{"id":1017,"date":"2025-04-06T22:13:23","date_gmt":"2025-04-06T20:13:23","guid":{"rendered":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=1017"},"modified":"2025-06-03T09:12:25","modified_gmt":"2025-06-03T07:12:25","slug":"diderot-historien-de-la-philosophie-le-moment-de-larticle-eclectisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mots-de-diderot.fr\/?p=1017","title":{"rendered":"Diderot historien de la philosophie : le moment de l\u2019article *ECLECTISME"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1017\" class=\"elementor elementor-1017\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7afc91e e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"7afc91e\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9539830 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"9539830\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p><strong>[Nota Bene des \u00e9diteurs\u00a0:<\/strong> ce texte a \u00e9t\u00e9 offert par Georges Benrekassa en novembre 2018 \u00e0 l&rsquo;<em>ENCCRE<\/em>. Il a \u00e9t\u00e9 disponible un temps limit\u00e9 sur le site pour stimuler la r\u00e9flexion sur la question \u00e9pineuse du traitement de l&rsquo;histoire de la philosophie dans l&rsquo;<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Il fournit aussi l&rsquo;exemple d&rsquo;une d\u00e9marche heuristique f\u00e9conde visant tout \u00e0 la fois \u00e0 situer un article manifeste comme <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-576-0\/\">ECLECTISME<\/a> et \u00e0 souligner le <em>travail<\/em> que Diderot op\u00e8re sur le mat\u00e9riau et la pratique philosophiques m\u00eames. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il a suscit\u00e9, par l&rsquo;ampleur et la profondeur de son propos, nous a incit\u00e9s \u00e0 le rendre disponible tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 initialement, en mani\u00e8re d&rsquo;hommage \u00e0 Marie Leca-Tsiomis, qui en fut une lectrice enthousiaste et qui en a suivi l\u2019\u00e9laboration. Il entre en consonance avec l\u2019article publi\u00e9 en 2018 dans <em>RDE<\/em> sous le titre <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rde\/5626?lang=en\">\u00ab La religion de Diderot \u00bb<\/a>. Nous remercions Georges Benrekassa d&rsquo;autoriser cette nouvelle publication.<strong>]<\/strong><\/p><h4><strong>Diderot critique de la religion et historien de la philosophie : une entreprise unique<\/strong><\/h4><p>Diderot historien de la philosophie, cela a longtemps pu sembler \u00e0 beaucoup un aspect secondaire de son identit\u00e9 de \u00ab philosophe \u00bb. Il y aurait d\u00e9sormais essentiellement l\u00e9gitim\u00e9 un Diderot philosophe ath\u00e9e et mat\u00e9rialiste, consacr\u00e9 dans son devenir et son originalit\u00e9. On sait bien que privil\u00e9gier cela engage bien davantage : si on a reconnu la puissance et la port\u00e9e de son questionnement tr\u00e8s au-del\u00e0 des interrogations n\u00e9es des limites des d\u00e9ismes et des th\u00e9ismes, dignes de l\u2019av\u00e8nement complexe d\u2019une pens\u00e9e des sciences de la vie, des <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature <\/em>au <em>R\u00eave de d\u2019Alembert<\/em>, c\u2019est aussi parce que nous avons de mieux en mieux compris l\u2019importance de formes d\u2019\u00e9criture et d\u2019un style de pens\u00e9e compatibles avec toute id\u00e9e de la dignit\u00e9 philosophique. A l\u2019oppos\u00e9, si on veut bien prendre en compte une dimension d\u2019histoire culturelle, le destin du corps des articles \u00ab historiques \u00bb dont il a pris la charge dans l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique a eu une histoire et gard\u00e9 un statut moins nettement \u00e9tabli. S\u2019il a \u00ab\u00a0acquis\u00a0\u00bb tr\u00e8s vite une port\u00e9e sp\u00e9cifique \u2013 \u00e0 d\u00e9finir, gr\u00e2ce \u00e0 une forme d\u2019existence autonome dont il ne para\u00eet pas que Diderot l\u2019ait d\u00e9sapprouv\u00e9e<sup><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/sup>, celle-ci a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps li\u00e9 de fait et de droit \u00e0 l\u2019action d\u2019ex\u00e9cuteur testamentaire de Naigeon, et jug\u00e9e avant tout conforme \u00e0 la restitution d\u2019un z\u00e8le de philosophe mat\u00e9rialiste et ath\u00e9e. Ce qui a \u00e9t\u00e9 souvent favoris\u00e9 par Ass\u00e9zat-Tourneux, qui adoptent volontiers des \u00ab le\u00e7ons \u00bb virulentes, enfin \u00ab officiellement \u00bb restitu\u00e9es : les Ecritures c\u2019est la Bible \u00ab vieux recueil de contes absurdes \u00bb et J\u00e9sus-Christ, c\u2019est \u00ab un Juif obscur et fanatique \u00bb<sup><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/sup>.<\/p><p>Pourquoi pas\u00a0? Mais se limiter \u00e0 cela risque de faire manquer l\u2019intelligence et l\u2019ampleur du travail de Diderot. C\u2019est l\u2019examen de ce qu\u2019a fait dans l\u2019ensemble le fid\u00e8le ex\u00e9cuteur testamentaire qui donne une premi\u00e8re id\u00e9e. Mais autant que ce qui se retrouvera comme <em>aggiornamento <\/em>dans \u00ab\u00a0Naigeon 98\u00a0\u00bb, on doit consid\u00e9rer la perspective g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0Naigeon 91\u00a0\u00bb qui ent\u00e9rine dans un volume de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique <\/em>une existence s\u00e9par\u00e9e, seconde, de l\u2019\u00ab\u00a0histoire de la philosophie\u00a0\u00bb : celle-ci vient <em>apr\u00e8s <\/em>les volumes de la partie vraiment et proprement \u00ab\u00a0philosophique\u00a0\u00bb, sp\u00e9culative et didactique, compos\u00e9e et \u00e9dit\u00e9e avant 89<sup><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/sup>. Quel \u00e9tait le sens de cette division, \u00e9trang\u00e8re au travail original, o\u00f9 les \u00ab renvois \u00bb, on le verra ici m\u00eame, peuvent d\u00e9border le cadre de l\u2019histoire de la philosophie, o\u00f9 l\u2019enseignement de la philosophie dans sa dignit\u00e9 est ordonn\u00e9 de fa\u00e7on scolastique ? On est enclin \u00e0 penser que tout cela a pu avoir une port\u00e9e dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et, qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, le Diderot, historien de la philosophie et philosophe, trop li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0esprit Naigeon\u00a0\u00bb, mat\u00e9rialiste et ath\u00e9e, a disparu sous presque tous ses aspects du champ de la philosophie. On peut se reporter non seulement \u00e0 ce qu\u2019en disent Cousin ou Damiron, pour lequel Diderot \u00ab\u00a0pensait ailleurs\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a><\/sup>, mais aussi \u00e0 de G\u00e9rando, qui m\u00e9rite un peu plus de cr\u00e9dit : son historique de la philosophie dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>ne mentionne jamais que le nom et les titres de D\u2019Alembert<sup><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a><\/sup>.<\/p><p>Pour notre philosophe, tout est-il aujourd\u2019hui en voie de r\u00e9paration compl\u00e8te\u00a0? Pour qui veut non pas seulement rendre justice \u00e0 \u00ab Diderot historien de la philosophie\u00bb pour sa besogne d\u2019information et d\u2019analyse, mais comprendre et appr\u00e9cier plus exactement la fa\u00e7on dont il a compris son r\u00f4le et la port\u00e9e de son travail d\u2019historien, il importe de reprendre la question \u00e0 partir d\u2019une \u00ab\u00a0position strat\u00e9gique\u00a0\u00bb. On veut caract\u00e9riser ainsi le moment d\u2019une <em>appropriation <\/em>n\u00e9cessaire, sinon totale, de la fonction, appropriation rapide mais progressive dont on voudrait montrer ici qu\u2019on peut en situer l\u2019aboutissement autour du tome V, en 1755 et plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore dans l\u2019immense article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-576-0\/\">ECLECTISME<\/a>. Si nous parlons d\u2019<em>appropriation <\/em>de l\u2019historien\/philosophe, c\u2019est parce que nous pensons qu\u2019il faut revenir sur une affirmation de Jacques Proust, selon lequel pour Diderot comme pour les encyclop\u00e9distes en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019histoire de la philosophie \u00ab est le pr\u00e9texte et le support d\u2019une critique fondamentale de la religion\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/sup>. Pour nous, les deux objectifs se confondent en renfor\u00e7ant leur originalit\u00e9 propre : c\u2019est la rupture induite par cette critique (historique et de principe) dont parlait Proust, qui trouve sa valeur et sa port\u00e9e en nous conduisant au c\u0153ur d\u2019une intelligence renouvel\u00e9e de la modernit\u00e9 philosophique, intelligence dont la n\u00e9cessit\u00e9 ne pouvait que se faire sentir au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique.<\/p><p>Au d\u00e9part, comme cela fut imm\u00e9diatement perceptible, il y eut une mani\u00e8re de r\u00e9partition du domaine philosophique et de l\u2019histoire de la philosophie, bien que le partage ne puisse \u00eatre absolu. Il ne faut pas craindre de se dire que le <em>Syst\u00e8me figur\u00e9 des connaissances humaines <\/em>et le <em>Discours pr\u00e9liminaire, <\/em>qui feraient \u00e0 la rigueur de l\u2019histoire des philosophes une forme assez anecdotique de l\u2019histoire litt\u00e9raire<sup><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/sup>, quelle que soit la perspective encyclop\u00e9dique proclam\u00e9e sur l\u2019\u00ab\u00a0histoire de l\u2019esprit humain\u00a0\u00bb. Mais une ambition parall\u00e8le se dessinait, dont les limites ne sont pas facilement d\u00e9finissables. L\u2019\u00e9quipe d\u2019abb\u00e9s cultiv\u00e9s et op\u00e9rationnels dans le domaine philosophique \u2013 Yvon, Pestr\u00e9, de Prades \u2013 pouvait \u00eatre pertinente. <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-3772-0\/\">CART\u00c9SIANISME<\/a>, l\u2019article d\u2019\u00ab histoire \u00bb confi\u00e9 \u00e0 Pestr\u00e9 qui suivit une source indiscutable, fut compl\u00e9t\u00e9 par une intervention limit\u00e9e mais importante de D\u2019Alembert lui-m\u00eame<sup><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/sup>. On sait qu\u2019au bout du compte, \u00e0 partir au tome VIII (1765), on peut consid\u00e9rer qu\u2019il y aura prise en charge ou r\u00e9partition de deux aspects \u00ab historiques \u00bb de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, entre Diderot et d\u2019Holbach<sup><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/sup>\u00a0: histoire de la philosophie et histoire des religions. G.L Goggi en a montr\u00e9 le sens, la port\u00e9e et les points d\u2019appui depuis longtemps rep\u00e9r\u00e9s et \u00e0 longue port\u00e9e, si on en juge d\u2019apr\u00e8s les confrontations anim\u00e9es du Grandval rapport\u00e9es \u00e0 Sophie en 1760<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Ce qu\u2019on subodore, c\u2019est une mani\u00e8re de conciliation, sinon de coordination entre des formes de lutte \u00ab\u00a0philosophique\u00a0\u00bb contre les religions. D\u00e9nonciation et d\u00e9passement des illusions et des \u00e9garements superstitieux, et renouveau d\u2019\u00e9lucidation de l<em>\u2019Origine des fables<\/em>, parfois \u00ab \u00e9vh\u00e9m\u00e9risme \u00bb moderne<sup><a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/sup> : cela se retrouvera, tout au long du Dictionnaire, dans toutes les analyses de la \u00ab Fable \u00bb, du \u00ab\u00a0fanatisme\u00a0\u00bb d\u2019une \u00ab\u00a0antiquit\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0despotisme oriental\u00a0\u00bb pour reprendre les th\u00e8mes de Nicolas Boulanger<sup><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/sup>. Pouvoir des souverains, puissance effective des pr\u00eatres, nuisance indestructible des religions, possibilit\u00e9 incertaine d\u2019un optimisme anthropologique\u00a0: tout ce qui affleure ou \u00e9merge du \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>est ouvertement d\u00e9battu au Grandval, et a demand\u00e9 une information sp\u00e9cifique. Goggi en confirme clairement une source, anglaise, d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9e par John Lough<em>, <\/em>une <em>Universal History <\/em>dont la partie moderne a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1759, et qui sera largement utilis\u00e9e pour les premiers livres de l<em>\u2019Histoire des deux Indes<\/em>&#8230;<\/p><p>On est donc port\u00e9 \u00e0 penser que l\u2019histoire des \u00ab\u00a0sources\u00a0\u00bb et l\u2019identification des r\u00f4les pourraient par elles-m\u00eames nous conduire \u00e0 envisager r\u00e9ellement, et pas seulement apr\u00e8s coup, histoire pol\u00e9mique des religions et histoire de la philosophie comme une entreprise vraiment commune. C\u2019est ce que, ici, l\u2019histoire d\u2019 ECLECTISME, et son rapport propre \u00e0 son origine tout autant que sa source peut nous conduire \u00e0 confirmer. Il importe donc pour cela de poursuivre le travail de Jacques Proust et de rattacher ECLECTISME \u00e0 nouveaux frais et plus probl\u00e9matiquement \u00e0 la lecture et l\u2019utilisation de l\u2019auguste Brucker et \u00e0 la port\u00e9e d\u2019une terminologie de sa vision d\u2019ensemble totalement in\u00e9dites en France. Diderot pouvait conna\u00eetre d\u00e8s 1748 l\u2019existence de cette somme de savoirs, d\u2019\u00e9rudition critique, et de s\u00e9rieux philosophique, l\u2019<em>Historia critica philosophiae<\/em>, achev\u00e9e en 1746 et r\u00e9pandue et c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans toute l\u2019Europe, dont l\u2019auteur pr\u00e9lat protestant enseignant \u00e0 Augsbourg pr\u00e9side la section philosophique de l\u2019Acad\u00e9mie de Berlin<sup><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/sup>. Les p\u00e9riodiques savants en font \u00e9tat et s\u2019y r\u00e9f\u00e9rent, Diderot l\u2019a emprunt\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1750 \u00e0 la Biblioth\u00e8que du Roi. Brucker sera connu et utilis\u00e9 d\u2019entr\u00e9e de jeu par les abb\u00e9s collaborateurs de Diderot \u2013 essentiellement Yvon. Ce qui nous surprend ici d\u2019abord, c\u2019est que si \u00ab Eclectique \u00bb est reconnu dans le langage et la pens\u00e9e de la m\u00e9decine<sup><a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/sup>, ECLECTISME introduit sous le patronage de Brucker, est bien, en fran\u00e7ais, un n\u00e9ologisme de Diderot, repris et employ\u00e9 dans des conditions et une perspective dont il faut encore davantage souligner l\u2019importance. On peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Boureau-Deslandes et \u00e0 son <em>Histoire de la philosophie <\/em>dans l\u2019\u00e9dition de 1733<sup><a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a><\/sup>, on peut consulter la tradition consacr\u00e9e de Diog\u00e8ne-La\u00ebrce, celle de Gilles Boileau<sup><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a><\/sup>, qui lorsqu\u2019il \u00e9voque les d\u00e9buts de l\u2019Eclectisme en tant qu\u2019\u00ab\u00a0Ecole\u00a0\u00bb ne peut qu\u2019avoir recours \u00e0 une lourde p\u00e9riphrase pour la d\u00e9signer. Jacques Proust a fait remarquer que c\u2019est le \u00ab travail \u00bb d\u2019Yvon, aigrement rabrou\u00e9, et de son utilisation de Brucker m\u00eal\u00e9 \u00e0 Deslandes, qui va provoquer une sorte de rupture, ou au moins de r\u00e9action significative, ouverte, qui annonce l\u2019importance conf\u00e9r\u00e9e ou rendue \u00e0 Brucker. Dans les \u00ab errata \u00bb du tome II (page IV) de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>on trouve ceci :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>A la fin d\u2019ARISTOTELISME ajoutez\u00a0<em>: <\/em>L\u2019auteur a cru pouvoir semer ici quelques morceaux de l\u2019ouvrage de M. Deslandes, qui font environ la dixi\u00e8me partie de ce long article\u00a0; le reste est un extrait substantiel &amp; raisonn\u00e9 de l\u2019histoire Latine de la philosophie de Brucker ; ouvrage moderne, estim\u00e9 des \u00e9trangers, peu connu en France, &amp; dont on a fait beaucoup d\u2019usage pour la partie philosophique de l\u2019Encyclop\u00e9die, comme dans l\u2019article ARABES &amp; dans un tr\u00e8s-grand nombre d\u2019autres.