{"id":356,"date":"2025-03-02T14:18:42","date_gmt":"2025-03-02T13:18:42","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=356"},"modified":"2025-05-08T02:10:51","modified_gmt":"2025-05-08T00:10:51","slug":"incidents-et-temps-granulaire-dans-la-poetique-de-diderot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=356","title":{"rendered":"Incidents et temps granulaire dans la po\u00e9tique de Diderot"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"356\" class=\"elementor elementor-356\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4f8decd e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"4f8decd\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-58d0608 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"58d0608\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p>Parmi les quelques milliers d\u2019articles que Diderot r\u00e9dige pour l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, il en est deux, deux articles de grammaire, parus l\u2019un et l\u2019autre dans le volume VIII, s\u00e9par\u00e9s de seulement cent pages dans l\u2019\u00e9dition de 1765, qui, apparemment, se contredisent\u00a0:<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2229-1\/\"> <span style=\"font-variant: small-caps;\">Incident<\/span> (<em>Gramm.<\/em>)<\/a> et <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2036-0\/\">ILLUSION (<em>Gram. et Litt\u00e9rat.<\/em>)<\/a>. Tous deux traitent, directement ou indirectement, d\u2019une notion polys\u00e9mique poss\u00e9dant une application particuli\u00e8re dans le domaine de la po\u00e9tique\u00a0: les incidents. Dans l\u2019un, Diderot \u00e9crit qu\u2019\u00ab\u00a0Une bonne com\u00e9die est pleine d\u2019agr\u00e9ables incidens, qui divertissent les spectateurs, &amp; qui en forment l\u2019intrigue [\u2026]. La vari\u00e9t\u00e9 d\u2019incidens bien amen\u00e9s &amp; bien menag\u00e9s, fait la beaut\u00e9 du po\u00ebme h\u00e9ro\u00efque, qui doit toujours embrasser une certaine quantit\u00e9 d\u2019incidens pour suspendre le d\u00e9nouement\u00a0\u00bb (Incident). Dans l\u2019autre, il conseille un auteur dramatique fictif : \u00ab\u00a0voulez-vous me faire illusion, que votre sujet soit simple, &amp; que vos incidens ne soient point trop \u00e9loign\u00e9s du cours naturel des choses ; ne les multipliez point\u00a0\u00bb (ILLUSION). Diderot aurait-il chang\u00e9 d\u2019avis entre les deux articles\u00a0? Faut-il ou non, finalement, varier les incidents pour \u00e9crire une bonne pi\u00e8ce\u00a0?<\/p><p>La bibliographie consacr\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation diderotienne du temps dans le champ de l\u2019esth\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale est abondante <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Les lignes qui suivent s\u2019attachent plus sp\u00e9cifiquement aux incidents, notion qui circule sous la plume de Diderot de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> \u00e0 <em>De la po\u00e9sie dramatique<\/em>. Par elle se cristallise un paradoxe qui travaille en sourdine sa po\u00e9tique : une appr\u00e9hension granulaire de la structure du temps, que l&rsquo;auteur recherche et rejette \u00e0 la fois.<\/p><p>Une enqu\u00eate sur les sources de la d\u00e9finition d\u2019Incident dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>semble nous indiquer que cet article est ce que j\u2019appellerais une fausse piste. Il est le fruit d\u2019une reprise presque mot pour mot de l\u2019article homonyme du <em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em> de 1752 <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, auquel Diderot paye d\u2019ailleurs sa dette en r\u00e9v\u00e9lant l\u2019emprunt :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Incident, s. m. (<em>Gramm<\/em>.) \u00e9v\u00e9nement, circonstance particuliere. Incident dans un po\u00ebme est un \u00e9pisode, ou action particuliere li\u00e9e \u00e0 l\u2019action principale, ou qui en est d\u00e9pendante. Voyez Action &amp; Episode.<\/p><p>Une bonne com\u00e9die est pleine d\u2019agr\u00e9ables incidens, qui divertissent les spectateurs, &amp; qui en forment l\u2019intrigue. Le po\u00ebte doit faire choix des incidens susceptibles des ornemens convenables au caractere de son po\u00ebme. La vari\u00e9t\u00e9 d\u2019incidens bien amen\u00e9s &amp; bien menag\u00e9s, fait la beaut\u00e9 du po\u00ebme h\u00e9ro\u00efque, qui doit toujours embrasser une certaine quantit\u00e9 d\u2019incidens pour suspendre le d\u00e9nouement, qui sans cela iroit trop vite. Voyez Epique. <em>Dict. de Tr\u00e9voux.<\/em> <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><em><strong>[3]<\/strong><\/em><\/a><\/p><\/blockquote><p>Il s\u2019agit d\u2019une reprise presque int\u00e9grale, car Diderot effectue malgr\u00e9 tout quelques coupes dans la d\u00e9finition du <em>Tr\u00e9voux<\/em>. Apr\u00e8s la caract\u00e9risation s\u00e9mantique g\u00e9n\u00e9rale du terme (\u00ab \u00e9v\u00e9nement, circonstance particuli\u00e8re \u00bb), Diderot supprime les exemples cit\u00e9s par le dictionnaire qui ne ressortissent pas \u00e0 la po\u00e9tique <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Il en vient directement \u00e0 ce qui concerne le po\u00e8me dramatique, puis le po\u00e8me \u00e9pique, soudant au passage deux citations de Pontus de Tyard et de M\u00e9nage <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0: de fait, elles vont toutes deux dans le m\u00eame sens et plaident en faveur d\u2019un nombre cons\u00e9quent d\u2019incidents pour m\u00e9nager l\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p><p>L\u2019article ILLUSION, lui, prend largement ses distances avec le <em>Tr\u00e9voux<\/em>. Diderot reste proche du dictionnaire au d\u00e9but de l\u2019article, o\u00f9 il d\u00e9finit l\u2019illusion comme \u00ab\u00a0le mensonge des apparences <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb et fait imm\u00e9diatement mention des illusions optiques, qui illustrent \u00e0 merveille ce \u00ab\u00a0mensonge\u00a0\u00bb. Mais il s\u2019\u00e9loigne du <em>Tr\u00e9voux<\/em> en n\u2019\u00e9voquant pas le sens juridique d\u2019\u00ab illusion \u00bb et en r\u00e9servant au sens moral de ce terme un tout autre traitement. Refusant de n&rsquo;y voir qu\u2019une tromperie n\u00e9faste qui s\u00e9duit les sens et \u00e9gare l\u2019esprit, Diderot inf\u00e9ode l&rsquo;illusion \u00e0 une morale du d\u00e9sir. Parce qu\u2019elle \u00ab augmente en proportion de la force du sentiment \u00bb, elle garantit l\u2019individu de l\u2019inertie et du d\u00e9go\u00fbt. Cette conception n\u2019est pas sans rappeler l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2055-0\/\">IMAGINAIRE, (<em>Gram<\/em>.)