.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Il \u00e9voque cependant le son \u00e0 la derni\u00e8re ligne de son article et renvoie \u00e0 l\u2019article \u00ab\u00a0Son\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v11-1447-0\/\">ONDE, <em>en terme de Physique<\/em><\/a> de D\u2019Alembert est \u00e0 ce sujet incontournable.<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Voir plus particuli\u00e8rement le paragraphe 8 de D\u2019Alembert, o\u00f9 sont \u00e9voqu\u00e9es les for\u00eats, les murailles, les cavernes, puis au paragraphe 12 o\u00f9 les cavit\u00e9s des espaces concaves sont vant\u00e9es.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 RETENTIR, v. n. 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