<\/p><\/blockquote><p>Laissons Yvon, dont Diderot refera compl\u00e8tement le travail dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-817-0\/\">P\u00c9RIPAT\u00c9CIENNE <span style=\"font-variant: small-caps;\">Philosophie<\/span><\/a>. Autre chose est en jeu, en amont m\u00eame d\u2019ECLECTISME. Si on se reporte aux interventions ant\u00e9rieures de Diderot citant ouvertement Brucker, on ne peut que remarquer l\u2019amorce d\u2019un dialogue philosophique de principe avec le savant d\u2019Augsbourg, qui nous montre d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il est un informateur. Le plus important est dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-2110-0\/\">ANT\u00c9DILUVIENNE<\/a><sup><a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/sup>, parce qu\u2019il concerne pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019historicit\u00e9 de la philosophie. Diderot s\u2019interroge sur ses origines, et, \u00e0 nos yeux, prend aussi bien, \u00e0 partie les th\u00e9ologiens que les fid\u00e8les de Malebranche soutenant et maintenant l\u2019image d\u2019une humanit\u00e9 \u00ab\u00a0compl\u00e8te\u00a0\u00bb d\u2019embl\u00e9e, Adam surgissant tout arm\u00e9 des possibilit\u00e9s de l\u2019esprit humain dans toute leur \u00e9tendue. Il apostrophe alors de fa\u00e7on assez v\u00e9h\u00e9mente Brucker pour sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9carter plus ou moins \u00e9l\u00e9gamment le probl\u00e8me en se contentant de reprendre l\u2019adage platonicien d\u2019usage\u00a0: la philosophie est vieille comme le monde, parce <em>qu\u2019Iris est fille de Thaumas<\/em><sup><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a><\/sup>. Diderot s\u2019insurge\u00a0: l\u2019admiration \u2013 ou l\u2019\u00e9tonnement \u2013 ne sont pas n\u00e9s avec le monde, c\u2019est faire fi, dit-il des exp\u00e9riences, des r\u00e9flexions, et des \u00e9preuves, et des conqu\u00eates, m\u00eame tr\u00e8s mat\u00e9rielles, n\u00e9cessaires pour avoir le loisir de philosopher. Le g\u00e9nie philosophique a partie li\u00e9e avec les lenteurs de notre destin, nos \u00e9preuves, nos \u00e9checs, notre exp\u00e9rience. A l\u2019appui de quoi, Diderot cite (avec r\u00e9f\u00e9rence pagin\u00e9e \u00e0 son ouvrage\u00a0!) un assez long passage de son adaptation-traduction de Shaftesbury qui se conclut ainsi: le g\u00e9nie philosophique \u00ab\u00a0a d\u00fb se faire attendre longtemps et a pu mourir sans avoir accr\u00e9dit\u00e9 ses opinions\u00a0\u00bb. Il y a donc un parti initial de prendre en compte une historicit\u00e9 propre de la philosophie sur de nouvelles bases, et elle n\u2019est pas d\u00e9finie par avance.<\/p><p>On sait de reste que le <em>Syst\u00e8me figur\u00e9 des connaissances humaines <\/em>et le <em>Discours pr\u00e9liminaire<\/em>, qui \u00e0 la rigueur pourraient risquer de faire de l\u2019histoire des philosophes une forme assez anecdotique de l\u2019histoire litt\u00e9raire, ne semblent pas ouvrir par eux m\u00eames de perspectives \u2013 alors m\u00eame qu\u2019on va pouvoir constater la pr\u00e9sence et la richesse d\u2019une r\u00e9flexion latente ou patente sur l\u2019intelligence et l\u2019usage de l\u2019histoire dans le massif encyclop\u00e9dique<sup><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a><\/sup>. Tout se passe comme si on se trouvait dans un entre-deux, propice au surgissement d\u2019interrogations in\u00e9dites. Il est possible de montrer, comme l\u2019a fait Lucien Braun<sup><a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a><\/sup>, en suivant le droit fil des ouvrages se r\u00e9clamant explicitement d\u2019une histoire de la philosophie, en quoi un esprit libre comme Boureau Deslandes, trop vite mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart, s\u2019est d\u00e9livr\u00e9 assez heureusement de tout cela en repla\u00e7ant l\u2019\u0153uvre des philosophes dans ce qu\u2019il savait de l\u2019histoire de leur temps, du milieu ou des m\u0153urs o\u00f9 elle fut con\u00e7ue ; mais cela ne concerne pas vraiment notre propos, car les vues th\u00e9oriques lui importent peu. L\u2019important est de constater, sans scandale, que l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la vision de l\u2019histoire impos\u00e9e par l\u2019<em>historia sacra <\/em>et la culture cart\u00e9sienne selon la <em>Recherche de la v\u00e9rit\u00e9 <\/em>ne furent pas des obstacles r\u00e9dhibitoires \u00e0 des conqu\u00eates majeures de la connaissance&#8230; Il y a bien \u00e9videmment une esp\u00e8ce d\u2019embo\u00eetement in\u00e9luctable, qui ferait de l\u2019histoire de la philosophie dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>une partie prenante majeure de l\u2019<em>Histoire de l\u2019esprit humain <\/em>cens\u00e9e trouver un point d\u2019aboutissement dans les \u00e9poques du <em>Tableau historique <\/em>de Condorcet, et des \u00e9tapes incontestables depuis l\u2019approche de la modernit\u00e9 selon Fontenelle<sup><a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a><\/sup>. Mais comment appr\u00e9cier vraiment les moyens qui finiront par permettre la vision \u2013 ou l\u2019illusion \u2013 fondatrice, de Pascal : \u00ab Toute la suite des hommes, pendant le cours de tous les si\u00e8cles, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un m\u00eame homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement.\u00bb<sup><a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a><\/sup> Les implications de la question que pose Condorcet semble bien nous placer dans une autre perspective : \u00ab L\u2019homme est la seule cr\u00e9ature qui soit susceptible d\u2019\u00e9ducation \u00bb<sup><a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a><\/sup>. Nul n\u2019ignore que le tableau g\u00e9n\u00e9ral des progr\u00e8s de l\u2019esprit humain, accompagn\u00e9 en basse continue d\u2019une surabondante critique de ses erreurs et de ses d\u00e9faillances, de Bayle \u00e0 Voltaire, a form\u00e9 un diptyque reconnu et abondamment dramatis\u00e9. Il s\u2019agit en fait d\u2019aller au del\u00e0 et de se donner les moyens d\u2019entreprendre une r\u00e9\u00e9valuation et une red\u00e9finition possible d\u2019un itin\u00e9raire d\u2019affranchissement et de d\u00e9veloppement droit de l\u2019esprit. Le but n\u2019est pas nouveau, il semble proche de cette vocation de reprise ind\u00e9finie de l\u2019entreprise philosophique que nous ne pourrons que pointer d\u2019entr\u00e9e. Mais ce qui commande l\u2019itin\u00e9raire, ce sera la dissipation de l\u2019erreur et la co\u00efncidence advenue dans la suite des temps entre l\u2019institution de l\u2019individu et l\u2019\u00e9ducation de l\u2019humanit\u00e9. On se trouve encore \u00e0 un croisement, ou \u00e0 un carrefour complexe, dont la prise en consid\u00e9ration nous oblige \u00e0 situer d\u00e8s le d\u00e9part l\u2019entreprise encyclop\u00e9dique par rapport au dessein consacr\u00e9 d\u2019un concours large \u00e0 une histoire de l\u2019esprit humain, d\u00e9velopp\u00e9e entre Fontenelle et Condorcet, et finalement salutairement tributaire de la conviction majeure des Lumi\u00e8res. On sait qu\u2019il faut pourtant prendre garde au retentissement prolong\u00e9 et paradoxal de ce qui fut quelquefois une forme d\u2019oukase th\u00e9ologique contre toute histoire de la philosophie, id\u00e9ologiquement compatible avec la forme la plus avanc\u00e9e de l\u2019h\u00e9ritage cart\u00e9sien, dont le r\u00f4le dans les Lumi\u00e8res est justement c\u00e9l\u00e9br\u00e9: le p\u00e8re Thomassin et Malebranche, <em>La m\u00e9thode d\u2019enseigner chr\u00e9tiennement et solidement la philosophie par rapport \u00e0 la religion chr\u00e9tienne et aux Ecritures <\/em>(1685), qui prolonge et illustre une th\u00e9ologie positive toujours impr\u00e9gn\u00e9e de \u00ab figurisme \u00bb, et l\u2019<em>Entretien d&rsquo;un philosophe chr\u00e9tien et d&rsquo;un philosophe chinois sur l&rsquo;existence et la nature de Dieu <\/em>(1708), peuvent se conjoindre, s\u2019agissant de rejeter une g\u00e9n\u00e9alogie aventureuse de la philosophie : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 il n\u2019y a que l\u2019actualisation perp\u00e9tuellement renouvel\u00e9e de la R\u00e9v\u00e9lation, de l\u2019autre une seule v\u00e9rit\u00e9 et un seul vrai \u00e9v\u00e8nement de l\u2019histoire \u2013 la R\u00e9demption \u2013 et la certitude que la divinit\u00e9 a cr\u00e9\u00e9 l\u2019homme avec la pl\u00e9nitude de ses facult\u00e9s et possibilit\u00e9s. En elles- m\u00eames, ces convictions peuvent para\u00eetre extr\u00eames, mais il n\u2019est pas permis de n\u00e9gliger l\u2019\u00e9tendue r\u00e9elle de leur influence, y compris leur concours un peu \u00e9trange lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9laisser en quelque sorte la \u00ab suite \u00bb des temps selon l\u2019<em>historia sacra. <\/em><\/p><p>C\u2019est ce que l\u2019histoire critique de la philosophie dans ses rapports avec le christianisme semble pouvoir contribuer \u00e0 remettre sur le chantier de fa\u00e7on radicale, \u00e0 un moment du pr\u00e9sent o\u00f9 se per\u00e7oit \u00e0 travers une appr\u00e9ciation renouvel\u00e9e et approfondie du r\u00f4le et de la nature du rapport \u00e0 Brucker, un enjeu finalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par les \u00e9pisodes et les formes d\u2019une confrontation solidairement culturelle, religieuse, politique et philosophique entre l\u2019h\u00e9ritage n\u00e9o-platonicien des philosophies de notre antiquit\u00e9 classique et la conqu\u00eate d\u2019une position dominante dans tous ces domaines d\u2019un Christianisme confort\u00e9 par une prise en compte sp\u00e9cifique de cet h\u00e9ritage. L\u2019enjeu sera plus que jamais une avanc\u00e9e d\u00e9cisive dans l\u2019affrontement avec nos religions qui se disent r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, li\u00e9e essentiellement au d\u00e9gagement et \u00e0 la clarification d\u2019une modernit\u00e9 philosophique \u2013 celle de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>elle-m\u00eame.<\/p><p>C\u2019est ECLECTISME \u2013 disons m\u00eame, plus solennellement, le \u00ab concept d\u2019\u00e9clectisme \u00bb tel que Brucker le lui transmet \u2013 qui va permettre \u00e0 Diderot de trouver un cadre et une direction de d\u00e9part pour r\u00e9pondre au probl\u00e8me d\u2019historicit\u00e9. Le plan d\u2019ensemble du monument de Brucker, comme les justifications qu\u2019il en donne, montrent que le concept d\u2019Eclectisme le structure dans son ensemble et le domine dans sa quasi-totalit\u00e9, et qu\u2019il nous propose de tenir les deux bouts d\u2019une cha\u00eene qui unissent dans une m\u00eame inspiration l\u2019<em>Eclectisme antique <\/em>et l\u2019<em>Eclectisme moderne <\/em>comme participant au premier chef de la nature m\u00eame de l\u2019activit\u00e9 philosophique. Il faut, dans une certaine mesure, lire ensemble ce qui dans le tome II o\u00f9 se trouve l\u2019histoire de la philosophie \u00e9clectique \u2013 c\u2019est la seule r\u00e9f\u00e9rence habituellement donn\u00e9e \u2013 ce qui la d\u00e9finit et introduit \u00e0 son \u00e9tude et ce qui dans le tome IV (2<sup>e<\/sup> volume) introduit l\u2019<em>Eclectism<\/em>e <em>moderne <\/em>\u2013 qui parcourt l\u2019essentiel du renouveau philosophique qui de Bacon \u00e0 Leibniz couvre \u00e0 ses yeux l\u2019essentiel de la philosophie des temps nouveaux, et s\u2019inscrit dans une mutation d\u00e9cisive de l\u2019histoire intellectuelle. Cette direction domine tout le d\u00e9veloppement de la philosophie, et la direction g\u00e9n\u00e9rale est tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9finie d\u00e8s la pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9clectisme des III<sup>e<\/sup> et IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p><p>La secte \u00e9clectique dont nous narrons l\u2019histoire, a \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9e par la secte platonicienne ; mais ce nom de secte est monstrueux ; la mani\u00e8re \u00e9clectique est en fait la mani\u00e8re m\u00eame de philosopher, commune \u00e0 toute enseignement qui veut \u00e9difier un syst\u00e8me au plus pr\u00e8s de sa recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et du cours de ses m\u00e9ditations ; et il est \u00e9vident que l\u2019on ne peut ramener la philosophie \u00e9clectique \u00e0 un seul corps de doctrine, et que sa mani\u00e8re de philosopher est la plus ancienne qui soit<sup><a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a><\/sup>.<\/p><p>Cette mani\u00e8re ne cessera d\u2019\u00eatre mise en valeur et pr\u00e9cis\u00e9e, jusqu\u2019aux formules de la pr\u00e9face du second volume du tome IV, en annonce de l\u2019Eclectisme moderne\u00a0: \u00ab L\u2019histoire de la philosophie \u00e9clectique est donc celle des esprits philosophiques qui rejetant tout z\u00e8le sectaire ont repris librement les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9parses les plus \u00e9clatantes \u00e0 travers leur recherche personnelle et sur des principes \u00e0 eux propres (<em>domesticis<\/em>)\u00a0\u00bb Resterait \u00e0 expliquer son \u00e9clipse, son renouveau, et l\u2019importance de ses vicissitudes ; Brucker ne fait qu\u2019\u00e9voquer au d\u00e9part dans cette perspective ce que pourrait \u00eatre sa mani\u00e8re de proc\u00e9der en historien, au-del\u00e0 des cat\u00e9gorisations apparentes, qui divisent en \u00ab sectes \u00bb des philosophes qu\u2019unirait finalement l\u2019ambition et la mani\u00e8re \u00e9clectique, finalement empirique et rapide : ce que Diderot dans son article, va, on le verra, commencer par affronter de fa\u00e7on critique (il regroupe gassendistes, cart\u00e9siens, leibniziens, newtoniens, \u00ab\u00a0<em>viros eclectica ratione philosophantes\u00a0<\/em>\u00bb).