<\/a> du m\u00eame Diderot, qui prend franchement le contrepied du <em>Tr\u00e9voux<\/em> en refusant d\u2019opposer <em>imaginaire<\/em> \u00e0 <em>r\u00e9el<\/em>, en vertu du fait que \u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 est to\u00fbjours dans la sensation <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> \u00bb\u00a0: l\u2019illusion partage avec l\u2019imaginaire la capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9veiller, en dehors des chemins de la raison, un puissant saisissement de la sensibilit\u00e9, tr\u00e8s valoris\u00e9 par l&rsquo;auteur. Enfin et surtout, la derni\u00e8re partie de l\u2019article ILLUSION de Diderot est plus sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019est l\u2019illusion dans le champ de la po\u00e9tique, en particulier dans le genre dramatique, alors que l\u2019article du <em>Tr\u00e9voux<\/em> n\u2019envisageait absolument pas d\u2019application dans ces domaines-l\u00e0\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Portez mon illusion \u00e0 l\u2019extr\u00e8me, &amp; vous engendrerez en moi l\u2019admiration, le transport, l\u2019enthousiasme, la fureur &amp; le fanatisme. L\u2019orateur conduit la persuasion\u00a0; l\u2019illusion marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du po\u00ebte. L\u2019orateur &amp; le po\u00ebte sont deux grands magiciens, qui sont quelquefois les premieres dupes de leurs prestiges. Je dirai au po\u00ebte dramatique\u00a0: voulez-vous me faire illusion, que votre sujet soit simple, &amp; que vos incidens ne soient point trop \u00e9loign\u00e9s du cours naturel des choses\u00a0; ne les multipliez point\u00a0; qu\u2019ils s\u2019encha\u00eenent &amp; s\u2019attirent\u00a0; m\u00e9fiez-vous des circonstances fortuites, &amp; songez sur tout au peu de tems &amp; d\u2019espace que le genre vous accorde <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Par ces quelques lignes, Diderot octroie \u00e0 l\u2019illusion un statut qu\u2019elle n\u2019avait gu\u00e8re auparavant, celui d\u2019\u00eatre une v\u00e9ritable notion de po\u00e9tique. Cette promotion contribue \u00e0 valoriser encore le terme, puisqu\u2019elle devient sous sa plume le but de la composition dramatique. Elle est en quelque sorte le revers du principe classique de vraisemblance, dont elle est en m\u00eame temps compl\u00e9mentaire : la vraisemblance concerne le syst\u00e8me des faits et exige que ces derniers soient possibles dans les circonstances o\u00f9 ils sont repr\u00e9sent\u00e9s, de mani\u00e8re \u00e0 ce que le spectateur n\u2019en soit pas choqu\u00e9 ; l\u2019illusion adopte le point de vue du r\u00e9cepteur, dont l\u2019intensit\u00e9 de la sensation et du plaisir procur\u00e9s d\u00e9pendent de l\u2019oubli du cadre de la repr\u00e9sentation. De ce ph\u00e9nom\u00e8ne, de ce \u00ab charme qui nous aveugle <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb, Diderot fait la cons\u00e9quence de principes compositionnels, puisqu\u2019il lie explicitement l\u2019illusion que le po\u00e8me dramatique est susceptible de susciter chez le spectateur et les incidents que contient ledit po\u00e8me. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9crit dans l\u2019article Incident, la recommandation qu\u2019il fait ici aux auteurs de ne pas multiplier les incidents au th\u00e9\u00e2tre est le fruit de sa po\u00e9tique personnelle, \u00e9labor\u00e9e quelques ann\u00e9es auparavant dans les <em>Entretiens sur <\/em>Le Fils naturel.<\/p><p>La question du nombre et de la fonction des incidents dans le po\u00e8me dramatique l\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Les lois des trois unit\u00e9s sont difficiles \u00e0 observer, mais elles sont sens\u00e9es. Dans la soci\u00e9t\u00e9, les affaires ne durent que par de petits incidents qui donneraient de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 un roman, mais qui \u00f4teraient tout l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 un ouvrage dramatique. Notre attention s\u2019y partage sur une infinit\u00e9 d\u2019objets diff\u00e9rents\u00a0; mais au th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 l\u2019on ne repr\u00e9sente que des instants particuliers de la vie r\u00e9elle, il faut que nous soyons tout entiers \u00e0 la m\u00eame chose <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>La m\u00e9fiance de Diderot \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00ab\u00a0petits incidents\u00a0\u00bb est fond\u00e9e sur une conception temporelle des arts. Les petits incidents se caract\u00e9risent par leur courte dur\u00e9e (\u00ab\u00a0les affaires <em>ne<\/em> <em>durent<\/em> <em>que<\/em> par de petits incidents \u00bb), qui fractionnent notre vie quotidienne. Or ce fractionnement temporel est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un fractionnement de l\u2019attention : chaque incident suscite un int\u00e9r\u00eat momentan\u00e9, qui est bient\u00f4t dissip\u00e9 et remplac\u00e9 par l\u2019int\u00e9r\u00eat que provoque un autre incident, etc. Si le genre romanesque a l\u2019apanage de ces petits incidents, qui y trouvent particuli\u00e8rement bien leur place, c\u2019est parce que ces derniers imitent la vie et conf\u00e8rent ainsi au roman une \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Mais