<\/p><p>Mais si cela est important, cela ne doit pas nous faire oublier de restituer les enjeux \u00e0 un autre niveau. Il s\u2019est trouv\u00e9 que cette interrogation sur la souverainet\u00e9 renouvel\u00e9e de toute entreprise philosophique aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 inaboutie si elle n\u2019avait rencontr\u00e9, en marge de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, des questions cruciales de l\u2019histoire des religions et de la critique de la religion \u2013 sans qu\u2019un des deux aspects soit second par rapport \u00e0 l\u2019autre. Ce que nous venons de souligner, s\u2019agissant d\u2019\u00abAnt\u00e9diluvienne\u00bb, recoupe aussi bien la crise que provoque l\u2019affaire de la th\u00e8se de l\u2019abb\u00e9 de Prades, malheureux auteur de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-4315-0\/\">CERTITUDE<\/a>, que le r\u00e9veil d\u2019un autre Diderot que celui des <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em>, qui, pol\u00e9miquant avec une science th\u00e9ologique certaine avec l\u2019Ev\u00eaque d\u2019Auxerre, met en \u0153uvre dans la <em>Suite de l\u2019Apologie de l\u2019abb\u00e9 de Prades, <\/em>sa virtuosit\u00e9 ind\u00e9niable dans les affaires de spiritualit\u00e9. Elles vont rejoindre des questions historiques fondamentales, qui seront au c\u0153ur d\u2019\u00ab Eclectisme \u00bb. Constatons ici que le travail encyclop\u00e9dique qu\u2019il fournit fait mieux que r\u00e9v\u00e9ler qu\u2019il ne les ignore pas. <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-1173-0\/\">BIBLE<\/a> et *<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-3338-1\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Canon<\/span><\/a>, en t\u00e9moignent, o\u00f9 Diderot se met \u00e0 l\u2019\u0153uvre sans doute en collaboration avec Mallet, ne font pas seulement \u00e9tat d\u2019un si\u00e8cle de critique biblique, dans la foul\u00e9e de Spinoza (comme chez Meslier<sup><a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a><\/sup>) et surtout de Richard Simon<sup><a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a><\/sup>, mais avec l\u2019aide des deux infolio de Dom Calmet qu\u2019il poss\u00e8de, vont tr\u00e8s au-del\u00e0 des strat\u00e9gies pol\u00e9miques habituelles<sup><a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a><\/sup>. C\u2019est ainsi qu\u2019on voit Diderot se lancer dans la longue \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb qu\u2019il donne aux articles sur la Bible dans un expos\u00e9 m\u00e9thodologique et th\u00e9orique qui prolonge sa r\u00e9flexion, d\u00e9j\u00e0 importante dans la <em>Promenade du sceptique <\/em>et les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em>. Critique philologique \u00ab interne \u00bb, et critique historique \u00ab externe \u00bb doivent \u00eatre \u00e0 la base de toute discussion \u00ab th\u00e9ologique \u00bb. Si on veut prendre la mesure de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la critique de la religion chr\u00e9tienne dans ECLECTISME et son lien primordial avec des probl\u00e9matiques historiques et philosophiques contemporaines et d\u2019avenir, il faut tenir ensemble les fils qui unissent l\u2019\u0153uvre complexe de connaissance et d\u2019analyse, et la recherche d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019itin\u00e9raire du Christianisme, dans son rapport au \u00ab philosopher \u00bb. Soulignons l\u2019importance qu\u2019il faut attacher \u00e0 ce qui ne cesse de se manifester, le \u00ab myst\u00e8re \u00bb qui est \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019article *<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-4282-0\/\">CEREMONIES<\/a> : celles de la pratique religieuse \u00ab ram\u00e8neront sans cesse le chr\u00e9tien \u00e0 la loi d\u2019un Dieu crucifi\u00e9. Les repr\u00e9sentations sensibles, de quelque nature qu\u2019elles soient, ont une force prodigieuse sur l\u2019imagination du commun des hommes : jamais l\u2019\u00e9loquence d\u2019Antoine n\u2019e\u00fbt fait ce que fit la robe de C\u00e9sar \u00bb. Cet aspect fondamental, qui touche \u00e0 un d\u00e9bat approfondi avec une familiarit\u00e9 premi\u00e8re avec le Christianisme, il est remarquable qu\u2019il soit ici subordonn\u00e9, avant d\u2019\u00eatre repris sous une forme nouvelle, \u00e0 une mani\u00e8re de se confronter \u00e0 sa sp\u00e9cificit\u00e9 philosophique et th\u00e9ologique, ce qui nous oblige, si on veut comprendre les enjeux, \u00e0 nous reporter \u00e0 un immense d\u00e9bat, d\u2019importance capitale pour les destins du Christianisme \u2013 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Et on ne peut n\u00e9gliger le fait qu\u2019en la mati\u00e8re, l\u2019article encyclop\u00e9dique a une fonction d\u2019information importante.\u2028Les derniers philosophes majeurs du monde romain et pa\u00efen, ces \u00ab \u00e9clectiques \u00bb dont Diog\u00e8ne La\u00ebrce a pu signaler \u00e0 peine l\u2019apparition, dans le contexte tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une confluence d\u2019un pythagorisme et d\u2019une n\u00e9o- platonisme, vont rencontrer, affronter, quelquefois adopter le christianisme naissant, et s\u2019imposant, qui est par nature porteur d\u2019un \u00ab r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb incompatible avec la libert\u00e9 propre au principe d\u2019\u00e9clectisme : une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine et, au moins en perspective, th\u00e9ologiquement, eccl\u00e9sialement, et assez vite civilement unique, intangible, et, si on peut dire, \u00e0 vocation consensuelle. On doit \u00e9voquer plusieurs ordres de probl\u00e8mes, peu familiers \u00e0 bien des lecteurs d\u2019aujourd\u2019hui, qui viennent in\u00e9vitablement croiser la r\u00e9flexion de l\u2019encyclop\u00e9diste en devoir de se faire historien de la philosophie. D\u2019abord, s\u2019agissant de l\u2019histoire de l\u2019antiquit\u00e9 en elle-m\u00eame, les destins multiples, dispers\u00e9s, d\u2019une attitude philosophique \u00ab ouverte \u00bb, mais appel\u00e9e \u00e0 se concilier, se diff\u00e9rencier, s\u2019opposer, au Christianisme, et m\u00eame vou\u00e9e \u00e0 le d\u00e9figurer, le cas \u00e9ch\u00e9ant \u2013 et cela dans un esprit d\u2019histoire culturelle, avec les implications morales, sociales, politiques que ces destins entrainent. La salutaire vocation \u00e0 la fois purificatrice et conciliatrice du pari \u00e9clectique serait-elle vou\u00e9e \u00e0 se perdre ? On s\u2019accorde aujourd\u2019hui \u00e0 penser que l\u2019influence des philosophes n\u00e9oplatoniciens, \u00e0 travers les \u00e9crits de Plotin publi\u00e9s et interpr\u00e9t\u00e9s par Porphyre, ennemi des \u00ab Galil\u00e9ens \u00bb, mais jadis chr\u00e9tien, redoutable inspir\u00e9 m\u00e9lancolique, s\u2019est exerc\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s, mais que finalement elle a trouv\u00e9 un ordonnateur supr\u00eame du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un Augustin n\u00e9o-platonicien, qui envisage Verbe et Intellect aussi primordiaux et m\u00e9diateurs que le monde des Id\u00e9es \u2013 ce qui s\u2019accorde avec la vision d\u2019un Dieu ultime, source et point d\u2019origine qui domine le monde sensible<sup><a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a><\/sup>. Ce n\u2019est rien de moins que la fabrique et la garantie de la v\u00e9rit\u00e9 que va imposer cette aventure qui sont en cause. Au d\u00e9part, on voudra bien qu\u2019il y ait le \u00ab r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb de l\u2019\u00e9clectisme, qui lib\u00e8re de tout dogmatisme d\u2019Ecole, laissant des voies ouvertes ; mais \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e il y a l\u2019entreprise philosophique purificatrice et unificatrice d\u2019Augustin, qui va \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralement reconnue, de la reprise du platonisme \u00e0 la lumi\u00e8re de Plotin, pourtant ma\u00eetre et inspirateur des derniers grands pa\u00efens, et de sa philosophie de l\u2019Un. Dieu ultime source, unit\u00e9 du monde intelligible avec celle-ci, et subordination totale du sensible \u00e0 la puissance de sa volont\u00e9 : la boucle est ferm\u00e9e. De nos jours, le grand savant \u2013 et dominicain \u2013 que fut Andr\u00e9 Festugi\u00e8re, consacra ses travaux \u00e0 l\u2019\u00e9trange spiritualit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque en question, et s\u2019est voulu d\u2019une intransigeance d\u00e9clar\u00e9e<sup><a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a><\/sup>\u00a0: on ne saurait confondre l\u2019exp\u00e9rience chr\u00e9tienne avec on ne sait quelles inspirations philosophiques et pratiques religieuses du paganisme et vouloir faire proc\u00e9der l\u2019une des autres est inacceptable&#8230; Les interrogations sur les communications et parent\u00e9s entre mystique chr\u00e9tienne et mystique pa\u00efenne ne sauraient vraiment valoir, en derni\u00e8re analyse.<\/p><p>A l\u2019\u00e9poque de l\u2019article ECLECTISME, entreprendre une <em>histoire <\/em>de l\u2019Eclectisme dans sa rencontre avec le Christianisme, et d\u00e9crire les contaminations et conciliations auxquelles on assista, et surtout gr\u00e2ce auxquelles tant de questions furent possibles, est un parti audacieux<sup><a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a><\/sup>. Il para\u00eet donc n\u00e9cessaire de ne pas se satisfaire d\u2019une d\u00e9marche analytique et descriptive et de passer d\u2019une \u00e9valuation d\u2019ensemble \u00e0 un commentaire qui accompagne son d\u00e9roulement. Il faut trouver un angle d\u2019attaque qui non seulement en d\u00e9gage dans leur rapport les axes directeurs, mais subordonne tout \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la mani\u00e8re dont Diderot en exploite les relations pour ouvrir une perspective et une probl\u00e9matique originales.<\/p><h4><strong>Pass\u00e9 et pr\u00e9sent de la religion chr\u00e9tienne : les fondements d\u2019une vraie modernit\u00e9 philosophique<\/strong><\/h4><p>Le lecteur \u00ab na\u00eff \u00bb d\u2019aujourd\u2019hui, mais aussi bien le lecteur princeps de 1754, auront en effet quelque difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019expliquer d\u2019embl\u00e9e l\u2019ordonnance de l\u2019article ECLECTISME. Pourquoi Diderot apr\u00e8s un d\u00e9veloppement princeps d\u00e9finissant ses conceptions et perspectives, partant d\u2019un paragraphe de Brucker intitul\u00e9 <em>Origo philosophiae eclecticae<\/em><sup><a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a><\/sup>, qui semble annoncer un d\u00e9veloppement logique et historique, nous donne-t-il successivement un <em>tableau <\/em>de la philosophie \u00e9clectique et une <em>histoire <\/em>de l\u2019\u00e9clectisme, pour rejeter en conclusion un long et s\u00e8chement analytique expos\u00e9 de la <em>philosophie <\/em>\u00e9clectique ? Plus important en v\u00e9rit\u00e9 est le fait que celui-ci intervient apr\u00e8s une premi\u00e8re et ample \u00ab\u00a0conclusion \u00bb sur l\u2019\u00e9clectisme moderne, \u00ab\u00a0h\u00e9ritage authentique\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9clectisme antique, \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb qui reprend et prolonge la d\u00e9claration de principes initiale, qui ne s\u2019embarrasse pas a priori de l\u2019historique des \u00e9clectismes anciens.<\/p><p>On a vite la conviction de se trouver devant une pi\u00e8ce essentielle du permis d\u2019entr\u00e9e de Diderot dans une sorte de narthex de l\u2019\u00e9glise philosophique, maintes fois invoqu\u00e9s pour caract\u00e9riser l\u2019\u00abesprit de Diderot\u00bb. On peut facilement constater que cela s\u2019est renforc\u00e9 en des temps d\u2019exigence \u00e9pist\u00e9mologique consacr\u00e9e, o\u00f9 pourtant \u00ab\u00a0\u00e9clectisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9clectique\u00a0\u00bb relevaient bien souvent de l\u2019insulte, pour des raisons philosophiques et morales impossibles \u00e0 n\u00e9gliger car elles \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 un refus raisonn\u00e9 d\u2019un certain type de domestication du \u00ab\u00a0progressisme\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0m\u00e9liorisme\u00a0\u00bb des Lumi\u00e8res par des philosophes issus de l\u2019enseignement des Id\u00e9ologues\u00a0: on peut facilement se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019appropriation de l\u2019\u00e9clectisme par Victor Cousin pour faire tr\u00e8s exactement d\u2019un ab\u00e2tardissement du terme la \u00ab philosophie \u00bb du \u00ab juste milieu \u00bb orl\u00e9aniste, entre compromis mystificateurs et promesses pacificatrices, \u00e9largissement mod\u00e9r\u00e9 et dilution du libre penser<sup><a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a><\/sup>&#8230; De nos jours, l\u2019article que Paolo Casini consacra \u00e0 ECLECTISME en 1984<sup><a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a><\/sup>, tout entier tourn\u00e9 vers le souci de tenir Diderot dans le droit fil de la r\u00e9volution conceptuelle cr\u00e9\u00e9e par la science exp\u00e9rimentale, rattachait fermement l\u2019inspiration et les finalit\u00e9s de l\u2019article aux <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature, <\/em>rejetant aux oubliettes de l\u2019histoire l\u2019\u00e9tude des Eclectistes des 3e et 4e si\u00e8cles, et ce qu\u2019il consid\u00e9rait peut-\u00eatre comme leurs t\u00e9n\u00e9breuses logomachies. Plus r\u00e9cemment, si on se reporte du c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres philosophes soucieux d\u2019histoire, par exemple vers l\u2019\u00e9tude que donne de l\u2019histoire de la philosophie dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die, <\/em>le troisi\u00e8me volume de l\u2019ensemble \u00e9dit\u00e9 en 1990 par Gregorio Piaia et Giovanni Santinello<sup><a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a><\/sup>, leur d\u00e9marche a des r\u00e9sultats comparables : leur souci de situer est beaucoup plus sensible \u2013 dans une mise en rapport pr\u00e9cise, par exemple, de l\u2019utilisation de <em>l\u2019Historia critica philosophiae <\/em>de Brucker d\u00e8s l\u2019origine d\u00e9sign\u00e9e comme \u00ab source \u00bb, avec le recours \u00e0 Bayle, inspirateur incontestable de Brucker, surtout du point de vue de l\u2019avenir de la conjonction de leurs criticismes.<\/p><p>Paradoxalement c\u2019est le rapport \u00e0 Brucker comme <em>primum motum <\/em>de l\u2019attaque et du d\u00e9veloppement philosophique personnel de l\u2019article, qui \u00e0 nos yeux commande que nous allions d\u2019abord le plus loin possible dans le m\u00eame sens. C\u2019est dans le tome IV au d\u00e9but de l\u2019histoire des Eclectismes modernes qu\u2019on trouve la matrice du texte qui nous place au c\u0153ur de la d\u00e9marche de Diderot. Ce texte d\u2019actualisation fait bien plus qu\u2019amplifier ce qui au tome II l\u2019annon\u00e7ait dans la d\u00e9finition de l\u2019Eclectisme antique. Il nous importe au premier chef de cerner les points d\u2019ancrage et les \u00ab d\u00e9passements \u00bb de Diderot&#8230;<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p><em>Eclectica philosophia, quid designet ? Quid eclecticae philosophiae nomine tituloque intelligamus, ex dictis satis constat : id vero probe tenendum, ne falsam nobis et ineptameclectici philosophie fingamus imaginem. Nempe ille solus nobis eclecticus philosophus est, qui procul ire jusso omni auctoritatis, venerationis, antiquitatis, sectae, similiumque praejudicio ad unam rationis connatae regulam resp\u00eecitesque rerum, quas considerandas sibi statuit, natura, indole, proprietatibus essentialibus clara et evidentia principia haurit, ex quibus justis ratiocinandi legibus usus, conclusiones deinde de problematibus phlosophieis deducit: hac vero norma posita, in legendis aliorum philosophorum meditatonibus ac expendendis examinandisque doctrinarum aedeficiis nihil recipit, quod non rationum severitati et demonstrationis rigori faciat satis. Quo pacto, Tros Rutulusve suat, veritasilli omni alia potior est, nec turpius ac indignius aliquid quam jurare in verba magistri. Non extollemus ambitiose, hujus phiosophandi generis praestantiam, dignitaten et utilitatem nec quo modo circa veritates versetur, quibus mediis utatur, quove tramite incedat, haec enim et a scopo nostro alena sunt et a viris doctis passim tradita, quos consulere oportet eum, qui haec scire pluribus cupierit<\/em><sup><a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote><p>Brucker se pr\u00e9pare \u00e0 encha\u00eener tr\u00e8s vite sur la diff\u00e9rence avec le syncr\u00e9tisme, question que Diderot reprendra encore, mais dans un de ses articles particuliers de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>. Au d\u00e9part, Diderot pr\u00e9f\u00e8re cibler de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise son point de vue, avant d\u2019aborder de son point de vue la question du syncr\u00e9tisme, reprendre et amplifier la diff\u00e9renciation capitale avec le sectaire, pr\u00e9cis\u00e9e une premi\u00e8re fois dans le tome II \u00e0 propos de l\u2019\u00e9clectisme antique des n\u00e9o-platoniciens<sup><a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a><\/sup>. Mais cela nous importe moins