le genre dramatique fonctionne diff\u00e9remment. Il ne repose pas sur des points d\u2019int\u00e9r\u00eat multipli\u00e9s, mais sur un m\u00eame objet (\u00ab au th\u00e9\u00e2tre [\u2026], il faut que nous soyons tout entiers \u00e0 la m\u00eame chose \u00bb). De cette n\u00e9cessaire focalisation de l\u2019attention du spectateur, Diderot d\u00e9duit une exigence en termes de composition qui repose, l\u00e0 encore, sur une certaine conception du temps : la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale ne se consacre qu\u2019\u00e0 \u00ab des instants particuliers de la vie r\u00e9elle \u00bb, et non \u00e0 la juxtaposition des \u00ab petits incidents \u00bb qui \u00e9maillent la vie quotidienne <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Le d\u00e9roulement du temps au th\u00e9\u00e2tre ne peut \u00eatre imit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: il doit faire l\u2019objet d\u2019une transposition, par l\u2019habile d\u00e9termination de moments privil\u00e9gi\u00e9s. Un rapport distinct au temps et \u00e0 sa repr\u00e9sentation structure le partage des genres entre roman et th\u00e9\u00e2tre\u00a0: tous deux reposent sur une temporalit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e autour de moments singuliers, mais leur forme et les modalit\u00e9s de r\u00e9ception qu\u2019ils impliquent diff\u00e8rent fondamentalement selon que ces \u00e9clats temporels sont des \u00ab\u00a0incidents\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0instants\u00a0particuliers\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00c0 l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v3-1717-7\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Composition<\/span><em>, <\/em><em>en peinture<\/em><\/a>, que Diderot r\u00e9dige pour le volume III de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, on trouve une occurrence d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0incident\u00a0\u00bb \u00e0 propos des \u00ab\u00a0compositions confuses, celles o\u00f9 la multitude des objets &amp; des incidens \u00e9clipsent le sujet principal <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb. La filiation avec les conceptions dramaturgiques diderotiennes que l\u2019on vient d\u2019\u00e9voquer est patente\u00a0: les incidents sont pr\u00e9sent\u00e9s comme nuisant \u00e0 la composition parce qu\u2019ils d\u00e9tournent du sujet principal, qui doit concentrer l\u2019attention. Il peut toutefois para\u00eetre surprenant de trouver la notion d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0incidents\u00a0\u00bb appliqu\u00e9e \u00e0 la peinture. On l\u2019a dit, les incidents poss\u00e8dent pour Diderot une caract\u00e9ristique temporelle, celle d\u2019\u00eatre des \u00e9v\u00e9nements particuliers et marginaux de courte dur\u00e9e, qui viennent trouer le tissu continu du temps\u00a0; or la peinture n\u2019est pas, <em>a priori<\/em>, un art du temps, contrairement au th\u00e9\u00e2tre. Il a d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u00e9t\u00e9 dit combien l\u2019exp\u00e9rience des Salons a eu, pour Diderot, d\u2019influence sur ses conceptions dramaturgiques. D\u00e8s 1753, qui est la date de la publication de cet article, mais qui est aussi la date du premier Salon qui se tient \u00e0 Paris, o\u00f9 Diderot s\u2019est tr\u00e8s certainement rendu, sont d\u00e9j\u00e0 en place les lin\u00e9aments d\u2019une th\u00e9orie de la composition picturale, sur laquelle l\u2019auteur s\u2019appuiera cinq ans plus tard pour formuler des principes en mati\u00e8re d\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale. Or, comme le note \u00c9lise Pavy-Guilbert, dans le dossier critique qu\u2019elle r\u00e9dige autour de Composition, \u00ab\u00a0l\u2019article prouve que l\u2019unit\u00e9 de temps est encore plus d\u00e9cisive pour le peintre que pour le po\u00e8te <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb. En effet, si Diderot parle des \u00ab\u00a0incidents\u00a0\u00bb qui caract\u00e9risent les compositions picturales confuses, alors m\u00eame que les incidents surviennent n\u00e9cessairement au sein d\u2019une dur\u00e9e, c\u2019est que le philosophe floute \u00e0 dessein la fronti\u00e8re entre unit\u00e9 de temps et unit\u00e9 d\u2019action. Renon\u00e7ant \u00e0 penser l\u2019organisation de la peinture \u00e0 partir des figures et refusant la coexistence sur la toile d\u2019\u00e9v\u00e9nements non simultan\u00e9s <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, Diderot plaide pour une stricte observance de l\u2019unit\u00e9 de temps, qui va de pair avec l\u2019unit\u00e9 d\u2019action. Celles-ci reposent sur la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00ab instant presque indivisible \u00bb, auquel \u00ab tous les mouvemens de [l]a composition doivent se rapporter : entre ces mouvemens, si j\u2019en remarque quelques-uns qui soient de l\u2019instant qui pr\u00e9cede ou de l\u2019instant qui suit, la loi de l\u2019unit\u00e9 de tems est enfreinte <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb. L\u2019unit\u00e9 de temps et l\u2019unit\u00e9 d\u2019action, dans le domaine pictural, d\u00e9pendent d\u2019une suspension du flux temporel. La pr\u00e9sence d\u2019incidents dans le tableau est le signe que sont repr\u00e9sent\u00e9es des situations secondaires par rapport au sujet principal (contre l\u2019unit\u00e9 d\u2019action) et le signe de ce que l\u2019action repr\u00e9sent\u00e9e est prise dans une dur\u00e9e, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre la prise sur le vif d\u2019un instant ind\u00e9composable (contre l\u2019unit\u00e9 de temps). Aborder les r\u00e8gles de la composition depuis la repr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0l\u2019instant\u00a0\u00bb, et non depuis la repr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0l\u2019action\u00a0\u00bb, est relativement original en po\u00e9tique. La conception picturale puis dramaturgique de Diderot