que le plus, le mieux visible. Ce qui appara\u00eet d\u2019abord, ce n\u2019est pas la philosophie \u00e9clectique, c\u2019est un \u00e9trange solitaire : c\u2019est l\u2019Eclectique, qui pr\u00e9c\u00e8de et surplombe l\u2019Eclectisme \u2013 pass\u00e9 ici au second plan, dont vont appara\u00eetre sous la plume de Diderot les composantes hi\u00e9rarchis\u00e9es dans une perspective qui d\u00e9passe Brucker. Ce n\u2019est pas un nouveau ma\u00eetre, et il ne s\u2019agit pas seulement de contester le pouvoir de ma\u00eetrise, mais de d\u00e9finir un r\u00f4le de m\u00e9diateur dans une t\u00e2che d\u2019entr\u00e9e commune (\u00eatre moins le pr\u00e9cepteur du genre humain que son disciple) \u2013 ce r\u00f4le faisant surgir une autre partie prenante essentielle dans l\u2019expansion d\u2019une libert\u00e9 et d\u2019un rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 anti-eccl\u00e9sial \u2013 l\u2019\u00e9num\u00e9ration des composantes de la servitude volontaire ne laissera pas de doute. On peut, de fait, s\u2019\u00e9loigner tout \u00e0 fait de Brucker&#8230; Libre penser, autonomie sont m\u00eame rendus tout \u00e0 trac \u00e0 l\u2019\u00e9nigmatique opacit\u00e9 du courage philosophique, foi myst\u00e9rieuse entre des extr\u00eames qui semblent faits pour s\u2019exclure (enthousiasme, pr\u00e9sent d\u2019entr\u00e9e, ou vanit\u00e9). Ce qui a quelque rapport avec les incertitudes d\u2019<a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-2110-0\/\"><span id=\"A01-1b9c6ffd7c90:a70504:4ff09c\" class=\"vedette_adresse\">ANT\u00c9DILUVIENNE<\/span><\/a>. Le rejet du \u00ab sectaire \u00bb antagoniste est \u00e0 la fois en rapport circonstanciel avec la pol\u00e9mique \u00ab antiphilosophique \u00bb, et avec les termes renvers\u00e9s d\u2019une confrontation traditionnelle consacr\u00e9e de longue main par Calvin<sup><a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a><\/sup>. Mais ici, l\u2019Eclectique est radicalement et salutairement s\u00e9par\u00e9 dans un premier temps de toute r\u00e9f\u00e9rence collective, il s\u2019agit d\u2019une approche et d\u2019une \u00e9thique de la v\u00e9rit\u00e9 : le rapport de soi \u00e0 soi qu\u2019elles impliquent seraient-ils sup\u00e9rieurs en quelque sorte aux v\u00e9rit\u00e9s conquises\u00a0? Impossible de ne pas faire entrer cela en r\u00e9sonance avec la 29<sup>e<\/sup> des <em>Pens\u00e9es philosophiques <\/em>(\u00ab\u00a0On doit exiger de moi que je cherche la v\u00e9rit\u00e9, mais non que je la trouve\u00a0\u00bb), qui concerne ce qu\u2019on dit \u00eatre les \u00ab v\u00e9rit\u00e9s de la foi \u00bb, mais l\u2019outrepasse de fait sensiblement. Le libre penser n\u2019a pas de fronti\u00e8res. Cela se situe bien en amont de l\u2019opposition id\u00e9ologiquement indispensable entre un <em>\u00e9clectisme de choix <\/em>et un <em>\u00e9clectisme de conciliation <\/em><\/p><p>On le voit bien \u00e0 travers la mani\u00e8re dont Diderot suit un ordre personnel. Brucker annonce un plan de l\u2019av\u00e8nement, \u00ab logique \u00bb, de l\u2019\u00e9clectisme moderne, mais \u00e0 un tout autre niveau : il part de la cons\u00e9cration de la critique n\u00e9e des \u00ab lettres restitu\u00e9es \u00bb, aussi bien que du radicalisme d\u2019un Giordano Bruno pour tracer finalement une voie d\u2019ensemble<sup><a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a><\/sup>, dans laquelle apr\u00e8s la reconnaissance des pouvoirs de la <em>math\u00e9sis<\/em><sup><a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a><\/sup>, deux voies se sont ouvertes pour l\u2019\u00e9clectisme moderne, \u00ab\u00a0analytique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0synth\u00e9tique\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a><\/sup>\u00a0: soit Leibniz et les siens d\u00e9duisant l\u2019\u00e9tude du monde de l\u2019identification et de la connaissance d\u2019universaux, soit des post-cart\u00e9siens qui pour conna\u00eetre le \u00ab r\u00e9el \u00bb dans sa singularit\u00e9, \u00e9laborent des hypoth\u00e8ses par le calcul. Ce que Diderot va faire, c\u2019est un tri de principe d\u2019o\u00f9 on peut d\u00e9duire la v\u00e9ritable appartenance philosophique. En traitant en tout premier lieu du rapport entre \u00e9clectiques et sceptiques, dans leur relation premi\u00e8re, et en \u00e9cartant l\u2019hypoth\u00e8se sceptiques \/\/ sectaires <em>stricto sensu <\/em>et en leur accordant un m\u00eame \u00ab <em>modus philosophandi <\/em>\u00bb qu\u2019aux Eclectiques Diderot les juge susceptibles d\u2019\u00eatre enr\u00f4l\u00e9s dans la cohorte glorieuse des philosophes authentiques, o\u00f9 on va retrouver comme rassembleurs de \u00ab v\u00e9rit\u00e9s \u00e9parses sur la surface de la terre\u00bb le meilleur de la philosophie antique, l\u2019\u00e9tendue de l\u2019exp\u00e9rience n\u2019apparaissant jamais alors comme un m\u00e9diocre cumul de sagesse, mais une \u00e9cole de remise en question permanente. Ce qui d\u2019entr\u00e9e, affine la diff\u00e9rence avec Brucker que Jacques Proust avait soulign\u00e9e, un Brucker dont le souci serait de s\u2019accorder avec Bayle pour rallier \u00e0 une m\u00eame entreprise les ouvriers savants d\u2019une raison critique, de D\u00e9mocrite \u00e0 Leibniz.<\/p><p>Qu\u2019est-ce qui va relier dans un m\u00eame courant les nouvelles gloires \u00e9clectiques, sauf que ce ne sont surtout pas par d\u00e9finition des \u00ab\u00a0autorit\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0? Tout se passe comme si, selon l\u2019esprit de l\u2019image dont l\u2019usage est si pr\u00e9cieux, du <em>Discours pr\u00e9liminaire <\/em>\u00e0 l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1249-0\/\">ENCYCLOP\u00c9DIE<\/a>, on devait quand m\u00eame naviguer de terre ou de continent \u00e9merg\u00e9 en terre ou continent \u00e9merg\u00e9. L\u2019all\u00e9geance solennelle \u00e0 Descartes et au cart\u00e9sianisme appara\u00eet ici, \u00e0 la mesure du tome V de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, comme un \u00e9cho de ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, le suppl\u00e9ment que D\u2019Alembert a donn\u00e9 au grand article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v2-3772-0\/\">CART\u00c9SIANISME<\/a> de l\u2019abb\u00e9 Pestr\u00e9. On va vers une suite de choix&#8230; Cela autoriserait-il aussi <em>mezza voce <\/em>\u00e0 faire l\u00e9gitimement une histoire de la philosophie par alphabet ? Consid\u00e9rons d\u00e9j\u00e0 que l\u00e0 derri\u00e8re peut se dessiner un retour inqui\u00e9tant : est-il si vrai qu\u2019un \u00e9clectisme de choix serait pacificateur ? Il est int\u00e9ressant de voir surgir cette affirmation : les \u00e9clectiques sont parmi les philosophes ce que sont les souverains sur la surface de la terre, les seuls qui soient rest\u00e9s dans l\u2019\u00e9tat de nature o\u00f9 tout \u00e9tait \u00e0 tous. Pour un familier de Hobbes, mais aussi de bien des th\u00e9ories classiques, il va de soi que cet \u00e9tat va de pair avec un <em>Jus omnium contra omnes<\/em>. La conflictualit\u00e9 serait l\u00e0, peut-\u00eatre <em>ad perpetuum<\/em>, l\u2019intrusion d\u2019un christianisme unificateur le montrera, en m\u00eame temps que la conciliation entre m\u00e9taphysiciens et mystiques pa\u00efens et chr\u00e9tiens, sera m\u00e8re de monstruosit\u00e9s&#8230; De l\u00e0, l\u2019apparition de la n\u00e9cessit\u00e9 proprement politique de commenter l\u2019\u00e9loge forc\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me autrement conciliateur, et pacifiant au plus bas niveau, confi\u00e9 \u00e0 des \u00ab hommes froids \u00bb capables de discipliner les passions adverses \u2013 donc des politiques sagement machiav\u00e9liens. Ce qui est un choix qu\u2019on retrouvera constamment chez Diderot, s\u2019agissant des \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9sies\u00a0\u00bb \u2013 et qu\u2019on verra s\u2019exprimer d\u00e8s le commentaire des d\u00e9buts du christianisme. En m\u00eame temps, c\u2019est l\u00e0 que l\u2019opposition personnelle au syncr\u00e9tisme se charge compl\u00e8tement son sens, politique autant que philosophique. En 1754, le terme renvoie surtout \u00e0 la grande entreprise de Leibniz, au d\u00e9but du si\u00e8cle, de \u00ab r\u00e9conciliation \u00bb entre les fois et les Eglises r\u00e9form\u00e9es et catholiques, et \u00e0 son \u00e9chec devant l\u2019int\u00e9grisme de Bossuet&#8230;<sup><a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a><\/sup><\/p><p>Il n\u2019est pas scandaleux de se croire autoris\u00e9 \u00e0 franchir la partie proprement historique d\u2019ECLECTISME et de rendre compte d\u2019abord de l\u2019horizon, but et limites, de l\u2019historien, pour pouvoir comprendre la solidarit\u00e9 de l\u2019ensemble. Ce qui importe \u00e0 Diderot, c\u2019est d\u2019esquisser de fa\u00e7on nouvelle, en marge des voies reconnues de l\u2019\u00ab histoire de l\u2019Esprit humain \u00bb une modernit\u00e9 philosophique, n\u00e9e de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une rupture qui eut paradoxalement sa part dans une forme d\u2019asservissement dogmatique.<\/p><p>Resterait toujours la m\u00eame t\u00e2che, initiale, jamais \u00ab\u00a0d\u00e9pass\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: \u00eatre un \u00e9clectique, construire une philosophie&#8230; L\u2019importance de l\u2019apparition des recours m\u00e9taphoriques (nouvel effort de la nature engourdie, torrent des \u00e9tudes r\u00e9gnantes, entrepreneurs se rendant en rase campagne pour construire en utilisant les mat\u00e9riaux de places ruin\u00e9es, et trouvant dans la nature des nouvelles ressources), montre bien que tout en puisant aux r\u00e9f\u00e9rences attendues, Diderot essaie de mobiliser l\u2019imagination sous son aspect le plus b\u00e9n\u00e9fique, pour conduire le r\u00e9cit qu\u2019il esquisse \u00e0 la conclusion philosophique \u00e9clectique qui semble se profiler: l\u2019abandon qui serait n\u00e9cessaire, mais pourtant difficile, peut- \u00eatre impossible, de l\u2019intelligence et de l\u2019imitation des plans complets du grand Architecte \u2013 ambition dont peuvent h\u00e9riter les \u00e9clectiques syst\u00e9matiques. On dit de l\u2019intelligence et de l\u2019imitation : car les \u00e9difices m\u00e9taphysiques grandioses aussi bien que les constructions d\u2019un d\u00e9isme ou d\u2019un th\u00e9isme rationnels \u2013 \u00e9ventuellement exploit\u00e9es par l\u2019ath\u00e9isme \u2013 sont concern\u00e9es. C\u2019est tout le cheminement qui doit sans cesse \u00eatre concern\u00e9. La ressource, \u00e0 taille humaine, n\u2019\u00e9tait pas du c\u00f4t\u00e9 de gens de lettres patent\u00e9s et de leur \u00e9mulation dans la production des discours, source de p\u00e2les imitations d\u2019un \u00e9clectisme possible. Elle \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 de manouvriers d\u2019un genre in\u00e9dit, sinon de tacherons, vou\u00e9s souvent \u00e0 l\u2019extraction de mat\u00e9riaux nouveaux apr\u00e8s d\u00e9couverte et recensement de carri\u00e8res ad\u00e9quates. D\u2019o\u00f9 le partage premier: il y aura l\u2019<em>\u00e9clectisme exp\u00e9rimental<\/em>, attribu\u00e9 aux hommes laborieux, il y aura aussi l\u2019<em>\u00e9clectisme syst\u00e9matique <\/em>appartenant aux hommes de g\u00e9nie, sans que partage signifie division et sous r\u00e9serve que <em>syst\u00e9matique <\/em>trouve un sens renouvel\u00e9<sup><a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a><\/sup>. C\u2019est ici que pourra commencer vraiment, dans leur conjonction chim\u00e9rique, au meilleur sens de ce terme, notre histoire philosophique comme histoire de l\u2019avenir, par la r\u00e9union des deux \u00e9clectismes qui dans cet appariement m\u00eame se trouveront \u00e9lev\u00e9s ou purifi\u00e9s, le laborieux dans le classement des donn\u00e9es de nature le syst\u00e9matique dans sa capacit\u00e9 d\u2019art combinatoire. L\u2019\u00e9num\u00e9ration des obstacles au triomphe de cet id\u00e9al dans le monde semble assez attendue : indigence, superstition, favoritisme etc. Le b\u00e9n\u00e9fice qu\u2019on en peut attendre alerte bien davantage le familier de Diderot : une mani\u00e8re de triomphe de la vraie originalit\u00e9, qui d\u00e9passe le cas des individus singuliers, cette originalit\u00e9 quasi leibnizienne qui fait qu\u2019il n\u2019y a pas deux originaux qui se ressemblent ; et on peut esp\u00e9rer voir se dessiner une constellation d\u2019originalit\u00e9s qui nous rapprocherait encore mieux d\u2019un vrai Universel.<\/p><p>Si on veut vraiment rendre compte de la s\u00e9rie de grands t\u00e9moins convoqu\u00e9e par Diderot, cela nous conduira \u00e0 la fois au plus pr\u00e8s de l\u2019appr\u00e9ciation du rapport \u00e0 Brucker, \u00e0 la forme la plus actuelle de la modernit\u00e9 philosophique, et au sens actuel du d\u00e9bat historique dont elle est issue. Appara\u00eet l\u00e0 un illustre moderne qui permet \u00e0 Diderot de figurer en personne comme partie prenante du pathos d\u2019une dramaturgie philosophique<sup><a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a><\/sup>. Mais la c\u00e9l\u00e9bration de Montesquieu, \u00e9clectique de g\u00e9nie, \u00e9clectique moderne, ce n\u2019est pas un hommage circonstanciel \u00e0 un tr\u00e8s discret \u00ab philosophe \u00bb en butte aux J\u00e9suites, aux mauvais proc\u00e9d\u00e9s du Saint Office autant que de ceux des <em>Nouvelles Eccl\u00e9siastiques. <\/em>C\u2019est un temps fondateur d\u2019un rapport \u00e0 \u00e9clipses \u2013 mais fid\u00e8le \u00e0 cette contextualisation premi\u00e8re : cavali\u00e8rement jet\u00e9 aux orties dix ans plus tard au profit de Lemercier de La Rivi\u00e8re dont Diderot pensa un moment que les rigueurs \u00e9nonc\u00e9es sous le signe de l\u2019\u00e9vidence \u00bb allaient le d\u00e9barrasser du probl\u00e8me politique, Montesquieu reviendra imposer certains de ses partis dans les <em>Observations sur le Nakaz<\/em>, et surtout un style de rationalit\u00e9 dont l\u2019intelligence est capitale, et qui fait que son approche n\u2019est pas, comme chez Rousseau, de lui reprocher de s\u2019\u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude du \u00ab droit positif \u00bb. La r\u00e9f\u00e9rence aux deux \u00e9clectismes est la quasi garantie qu\u2019il a pens\u00e9 dans leur coexistence possible les deux d\u00e9finitions de la \u00ab loi \u00bb du livre I de l\u2019opus majeur<sup><a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a><\/sup>.<\/p><p>Ce qui est en apparence tout aussi loin de Brucker, c\u2019est la g\u00e9n\u00e9alogie de syst\u00e9matiques \u00e9clectiques qu\u2019il propose en passant (D\u00e9mocrite, Aristote, Bacon)<sup><a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a><\/sup>. A qui examine la reprise et rectification totales de l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v1-2888-0\/\">ARISTOTELISME<\/a> d\u2019Yvon dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v12-817-0\/\">P\u00c9RIPAT\u00c9CIENNE Philosophie<\/a>, il n\u2019est pas difficile de constater (surtout s\u2019agissant des disciples et continuateurs) comment \u00ab\u00a0Fr\u00e8re Platon\u00a0\u00bb pousse aussi loin qu\u2019il peut l\u2019image d\u2019une philosophie de l\u2019exp\u00e9rience et de la morale sociale, et le c\u00f4toiement possible avec des principes mat\u00e9rialistes. D\u00e9mocrite s\u2019impose, p\u00e8re fondateur de ceux-ci, dont l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-833-0\/\">EL\u00c9ATIQUE, (secte)<\/a> va offrir une \u00e9tude aussi fournie que possible. Mais comment vient-il ici voisiner avec Bacon, tuteur de l\u2019Encyclop\u00e9die ? On en trouve une sorte d\u2019annonce dans un texte capital sur la philosophie dans ses rapports avec la religion chr\u00e9tienne. Dans la <em>Suite de l\u2019Apologie de l\u2019abb\u00e9 de Prades<\/em>, on lit :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Que dirait-il (M.d\u2019Auxerre), lui qui pr\u00e9tend que le philosophe ait sans cesse les yeux attach\u00e9s sur les r\u00e9cits de Mo\u00efse et sur les opinions des P\u00e8res, si je lui soutenais avec le m\u00eame auteur (Bacon) que les pas que D\u00e9mocrite et les autres antagonistes de la providence faisaient dans l\u2019investigation de la nature \u00e9taient et plus rapides et plus fermes par la raison m\u00eame qu\u2019en bannissant de l\u2019univers toute cause intelligente, et qu\u2019en ne rapportant les ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019\u00e0 des causes m\u00e9caniques, leur philosophie n\u2019en pouvait devenir que plus rationnelle ? <em>Philosophia naturalis Democriti, et aliorum quideum et mentem a fabrica rerum amoverunt et structuram universi infinitis naturae praeclusionibus et testamentis(quas uno nomine fatum et fortunam vocabant) attribuerunt ; et rerum particularium causas materiae necessitati, sine intermixione causarum finalium, assignarunt ; nobis videtur, quantum ad causas physicas, solidior fuisse et altios in naturam penetrasse<\/em><sup><a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote><p>Le latin du <em>Novum organum <\/em>emploie des termes dangereux que la \u00ab traduction \u00bb de Diderot escamote (<em>fatum et fortunam<\/em>). Le philosophe qui fonde la science exp\u00e9rimentale et redouble l\u2019ambition aristot\u00e9licienne par le titre m\u00eame de son ouvrage, et qui de surcro\u00eet est reconnu de toutes parts comme un chr\u00e9tien exemplaire, est un parfait garant. C\u2019est l\u2019exergue fameux de son ouvrage, tir\u00e9 de la Bible, qui a fourni \u00e0 Diderot son d\u00e9veloppement sur le d\u00e9ploiement moderne de la philosophie \u00e9clectique : \u00ab Beaucoup voyageront et la science s\u2019accroitra \u00bb<sup><a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a><\/sup>.<\/p><p>A ce point en v\u00e9rit\u00e9, Diderot pourrait sembler ici parfaitement d\u2019accord avec Brucker qui ne tarit pas d\u2019\u00e9loges s\u2019agissant de D\u00e9mocrite et a pu tr\u00e8s bien permettre de l\u2019associer avec Bacon qui reste pour chacun le fondateur entre tous<sup><a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a><\/sup>. On sait que le tr\u00e8s conformiste Brucker comme l\u2019a soulign\u00e9 fort bien Jacques Proust, partage avec le sceptique Bayle qu\u2019il r\u00e9v\u00e8re une position g\u00e9n\u00e9rale optimiste, qui peut aussi bien s\u2019accommoder de la s\u00e9paration consacr\u00e9e par la pr\u00e9face du <em>Trait\u00e9 du Vide <\/em>de Pascal. On est \u00e0 l\u2019issue d\u2019une \u00e9tude et d\u2019un d\u00e9bat historiques qui peuvent conduire d\u2019eux-m\u00eames \u00e0 la r\u00e9cusation de ce genre de position pacificatrice, ou qui peuvent l\u2019amorcer explicitement. La perspective d\u2019\u00e9panouissement de l\u2019esprit \u00e9clectique <em>redivivus <\/em>en t\u00e9moigne. L\u2019essentiel est que la gloire de l\u2019originalit\u00e9 vraie va rencontrer la fermentation g\u00e9n\u00e9rale des esprits, et c\u2019est l\u00e0 que la question de l\u2019Eclectisme va pouvoir rebondir en d\u2019autres termes, puisqu\u2019il va supposer aussi une conception nouvelle de la raison partag\u00e9e. De cette conception proc\u00e8de cette descente \u00e9tonnante o\u00f9 nous entra\u00eene Diderot, des hauteurs de l\u2019histoire de philosophie vers ce qui est au fond une autre \u00e9preuve, \u00e0 la hauteur de l\u2019ordinaire de la t\u00e2che encyclop\u00e9dique, mais aussi de l\u2019ambition d\u2019universalit\u00e9, tout \u00e0 coup confront\u00e9e \u00e0 des consid\u00e9rations sociales et politiques qu\u2019elle ne saurait \u00e9viter\u00a0: partage ou communication des savoirs et des comp\u00e9tences, faiblesses et d\u00e9fauts communs \u00e0 tous les ordres de savoir, apprentissages repris et compris L\u2019ordinaire de la t\u00e2che encyclop\u00e9dique et son extension possible sont ici partie prenante de l\u2019histoire de la philosophie affranchie se faisant.<\/p><h4><strong>Croyance, foi, doctrine: conqu\u00eate de la libert\u00e9 philosophique, pouvoirs du sujet et religion<\/strong><\/h4><p>Si nous avons diff\u00e9r\u00e9 longuement ce qui est le plus \u00e9tendu, l\u2019\u00e9tude et la critique de l\u2019Eclectisme antique, et mis en avant ce que sont les probl\u00e8mes et la conception d\u2019un \u00e9clectisme moderne, et les n\u0153uds de la g\u00e9n\u00e9alogie philosophique qu\u2019il suppose, c\u2019est que ce choix nous donne seul le moyen de situer exactement ce que Diderot fait en tant qu\u2019historien de la philosophie. Rien ne permet mieux de le comprendre que son choix de repousser, tout \u00e0 la fin de son article, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, ce qui, dans un type commun de conception acad\u00e9mique devrait occuper une place centrale\u00a0: <em>Quid, <\/em>de leur syst\u00e8me philosophique proprement dit, <em>Quid, <\/em>de la nature, de l\u2019origine et de la port\u00e9e possible des sp\u00e9culations des \u00e9clectiques ? On constate qu\u2019apr\u00e8s avoir analys\u00e9 leurs principes et comment\u00e9 leurs combats (<em>tableau <\/em>et <em>histoire<\/em>), il croit avoir trouv\u00e9 les moyens de fonder ses choix, \u00e0 tous les niveaux \u2013 la nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 philosophique qui l\u2019int\u00e9resse&#8230; C\u2019est ainsi qu\u2019il faut comprendre les libert\u00e9s qu\u2019il prend en \u00ab suivant \u00bb de fa\u00e7on tr\u00e8s libre le plan de l\u2019<em>Historia critica <\/em><\/p><p>Dans le tome II de Brucker, l\u2019expos\u00e9 de l\u2019ancien Eclectisme est trait\u00e9 en plusieurs temps, et ce que Diderot, cette fois, va suivre et \u00ab\u00a0adapter\u00a0\u00bb de tr\u00e8s pr\u00e8s y est aussi largement s\u00e9par\u00e9 et rejet\u00e9 i<em>n fine, <\/em>\u00e0 partir du chapitre\u00a0XLV du livre III, pour finir par donner un \u00e9pitom\u00e9 num\u00e9rot\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments fondateurs<sup><a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a><\/sup>. L\u2019expos\u00e9 de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>suivra le m\u00eame ordre analytique : de la dialectique \u00e0 la philosophie morale en passant par la th\u00e9ologie- ce qui chez Brucker, toutefois, entre en concurrence avec des explications sur les dissensions entre les sectes et les raisons de la priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 tel philosophe dominant. Diderot suit \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement au d\u00e9part les paragraphes num\u00e9rot\u00e9s, mais d\u00e8s la <em>Cosmologie<\/em>, il en coupe un nombre de plus en plus important, sans sacrifier ce qui lui tient \u00e0 c\u0153ur : entre autres, dans le \u00ab platonisme \u00bb de Plotin \u00e9dit\u00e9 par Porphyre, et les sp\u00e9culations de Jamblique tout ce qui prolonge la th\u00e9ologie en th\u00e9urgie<sup><a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a><\/sup>. Une \u00e9dition critique compl\u00e8te pourrait mesurer point par point la fid\u00e9lit\u00e9 au latin de Brucker \u2013 et celle du latin de l\u2019allemand aux textes grecs originels&#8230; Le mat\u00e9riau n\u2019est pas commode, et quelquefois pointe une sorte de d\u00e9sinvolture : voici ce que Diderot pense de Plotin : \u00ab Voici ce qu\u2019on peut tirer de plus clair de notre tr\u00e8s inintelligible philosophe Plotin \u00bb. (Et Brucker n\u2019en propose pas plus : \u00ab <em>Ita vero obscurcissimus philosophus <\/em>\u00bb). On laissera de c\u00f4t\u00e9 pour l\u2019instant de tr\u00e8s rares interventions et commentaires philosophiques. Le dernier point (la philosophie morale des \u00e9clectiques) est trait\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s r\u00e9sum\u00e9e, et la plupart du temps ramen\u00e9 \u00e0 des pr\u00e9ceptes g\u00e9n\u00e9raux qui tiennent compte des \u00e9tapes de purification et degr\u00e9s de perfection propres \u00e0 la th\u00e9urgie, finalement en accord avec le l\u00e9gendaire chr\u00e9tien. Diderot terminera de la fa\u00e7on la plus d\u00e9sinvolte, en conseillant de \u00ab feuilleter \u00bb Plotin ( !) pour compl\u00e9ment d\u2019information&#8230;<\/p><p>Cette relative d\u00e9sinvolture m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9e. Elle nous ram\u00e8ne \u00e0 un axe essentiel de notre propos, et va faire ressortir un \u00e9l\u00e9ment majeur. Brucker a proc\u00e9d\u00e9 en fait dans l\u2019ensemble tout autrement, rappelant d\u2019abord toute les alt\u00e9rations du platonisme stricto sensu par toutes sortes de figurations pythagoriciennes, m\u00e9tempsychosistes, dont il va souligner qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient que des d\u00e9viations qu\u2019il fallait attribuer \u00e0 la place de but final d\u2019une philosophie en un sens accord\u00e9e \u00e0 l\u2019<em>enthousiasme<\/em>&#8211; ce qu\u2019il ne pouvait que mettre en lumi\u00e8re et qui t\u00e9moignait du risque d\u2019un \u00e9loignement du platonisme premier dans sa puret\u00e9. Ce qui n\u2019emp\u00eachait pas que sans aucun doute les n\u00e9o-platoniciens se soient rapproch\u00e9s de la vertu chr\u00e9tienne et de l\u2019asc\u00e9tisme dans leur rigueur<sup><a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a><\/sup>&#8230; Ce qui nous retient \u00e9videmment, c\u2019est de voir ici Brucker r\u00e9sorber dans une adh\u00e9sion ou le retour conciliant \u00e0 une adh\u00e9sion aux formes essentielles du platonisme, contribuant \u00e0 assurer la continuit\u00e9 qui domine toute sa construction historique, de l\u2019Eclectisme ancien \u00e0 l\u2018Eclectisme moderne. C\u2019est pourquoi il va falloir, en confrontant \u00ab tableau \u00bb et \u00ab histoire \u00bb en relation avec ce que nous avons d\u00e9gag\u00e9 d\u2019entr\u00e9e par principe\u00a0: la conception de la nature et de la pratique actuelles d\u2019un \u00e9clectisme en philosophie, d\u00e9gager la signification que Diderot donne \u00e0 la s\u00e9paration profonde qu\u2019il introduit de fait entre les deux \u00e9clectismes et la port\u00e9e qu\u2019elle acquiert \u2013 en 1755, s\u2019agissant de son cheminement dans le rejet du christianisme et de la t\u00e2che qu\u2019il s\u2019assigne en tant qu\u2019historien de la philosophie.<\/p><p>Si on passe \u00e0 l\u2019essentiel, aux deux degr\u00e9s auxquels s\u2019attache Diderot, on peut rattacher l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9veloppement prop\u00e9deutique \u00e0 une imitation de Brucker, qui commence par un long paragraphe d\u2019\u00ab\u00a0Observations g\u00e9n\u00e9rales\u00a0\u00bb. Mais on voit qu\u2019il se distingue de ce qui chez Diderot dominera la distinction du \u00ab\u00a0Tableau\u00a0\u00bb et de l\u2019\u00ab\u00a0Histoire\u00a0\u00bb en ce que celui-ci va nous donner d\u2019abord une forme de \u00ab r\u00e9cit \u00bb tr\u00e8s br\u00e8ve- une sorte de ligne g\u00e9n\u00e9rale des destin\u00e9es de l\u2019\u00e9clectisme sous une forme presque abstraite, sans citer aucun nom de philosophe, jusqu\u2019au d\u00e9nouement de sa confrontation avec le Christianisme triomphant sous le signe d\u2019un Augustinisme \u2013 d\u2019une syst\u00e9matisation doctrinale et dogmatique n\u00e9o-platonicienne dans lequel le n\u00e9o-platonisme pa\u00efen vient se fondre et se confondre. Cela met directement en cause la port\u00e9e philosophique et la pratique de l\u2019\u00e9clectisme dans sa proximit\u00e9 fatale avec le syncr\u00e9tisme \u2013 dont Diderot reprendra l\u2019analyse et le proc\u00e8s dans l\u2019article \u00ab Syncr\u00e9tisme \u00bb. C\u2019est une <em>libido dominandi <\/em>essentielle et une complicit\u00e9 fatale avec un sectarisme d\u2019Ecole condamn\u00e9 \u00e0 une politique concurrentielle et opportuniste, qui aboutissent \u00e0 une imitation r\u00e9ciproque, qui fait que l\u2019ambition \u00e9clectique fondamentale se corrompt en son contraire&#8230;<\/p><p>L\u2019\u00e9clairage, ici, est autre, et rejoint solidement le d\u00e9veloppement initial sur la position de l\u2019Eclectique. Diderot avait d\u2019entr\u00e9e d\u00e9livr\u00e9 une accusation majeure : c\u2019est le \u00ab\u00a0r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une religion r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019universalisme revendiqu\u00e9 qui introduit une discorde irr\u00e9m\u00e9diable. Mais ce que le <em>Tableau <\/em>avance et que l\u2019<em>Histoire <\/em>ne cessera de confirmer est peut-\u00eatre plus grave que ce qui va se concr\u00e9tiser dans une conversion et une domination imp\u00e9riales et une triple discipline, th\u00e9ologique, eccl\u00e9siale et civile. A un premier niveau, une esp\u00e8ce de concurrence et de contamination favoris\u00e9es par des ambitions de domination spirituelle et sociale. A un second niveau, l\u2019\u00e9mergence de confrontations philosophico-th\u00e9ologiques, l\u2019application par les chr\u00e9tiens de justifications th\u00e9ologiques \u00e0 des principes philosophiques myst\u00e9rieux, la corruption de la th\u00e9ologie pa\u00efenne par des formes de syst\u00e9matisation qui imitent et\/ou parodient la mystique chr\u00e9tienne. Diderot insiste d\u2019entr\u00e9e sur la g\u00e9n\u00e9alogie suppos\u00e9e des extravagances de la m\u00e9taphysique moderne, qui ont d\u00e8s l\u2019origine partie li\u00e9e avec la corruption de la philosophie, et, qui finalement, \u00e0 la limite, s\u2019expriment \u00ab religieusement \u00bb dans le surgissement des deux \u00ab\u00a0th\u00e9urgies\u00a0\u00bb que leurs manifestations bien connues d\u00e9finissent\u00a0: l\u2019extase et le miracle. Comment ne pas \u00e9voquer quelque chose qui d\u00e9passe le Diderot curieux passionn\u00e9 des convulsionnaires, et hant\u00e9 par la proximit\u00e9 de l\u2019hyst\u00e9rie dont le <em>R\u00eave de d\u2019Alembert <\/em>d\u00e9clinera les manifestations? L\u2019ex-religieux en rupture de ban sait de reste o\u00f9, en son si\u00e8cle, la blessure est la plus vive : le caract\u00e8re monstrueux d\u2019une religion de l\u2019incarnation, qui appara\u00eet, au-del\u00e0 des affrontements sur la transsubstantiation, comme ultime soutien th\u00e9ologique du \u00ab\u00a0Dieu personnel\u00a0\u00bb. Cela s\u2019exprime souvent sur un mode mineur. Au mieux, on aura les visions s\u00e9duisantes qui mettent en s\u00e9rie Abraham, Orph\u00e9e, Apollonius et J\u00e9sus-Christ. On est sur la voie de l\u2019\u00e9tonnante s\u00e9rie \u00e0 laquelle aboutira l\u2019article \u00ab Th\u00e9osophes \u00bb : \u00ab\u00a0Les hommes qui se croient poursuivis par la Divinit\u00e9 se rassemblent autour de ces esp\u00e8ces d\u2019insens\u00e9s qui disposent d\u2019eux&#8230; Il faut ranger dans cette classe Pindare, Eschyle, Mo\u00efse, J\u00e9sus-Christ, Mahomet, Shakespeare, Roger Bacon, et Paracelse\u00a0\u00bb. On est tr\u00e8s au-del\u00e0 des seuls Trois Imposteurs&#8230; Mais ceci se voit en des temps d\u2019ignorance et de calamit\u00e9s. Il n\u2019y a pas de cours tranquille qui puisse nous conduire des vertus pacifiantes de l\u2019\u00e9clectisme premier \u00e0 son absorption et sa transfiguration par le dogmatisme et le fanatisme qui va l\u2019accompagner. Et la concorde po\u00e9tique et spirituelle des utilisations de la Parole triomphante ou inspiratrice va s\u2019effacer devant des gestuelles, des rituels, des redoublements d\u2019une violence originelle en forme de mal\u00e9diction.