repose en partie sur une distinction de ces deux notions\u00a0: rechercher l\u2019unit\u00e9 d\u2019action ne suffit pas, car \u00ab\u00a0on peut distinguer dans chaque action une multitude d\u2019instans diff\u00e9rens <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0\u00bb. Le travail du peintre est de choisir non pas seulement l\u2019action qu\u2019il faut repr\u00e9senter, trop g\u00e9n\u00e9rale, mais l\u2019instant qui, au sein de cette action, est le plus int\u00e9ressant\u00a0: le plus \u00e9mouvant, le plus poignant, le plus tragique, ou le plus comique. Diderot ne renonce nullement au concept classique d\u2019action, fondement de la po\u00e9tique aristot\u00e9licienne sur laquelle s\u2019appuie son propre th\u00e9\u00e2tre. Mais il l\u2019affine en soumettant l\u2019unit\u00e9 d\u2019action \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de temps. L\u2019action se trouve d\u00e9finie par une temporalit\u00e9 po\u00e9tique particuli\u00e8re\u00a0: elle se d\u00e9compose en diff\u00e9rents moments dont l\u2019un constitue l\u2019acm\u00e9 \u00e9motionnelle, qu\u2019il faut pouvoir isoler.<\/p><p>Le temps tel que le con\u00e7oit Diderot est un temps granulaire\u00a0: il est constitu\u00e9 d\u2019une succession d\u2019instants distincts, qui sont comme autant de petits grains mis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Il est intrins\u00e8quement d\u00e9composable, comme l\u2019indiquent les termes que l\u2019auteur emploie pour qualifier la structure du temps\u00a0: il faut chercher \u00ab\u00a0l\u2019instant presque indivisible\u00a0\u00bb, parce que le temps est par nature divisible en plusieurs moments. Pourtant, cette granularit\u00e9 temporelle n\u2019implique pas que chaque instant soit absolument isol\u00e9 l\u2019un de l\u2019autre\u00a0: un instant pass\u00e9 marque le suivant, qui en garde comme la trace. C\u2019est exactement ce que dit Diderot dans Composition, notant qu\u2019il y a des occasions o\u00f9 \u00ab\u00a0la pr\u00e9sence d\u2019un instant n\u2019est pas incompatible avec des traces d\u2019un instant pass\u00e9 : des larmes de douleur couvrent quelquefois un visage dont la joie commence \u00e0 s\u2019emparer <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb. Cette conception continuiste du temps, qui suppose que l\u2019instant choisi par le peintre puisse \u00eatre perm\u00e9able \u00e0 l\u2019instant qui le pr\u00e9c\u00e8de, n\u2019est pas incompatible avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une granularit\u00e9 du temps. L\u2019une suppose m\u00eame l\u2019autre, puisque c\u2019est bien parce que le temps est compos\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments distincts que ces derniers peuvent, dans la succession temporelle, se t\u00e9lescoper. Cela ne va pas sans paradoxe\u00a0: l\u2019unit\u00e9 de temps et l\u2019unit\u00e9 d\u2019action, en peinture, d\u00e9pendent d\u2019une suspension du flux temporel, mais ce flux temporel peut lui-m\u00eame surgir dans son \u00e9paisseur par la repr\u00e9sentation d\u2019un instant \u00e0 travers lequel r\u00e9sonne l\u2019instant pr\u00e9c\u00e9dent. Si Diderot esquisse cette id\u00e9e en 1753 \u00e0 propos de la composition picturale, il la d\u00e9veloppe quelques ann\u00e9es plus tard \u00e0 propos de la composition dramatique. Dans les <em>Entretiens sur <\/em>Le Fils naturel, il oppose deux types de dramaturgie\u00a0: celle marqu\u00e9e par \u00ab\u00a0ces combinaisons d\u2019incidents dont on forme le tissu d\u2019une pi\u00e8ce o\u00f9 les personnages et les spectateurs sont \u00e9galement ballott\u00e9s <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a> \u00bb, qu\u2019il r\u00e9cuse, et celle caract\u00e9ris\u00e9e par \u00ab une conduite simple, une action prise le plus pr\u00e8s de sa fin pour que tout f\u00fbt dans l\u2019extr\u00eame, une catastrophe sans cesse imminente et toujours \u00e9loign\u00e9e par une circonstance simple et vraie <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0\u00bb. Dans l\u2019extrait des <em>Entretiens sur <\/em>Le Fils naturel pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, Diderot disait qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0au th\u00e9\u00e2tre [\u2026] l\u2019on ne repr\u00e9sente que des instants particuliers de la vie r\u00e9elle\u00a0\u00bb\u00a0: ces instants, soigneusement choisis, sont pr\u00e9cis\u00e9ment s\u00e9lectionn\u00e9s pour que l\u2019action, unique mais d\u00e9compos\u00e9e par le choix des instants forts qui la constituent, soit prise dans une continuit\u00e9 temporelle.<\/p><p>Cette continuit\u00e9 forme une dur\u00e9e, fruit de l\u2019agencement des diff\u00e9rents instants par l\u2019auteur. Les \u00ab\u00a0instants particuliers\u00a0\u00bb qui composent l\u2019action th\u00e9\u00e2trale se distinguent des incidents en ceci qu\u2019ils ne sont pas ferm\u00e9s sur eux-m\u00eames\u00a0: chacun d\u2019eux m\u00e8ne au suivant. Il faut revenir \u00e0 ce passage de l\u2019article ILLUSION pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9 pour en saisir toute la port\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0ne multipliez point [les incidents] ; <em>qu\u2019ils s\u2019encha\u00eenent &amp; s\u2019attirent<\/em>\u00a0\u00bb. Le temps dramatique est, pour Diderot, granulaire mais aussi t\u00e9l\u00e9ologique. Chaque instant est tendu vers le suivant. \u00c0 plus grande \u00e9chelle, chaque sc\u00e8ne est tendue vers la suivante, chaque sc\u00e8ne en attire une autre\u00a0: \u00ab\u00a0[l]es sc\u00e8nes ont une influence les unes sur les autres <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb.\u00a0Cette attraction d\u00e9termine le plan de la pi\u00e8ce et sa composition, qui doit \u00eatre chronologique\u00a0: que le po\u00e8te \u00ab\u00a0commence par la premi\u00e8re sc\u00e8ne, et qu\u2019il finisse \u00e0 la derni\u00e8re\u00a0[\u2026]\u00a0s\u2019il veut que son ouvrage soit un <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0\u00bb. Diderot pousse cette exigence d\u2019organicit\u00e9 de l\u2019action jusqu\u2019\u00e0 envisager de construire la pi\u00e8ce depuis sa fin, en recommandant aux auteurs de th\u00e9\u00e2tre de concevoir \u00ab\u00a0une catastrophe sans cesse imminente et toujours \u00e9loign\u00e9e <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9cisif qui marque le d\u00e9nouement se trouve comme diffract\u00e9, d\u00e9compos\u00e9 en amont de son surgissement selon les instants qui le constituent et qui repoussent toujours le moment o\u00f9 l\u2019issue se scelle compl\u00e8tement et d\u00e9finitivement. L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-2160-0\/\">IMPRESSION, (<em>Gram<\/em>.)<\/a> confirme que l\u2019 \u00ab\u00a0impression derni\u00e8re\u00a0\u00bb laiss\u00e9e par la pi\u00e8ce est celle qui compte le plus\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est point par les impressions de d\u00e9tail, qu\u2019il faut juger de la bont\u00e9 morale d\u2019un ouvrage dramatique, mais par l\u2019impression derniere qu\u2019on en remporte. Vous avez cent fois ri du mysanthrope Alceste ; vous l\u2019avez trouv\u00e9 brutal, opini\u00e2tre, insens\u00e9, ridicule ; mais \u00e0 la fin, vous prendriez volontiers son r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9, &amp; vous l\u2019estimez assez pour souhaiter de lui ressembler <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> \u00bb. La dramaturgie de \u00ab l\u2019impression derni\u00e8re \u00bb suppose une certaine temporalit\u00e9 de la r\u00e9ception (consentir \u00e0 oublier les impressions de d\u00e9tail) mais elle implique aussi, du point de vue de la production, que la pi\u00e8ce soit dirig\u00e9e vers sa fin et que cette derni\u00e8re oriente r\u00e9troactivement l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la composition. Puisque la r\u00e9alit\u00e9 est dans la sensation, l\u2019illusion dramatique et son efficacit\u00e9 morale reposent sur l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019impression finale, laquelle d\u00e9pend de l\u2019encha\u00eenement des instants particuliers qui la pr\u00e9c\u00e8dent.<\/p><p>Cette conception granulaire du temps, qui suppose toutefois que chaque instant porte la trace du pr\u00e9c\u00e9dent et soit tendu vers le suivant, est fond\u00e9 sur les principes d\u2019un m\u00e9canisme non cart\u00e9sien. Elle t\u00e9moigne d\u2019abord de l\u2019influence de la physique newtonienne sur Diderot, influence dont rendent compte par ailleurs, sur un tout autre plan que celui de la po\u00e9tique, les <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> (1753). La parent\u00e9 qui existe entre cette physique et les r\u00e8gles de composition est surtout palpable dans la mobilisation par Diderot du paradigme de l\u2019attraction pour d\u00e9crire les rapports que doivent entretenir les incidents entre eux (il faut qu\u2019ils \u00ab\u00a0s\u2019attirent\u00a0\u00bb). D\u2019apr\u00e8s Newton, l\u2019attraction universelle est la cause de tous les mouvements, de l\u2019action par contact comme de l\u2019action \u00e0 distance. Les incidents au th\u00e9\u00e2tre doivent eux aussi ob\u00e9ir \u00e0 cette loi, qui appara\u00eet d\u2019autant plus universelle \u2013 pour pasticher Newton \u2013 qu\u2019elle s\u2019applique aussi, sous la plume de Diderot, \u00e0 la po\u00e9tique. Mais la mani\u00e8re t\u00e9l\u00e9ologique dont ce dernier envisage la succession des instants au th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas non plus sans rappeler l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il manifeste pour la chimie, ainsi qu\u2019il s\u2019en expliquera notamment dans les <em>Principes philosophiques sur la nature et le mouvement<\/em>. Publi\u00e9s en 1770, il y expose les principes du mouvement qui g\u00eet au c\u0153ur de la mati\u00e8re et qui lui assure une forme d\u2019auto-dynamisme. Ralli\u00e9 \u00e0 la th\u00e8se de l\u2019atomisme tel que la science moderne (et notamment celle de Newton) s\u2019en est saisie, Diderot d\u00e9fend une conception corpusculaire de la mati\u00e8re. Fondamentalement discontinue, elle est constitu\u00e9e de mol\u00e9cules distinctes. Celles-ci poss\u00e8dent une force interne, si bien que \u00ab le repos absolu est un concept abstrait qui n\u2019existe point en nature <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>\u00a0\u00bb. Diderot distingue deux forces\u00a0: la force externe que re\u00e7oit la mol\u00e9cule et qui la met en mouvement, ou \u00ab\u00a0action d\u2019elle hors d\u2019elle, action des autres mol\u00e9cules sur elle <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0; et la force interne, c\u2019est-\u00e0-dire la \u00ab\u00a0force intime de la mol\u00e9cule [qui] ne s\u2019\u00e9puise point <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>\u00a0\u00bb. La mati\u00e8re, m\u00eame lorsqu\u2019elle n\u2019est pas mue par une action ext\u00e9rieure, n\u2019est pas inerte car elle est dot\u00e9e d\u2019une \u00e9nergie propre. Que cette \u00e9nergie se manifeste par un mouvement effectif ou latent, en acte ou en puissance, la mati\u00e8re poss\u00e8de en elle-m\u00eame la condition de son propre mouvement. Le temps tel que le pense Diderot pour d\u00e9finir des r\u00e8gles de composition picturale et dramaturgique partage avec la mati\u00e8re ainsi d\u00e9crite deux caract\u00e9ristiques\u00a0: il est discontinu et granulaire\u00a0; il est dou\u00e9 d\u2019une \u00e9nergie interne qui le fait devenir autre et tendre vers sa fin, vers son accomplissement.<\/p><p>Si l\u2019instant dramatique rec\u00e8le, \u00e0 l\u2019image de la mol\u00e9cule, une \u00e9nergie interne qui fait qu\u2019il poss\u00e8de en lui-m\u00eame les conditions de sa propre \u00e9volution, il n\u2019en va pas de m\u00eame des incidents, qui sont clos sur eux-m\u00eames et contingents. Ils produisent eux aussi de l\u2019\u00e9nergie qui fait avancer l\u2019intrigue, mais une \u00e9nergie qui s\u2019apparente \u00e0 la force externe de la mol\u00e9cule, comme en t\u00e9moigne ce passage o\u00f9 Diderot lie \u00ab\u00a0action\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0incidents\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>On ne peut mettre trop d\u2019action et de mouvement dans la farce : qu\u2019y dirait-on de supportable ? Il en faut moins dans la com\u00e9die gaie, moins encore dans la com\u00e9die s\u00e9rieuse, et presque point dans la trag\u00e9die.