<\/p><p>C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019on peut une premi\u00e8re fois l\u2019importance de la forme de dramatisation que va procurer l\u2019<em>histoire <\/em>de la fin de l\u2019\u00e9clectisme antique, domin\u00e9e par des formes de communication, de contagion, parfois de connivence entre mysticisme pa\u00efen et mysticisme chr\u00e9tien. Mais Diderot a aussi besoin de recourir \u00e0 une perspective qui lui est fournie par l\u2019\u00ab\u00a0historicisation\u00a0\u00bb, \u00e0 un niveau plus g\u00e9n\u00e9ral : des renversements du pour au contre, qui semblent renvoyer \u00e0 quelque point aveugle&#8230; On ne peut ici que s\u2019attacher \u00e0 deux des \u00e9pisodes qui appartiennent habituellement \u00e0 la l\u00e9gende libertine des pa\u00efens vertueux, et qu\u2019il va infl\u00e9chir de fa\u00e7on assez diff\u00e9rente dans une perspective dont il faut savoir appr\u00e9cier le caract\u00e8re double.<\/p><p>Pas question d\u2019\u00e9viter Julien l\u2019Apostat, cet illustre \u00e2me tourment\u00e9e, quelquefois curieux symbole d\u2019une raison naturellement mod\u00e9r\u00e9e, mais form\u00e9 au d\u00e9part dans le droit fil des disciples de Jamblique et des mystiques pa\u00efens. Mais on est tr\u00e8s loin de l\u2019esp\u00e8ce de d\u00e9votion dont \u00e0 Berlin l\u2019entourera d\u2019Argens<sup><a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a><\/sup>&#8230; Son histoire, ici, n\u2019est pas l\u2019essentiel et semble volontairement subordonn\u00e9e \u00e0 celle de son ma\u00eetre Maxime d\u2019Eph\u00e8se qui occupe plus de place, parce que c\u2019est lui qui a communiqu\u00e9 son enthousiasme \u00e0 ce tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre et tr\u00e8s \u00e9pisodique empereur. D\u2019o\u00f9 un Julien diff\u00e9rent de celui dont Diderot, dans la tradition ordinaire avait mis en sc\u00e8ne le portrait consacr\u00e9 dans sa 47<sup>e<\/sup> pens\u00e9e philosophique. Maintenant, ce ren\u00e9gat du christianisme, r\u00e9put\u00e9 mod\u00e8le de tol\u00e9rance et de paix civile peut parfaitement \u00eatre aussi celui qui ne fait que reproduire, c\u00f4t\u00e9 pa\u00efen, les vices et l\u2019exclusivisme moral et philosophique du despotisme chr\u00e9tien. Ce qui fait qu\u2019on peut faire voir les chr\u00e9tiens plaider la cause de la tol\u00e9rance aupr\u00e8s de Julien, en soutenant une dissociation dont Diderot appuie \u00e0 sa mani\u00e8re le caract\u00e8re b\u00e9n\u00e9fique : \u00ab\u00a0Abandonnons \u00e0 elle- m\u00eame l\u2019\u0153uvre de Dieu : les lois de notre Eglise ne sont pas les lois de l\u2019Empire, ni les lois de l\u2019Empire les lois de notre Eglise.\u00a0\u00bb Tout aussi int\u00e9ressante est la perspective voisine dans l\u2019aboutissement dramatique de fait de l\u2019abandon de cette r\u00e8gle : le destin d\u2019Hypatie, autre illustre pa\u00efenne, grande math\u00e9maticienne alexandrine, dont la beaut\u00e9, l\u2019intelligence et le charme r\u00e9veillent la verve de Diderot. Hypatie, \u00e9clectique sage au sens le plus noble de l\u2019adjectif, a socialement pass\u00e9 une sorte de quasi-pacte avec des politiques, ceux qui sont en charge de l\u2019ordre dans un environnement d\u00e9chir\u00e9 par des fanatismes dangereux, chr\u00e9tiens ou juifs&#8230; Une suite de hasards et de d\u00e9sordres malheureux font qu\u2019elle devient l\u2019objet de la haine populaire, et qu\u2019une bande de d\u00e9vots chr\u00e9tiens, sous la conduite d\u2019un certain Pierre, la massacre atrocement&#8230;. Avec une pointe de mauvais esprit, on en conclura que l\u2019\u00e9clectisme sagement pratiqu\u00e9 dans l\u2019amour de la science e\u00fbt pu \u00eatre aussi une garantie valable, sans les fureurs du mauvais enthousiasme. Revient se dessiner en filigrane le parti oblig\u00e9 de l\u2019Eclectique face aux prolif\u00e9rations adverses des croyances. On ne saurait oublier le travail n\u00e9cessaire des \u00ab\u00a0esprits froids\u00a0\u00bb et de la politique machiav\u00e9lienne dont l\u2019intervention comme rem\u00e8de radical aux h\u00e9r\u00e9sies et aux fanatismes combattants est famili\u00e8re \u00e0 Diderot et \u00e0 tout le si\u00e8cle.<\/p><p>On n\u2019ose pas dire qu\u2019on ne peut vraiment s\u2019en tirer \u00e0 si bon compte. Pour que la dramaturgie de la suite des temps t\u00e9moignant des effets possibles ait valeur de d\u00e9monstration et d\u2019avertissement, il fallait que d\u00e9j\u00e0, du tableau, \u00e9merge un principe directeur qui justifie, explique et \u00e0 l\u2019occasion corrompt ce qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre aussi au c\u0153ur du processus \u00e9clectique et auquel Diderot consacre, entre tableau et histoire, un d\u00e9veloppement dont on a depuis longtemps reconnu l\u2019importance dans le d\u00e9veloppement de sa pens\u00e9e et de son esth\u00e9tique<sup><a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a><\/sup>. Comment consacrer le privil\u00e8ge d\u2019un d\u00e9veloppement particulier sur l\u2019enthousiasme, tout \u00e0 fait distinct d\u2019une \u00ab imitation de Brucker \u00bb, et qui concerne donc ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 comme d\u00e9termination princeps de l\u2019\u00e9clectique d\u00e8s le d\u00e9but de notre article, aussi bien qu\u2019on le rencontre au c\u0153ur du d\u00e9veloppement du religieux.<\/p><p>Dans l\u2019expos\u00e9 m\u00eame de l\u2019Eclectisme originel, Brucker est d\u2019une grande prudence, s\u2019agissant de l\u2019enthousiasme \u2013 et surtout de l\u2019enthousiasme \u00ab l\u00e9gu\u00e9 \u00bb aux chr\u00e9tiens par les pa\u00efens. La m\u00e9lancolie furieuse de Porphyre pourra \u00eatre ais\u00e9ment caract\u00e9ris\u00e9e comme une quasi-pathologie&#8230; Mais s\u2019agissant de Jamblique, n\u00e9o platonicien gnostique qui voulut concilier philosophie, mystique et rituels th\u00e9urgiques, il tient \u00e0 marquer la fronti\u00e8re dans l\u2019expos\u00e9 m\u00eame de sa philosophie, au plus proche des sources platoniciennes et \u00e0 l\u2019\u00e9cart du \u00ab fanatisme \u00bb de la philosophie orientale, qu\u2019il pointe ailleurs<sup><a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a><\/sup> \u00ab <em>Enthusiamus non pendet ab animae facultatibus aut ab intellectu vel corpore, sed est raptus divinus qui organis tanquam mediis utitur<\/em>\u00bb<sup><a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a><\/sup> : les ordres sont ici bien distincts, sans contester l\u2019action divine qui emploie le corps pour se manifester pleinement. Dans le r\u00e9cit de Diderot, qui suit de pr\u00e8s les <em>descriptions <\/em>de Brucker, c\u2019est aussi l\u2019interpr\u00e8te princeps du platonisme, l\u2019introducteur de Plotin, Porphyre qui va jouer un r\u00f4le de t\u00e9moin majeur qui ne sera pas circonstanciel et inattendu. La m\u00e9lancolie et la superstition avaient d\u00e9j\u00e0 conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement oral de Plotin, ivre d\u2019\u00e9loquence et de m\u00e9taphores, ce pouvoir de contagion, ou de rencontre, essentiel \u00e0 ce d\u00e9passement de la discipline philosophique : il <em>incarnait <\/em>admirablement, \u00ab\u00a0et lorsqu\u2019il parlait, il s\u2019\u00e9chappait de son regard de son geste, de son action et de toute sa personne, une persuasion dont il \u00e9tait difficile de se d\u00e9fendre, quand on apportait de son c\u00f4t\u00e9 quelque disposition naturelle \u00e0 l\u2019enthousiasme\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors on va voir aux origines du passage au christianismese manifester quelque chose qui dans le <em>tableau <\/em>\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 caract\u00e9ris\u00e9 comme engageant le religieux, et le d\u00e9passant en l\u2019englobant, dans un rappel presque th\u00e9\u00e2tral des puissances de la fiction et des suggestions de la mystique autant que d\u2019une \u00ab raison \u00bb en libert\u00e9, et donc de \u00ab\u00a0la marche d\u00e9sordonn\u00e9e, et des \u00e9carts du g\u00e9nie po\u00e9tique, de l\u2019enthousiasme, de la m\u00e9taphysique, et de l\u2019esprit syst\u00e9matique\u00a0\u00bb. La rencontre (physique, dans un \u00e9change fr\u00e9n\u00e9tique) des m\u00e9lancolies et des \u00e9garements de Plotin et de Porphyre va donner un \u00e9lan \u00e0 ce qui semble passage \u00e0 la folie, dans un contexte pa\u00efen, anti-\u00ab\u00a0galil\u00e9en\u00a0\u00bb qui e\u00fbt d\u00fb, croirions nous, prot\u00e9ger&#8230; On n\u2019est plus uniquement dans un suppos\u00e9 pathologique. Ce qui importe, c\u2019est que tous les ordres sont en connivence, concourent ins\u00e9parablement et que le corps est bien plus qu\u2019un moyen subordonn\u00e9, et qu\u2019en m\u00eame temps se manifestent des correspondances et des possibilit\u00e9s de renversement, qui peuvent avoir valeur de sid\u00e9ration ou de r\u00e9v\u00e9lation.<\/p><p>Il y a longtemps qu\u2019on a voulu souligner ce qu\u2019inspire une solidarit\u00e9 directe avec le <em>Discours de la po\u00e9sie dramatiqu<\/em>e, le personnage de Dorval des <em>Entretiens sur le fils naturel <\/em>(1757), l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les convulsionnaires, jusqu\u2019aux \u00e9vocations de l\u2019empire du diaphragme etc. On se trouve ici d\u00e9j\u00e0 presque au croisement d\u2019un \u00ab \u00e9l\u00e9ment de physiologie \u00bb, d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019imaginaire et surtout d\u2019une esth\u00e9tique de l\u2019expression. La situation de ce surgissement dans l\u2019histoire culturelle et politique moderne, le rapport \u00e0 la critique de l\u2019enthousiasme mystique chez Shaftesbury, explicite dans les <em>Pens\u00e9es philosophiques<\/em> ne peuvent pas ne pas \u00eatre \u00e9voqu\u00e9s<sup><a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a><\/sup>, mais pour bien faire appara\u00eetre que le rapprochement avec les fanatiques puritains enthousiastes du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u00e9j\u00e0 appel\u00e9s convulsionnaires, ne doit pas tromper. La perspective est d\u2019entr\u00e9e plus large et nous lance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment vers des ambigu\u00eft\u00e9s redoutables, qui rec\u00e8lent les clefs de l\u2019interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale loin du simple rappel de la force d\u00e9cisive de la puissance passionnelle, cet \u00e9lan qui inspire \u00ab des actions d\u2019un h\u00e9ro\u00efsme bizarre, qui marquent en m\u00eame temps la grandeur, la force et le d\u00e9sordre de l\u2019\u00e2me \u00bb est second\u00e9 par une puissance visionnaire, dont il nous faut rendre compte et qui nous ram\u00e8ne au plus pr\u00e8s des aspirations et des illusions de la th\u00e9urgie : \u00ab\u00a0Ce ne sont que nos id\u00e9es que nous voyons, cependant nos mains touchent des corps\u00a0\u00bb.<\/p><p>Assur\u00e9ment Diderot ne peut sinc\u00e8rement que prescrire un rem\u00e8de et une limite : il faut que l\u2019enthousiasme \u00ab\u00a0n\u2019entra\u00eene que quand les esprits ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s et soumis par la force de la raison\u00a0\u00bb. On se croirait proche de la rh\u00e9torique voltairienne<sup><a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a><\/sup>, mais la mod\u00e9ration et le souhait de Diderot rel\u00e8vent d\u2019un autre registre. \u00ab Il faut un tr\u00e8s grand sens pour balancer l\u2019enthousiasme&#8230; L\u2019enthousiasme n\u2019entra\u00eene que quand les esprits ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s et soumis par la force de la raison \u00bb. La question de son extension \u2013 et de sa perversion naturelle, reste tout de suite enti\u00e8re, et ouverte. On le constate en rencontrant le premier renvoi explicite dans le fil du tome V, dans l\u2019article esth\u00e9tique \u00e9ponyme sign\u00e9 B, lorsqu\u2019on rencontre \u00e0 la fin une remarque et un renvoi qui ne peuvent appartenir qu\u2019\u00e0 Diderot relisant les \u00e9preuves : \u00ab Voil\u00e0 l&rsquo;examen philosophique de l&rsquo;enthousiasme; voyez \u00e0 l&rsquo;article <span style=\"font-variant: small-caps;\">Eclectisme<\/span>, surtout \u00e0 la page 276, un abr\u00e9g\u00e9 historique de quelques-uns de ses effets \u00bb La r\u00e9f\u00e9rence pagin\u00e9e renvoie au portrait de l\u2019enthousiaste pa\u00efen Porphyre, dans la partie \u00ab\u00a0Histoire de l\u2019Eclectisme\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a><\/sup>. Nous sommes au plus pr\u00e8s d\u2019un renversement de perspectives, d\u2019une forme de paradoxe qui nous fait aller au-del\u00e0 de la critique du christianisme dans ses origines et relance \u00e0 d\u2019autres frais la question d\u2019une histoire de la philosophie.<\/p><p>Rien ne peut \u00eatre plus propre \u00e0 nous rendre perplexes que l\u2019\u00e9vocation compar\u00e9e des pouvoirs du savoir et des forces de l\u2019enthousiasme. S\u2019agissant de Maxime d\u2019Eph\u00e8se, puissant relais entre Jamblique et Julien, voici le bref portrait d\u2019une force irr\u00e9cusable et admirable du corps et de l\u2019esprit : \u00ab\u00a0Maxime mettait tant de force dans ses pens\u00e9es, tant d\u2019\u00e9nergie, dans son expression, tant de noblesse et de grandeur dans ses images, je ne sais quoi de si frappant et de si sublime dans sa d\u00e9raison, qu\u2019il \u00f4tait \u00e0 ses auditeurs la libert\u00e9 de le contredire\u00a0: c\u2019\u00e9tait Apollon sur son tr\u00e9pied, qui ma\u00eetrisait les \u00e2mes et commandait aux esprits. Il \u00e9tait savant ; des connaissances profondes et vari\u00e9es fournissaient un aliment in\u00e9puisable \u00e0 son enthousiasme.\u00a0\u00bb Si on essaie de trouver un r\u00e9pondant dans les garanties et l\u2019efficacit\u00e9 des pures puissance de l\u2019esprit, on est pris d\u2019un doute, si on se tourne vers Jamblique, ma\u00eetre de Maxime, certes occup\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer les \u00ab myst\u00e8res \u00e9gyptiens \u00bb, mais auteur d\u2019un trait\u00e9 des sciences math\u00e9matiques, et de commentaires sur les institutions arithm\u00e9tiques de Nicomaque. \u00ab Parmi ces ouvrages, il y en a plusieurs o\u00f9 l\u2019on aurait peine \u00e0 reconna\u00eetre un pr\u00e9tendu faiseur de miracles ; mais qui reconnaitrait Newton dans un commentaire de l\u2019Apocalypse ? Et qui croirait que cet homme qui a assembl\u00e9 tout Londres dans une Eglise pour \u00eatre t\u00e9moin des r\u00e9surrections qu\u2019il promet s\u00e9rieusement d\u2019op\u00e9rer est le g\u00e9om\u00e8tre Fatio ? \u00bb Il n\u2019y a pas de vertu cathartique garantie du savoir contre le d\u00e9lires de la croyance, alors que la foi peut para\u00eetre s\u2019alimenter victorieusement \u00e0 ses sources \u00e0 travers des prestiges de l\u2019apparence&#8230;Ce qui est aussi en cause, c\u2019est le sujet dans son \u00e9nigmatique \u00ab\u00a0totalit\u00e9\u00a0\u00bb, si on la peut concevoir. Jacques Proust<sup><a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a><\/sup> et bien d\u2019autres \u00e0 sa suite ont bien vu comment peut m\u00eame se dessiner un rapport qui s\u2019\u00e9tendra \u00e0 toutes les audaces de Diderot dans son exploration des modalit\u00e9s du r\u00eaver-penser si sensibles dans les fluctuations des \u00e9changes comme en t\u00e9moigne la c\u00e9l\u00e8bre songerie de la lettre \u00e0 Sophie du 20-10-1760. Il y a ce \u00e0 quoi expose notre unit\u00e9 enracin\u00e9e qui se traduit dans les ambivalences de l\u2019enthousiasme. Il y a la conception d\u2019un <em>mind <\/em>propre aux empiristes, en particulier selon Hume, destin\u00e9 \u00e0 affronter continuit\u00e9s, contigu\u00eft\u00e9s, rapports inconnus. On doit envisager le spectre dans toute son \u00e9tendue&#8230;Le d\u00e9lire rationnel peut devenir aussi, comme la foi en des myst\u00e8res et la possession par l\u2019extase, la chose la mieux partag\u00e9e, et faire d\u00e9river l\u2019esprit, vers une combinaison de th\u00e9ologie et de formes de sublime qui vont par un retournement in\u00e9vitable entra\u00eener \u00e0 l\u2019irrationnel extr\u00eame : la cons\u00e9cration et