<\/p><p>Moins un genre est vraisemblable, plus il est facile d\u2019y \u00eatre rapide et chaud. On a de la chaleur aux d\u00e9pens de la v\u00e9rit\u00e9 et des biens\u00e9ances. La chose la plus maussade, ce serait un drame burlesque et froid. Dans les genres s\u00e9rieux, le choix des incidents rend la chaleur difficile \u00e0 conserver <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>.<\/p><\/blockquote><p>Farce, com\u00e9die gaie, com\u00e9die s\u00e9rieuse, trag\u00e9die\u00a0: Diderot \u00e9tablit une typologie des genres dramatiques en fonction de la vari\u00e9t\u00e9 d\u2019incidents, laquelle est proportionnelle \u00e0 ce que l\u2019auteur appelle le \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre, et inversement proportionnelle au vraisemblable et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Dans ce syst\u00e8me, la farce et la com\u00e9die gaie sont les genres les moins vrais et les plus pourvus d\u2019incidents. \u00c0 la lumi\u00e8re de cet extrait, l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> Incident <em>(Gramm.)<\/em>, que nous avons comment\u00e9 au d\u00e9but de cette \u00e9tude, appara\u00eet moins comme une fausse piste qu\u2019il ne semblait l\u2019\u00eatre au premier abord, lorsqu\u2019on le comparait \u00e0 ILLUSION. Si Diderot reprend presque litt\u00e9ralement le <em>Tr\u00e9voux<\/em> pour dire qu\u2019\u00ab\u00a0Une bonne com\u00e9die est pleine d\u2019agr\u00e9ables incidens, qui divertissent les spectateurs, &amp; qui en forment l\u2019intrigue\u00a0\u00bb, c\u2019est sans doute parce qu\u2019il souscrit profond\u00e9ment \u00e0 cette d\u00e9finition pour ce qui est du genre de la com\u00e9die, et uniquement de la com\u00e9die. L\u2019\u00e9nerg\u00e9tique que Diderot propose des genres dramatiques montre que ses conceptions po\u00e9tiques sont en partie le fruit d\u2019une transposition des lois de la m\u00e9canique \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique. Pour lui, les incidents sont des moteurs aptes \u00e0 relancer r\u00e9guli\u00e8rement le mouvement de l\u2019intrigue\u00a0; ce faisant, ils lui communiquent bien de la chaleur, qui va de pair avec l\u2019avanc\u00e9e effective de l\u2019action et qui entra\u00eene le divertissement des spectateurs. Cette chaleur est plus difficile \u00e0 conserver dans le cas des genres s\u00e9rieux, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les sources de chaleur que constituent les incidents se font rares. Mais la raret\u00e9 des sources de chaleur dans les genres s\u00e9rieux n\u2019est un probl\u00e8me que si l\u2019on souscrit \u00e0 une telle conception m\u00e9caniste du mouvement. Or les conceptions dramaturgiques de Diderot proc\u00e8dent d\u2019une opposition entre deux mod\u00e8les caloriques diff\u00e9rents\u00a0: l\u2019un m\u00e9caniste, qu\u2019il r\u00e9cuse parce qu\u2019il g\u00e9n\u00e8rerait de la chaleur par la multiplication d\u2019effets gratuits, passagers et vains\u00a0; l\u2019autre d\u2019inspiration chimique, fond\u00e9 sur le mod\u00e8le de la fermentation, qui permet au spectateur de se laisser transformer de l\u2019int\u00e9rieur pour acc\u00e9der au bien et au bon. La multiplication des incidents, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la farce et la com\u00e9die classique, forme une intrigue complexe qui produit un mouvement bien visible. Le genre dramatique s\u00e9rieux, auquel Diderot s\u2019essaie dans <em>Le Fils naturel<\/em> et le <em>P\u00e8re de famille<\/em>, exige, lui, une intrigue que l\u2019auteur qualifie de simple, de sorte \u00ab\u00a0qu\u2019un seul incident fournisse \u00e0 plusieurs sc\u00e8nes <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>\u00a0\u00bb. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le peu de mouvement externe que g\u00e9n\u00e8re cette dramaturgie qui permet l\u2019apparition d\u2019une chaleur interne chez le spectateur.<\/p><p>Si la notion d\u2019illusion, sous la plume de Diderot, s\u2019\u00e9carte tant de la d\u00e9finition du <em>Tr\u00e9voux<\/em> et se r\u00e9v\u00e8le positive au point de devenir le but de l\u2019art de la composition, c\u2019est parce que, pour lui, plus les apparences sont mensong\u00e8res, plus elles sont \u00e0 m\u00eame de provoquer des \u00e9motions fortes, plus elles sont le signe d\u2019une imitation r\u00e9ussie. Or pour \u00eatre bien imit\u00e9es, ces apparences doivent suivre une ligne dramaturgique r\u00e9guli\u00e8re et progressive, d\u00e9pourvue de coups de th\u00e9\u00e2tre que Diderot n\u2019aime pas parce qu\u2019ils sont \u00ab amen[\u00e9s] d\u2019une mani\u00e8re si forc\u00e9e, et [&#8230;] sont fond\u00e9s sur tant de suppositions singuli\u00e8res <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a> \u00bb qu&rsquo;ils se d\u00e9noncent par leur caract\u00e8re artificiel. Le temps granulaire de l\u2019intrigue tel que le con\u00e7oit Diderot est fait pour s\u2019adapter au temps de la repr\u00e9sentation tel que le spectateur en fait l\u2019exp\u00e9rience. La multiplication des incidents comme des coups de th\u00e9\u00e2tre cr\u00e9e un \u00e9cart entre le niveau de la fiction et celui de la repr\u00e9sentation, car le spectateur est surpris : il est en quelque sorte d\u00e9pass\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Alors qu\u2019une intrigue simple, dot\u00e9e de moins de mouvement et donc de moins de retournements, laisse le temps au spectateur de suivre pas \u00e0 pas le d\u00e9veloppement de l\u2019action, de prendre le drame qu\u2019il voit pour la r\u00e9alit\u00e9, le temps de