la pratique des deux th\u00e9urgies que nous venons d\u2019\u00e9voquer, recherche d\u2019un contact avec les divinit\u00e9s non par l\u2019intellect, mais par les corps et la mati\u00e8re. D\u2019o\u00f9 cette \u00ab\u00a0spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb qui, selon Diderot, ne peut que renvoyer \u00ab aux diseuses de bonne aventure, aux saltimbanques et aux prestidigitateurs\u00a0\u00bb, ce qui ne le conduit pas principalement vers les voies communes \u00e0 la th\u00e9ologie naturelle et au d\u00e9isme, propres \u00e0 nous guider vers la \u00ab\u00a0religion dans les limites de la simple raison\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mais est-il tout \u00e0 fait honn\u00eate de s\u2019arr\u00eater \u00e0 ce point\u00a0? Le Diderot historien de la philosophie laisse si volontiers appara\u00eetre les doutes qui peuvent lui venir sur la l\u00e9gitimit\u00e9 derni\u00e8re de l\u2019entreprise dont il se charge, que ce serait le trahir en esprit. S\u2019il s\u2018\u00e9loigne de l\u2019esprit concordataire de Brucker rassemblant une vaste troupe de fid\u00e8les d\u2019un rationalisme bien temp\u00e9r\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un \u00e9clectisme n\u00e9o-platonicien pour lequel \u00ab tout ce que les hommes ont produit de bon nous appartient \u00bb, philosophie qui d\u00e9passe l\u2019ordinaire de la conciliation, sagesse paisible et secr\u00e8te du \u00ab bon universalisme \u00bb oppos\u00e9 \u00e0 un christianisme qui lie le sien au respect de la totalit\u00e9 de ses dogmes, c\u2019est que ce qui se pr\u00e9sente c\u2019est une sorte d\u2019interrogation et m\u00eame d\u2019incertitude sur les conditions et le sens d\u2019une d\u00e9marche d\u2019historien de la philosophie, qui nous s\u00e9pare de la \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb &#8211; continuit\u00e9 et corrections \u2013 d\u2019un continuisme qui ne nous change pas compl\u00e8tement de la <em>perp\u00e9tuit\u00e9 <\/em>ch\u00e8re aux Eglises. S\u2019agissant du programme encyclop\u00e9dique d\u2019\u00ab histoire de la philosophie \u00bb, celle-ci ne saurait \u00eatre une vaine tentative de correction des erreurs pass\u00e9es, ou de l\u2019enfermement dans des t\u00e9ratologies, ou l\u2019inventaire de minuties. Diderot peut r\u00eaver \u00e0 ce qu\u2019on ne saurait avoir : \u00ab\u00a0un livre magique qu\u2019on p\u00fbt toujours consulter, et o\u00f9 toutes les pens\u00e9es des hommes au moment o\u00f9 elles existent dans l\u2019entendement\u00a0\u00bb. Pourquoi l\u2019enthousiasme ne nous aiderait pas, seul capable de \u00ab\u00a0nous faire apercevoir entre des \u00eatres \u00e9loign\u00e9s des rapports que personne n\u2019y a jamais vus ni suppos\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0? Il est vrai que cela appartient plut\u00f4t aux th\u00e9osophes&#8230; Mais comment ne pas admettre \u00e0 propos de la pratique purificatrice de la contemplation chez ces mystiques originels, que\u00able qui\u00e9tisme est bien ancien \u00bb ? Et dans la description d\u2019une possible harmonie de l\u2019\u00e2me et corps, \u00ab\u00a0on retrouve des vestiges du leibnizianisme\u00a0\u00bb&#8230;Quand Martial Gueroult a de nos jours voulu th\u00e9oriser les limites de l\u2019entreprise \u00ab\u00a0histoire la philosophie\u00a0\u00bb, il a mis en avant la n\u00e9cessit\u00e9 de pratiquer une \u00ab\u00a0diano\u00e9matique\u00a0\u00bb : le respect de l\u2019originalit\u00e9 absolue de l\u2019architectonique des syst\u00e8mes<sup><a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a><\/sup>\u00a0; ce qui n\u2019exclut pas, surtout pour Diderot, des \u00ab parent\u00e9s\u00a0\u00bb intrigantes dont la nature est laiss\u00e9e dans la p\u00e9nombre.<\/p><h4 style=\"text-align: center;\">***<\/h4><p>Il y a certes, une continuit\u00e9 \u00e9vidente des articles d\u2019histoire de la philosophie qu\u2019on peut attribuer \u00e0 Diderot, du rappel tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019analyse historique dans <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v8-1947-0\/\">JESUS-CHRIST<\/a>, aux d\u00e9veloppements substantiels qui la compl\u00e8tent dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v15-2532-0\/\">SYNCR\u00c9TISTES, H\u00c9NOTIQUES, ou CONCILIATEURS<\/a> et \u00e0 des prolongements explicites dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v16-619-0\/\">TH\u00c9OSOPHES<\/a><sup><a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a><\/sup>. Mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0&#8230; \u00ab\u00a0Eclectisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9clectique\u00a0\u00bb semblent compl\u00e8tement dispara\u00eetre de la pens\u00e9e et des discours de Diderot, sauf \u00e0 prendre en compte une application \u00e0 S\u00e9n\u00e8que dans l\u2019<em>Essai sur les r\u00e8gnes de Claude et de N\u00e9ron et la vie de S\u00e9n\u00e8que le philosophe <\/em>: application judicieuse, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9viter de ranger simplement S\u00e9n\u00e8que dans la cat\u00e9gorie \u00ab sto\u00efciens \u00bb<sup><a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a><\/sup>. Il est facile de dire que cette disparition n\u2019en est pas une\u00a0: Diderot n\u2019a cess\u00e9 de se confronter \u00e0 la facilit\u00e9 ou \u00e0 la tentation de se ranger sous l\u2019empire d\u2019un r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 unique, mais c\u2019est court. En v\u00e9rit\u00e9 \u00abEclectisme\u00bb dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>n\u2019est pas un simple \u00e9pisode, c\u2019est un moment, comme le fameux \u00ab\u00a0hi\u00e9roglyphe\u00a0\u00bb de la <em>Lettre sur les sourds et les muets <\/em>en est un, s\u2019agissant des possibilit\u00e9s de signifier : un moment au sens o\u00f9 Jacques Ranci\u00e8re emploie ce terme \u00ab\u00a0un changement des \u00e9quilibres, et l\u2019instauration d\u2019un autre cours du temps\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une configuration critique \u00e0 vocation d\u00e9cisive, un carrefour par lequel on ne saurait \u00e9viter de passer et o\u00f9 on est sans doute appel\u00e9 \u00e0 repasser. Il arrive que des historiens emploient le terme en un sens \u00e9quivalent ; mais le probl\u00e8me est que ce que rec\u00e8le le moment \u00e9clectique dans l\u2019histoire, c\u2019est aussi la menace ou l\u2019espoir de son renouvellement&#8230;<\/p><p>Si on se plie aux imp\u00e9ratifs d\u2019une histoire culturelle g\u00e9n\u00e9rale, la recherche de la contextualit\u00e9 externe peut b\u00e9n\u00e9ficier grandement des travaux d\u00e9j\u00e0 existants, qu\u2019il s\u2019agisse de la th\u00e8se de Jacques Proust, et de ce qui au-del\u00e0 et dans le prolongement, se trouve dans la tr\u00e8s longue note compl\u00e9mentaire de l\u2019\u00e9dition DPV. Tout ce qui concerne les p\u00e9riodiques et les correspondances peut et doit, on peut le supposer, \u00eatre encore davantage \u00e9tendu. Au-del\u00e0 de Chaumeix, et des attaques de la <em>Religion veng\u00e9e <\/em>l\u2019importance accord\u00e9e par Proust dans la note finale de l\u2019\u00e9dition DPV \u00e0 l\u2019ouvrage de Malleville, <em>Histoire critique de l\u2019\u00e9clectisme ou des nouveaux platoniciens <\/em>(1766) est un excellent exemple pour qui est port\u00e9 \u00e0 penser que les ennemis de Diderot sont ses plus perspicaces critiques, et surtout aptes \u00e0 rep\u00e9rer les angles d\u2019attaque pr\u00e9cis contre les fondamentaux de la foi chr\u00e9tienne<em>. <\/em><\/p><p>Importe davantage \u00e0 nos yeux le contexte encyclop\u00e9dique, d\u2019abord largement entendu. On doit pour mesurer la vraie valeur du travail de Diderot \u00e9voquer le cas et le r\u00f4le de Formey, qui, par position acad\u00e9mique, conna\u00eet bien Brucker, et qui publie en 1760 une <em>Histoire abr\u00e9g\u00e9e de la philosophie<\/em>, dont la seconde partie s\u2019intitule \u00ab\u00a0De la philosophie \u00e9clectique\u00a0\u00bb. Peu importe qu\u2019on n\u2019y trouve pas \u00e9cho de notre article ou simple r\u00e9f\u00e9rence &#8230; Formey critique surtout Boureau Deslandes et sa seconde \u00e9dition o\u00f9 celui-ci confesse de fa\u00e7on d\u00e9sinvolte qu\u2019il aime et admire les encyclop\u00e9distes qu\u2019il a lus tout en pr\u00e9f\u00e9rant rester sur ses propres terres et convictions. Lui, Formey, pr\u00e9tend \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 Brucker ; et cela aboutit, apr\u00e8s un expos\u00e9 historique qui est un d\u00e9marquage tr\u00e8s cursif de l\u2019<em>Historia critica<\/em>, \u00e0 un d\u00e9veloppement en deux parties, s\u2019agissant des modernes et leur philosophie \u00e9clectique : il y a ceux qui ont embrass\u00e9 la philosophie dans sa totalit\u00e9 \u2013 ce qui finit par l\u2019\u00e9loge de Wolff, et de ceux qui se sont consacr\u00e9s \u00e0 quelque partie de la philosophie\u00a0: soit, selon l\u2019ordre scolaire, m\u00e9taphysique, logique, morale politique. Cette besogne elle laisse totalement de c\u00f4t\u00e9 l\u2019interrogation sur laquelle bute Diderot sur l\u2019histoire et l\u2019historicit\u00e9 de la philosophie.<\/p><p>Cet \u00ab\u00a0oubli\u00a0\u00bb nous envoie \u00e0 un autre niveau de contextualit\u00e9, le plus important, dans ce tome V, qui touche pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce probl\u00e8me central. On lit dans l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1856-0\/\">ERUDITION<\/a>, de D\u2019Alembert, une mise au point d\u00e9cisive, s\u2019agissant de la conception m\u00eame de l\u2019histoire de la philosophie :<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>Il n\u2019y a presque dans notre physique moderne aucuns principes g\u00e9n\u00e9raux, dont l\u2019\u00e9nonc\u00e9 ou du moins le fond ne se trouve chez les anciens ; on n\u2019en sera pas surpris, si on consid\u00e8re qu\u2019en cette mati\u00e8re les hypoth\u00e8ses les plus vraisemblables se pr\u00e9sentent assez naturellement \u00e0 l\u2019esprit, que les combinaisons d\u2019id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales doivent \u00eatre bient\u00f4t \u00e9puis\u00e9es, &amp; par une esp\u00e8ce de r\u00e9volution forc\u00e9e \u00eatre successivement remplac\u00e9es les unes par les autres. <em>Voye<\/em>z <em>Eclectique<\/em>. C\u2019est peut \u2013 \u00eatre par cette raison, pour le dire en passant, que la philosophie moderne s\u2019est rapproch\u00e9e sur plusieurs points de ce qu\u2019on a pens\u00e9 dans le premier \u00e2ge de la Philosophie, parce qu\u2019il semble que la premi\u00e8re impression de la nature est de nous donner des id\u00e9es justes, que l\u2019on abandonne bient\u00f4t par incertitude ou par amour de la nouveaut\u00e9, &amp; auxquelles enfin on est forc\u00e9 de revenir&#8230;Mais en recommandant aux philosophes m\u00eame la lecture de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ne cherchons point, comme l\u2019ont fait quelques savants, \u00e0 d\u00e9primer les modernes sous ce faux pr\u00e9texte, que la philosophie moderne n\u2019a rien d\u00e9couvert de plus que l\u2019ancienne. Qu\u2019importe \u00e0 la gloire de Newton, qu\u2019Emp\u00e9docle ait eu quelques id\u00e9es vagues &amp; informes du syst\u00e8me de la gravitation, quand ces id\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nu\u00e9es des preuves n\u00e9cessaires pour les appuyer ? Qu\u2019importe \u00e0 l\u2019honneur de Copernic, que quelques anciens philosophes aient cr\u00fb le mouvement de la terre, si les preuves qu\u2019ils en donnaient n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 suffisantes pour emp\u00eacher le plus grand nombre de croire le mouvement du Soleil ?<\/p><\/blockquote><p>Doit-on penser que le renvoi, formellement erron\u00e9 mais visant au fond juste (l\u2019\u00e9clectique moderne), est de la main du correcteur d\u2019\u00e9preuves, comme pour <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-1446-0\/\">ENTHOUSIASME<\/a>\u00a0? Diderot d\u2019une certaine fa\u00e7on ne peut qu\u2019ent\u00e9riner la primaut\u00e9 de cette science au pr\u00e9sent. Ce qui n\u2019\u00e9puise pas le questionnement philosophique et historique, qu\u2019il ne cesse de faire sourdre de sa lecture de Brucker&#8230; On ne saurait pourtant finir sans revenir \u00e0 l\u2019essentiel, l\u2019approfondissement des fondements d\u2019un ath\u00e9isme proprement anti-chr\u00e9tien et \u00e0 ce qui fait sentir son poids dans la critique de l\u2019\u00e9clectisme, et \u00e0 partie li\u00e9e \u2013 un r\u00e8glement de comptes avec ce qui semble nous rendre solidaires du monde de la \u00ab foi \u00bb, on peut choisir un point de vue qui nous fait saisir que la t\u00e2che de Diderot est loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9e. Reportons nous \u00e0 l\u2019intervention unique et tardive dans le corpus encyclop\u00e9dique de Naigeon, son vrai-faux double, futur orchestrateur de l\u2019ath\u00e9isme militant. Ce que veut sugg\u00e9rer <em>in fine <\/em>son unique article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v17-749-0\/\">UNITAIRES<\/a>, consacr\u00e9 aux m\u00e9rites des Sociniens, c\u2019est une sorte d\u2019\u00e9volution \u00ab naturelle \u00bb vers l\u2019ath\u00e9isme. L\u2019esprit inquiet<\/p><blockquote style=\"font-style: normal; font-size: 16px;\"><p>commence d&rsquo;abord par s&rsquo;\u00e9tablir juge de la v\u00e9rit\u00e9 des dogmes qu&rsquo;on lui propose \u00e0 croire, &amp; ne trouvant point dans ces objets de sa foi un degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9vidence que leur nature ne comporte pas, il se fait protestant; s&rsquo;apercevant bient\u00f4t de l&rsquo;incoh\u00e9rence des principes qui caract\u00e9risent le protestantisme, il cherche dans le socinianisme une solution \u00e0 ses doutes &amp; \u00e0 ses difficult\u00e9s, &amp; il devient socinien: du socinianisme au d\u00e9isme il n&rsquo;y a qu&rsquo;une nuance tr\u00e8s &#8211; imperceptible, &amp; un pas \u00e0 faire, il le fait: mais comme le d\u00e9isme n&rsquo;est lui m\u00eame, ainsi que nous l&rsquo;avons d\u00e9ja dit, qu&rsquo;une religion incons\u00e9quente, il se pr\u00e9cipite insensiblement dans le pyrrhonisme, \u00e9tat violent &amp; aussi humiliant pour l&rsquo;amour propre, qu&rsquo;incompatible avec la nature de l&rsquo;esprit humain: enfin il finit par tomber dans l&rsquo;ath\u00e9isme, \u00e9tat vraiment cruel, &amp; qui assure \u00e0 l&rsquo;homme une malheureuse tranquillit\u00e9 \u00e0 laquelle on ne peut gu\u00e8re esp\u00e9rer de le voir renoncer<\/p><\/blockquote><p>Naigeon ne tente pas d\u2019abord comme cela est \u00e0 port\u00e9e et se fera plus tard d\u2019\u00e9crire une \u00ab\u00a0histoire monumentale\u00a0\u00bb de l\u2019ath\u00e9isme. Tout doit se passer pour lui par une suite de glissements dans laquelle l\u2019esprit affirme moins son audace qu\u2019il ne n\u00e9gocie avec sa propre faiblesse&#8230; Diderot ne saurait se contenter d\u2019une histoire de l\u2019av\u00e8nement d\u2019une s\u00e9paration d\u2019avec la domination th\u00e9ologique et philosophique du christianisme qui se rattacherait \u00e0 une telle illustration de l\u2019\u00ab\u00a0histoire de l\u2019esprit humain\u00a0\u00bb\u00a0: ce qui est directement fonction de l\u2019intervention de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>dans cette histoire.<\/p><h5>NOTES<\/h5><p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> En 1768 para\u00eet d\u00e9j\u00e0 une <em>Histoire des dogmes et opinions philosophique<\/em>s&#8230; 3 vol. in 8\u00b0<\/p><p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Pour des exemples de recension de ces restitutions, voir Jacques Proust, <em>Diderot et l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, r\u00e9\u00e9d. Paris, Albin Michel, 1995, p. 538-547.