la repr\u00e9sentation, sans que rien du m\u00e9canisme de l\u2019intrigue ni de l\u2019art de l\u2019auteur ne se rappellent \u00e0 lui. Si la pi\u00e8ce est ainsi con\u00e7ue que chaque instant est compl\u00e8tement tendu vers le suivant, le spectateur, d\u00e8s lors qu\u2019il est instruit de tout au fur et \u00e0 mesure du d\u00e9roulement de l\u2019intrigue, sera lui-m\u00eame tendu vers la suite : \u00ab que satisfait de ce qui est pr\u00e9sent, je souhaite vivement ce qui va suivre ; qu\u2019un personnage m\u2019en fasse d\u00e9sirer un autre ; qu\u2019un incident me h\u00e2te vers celui qui lui est li\u00e9 <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>\u00a0\u00bb. Le terme <em>incident<\/em>, entendu comme un \u00e9v\u00e9nement ins\u00e9r\u00e9 dans une structure temporelle granulaire et t\u00e9l\u00e9ologique, est pris dans un sens positif. En revanche, une intrigue complexe dot\u00e9e de nombreux incidents a, pour Diderot, le d\u00e9faut de noyer le personnage sous la masse des \u00e9v\u00e9nements et, par cons\u00e9quent, de le vider de sa substance\u00a0: \u00ab\u00a0Si vous obtenez de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la rapidit\u00e9 par des incidents multipli\u00e9s, vous n\u2019aurez plus de discours ; vos personnages auront \u00e0 peine le temps de parler ; ils agiront au lieu de se d\u00e9velopper <a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>\u00a0\u00bb. En opposant l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0action\u00a0\u00bb du personnage \u00e0 son \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, Diderot marque encore un peu plus sa d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des intrigues \u00e0 rebondissements. Celles-ci produisent certes de l\u2019action, mais \u00e0 un rythme si rapide qu\u2019elles ne laissent pas de place v\u00e9ritable \u00e0 la dur\u00e9e, par laquelle le spectateur voit un personnage \u00e9voluer et peut, gr\u00e2ce \u00e0 cette lenteur relative, s\u2019identifier \u00e0 lui et \u00e9prouver de l\u2019empathie pour lui. Parce qu\u2019elle suscite chez le spectateur une vive attente, la (longue) dur\u00e9e n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9volution d\u2019un caract\u00e8re ou d\u2019une passion est d\u2019autant plus susceptible de g\u00e9n\u00e9rer l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle est progressive et continue. C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019ultime paradoxe de ce temps granulaire diderotien que de donner v\u00e9ritablement \u00e0 sentir au spectateur, sur le plan de la fiction, l\u2019\u00e9paisseur du temps qui passe, gr\u00e2ce \u00e0 une succession d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0instants particuliers\u00a0\u00bb qui, pris s\u00e9par\u00e9ment, nient toute dur\u00e9e.<\/p><p>Diderot pense l\u2019esth\u00e9tique en chimiste : non seulement lorsqu\u2019il propose une nouvelle conception du jeu d\u2019acteur gr\u00e2ce \u00e0 la notion de mouvement immobile dans le tableau, ou lorsqu\u2019il dessine le parcours sacrificiel d\u2019un personnage pens\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s le mod\u00e8le de la fermentation chimique <a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, mais aussi au niveau fondamental d\u2019une <em>mim\u00e8sis<\/em> renouvel\u00e9e. Car c\u2019est depuis cette repr\u00e9sentation d\u2019un temps granulaire et t\u00e9l\u00e9ologique, fond\u00e9 sur les principes d\u2019une m\u00e9canique non cart\u00e9sienne, qu\u2019il aborde la question de la repr\u00e9sentation, en refusant de la fonder sur une imitation des mod\u00e8les anciens, qui multiplient les incidents, mais en refusant aussi de la fonder sur une copie de la vie quotidienne. Il troque donc un artifice contre un autre, l\u2019accumulation artificiel d\u2019incidents contre le choix d\u2019un instant pr\u00e9cis \u2013 ce qui distingue aussi l\u2019art de la vie. Cette temporalit\u00e9 est bien une construction po\u00e9tique, qui chasse hors de l\u2019\u0153uvre picturale et de l&rsquo;\u0153uvre dramatique toute forme de contingence pour cr\u00e9er chez le spectateur l\u2019illusion la plus parfaite possible, seule garante d\u2019une \u00e9motion v\u00e9ritable.<\/p><p>\u00a0<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Citons, entre autres, Pierre Frantz, qui note l\u2019utilisation chez Diderot de tableaux-stases et de tableaux-combles pour suspendre le temps et d\u00e9multiplier ainsi l\u2019intensit\u00e9 dramatique d\u2019une sc\u00e8ne (<em>L\u2019Esth\u00e9tique du tableau<\/em><em> dans le th\u00e9\u00e2tre du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/em>, Paris, PUF, 1998)\u00a0; St\u00e9phane Lojkine, qui \u00e9tudie comment Diderot, en peinture comme au th\u00e9\u00e2tre, conjure le flux temporel en faveur de l\u2019\u00ab\u00a0instant pr\u00e9gnant\u00a0\u00bb, temps faible qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019acm\u00e9 \u00e9motionnelle et qui permet au spectateur de restituer le trajet jusqu\u2019au temps fort, ce qui le fixe devant le tableau (\u00ab\u00a0Dans le moment qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019explosion\u2026\u00a0\u2013\u00a0Temporalit\u00e9, repr\u00e9sentation et pens\u00e9e chez Diderot\u00a0\u00bb, <em>Zeitlichkeit in Text und Bild<\/em>, Franziska Sick <em>et al.<\/em> (dir.), Heidelberg, Universit\u00e4tsverlag Winter, 2007, p.\u00a041-57)\u00a0; et Marilina Gianico, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont Diderot tente de d\u00e9passer le concept de dur\u00e9e pour acc\u00e9der \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9motion dans la repr\u00e9sentation (\u00ab\u00a0Le tableau path\u00e9tique entre instant et dur\u00e9e\u00a0\u00bb, <em>Diderot et le temps<\/em>, St\u00e9phane Lojkine et Adrien Paschoud (dir.), Presses universitaires de Provence, 2016, p. 191-201).<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> L\u2019article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Incident<\/span> figure dans le tome V de l\u2019\u00e9dition de 1752 du <em>Dictionnaire universel fran\u00e7ois et latin<\/em> [dit <em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em>], Paris, Compagnie des libraires associ\u00e9s, col.\u00a01311.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die, <\/em>vol.\u00a0VIII, 1765, p. 647.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00c0 savoir\u00a0: \u00ab\u00a0Un <em>incident <\/em>impr\u00e9vu fut le pr\u00e9texte de la guerre. Mez. Nous allons vous r\u00e9galer d\u2019un <em>incident <\/em>tout frais, qui vous surprendra fort. Mol.\u00a0\u00bb (<em>Dictionnaire de Tr\u00e9voux<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, art. \u00ab\u00a0Incident\u00a0\u00bb).<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0La vari\u00e9t\u00e9 d\u2019<em>incidens <\/em>bien amen\u00e9s, &amp; bien m\u00e9nag\u00e9s, fait la beaut\u00e9 du Po\u00ebme h\u00e9ro\u00efque. Pont. Le Po\u00ebme \u00e9pique doit embrasser une certaine quantit\u00e9 <em>d\u2019incidens<\/em>, pour suspendre le d\u00e9nouement, qui sans cela iroit trop vite \u00e0 la fin. M\u00e9n.\u00a0\u00bb (<em>ibidem<\/em>).<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol.\u00a0VIII, 1765, p.\u00a0557. Pour le <em>Tr\u00e9voux<\/em>, l\u2019illusion est une \u00ab\u00a0fausse apparence\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0artifice pour faire paro\u00eetre ce qui n\u2019est pas\u00a0\u00bb (Paris, Compagnie des libraires associ\u00e9s, 1752, t. 4, p. 1235).<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol.\u00a0VIII, 1765, p.\u00a0560.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol.\u00a0VIII, 1765, p.\u00a0557<em>.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibidem<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Diderot, <em>Entretiens sur <\/em>Le Fils naturel, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, <em>DPV<\/em>, vol.\u00a0X : <em>Le drame bourgeois<\/em>, <em>Fiction II<\/em>, \u00e9d. Anne-Marie et Jacques Chouillet, Paris, Hermann, 1979, p.\u00a085-86.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Mathieu Brunet note que le mod\u00e8le de la simultan\u00e9it\u00e9 temporelle a beaucoup inform\u00e9 l\u2019\u00e9criture essayistique et romanesque de Diderot, mais presque pas son \u00e9criture th\u00e9\u00e2trale, qui souscrit \u00e0 une exigence absolue de clart\u00e9 et respecte, dans ce but, la succession temporelle (\u00ab\u00a0Diderot et le mod\u00e8le du simultan\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Diderot et le temps<\/em>, S. Lojkine et A. Paschoud (dir.), <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a041-50).<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol.\u00a0III, 1753, p.\u00a0772.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Elise Pavy-Guilbert, Annotation et dossier critique de l\u2019article <span class=\"ice_texteedition\"><span class=\"enc_vedette\"><span class=\"vedette_entree\"><span class=\"smallcaps\">Composition<\/span><\/span><\/span>,<em><span class=\"enc_designant\"> <span class=\"designant_formel\"><span class=\"italic\">en peinture<\/span><\/span><\/span><\/em><\/span> (<i>Encyclop\u00e9die<\/i>, vol. III, p. 772a\u2013774b)<i>, \u00c9dition num\u00e9rique collaborative et critique de l\u2019<\/i>Encyclop\u00e9die, publi\u00e9s le 5 mai 2019, consult\u00e9 le 2 mars 2025. <a href=\"https:\/\/www.nakala.fr\/11280\/8b5e11d1\">DOI<\/a><\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir le commentaire de l\u2019article Composition<em>, <\/em><em>en peinture <\/em>par St\u00e9phane Lojkine, <em>L\u2019\u0153il r\u00e9volt\u00e9 : les <\/em>Salons<em> de Diderot<\/em>, Paris\/Arles, Chambon\/Actes Sud, 2007, p. 204-215.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol.\u00a0III, 1753, p.\u00a0772<em>.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Ibidem<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibidem<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Diderot, <em>De la po\u00e9sie dramatique<\/em>, DPV, vol.\u00a0X, p.\u00a0341.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Ibidem<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0362.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Ibidem<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0367.<\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die<\/em>, vol. VIII, 1765, p. 607.<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Diderot<em> , Principes philosophiques sur la mati\u00e8re et le mouvement, <\/em>DPV, t. XVII, 1987, p.\u00a014.<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 15<em>.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Ibidem<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Diderot, <em>De la po\u00e9sie dramatique<\/em>, DPV, vol.\u00a0X, p.\u00a0343-344.<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Diderot, <em>Ibid<\/em>., p. 397.<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Diderot, <em>Entretiens sur <\/em>Le Fils naturel, DPV, vol.\u00a0X, p.\u00a091.<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Diderot, <em>De la po\u00e9sie dramatique<\/em>, DPV, vol. X, p.\u00a0371.<\/p><p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0343.<\/p><p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Je me permets de renvoyer \u00e0 mes travaux, <em>L\u2019Ennui du spectateur. Thermique du th\u00e9\u00e2tre (1716-1788)<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2021, p.\u00a0497-518, et <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/aes\/5799\">\u00ab\u00a0Le mod\u00e8le de la fermentation chimique dans <em>Le Fils naturel<\/em> de Diderot\u00a0\u00bb<\/a>, <em>Arts et Savoirs<\/em>, n\u00b019, 2023.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Parmi les quelques milliers d\u2019articles que Diderot r\u00e9dige pour l\u2019Encyclop\u00e9die, il en est deux, deux articles de grammaire, parus 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