<\/p><p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00ab Naigeon 98 \u00bb, c\u2019est l\u2019\u00e9dition des <em>\u0152uvres <\/em>en seize volumes\u00a0; \u00ab Naigeon 91 \u00bb, c\u2019est le tome II de la part philosophique de l\u2019Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique (1791). Les quatre tomes de logique et de m\u00e9taphysique, dirig\u00e9s par Lacretelle ont commenc\u00e9 \u00e0 para\u00eetre avant 89.<\/p><p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \u00ab Il pensait ailleurs comme il aimait ailleurs&#8230; \u00bb<\/p><p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Histoire de la philosophie moderne, \u00e0 partir de la renaissance des lettres jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, 4 vol., 1847 (Tome III, chapitre XX).<\/p><p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> J. Proust, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0257.<\/p><p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0L&rsquo;histoire de l&rsquo;homme a pour objet, ou ses actions, ou ses connaissances; et elle est par cons\u00e9quent civile ou litt\u00e9raire, c&rsquo;est-\u00e0-dire, se partage entre les grandes nations et les grands g\u00e9nies, entre les rois et les gens de lettres, entre les conqu\u00e9rants et les philosophes\u00a0\u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> La source consacr\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nos jours est <em>La vie de Monsieur Descartes <\/em>d\u2019Adrien Baillet, S\u2019agissant de ses \u00ab\u00a0sectateurs\u00a0\u00bb, D\u2019Alembert, bri\u00e8vement, en rappelle les branches oppos\u00e9es, et surtout les renvois qui permettront une approche critique pr\u00e9cise.<\/p><p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Herbert Dieckmann avait retrouv\u00e9 une liste dans le fonds Vandeul. Pour un bilan actuel, voir <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rde\/4723\">Alain Sandrier, \u00ab L\u2019attribution d\u2019articles de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>au baron d\u2019Holbach : bilan et perspectives \u00bb<\/a>, <em>RDE<\/em> 45, 2010, p. 55-73<em>.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rde\/2383\">G.L Goggi, \u00abDiderot d\u2019Holbach et l\u2019<em>Universal History <\/em>dans la correspondance \u00bb<\/a>, <em>RDE<\/em> 42, 2007, p. 7-44.<\/p><p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> L&rsquo;\u00e9vh\u00e9m\u00e9risme (du nom d\u2019Evh\u00e9m\u00e8re, 3<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) est une th\u00e9orie selon laquelle les dieux seraient des personnages r\u00e9els, sacralis\u00e9s apr\u00e8s leur mort, leur l\u00e9gende \u00e9tant embellie jusqu\u2019\u00e0 devenir une sorte de symbolisme absolu et universel.<\/p><p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Ce type de critique se retrouve souvent chez Brucker, dans l\u2019esprit de Bayle \u2013 jusqu\u2019\u00e0 un certain point. Les \u0153uvres de Nicolas Boulanger ne para\u00eetront qu\u2019apr\u00e8s 1760.<\/p><p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> En fran\u00e7ais, on trouvera un expos\u00e9 ample et pr\u00e9cis sur Brucker et son importance dans l\u2019<em>Histoire de l\u2019histoire de la philosophie <\/em>de Lucien Braun, Paris, 1973 (Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg) pages 115-137.<\/p><p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Dans le corps m\u00eame de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die, <\/em>l\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v5-575-0\/\">ECLECTIQUE<\/a> en rend clairement compte.<\/p><p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Il y en aura une seconde, enrichie, en 1755.<\/p><p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> C\u2019est l\u2019\u00e9dition de 1668, usuelle.<\/p><p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Dans une humanit\u00e9 hypoth\u00e9tiquement une.<\/p><p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Platon, <em>Th\u00e9\u00e9t\u00e8te <\/em>155d.<\/p><p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> L\u2019article <a href=\"https:\/\/enccre.academie-sciences.fr\/encyclopedie\/article\/v3-1467-11\/\"><span style=\"font-variant: small-caps;\">Coll\u00e9ge<\/span><\/a> de d\u2019Alembert en est un t\u00e9moignage&#8230;<\/p><p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Histoire de l\u2019histoire de la philosophie<\/em>, <em>op.cit.<\/em>, p.\u00a0144 et suivantes.<\/p><p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> On reprend ici Jean Dagen, <em>Histoire de l\u2019esprit humain dans la pens\u00e9e fran\u00e7aise de Fontenelle \u00e0 Condorcet <\/em>Paris, Klincksieck 1977.<\/p><p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Pr\u00e9face du <em>Trait\u00e9 du vide.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Introduction du <em>Trait\u00e9 de p\u00e9dagogie<\/em> publi\u00e9 post mortem, 1803 (<em>R\u00e9flexions sur l\u2019\u00e9ducation<\/em>, \u00e9d. Philonenko, Paris Vrin, 1993).<\/p><p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00ab<em>Platonica, quam hucusque enarravimus, secta eclecticam genuit, monstrosi nominis generisque philosophiam, si nomen natius significatione adhibeatur. Secta enim dicatur, quae minui potissimum philosophi rationem philosophari, quodque sibi construxit, systema doctrinarum sequitur ; eclectica vero methodus ea sit, quae ex omnium secta placitur ea sibi elegit quae veritate propria sunt et proprium meditationibus jungi apta, exque iis proprium doctrinae excitat aedificium. ; clarum inde est, sectarum philosophiam adeo repugnare eclecticam ut in unum redigi corpus nequeant. Nec si proprie appelationem accipiamus, eclectico usu est sed antiquissima <\/em>\u00bb, tome II (part I, livre I, section IV) p.189-190<\/p><p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Mais les commentateurs des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes <\/em>de Meslier (3 vol. Anthropos, 1971), en particulier Jean Deprun, sont plus que r\u00e9serv\u00e9s.<\/p><p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> C\u2019est Mallet (d\u2019une prudence conformiste pr\u00e9cieuse) auteur de tr\u00e8s nombreux articles de th\u00e9ologie qui est la r\u00e9f\u00e9rence. Voir sa n\u00e9crologie dans l\u2019avertissement du tome VI.<\/p><p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Pour appr\u00e9cier le contexte, on peut se reporter \u00e0 la revue <em>Dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle <\/em>2002, \u00ab Christianisme et Lumi\u00e8res \u00bb, et au tome 7 de <em>La Bible de tous les temps, <\/em>\u00ab Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et la Bible \u00bb, Paris Beauchesne 1986, o\u00f9 Bertram Eugene Schwarzbach a donn\u00e9 un article sur \u00ab L\u2019Encyclop\u00e9die de Diderot et d\u2019Alembert \u00bb.<\/p><p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> La r\u00e9f\u00e9rence moderne fondamentale reste H.I. Marrou, <em>Saint Augustin et la fin de la culture antique <\/em>(1938). Plus bri\u00e8vement, on peut se reporter \u00e0 Peter Brown, <em>La vie de Saint Augustin, <\/em>Paris, Le Seuil, 2001.<\/p><p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> <em>La R\u00e9v\u00e9lation d\u2019Herm\u00e8s Trism\u00e9giste<\/em>, Paris, Les Belles Lettres, 1944-1954 (4 volumes) (vol.4 : Le dieu inconnu et la gnose).<\/p><p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Les critiques les plus virulentes des gens d\u2019Eglise, au premier rang desquelles celles de Malleville, auteur en 1766, d\u2019une \u00e9tude sur les n\u00e9o-platoniciens, sur laquelle nous reviendrons, vont tendre \u00e0 r\u00e9futer cat\u00e9goriquement ce genre d\u2019approche. Jacques Proust les a cit\u00e9es et comment\u00e9es dans son annotation DPV.<\/p><p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Brucker, <em>op.cit<\/em>. t.II p.190.<\/p><p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Le propos est de faire sortir de l\u2019\u00e9tude des syst\u00e8mes un syst\u00e8me qui soit \u00e0 l\u2019abri de la critique. Bref, une orthodoxie consensuelle.<\/p><p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> <em>Revue internationale de philosophie<\/em>, 1984. Voir infra note 50.<\/p><p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> On peut consulter la version anglaise, en ligne, sous l\u2019intitul\u00e9 <em>Models of the History of Philosophy<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00ab\u00a0Ce que nous entendons sous le nom et la qualification de philosophie \u00e9clectique, ce que nous avons \u00e9crit suffit pour l\u2019\u00e9tablir. ; mais il ne faut pas moins s\u2019en emparer parfaitement de peur de se forger une image fausse et inad\u00e9quate du philosophe \u00e9clectique. C\u2019est un fait que pour nous le philosophe \u00e9clectique est seulement celui qui, loin de se soumettre \u00e0 tout pr\u00e9jug\u00e9 d\u2019autorit\u00e9, de respect, de secte ou autre ne prend en consid\u00e9ration que la discipline de la raison inn\u00e9e, et, en fonction de la nature, du caract\u00e8re, et des propri\u00e9t\u00e9s essentielles des choses qu\u2019il se propose d\u2019examiner, \u00e9puise les principes clairs et \u00e9vidents, dont il tire des conclusions s\u2019agissant des probl\u00e8mes philosophiques, selon les justes lois du raisonnement. Une fois cette discipline institu\u00e9e, il n\u2019accepte rien qui ne satisfasse \u00e0 l\u2019exigence des raisons et \u00e0 la rigueur de la d\u00e9monstration dans sa lecture des autres philosophes et dans l\u2019examen et l\u2019appr\u00e9ciation des constructions doctrinales. cela admis, qu\u2019il soit troyen ou rutule, pour celui-ci la v\u00e9rit\u00e9 est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 tout et rien n\u2019est plus d\u00e9shonorant et honteux que de s\u2019en remettre \u00e0 la parole d\u2019un ma\u00eetre. Ce n\u2019est pas par complaisance que nous vantons la sup\u00e9riorit\u00e9 le m\u00e9rite et l\u2019utilit\u00e9 de cette mani\u00e8re de philosopher, car tout cela n\u2019appartient pas \u00e0 notre seule perspicacit\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 d\u2019abondance par des doctes&#8230; \u00bb<\/p><p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Tome II, p.189: <em>Secta enim dicatur, quae minui potissimum philosophi rationem philosophari, quodque sibi construxit, systema doctrinarum sequitur ; eclectica vero methodus ea sit, quae ex omnium secta placitur ea sibi elegit quae veritate propria sunt et proprium meditationibus jungi apta, exque iis proprium doctrinae excitat aedificium.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> La pol\u00e9mique anti-sectaire de Calvin est dirig\u00e9e contre les libertins., p.189.<\/p><p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Voir l\u2019article de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die <\/em>qui sera consid\u00e9rablement \u00ab enrichi \u00bb par Naigeon (1791).<\/p><p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Soit \u00ab la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir entre les choses m\u00eame non mesurables un ordre rationnel \u00bb (M. Foucault).<\/p><p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Voir Brucker t.\u00a0IV(2), p.11.<\/p><p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> C\u2019est le sens usuel du terme, r\u00e9serv\u00e9 aux dictionnaires de th\u00e9ologie.<\/p><p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> C\u2019est ici que l\u2019article de P. Casini est tr\u00e8s pr\u00e9cieux. Voir les <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature <\/em>XXI, XXII, XXIII.<\/p><p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> On a pu mettre en doute la pr\u00e9sence effective d Diderot aux obs\u00e8ques (qui permet de dater l\u2019article) ; mais qu\u2019il n\u2019y ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent que de c\u0153ur et d\u2019imagination, cela revient chez lui au m\u00eame.<\/p><p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> Dans le livre I de l<em>\u2019Esprit des lois, <\/em>aux chapitres I (la loi rapport n\u00e9cessaire) et III (la loi raison humaine).<\/p><p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> La relance de la r\u00e9flexion par ce choix restreint de r\u00e9f\u00e9rences nous para\u00eet aller dans le sens d\u2019un empirisme rationaliste.<\/p><p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> <em>\u0152uvres compl\u00e8tes <\/em>CFL (LEW), t.II, p. 637.<\/p><p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> \u00ab <em>Plurimi pertransibunt, et augebitur scientia <\/em>\u00bb (Daniel, 12, 4).<\/p><p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> L\u2019unanimit\u00e9 est de rigueur envers le d\u00e9dicataire de la <em>Critique de la Raison pure&#8230;<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> Voir Brucker op.cit. t. II de la page 357 \u00e0 la page 462 (DPV 85-111).<\/p><p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> La th\u00e9urgie, c\u2019est l\u2019union mystique et physique avec la divinit\u00e9 par des pratiques rituelles&#8230;<\/p><p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> TII 462 <em>Quae omnia, ut passim in Platonicorum scriptis fuse traduntur, ita enthusiasmum, quem supra luculenter deteximus, ultimum hujus philosophiae finem fuisse, mire confirmant et cum genuina Platonis doctrinae scopum ostendunt, quam longe ab eo recesserint. Ad quem moralis doctrinae scopum eos praeter innatam hominibus superbissimis ambitionem, laudatam ex merito virtutem christianam, et fortasse etiam ascetarum vitam philosophicam quandam virtutem rigidiorem prae se ferentem stulta aemulatione incendisse dubium non est<\/em>.<\/p><p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> C\u2019est d\u2019Argens qui donnera l\u2019\u00e9dition du corpus (reconstitu\u00e9) des \u0153uvres de Julien. Voir J.-M. Moureaux, <em>D&rsquo;Argens \u00e9diteur de Julien<\/em>, SVEC 267, 1989.<\/p><p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> Voir l\u2019article \u00ab Enthousiasme \u00bb, d\u2019Annie Becq dans le <em>Dictionnaire Diderot<\/em>, Paris, Champion, 1999.<\/p><p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> Voir <em>Historia critica<\/em>, tome III p.195, et tome II, p.445 et suivantes.<\/p><p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> C\u2019est le paragraphe LIII de l\u2019expos\u00e9 des conceptions de Jamblique, dans le tome II \u2013 <em>loc. cit.<\/em><\/p><p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> Voir pens\u00e9es 39 et 40&#8230;La r\u00e9duction de l\u2019enthousiasme \u00e0 une pathologie s\u2019installe d\u00e8s le 17e si\u00e8cle (Voir Meric Casaubon, <em>Treatise concerning Enthusiasm <\/em>1655).<\/p><p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> On peut se reporter \u00e0 l\u2019article \u00ab Enthousiasme \u00bb du <em>Dictionnaire philosophique<\/em>&#8230;<\/p><p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> Cette remarque appartient \u00e0 Mme Leca-Tsiomis, qui a bien voulu nous en faire profiter.<\/p><p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> Voir <em>DE <\/em><em>op.cit<\/em>. p.272.<\/p><p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> Voir <em>Philosophie de l\u2019histoire de la philosophie <\/em>Paris Aubier Montaigne, 1979.<\/p><p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> Jean Fabre, \u00ab Diderot et les Th\u00e9osophes \u00bb, <em>Cahiers de l\u2019AIEF <\/em>n\u00b013, 1961.<\/p><p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> Livre I, \u00a7 13<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 [Nota Bene des \u00e9diteurs\u00a0: ce texte a \u00e9t\u00e9 offert par Georges Benrekassa en novembre 2018 \u00e0 l&rsquo;ENCCRE. 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